Des producteurs pris dans un étau

Message du président extrait du journal L’Information du forestier – Juin 2018

J’écris ce mot quelques jours après la tenue d’un conseil d’administration et du Congrès annuel de la Fédération des producteurs forestiers du Québec. Que ce soit lors des discussions avec les présidents des autres régions ou lors des interventions des délégués pendant le congrès, deux grands sujets ont retenu l’attention de l’ensemble des forestiers privés de la province : le fardeau que nous imposent les règlements pour la protection de l’environnement et l’absence de progression des prix pour notre bois.

Si j’avais à choisir un mot pour décrire l’état d’esprit des participants au congrès de la Fédération, ça serait « indignation ». J’ai senti que tout comme moi, tout le monde était indigné du traitement qu’on nous réserve. D’un côté, on nous demande d’en faire toujours plus pour protéger l’environnement, sans pour autant nous offrir de soutien pour compenser les hausses de coûts et les pertes de revenus qui viennent avec les changements de pratiques qu’on souhaite nous voir adopter. Au contraire, on nous impose un fardeau fiscal toujours plus grand et l’on fait la sourde oreille à nos demandes pour une réforme d’un régime fiscal, sous prétexte qu’on ne peut demander aux autres citoyens d’assumer un plus lourd fardeau de taxes foncières. Si au moins on avait la même gêne avant de hausser notre fardeau à nous, au nom de « l’intérêt de la société et de l’environnement » ! Pourquoi est-ce à nous de payer pour ce qui profite à tous ?

D’autre part, les revenus que nous tirons de la vente de notre bois demeurent bien trop bas par rapport au travail que nous abattons — c’est le bon mot —  pour approvisionner les usines. Ces prix pour nos billots qui bougent à peine sont insultants quand on regarde l’importante progression des prix du bois d’œuvre. Désolé pour les industriels, mais les excuses de bas prix des copeaux ou de la nécessité de se refaire des réserves ne sont plus crédibles. S’ils ne sont pas en mesure de nous offrir des prix décents dans un pareil marché, que mettront-ils sur la table quand ça ira mal ?

 Deux mâchoires d’un redoutable étau

Vraiment, il n’est pas valorisant d’être un producteur forestier par les temps qui courent. Ni la société ni l’industrie ne semble intéressée à reconnaître notre travail. Pourtant, nos forêts sont loin d’être en danger et nos activités sont loin de poser les menaces les plus importantes à l’environnement. Et le bois que nous offrons à l’industrie est bien souvent d’une plus grande qualité que celui des forêts publiques. Entre les hausses de taxes foncières et les contraintes de protection d’une part et les marchés décevant d’autre part, il devient de plus en plus inconfortable d’être producteur de bois en forêt privée. Il faut vraiment être passionné et aimer ce qu’on fait pour continuer ; surtout quand on constate que tous les acteurs autour de nous s’en tirent mieux que nous ne le faisons. Certains militants environnementalistes seront peut-être heureux de la chose, mais si nos dirigeants et nos concitoyens n’y prennent garde, la production de bois privée pourrait bien s’éroder dans les prochaines années, alors que les propriétés changeront de main et ne seront plus détenues par des producteurs. Cette dynamique est déjà bien entamée et si on la laisse se poursuivre, ce sont notre société, nos collectivités et nos usines qui vont en souffrir le plus. Comment en serait-il autrement puisqu’il est démontré que ce sont elles qui tirent les plus grands bénéfices de notre production. Vous voulez mon opinion ? Il en est qui sont en train de scier la branche sur laquelle ils sont assis !

Merci Jean-Pierre

 Nous avons eu, il y a quelques semaines, un imprévu de taille. En effet, comme vous pouvez le lire dans son éditorial, notre directeur général, Jean-Pierre Dansereau, nous a annoncé son départ. Vous pouvez imaginer le lot des préoccupations des administrateurs pour faire face à cette situation et pour assurer une relève qualifiée pour la continuité de notre organisation !

Je remercie sincèrement Jean-Pierre pour tout le travail et le dévouement fournis pour les producteurs de bois de la région de Québec à l’occasion de ses deux périodes de travail chez nous.

Nous sommes tristes à l’idée de ne plus profiter de sa grande compétence et de ses connaissances de la forêt privée de tout le Québec. Il est reconnu comme un porte-parole crédible des propriétaires forestiers et des organisations de la forêt privée. Imaginatif dans la recherche de solutions novatrices, rigoureux, souci de transparence et une grande diversité d’expérience en foresterie lui confère un statut particulier que seuls quelques professionnels ont atteint.

Nous te souhaitons la meilleure des chances pour relever ce nouveau défi et sache que tu demeureras toujours un ami de la forêt privée, des producteurs, des administrateurs et des employés du Syndicat.

Gaétan Boudreault,

Président