Hausse de la possibilité forestière en forêt privée

Le volume de bois sur pied et la possibilité forestière sont en hausse en forêt privée. Selon les plus récentes évaluations, le volume a progressé de 21 % tandis que la possibilité forestière s’est accrue de 2,7 Mm³ pour atteindre 19,6 Mm³ par année. Plus du tiers de la possibilité forestière réside maintenant en forêt privée. Ces résultats illustrent le rôle grandissant que peuvent occuper les producteurs forestiers dans l’approvisionnement du secteur forestier québécois, sans pour autant mettre à risque la ressource renouvelable qu’est la forêt privée.

Un potentiel de récolte en progression

La possibilité de récolte forestière constitue le volume de bois qu’il est permis de prélever chaque année de façon durable dans une zone donnée. Le respect de cet indicateur est essentiel pour assurer l’aménagement durable des forêts. Pour plusieurs raisons, dont la volonté de chaque propriétaire de récolter ou non du bois, la notion de possibilité forestière en forêt privée est de nature indicative. Son calcul constitue néanmoins un intrant important des Plans de protection et de mise en valeur des forêts privées (PPMV) des agences régionales.

Entre 2023 et 2025, la Fédération des producteurs forestiers du Québec (FPFQ), la firme d’ingénierie WSP et la firme Consultants forestiers DGR se sont associés pour procéder à la réévaluation de la possibilité forestière sur le territoire d’une majorité d’agences régionales[1], en collaboration avec celles-ci et le ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF). Le Bureau du Forestier en chef a aussi été sollicité, principalement pour son expertise méthodologique. Les plus récents calculs de possibilité forestière confirment que la possibilité de récolte en forêt privée est en hausse. Selon les évaluations produites, la possibilité forestière des forêts privées du Québec atteint dorénavant 19,6 Mm³ par année. Il s’agit d’une hausse de 2,7 Mm³ (+16 %) par rapport aux évaluations précédentes.

La possibilité forestière s’accroît principalement pour le groupe d’essences sapin-épinettes-pin gris (+1 656 000 m³), mais également pour les peupliers (+727 000 m³) et les feuillus durs (+393 000 m³). Au contraire, le groupe mélèze et autres résineux (-96 000 m³) connaît une décroissance peu significative (-4,5 %). Les possibilités forestières s’accroissent presque partout, sauf dans 3 territoires d’agence (Abitibi, Bas-Saint-Laurent et Outaouais). Les hausses sont particulièrement élevées pour les territoires d’agence des Appalaches (+51 %), de la Capitale-Nationale (+47 %), du Saguenay-Lac-Saint-Jean (+42 %) et de la Gaspésie (+36 %).

Les raisons qui expliquent ces gains de possibilité forestière sont de deux ordres. Premièrement, la hausse structurelle du volume de bois sur pied[2] accroît le capital en croissance et la possibilité forestière. Deuxièmement, la maturité atteinte par une grande partie de la forêt privée permet de scénariser la récolte de volumes conjoncturels.

Le volume de bois sur pied : 21 % d’augmentation depuis le dernier inventaire

Depuis une cinquantaine d’années, le MRNF documente l’évolution du volume de bois sur pied. Les résultats parlent d’eux-mêmes. En forêt privée, le volume est passé de 520 Mm³ au premier inventaire à 910 Mm³ au cinquième, soit une hausse de 75 %. La croissance atteint même 160 Mm³ entre le quatrième inventaire (2001-2018) et le cinquième (2017-2025), soit une hausse de 21 %.

Cette progression est attribuable à trois causes : un niveau de récolte dans l’ensemble inférieur à la croissance forestière[3], une augmentation des superficies boisées par la déprise agricole et un rendement supérieur des plantations. À cet effet, depuis 1973, près de 1,5 milliard d’arbres ont été mis en terre en forêt privée (particulièrement dans les années 1980 et 1990) pour restaurer les secteurs touchés par la tordeuse des bourgeons de l’épinette. Une part importante de ces plantations arrive aujourd’hui à des stades productifs clés, ce qui permet d’accroître le volume de bois sur pied.

L’effet du scénario conjoncturel

Les nouveaux calculs intègrent des volumes conjoncturels, en plus de ceux issus de l’accroissement forestier simulé. Cette approche tient compte du fait que près des deux tiers des forêts privées inventoriées sont maintenant matures et propices aux travaux d’aménagement forestier ainsi qu’à la valorisation du bois.

Sur le terrain, ces volumes conjoncturels touchent principalement le sapin, les peupliers et le bouleau à papier arrivés à maturité et dont la longévité est limitée, ainsi que certaines essences menacées par des ravageurs, notamment le frêne (agrile), le hêtre (maladie corticale) ou le sapin (tordeuse).

Les scénarios conjoncturels ont été déterminés par l’établissement d’hypothèses rigoureuses par les acteurs régionaux. Globalement, nous évaluons que les volumes conjoncturels scénarisés en récolte représentent actuellement environ 27 % de la possibilité forestière. Ces volumes sont principalement concentrés dans le groupe d’essence des peupliers, où environ 69 % de la possibilité forestière est conjoncturelle. Comprenons ici que des peuplements sénescents ne génèrent peu ou pas de croissance sur pied et qu’ils pourraient être récoltés pour les régénérer.

