Discipline dans la production

Message du président extrait du journal L’Information du forestier – Septembres 2017
Je vous ai entretenu à plus d’une reprise du besoin de discipline dans la production. La plupart du temps, je faisais référence au marché du bois de 4 pieds résineux où votre offre de bois est depuis longtemps plus grande que la demande des acheteurs. Je devrais écrire « de l’acheteur », puisqu’il n’en reste maintenant qu’un seul, la compagnie Kruger-Wayagamack, de Trois-Rivières. Mais le besoin de discipline s’applique aussi à d’autres marchés. Je vous en parle plus bas.

Le bois de 4 pieds résineux
La discipline et la rigueur sont plus que jamais d’actualité pour ce marché. Non seulement le volume que nous pouvons livrer dans une année est inférieur à ce que vous aimeriez produire, mais le calendrier de production et les exigences de qualité de la compagnie imposent des contraintes toujours plus grandes. Sans entrer dans les détails, un constat simple s’impose : la production ne peut plus se faire selon les habitudes et selon ce qui est le plus commode pour le producteur ; elle doit s’ajuster aux exigences de l’acheteur et prendre en compte des contraintes incontournables.

Ces contraintes ne sont pas si nombreuses, mais elles ont un impact important. Deux me viennent particulièrement à l’idée : la régularité de livraisons pendant l’année et la fraîcheur du bois. Pour une majorité de producteurs de bois de 4 pieds, la production se ferait idéalement à l’automne ou au début de l’hiver, quand le climat est frais et qu’il n’y a pas trop de neige. Et cette production pourrait s’étaler sur plusieurs mois, soit pour des raisons de rythme de travail, soit parce que le 4 pieds est une production résiduelle à la production de bois de sciage et que produire une demi-vanne ou une vanne de « pitoune » ne se fait alors pas en quelques semaines. Ces conditions de production « idéales » se heurtent de plein fouet aux exigences de régularité de livraison et de fraîcheur. Et franchement, il n’y a pas de solution facile pour régler ce conflit entre les conditions d’opérations en forêt et les exigences du processus de production de papier. Malheureusement, il revient aux producteurs de se plier collectivement et individuellement aux exigences de l’usine.

Notre Plan conjoint nous donne des outils pour faire face à de tels défis et pour le faire avec la plus grande équité possible entre les producteurs. Nos règlements de mise en marché et de contingentement facilitent la gestion collective de la production, des inventaires et des livraisons. Mais pour qu’ils soient efficaces et vraiment équitables, ils doivent être respectés. C’est là que votre responsabilité et votre discipline individuelles entrent en jeu. Cela doit débuter dès que vous pensez à faire une demande de contingent. Vous ne devez en faire que si vous êtes vraiment déterminé à produire. Faire une demande « au cas où » ou par habitude est peut-être rassurant pour vous, mais peut compliquer nos tâches, nous faire travailler inutilement et priver d’autres producteurs d’un accès au marché. C’est votre droit le plus légitime de demander un contingent. Je vous invite simplement à ne pas le faire à la légère. Votre responsabilité et votre discipline doivent aussi se manifester lorsque vous obtenez un contingent. Vous serez alors invité à vous engager formellement à respecter un calendrier et des conditions de production. Vous devez prendre cet engagement avec sérieux et le respecter scrupuleusement, malgré les contraintes parfois difficiles qu’il impose.

Les autres marchés
Le besoin d’avoir une discipline de production est connu depuis longtemps dans le marché du bois de 4 pieds. Mais ce besoin se fait aussi sentir dans d’autres marchés, parfois selon la région où vous êtes actifs. Que ce soit pour contrôler les coûts globaux de transport, pour tenir compte des volumes restreints à livrer, ou pour assurer une stabilité des prix aux producteurs, nous devons contrôler l’accès à certains marchés. Nous devons aussi assurer le respect de programmes de livraison, des proportions d’essences expédiées et des volumes totaux expédiés. La réalité de distances de transport impose que des marchés soient restreints pour certaines régions, alors qu’ils sont ouverts ailleurs dans le territoire. C’est une réalité décevante, mais incontournable.

La Loi sur la mise en marché des produits agricoles, alimentaires et de la pêche offre aux producteurs des outils pour organiser de façon ordonnée la production et la mise en marché du bois des forêts privées et la chance unique de décider eux-mêmes des mesures à mettre en place pour le faire, dans le meilleur intérêt de l’ensemble des producteurs. C’est bien souvent lorsqu’elles sont le plus utiles pour l’ensemble que ces mesures imposent les contraintes les plus grandes aux individus, mais ce n’est pas sans raison. Elles assurent ainsi que tous contribuent comme il se doit. Si tous les producteurs agissent avec discipline et rigueur, les conséquences des marchés difficiles seront partagées par tous et les mécanismes de contrôle à mettre en place n’auront pas à être inutilement contraignants.

Malgré les mises en garde qui précèdent, je ne voudrais pas vous décourager de prendre votre scie et d’aller en forêt. L’automne arrive et c’est bien le meilleur moment pour le faire. Profitez-en, mais en vous assurant d’abord des marchés qui vous sont disponibles. Votre travail n’en sera que plus agréable, parce que moins risqué.

Gaétan Boudreault,
Président