Avoir de l’audace

Éditorial extrait du journal L’Information du forestier – Janvier 2019

L’audace évoquée par le nouveau premier ministre du Québec, M. François Legault depuis son arrivée en poste a inspiré le discours inaugural du président, M. Marcel Groleau, lors du 94e Congrès de l’UPA tenu en décembre dernier. Il a fourni une définition en cinq points de ce que serait pour lui l’audace en agriculture. De mon côté, son discours m’a inspiré pour notre secteur forestier. Je crois qu’il faut se joindre au convoi de l’UPA, car la définition de l’audace du président de l’UPA colle beaucoup à notre réalité de producteur forestier.

Je m’inspire donc de la définition et des mots du président de l’UPA afin d’exprimer mes souhaits pour 2019.

  1. L’audace de travailler étroitement avec les organisations de producteurs

Je souhaite qu’un lien étroit soit recréé avec le gouvernement du Québec, qu’il aille plus loin que la simple consultation. La Fédération des producteurs forestiers du Québec (FPFQ) échange régulièrement avec le ministère sectoriel des Forêts, de la Faune et des Parcs. Il faut étendre ces échanges avec le ministère de l’Environnement, celui du Développement économique régional, et les autres qui prennent des actions touchant la forêt privée. Il faut plus que des échanges, on veut participer. Ces ministères devraient avoir le réflexe de solliciter notre participation en amont, avant l’élaboration de politiques et règlements touchant les propriétaires forestiers.

  1. L’audace d’avoir un vrai plan vert forestier

Il faut passer d’un mode de réglementation de plus en plus serré vers un plan vert. Ce plan vert forestier convoité devrait rétribuer les services écologiques rendus par les propriétaires forestiers et inclurait de la recherche, entre autres, sur la captation de gaz à effet de serre (GES). Pour cet aspect, la forêt, surtout la forêt privée, peut y contribuer énormément, par le reboisement de friches, dont les plants capturent et emmagasinent le carbone. L’utilisation de bois, plutôt que le béton et l’acier, dans la construction institutionnelle où le carbone capté par les arbres est stocké dans les bâtiments pour de longues périodes est aussi une solution. La filière de la biomasse pour la production d’énergie de remplacement des énergies fossiles contribue également à la réduction des GES en substituant du carbone fossile.

  1. L’audace dans la gestion de risques

Être producteur forestier comporte sa part de risques, la clé de l’investissement, c’est la gestion de risques.

Les propriétaires forestiers doivent investir dans leur propriété, d’abord pour faire préparer un plan d’aménagement forestier, ensuite pour réaliser des travaux d’aménagement avec une espérance de revenus ultérieurs.

Toute la question de la réglementation sur les milieux humides et hydriques, celle sur les traverses de cours d’eau sont au cœur de nos préoccupations et constituent des risques importants pour nos producteurs.

  1. L’audace de régler le dossier des taxes foncières en 2019

Lors du Congrès de l’UPA, M. Groleau a été chaudement applaudi après avoir demandé à l’auditoire : « Êtes-vous prêts à régler le dossier des taxes foncières une bonne fois pour toutes » ? Si lors d’une de nos assemblées notre président avait posé la même question, vous auriez certainement eu la même réaction.

Depuis trop longtemps, le fardeau fiscal des propriétaires forestiers augmente beaucoup plus que l’inflation. La valeur du fonds de terrain a plus que doublé depuis 10 ans amenant des hausses de taxes foncières. S’est ajouté des charges pour des services que les propriétaires forestiers n’utilisent pas comme la Sureté du Québec, la collecte des ordures et la récupération pour ne nommer que quelques-uns. Pourquoi nous faire assumer ce fardeau dont on ne bénéficie pas ?

Si rien n’est fait, on estime que les producteurs forestiers et agricoles devront sortir 45 M$ supplémentaires de leurs poches en 2019.

  1. L’audace de la relève

La relève est une autre grosse question pour tous les producteurs pour lequel il importe d’entreprendre dès maintenant une réflexion sur la direction à prendre. Que ce soit la relève de nos propriétaires, celle de nos délégués ou de nos administrateurs, cet enjeu nous interpelle tous.

Comme vous le voyez, les sujets d’importance sont communs autant pour les agriculteurs que les propriétaires forestiers. Il est primordial de travailler de concert avec l’UPA pour faire avancer nos dossiers communs. L’UPA soutient les agriculteurs, oui, mais elle doit continuer à soutenir les propriétaires forestiers, car nos enjeux se rejoignent.

Impasse dans les négociations avec les scieurs

Vous savez sans doute que nous avons été dans une impasse dans nos négociations avec le Conseil de l’industrie forestière (CIFQ) en 2018, d’ailleurs nous vous proposons un suivi de ce dossier majeur en page 2 du journal.

Notre conseil d’administration a plutôt choisi de poursuivre un processus de négociation de contrats individuels directement avec les scieries de notre région. D’ailleurs, ce processus s’est enclenché à la fin de l’automne 2018.

En ce début d’année, où en sommes-nous ? Pour répondre à cette question, je vous invite en grand nombre aux assemblées de secteurs qui se tiendront près de chez vous du 22 janvier au 7 février prochains. Nous avons besoin de votre support pour mener à bien cette négociation primordiale avec les scieurs qui achètent du bois sur notre territoire et pour montrer à l’industrie régionale du sciage que les propriétaires et producteurs sont mobilisés.

Au plaisir de vous voir ou revoir dans les assemblées de secteurs.

Bonne année 2019 !

 

Jacques J. Tremblay, ing. f.

Directeur général