Cette scénarisation de volumes conjoncturels fait tout de même l’objet de contingence. Dans l’hypothèse où toute la croissance et tout le volume conjoncturel seraient récoltés au cours de la prochaine décennie, nous estimons que le volume sur pied diminuerait à peine de 60 Mm³ (-7 %) par rapport au plus récent inventaire écoforestier (5e). Malgré cela, le volume estimé demeurerait plus élevé d’environ 110 Mm³ (+13 %) comparativement au quatrième inventaire. Cette baisse resterait modérée lorsque replacée dans la tendance générale : le volume sur pied en forêt privée augmente de façon soutenue depuis plusieurs décennies. Cette tendance n’est pas étrangère au fait que moins de la moitié de la possibilité forestière est récoltée en forêt privée année après année (1,8 Mm³ de bois de chauffage + 6,1 Mm³ mis en marché < 17,0 Mm³ de possibilité forestière).

Des résultats utiles pour tous les partenaires

Les résultats du calcul de possibilité forestière éclairent les décisions de nombreux acteurs du milieu. Du côté des agences régionales, ils s’intègrent au Plan de protection et de mise en valeur des forêts privées (PPMV) et servent à orienter les interventions sur le territoire. Les syndicats de producteurs forestiers y trouvent des repères pour cerner les volumes disponibles et ajuster la mise en marché, en cohérence avec les objectifs d’aménagement durable des forêts privées. L’industrie forestière y voit un portrait de la ressource qui facilite la planification des investissements par une meilleure connaissance des sources d’approvisionnement. Enfin, le monde municipal peut acquiescer que les niveaux de récolte demeurent compatibles avec le maintien à long terme du couvert forestier en forêt privée.

Pour sa part, le MRNF s’appuie sur ces données afin d’évaluer les volumes mobilisables en forêt privée lors de l’établissement des scénarios d’approvisionnement des industriels forestiers. C’est dans cette planification que la résidualité, prévue au régime forestier québécois, permet de rappeler que la forêt publique doit servir d’appoint aux différentes sources d’approvisionnement prioritaires (ex. : copeaux et autres sous-produits, forêt privée, importation). Pour ce faire, le MRNF tient d’abord compte du bois disponible et mobilisable en forêt privée avant de compléter, au besoin, le scénario d’approvisionnement à l’aide de la forêt publique.

La forêt privée appelée à jouer un plus grand rôle

Les vastes superficies de forêt publique continuent d’accaparer la part du lion de la possibilité forestière du Québec, particulièrement en ce qui a trait au groupe d’essence sapin-épinette- pin gris. Malgré tout, nous assistons graduellement à un transfert de la possibilité de récolte de la forêt publique vers la forêt privée. Ce phénomène résulte de l’effet combiné de la réduction des volumes pouvant être récoltés dans les unités d’aménagement en forêt publique et de l’augmentation de la possibilité en forêt privée.

Nous estimons ainsi qu’environ 36 % de la possibilité de récolte se trouve maintenant en forêt privée. Comme présenté dans les graphiques suivants, cette portion est évidemment variable selon le groupe d’essences. En effet, la moitié de la possibilité forestière des feuillus et la majorité de celle des autres résineux[4] se trouvent en territoire privé.

Compilation : FPFQSources : MRNF et BFEC

Une mise en garde demeure : la manière de calculer la possibilité forestière diffère sensiblement entre la forêt publique et privée. La soustraction d’une superficie faisant l’objet du calcul de possibilité forestière en forêt publique est facilitée par une coordination complète des décisions gouvernementales, contrairement à la forêt privée, où cette soustraction est difficilement applicable en raison des objectifs de récolte qui diffèrent entre les 162 900 propriétaires forestiers. Rappelons qu’en forêt publique, le Forestier en chef est responsable d’évaluer, puis de déterminer, les possibilités forestières. Ce résultat est prescriptif puisqu’il constitue un volume maximal des récoltes annuelles de bois par essence ou par groupe d’essences.

Une ressource renouvelable et un rôle accru pour la forêt privée

Malgré la tordeuse, le verglas, les chablis et les interventions humaines, la forêt privée poursuit sa croissance. Cette résilience témoigne du caractère renouvelable de la ressource forestière. La possibilité forestière est d’ailleurs réévaluée à chaque inventaire, soit tous les 10 à 15 ans, afin d’ajuster les prévisions en fonction de l’évolution des forêts, du niveau de récolte et des perturbations naturelles observées. Ces résultats illustrent l’importance relative de la forêt privée et confirment le rôle grandissant des producteurs dans l’approvisionnement du secteur forestier québécois.

NOTES :

[1] Les données nécessaires pour réviser le calcul sur la Côte-Nord ne sont pas disponibles, tandis que le Bas-Saint-Laurent a procédé de manière distincte. Consultez notre infolettre de juillet 2023 pour un aperçu détaillé de la méthodologie de calcul de la possibilité forestière et de ses applications.

[2] Le volume de bois sur pied désigne la quantité totale de bois présente dans la forêt, mesurée en mètres cubes. Il représente le capital forestier accumulé dans les arbres vivants avant toute récolte.

[3] Pour mieux comprendre les dynamiques de la croissance forestière, consultez l’article « La croissance d’une forêt : trois forces en action ».

[4] Mise en garde : le mélèze est inclus dans le groupe sapin-épinettes-pin gris en forêt publique, tandis qu’il est regroupé avec les autres résineux en forêt privée. Cette classification distincte peut créer certains écarts marginaux lors de l’interprétation des résultats par groupe d’essences.