Nouveau régime forestier
Le gouvernement du Québec s’apprête à revoir en profondeur son régime forestier avec le dépôt du projet de loi no 97. Si cette réforme cible d’abord la gestion des forêts publiques, elle pourrait entraîner des conséquences importantes pour les propriétaires forestiers. La Fédération y voit à la fois des occasions à saisir et des risques à surveiller de près.
Réforme du régime forestier : quels impacts pour la forêt privée?
Au cours des dernières années, la ministre des Ressources naturelles et des Forêts a amorcé une importante réflexion sur l’avenir du régime forestier québécois. Ce processus a mené, en avril dernier, au dépôt du Projet de loi n° 97 – Loi visant principalement à moderniser le régime forestier.
Ce projet s’inscrit dans un contexte de pressions croissantes, marqué par une multiplication des enjeux de cohabitation, des difficultés de planification et des incertitudes liées à l’approvisionnement en bois. À cela s’ajoute une conjoncture économique fragilisée par la résurgence des tarifs commerciaux.
Ce que prévoit la réforme en forêt publique
Tout régime forestier vise d’abord et avant tout la gestion des forêts publiques. À ce titre, le projet de loi n° 97 introduit plusieurs mécanismes de modernisation, dont les suivants :
- La nomination d’un aménagiste forestier régional, relevant du Forestier en chef, afin de renforcer la planification régionale.
- L’instauration d’un zonage du territoire forestier public en trois catégories dans une logique de différenciation des usages : zones d’aménagement prioritaire, zones multiusages et zones de conservation.
- L’allongement de l’horizon de planification, qui passerait de 5 à 10 ans, de même que le transfert de cette responsabilité aux industriels, dans une perspective de compétitivité et de prévisibilité accrue.
- La transformation des garanties d’approvisionnement en licences d’aménagement forestier durable (LAFD), afin d’introduire davantage de flexibilité dans les mécanismes d’attribution.
- L’abolition du Bureau de mise en marché des bois (BMMB), qui mettait en œuvre une tarification indépendante et jouait un rôle clé dans la démonstration du juste coût du bois public.
Le régime forestier est aussi fondamental pour la forêt privée puisqu’il détermine le niveau de soutien que l’État est prêt à consentir aux producteurs ou, à l’inverse, le niveau de concurrence qu’il leur impose sur le marché du bois, en raison de l’ampleur de la forêt publique.
L’avènement d’un nouveau régime forestier modifie ce fragile équilibre. Pourtant, il est essentiel que la gestion des forêts privées et publiques s’effectue de manière cohérente, concertée et synergique considérant leur importance relative.
Forêt privée : ajustements proposés et préoccupations soulevées
Bien qu’axé sur la forêt publique, le projet de loi introduit certaines modifications ayant des implications pour la forêt privée.
Tout d’abord, l’article 1 de la Loi sur l’aménagement durable du territoire forestier (LADTF) serait élargi afin d’inclure un objectif explicite : « encadrer l’aménagement des forêts privées et favoriser leur contribution à l’approvisionnement des usines de transformation du bois ». Ce changement témoigne d’une volonté de mieux intégrer la forêt privée à la stratégie d’approvisionnement globale.
Le projet de loi prévoit notamment :
- Une clause permettant au MRNF de diminuer les volumes des licences en forêt publique advenant une perturbation en forêt privée entraînant la destruction de massifs forestiers, dans le but de permettre une récupération accélérée du bois en péril sans déstabiliser les marchés.
- La dissolution du BMMB constitue un risque pour les producteurs, en raison de son rôle dans la transparence des redevances et de la dynamique concurrentielle entre les forêts publiques et privées. Ce repli signifie du même coup la fin de la politique de démonstration du juste coût du bois de la forêt publique dans le cadre du conflit du bois d’œuvre.
- Le transfert de la réglementation applicable aux forêts privées des municipalités vers les MRC, en réponse aux incohérences réglementaires vécues sur le terrain.
- L’abolition du système d’enregistrement des producteurs forestiers : dorénavant, la reconnaissance du statut serait liée à la signature d’un plan d’aménagement et à l’enregistrement d’une superficie forestière admissible auprès d’un ingénieur forestier. La FPFQ s’inquiète ici de l’absence de balises sur les coûts d’enregistrement et du risque de créer une dépendance entre le producteur et le conseiller.
- L’habilitation de la ministre à réunir les territoires limitrophes d’agences régionales de mise en valeur de la forêt privée afin de former une nouvelle agence.
Ce que le projet de loi ne prévoit pas
Outre, la capacité de moduler les licences octroyées advenant une perturbation en forêt privée, le projet ne renforce pas le principe de résidualité où le gouvernement doit d’abord prendre en compte les volumes disponibles en forêt privée avant d’octroyer des volumes issus des forêts publiques. Et même, dans les faits, il risque de l’affaiblir en allongeant à 10 ans la période des droits forestiers. Le principe de la résidualité étant de nature consultative, les producteurs forestiers s’exprimeront deux fois moins souvent. C’est pourquoi la FPFQ propose de rendre plus fréquentes les consultations du MRNF avec les offices de mise en marché du bois de la forêt privée que la période de 10 ans prévue par le projet de loi.
La FPFQ recommande également de prévoir d’autres situations que les catastrophes où le MRNF doit diminuer les licences en forêt publique afin d’assurer l’équilibre des marchés. Par ailleurs, celui-ci devrait soumettre à ce principe l’octroi de nouveaux volumes de bois destinés aux titulaires d’un permis pour la récolte aux fins d’approvisionner une usine de transformation du bois et de volumes non récoltés ou renoncés par les titulaires de licences d’aménagement forestier.
En ce qui a trait au coût du bois des forêts publiques, il est évident que le MRNF devra prévoir des mécanismes transparents pour fixer le prix des redevances et s’assurer qu’elles respectent la structure de prix en forêt privée. Pour ce faire, il nous apparaît justifié que le ministère entrevoit la possibilité de réaliser une étude de coût de production de bois en forêt privée en collaboration avec la FPFQ.
Prochaines étapes
La FPFQ a participé le 29 mai aux consultations particulières sur le projet de loi. Il est possible de consulter le mémoire rassemblant les recommandations de la FPFQ et de visionner l’audition en commission parlementaire. La ministre a déjà indiqué son intention d’apporter certaines modifications au texte. L’adoption est prévue à l’automne.
La FPFQ poursuivra activement ses démarches afin que la forêt privée, ses propriétaires et producteurs obtiennent toute la reconnaissance, le soutien et la place stratégique qu’ils méritent dans le prochain régime forestier.