Toute bonne chose a une fin

Message du président extrait du journal L’Information du forestier – Septembre 2018

Je vous mentionnais cet hiver qu’ « une page de notre histoire se tournera bientôt ». Nous y sommes déjà! Au moment d’écrire ces lignes, nous finalisons l’octroi des derniers contingents de 4 pieds de résineux pour l’usine de Kruger Wayagamack.

La fin d’une grande ère

Il n’y aura plus de « pitoune » en 2019, et au même moment, notre responsable de la mise en marché depuis près de 40 ans nous quitte. J’ai eu l’occasion de côtoyer Gaétan Deschênes durant plusieurs années. Il a œuvré avec tout son cœur pour les propriétaires de notre région. Grand émotif, féroce négociateur, Gaétan a laissé une empreinte indélébile durant sa carrière au Syndicat. Il a toujours cherché à réaliser des gains importants pour les producteurs, avec succès! J’ai vraiment apprécié son travail, sa détermination et ses efforts constants pour rechercher les meilleures opportunités pour les producteurs.

Je ne peux pas encore souhaiter une bonne retraite à Gaétan puisqu’il a accepté de poursuivre l’aventure avec nous pour au moins un an. En effet, il va garder un lien à titre de consultant pour le Syndicat. Il pilotera des dossiers majeurs pour les producteurs qu’il explique dans un article en page 2.

Les dernières cordes de « pitoune » chez Kruger

Plusieurs d’entre vous aimeraient bien produire du 4 pieds de résineux cet automne. Cependant, ce ne sera pas possible pour la majorité. Nous n’allons autoriser qu’environ 150 voyages du 1er septembre au 19 octobre prochains. Pour le succès de l’opération, je vous invite à prendre connaissance de l’article de votre journal qui traite des contingents de 4 pieds (en première page).

« La perte de ce marché ne signifie pas que toute production forestière doit cesser, loin de là! » Cette phrase résume bien la situation actuelle. Au Québec, la production de 4 pieds représentait moins de 3 % de tout le volume produit en forêt privée l’an dernier. Alors, il ne faut pas se décourager et abandonner la production forestière.

Il faut plutôt envisager de produire du bois de sciage de qualité. Ce virage vers le sciage est déjà bien entamé dans notre région. Évidemment, c’est un changement de cap qui est plus facile à prendre quand les prix offerts sont intéressants. Pour y arriver, les négociations avec l’industrie du sciage se poursuivent malgré que nous rencontrons des difficultés sur certains points importants.

La campagne électorale au Québec

J’écris ce mot au moment du déclenchement de la prochaine campagne électorale au Québec. Cette période, qui débute à peine, me donne l’occasion de rappeler aux partis politiques que seulement 50 % du potentiel de récolte de bois disponible chez les 134 000 propriétaires de lots boisés au Québec est mis en valeur. Pour notre région, cette proportion est même inférieure à 50 %, surtout dans les secteurs de Charlevoix et de la Côte-Nord. Des dizaines de communautés rurales aux quatre coins de notre grande région ne développent donc pas leur plein potentiel économique. Elles se privent ainsi des emplois et des autres retombées associées à la filière des produits forestiers qui sont pourtant matériau d’avenir.

Une foresterie bien réalisée permet de produire du bois, emmagasiner du carbone, améliorer des habitats fauniques et contribuer à la protection des bassins versants des cours d’eau.

Pour mettre en valeur le potentiel de la forêt privée, trois conditions principales m’apparaissent aujourd’hui essentielles :

  • Une fiscalité adaptée pour multiplier l’effort sylvicole sur les terres privées

Dans le cadre des travaux devant mener au nouveau pacte fiscal avec le monde municipal, il faut que la formation politique qui sera élue cet automne s’engage à créer un groupe de travail spécifique pour aborder la question de la fiscalité visant les boisés sous aménagement forestier.

Avec les hausses répétées de taxes foncières et les contraintes de protection environnementales, il devient de plus en plus inconfortable d’être producteur de bois en forêt privée. Cette situation doit être abordée de manière urgente.

  • Des réglementations environnementales mieux pensées

Les propriétaires forestiers gèrent depuis des siècles les forêts entourant les villes et les villages en respectant les règles dictées par chacune des époques. Les nouvelles réglementations environnementales ne reconnaissent pas suffisamment ce travail d’intendance des propriétaires forestiers du Québec.

À mon avis, le prochain gouvernement devrait s’engager à éviter de faire subir aux propriétaires des contraintes déraisonnables. Il devra plutôt travailler de concert avec les propriétaires en amont des réglementations et prévoir des mesures de financement pour l’éducation des propriétaires forestiers et la restauration ou la conservation des milieux sensibles. De son côté, le monde municipal, qui fait appliquer cette réglementation, doit le faire de manière à ne pas nuire à la production forestière.

  •  Sécuriser les débouchés pour les bois de la forêt privée

Avec approximativement 70 % des parts de marché du bois rond, l’État québécois représente notre principal concurrent pour l’approvisionnement des usines. En 1989, le gouvernement a introduit le principe de « résidualité » qui accorde une priorité aux bois récoltés dans les forêts privées, mais qui, dans les faits, n’est peu ou pas respecté.

C’est pourquoi je souhaite que le prochain gouvernement s’engage à respecter la Loi sur l’aménagement durable du territoire forestier qui confère un statut prioritaire au bois des forêts privées dans l’approvisionnement des usines de transformation.

 On remarque que plusieurs usines ont fermé depuis 10 ans. Dans notre région, il manque une usine qui prend des billes de faible diamètre en résineux et les débouchés pour la pâte feuillue se font rares dans Charlevoix et sur la Côte-Nord.

Le futur gouvernement devrait s’engager à demander à Investissement Québec d’entreprendre un démarchage agressif pour favoriser l’implantation d’usines de la nouvelle génération de produits forestiers dans notre région ou à proximité afin de recréer un débouché pour les résineux de faible diamètre et la pâte feuillue.

Finalement, je vous invite à interpeler les candidats de tous les partis dans vos comtés respectifs afin de les conscientiser à nos problèmes et relativement aux trois conditions essentielles pour assurer notre futur en tant que producteurs forestiers.

Gaétan Boudreault,

Président