Mettons la hache dans les dispositions sur l’abattage d’arbres

En décembre 2023, le gouvernement du Québec nous a donné un coup de massue en adoptant le projet de loi 39 sur la fiscalité municipale. Tel un faiseur de veuve[1], cette législation est apparue du ciel pour s’abattre sur notre tête à un moment inattendu.

Le gouvernement a d’abord aboli à tout jamais la possibilité pour un propriétaire d’obtenir une indemnité pour expropriation déguisée advenant l’introduction d’une règlementation protégeant des milieux humides et hydriques ou des boisés à valeur écologique importante. Pour ainsi dire, nous pourrons être à la merci des municipalités désirant protéger nos boisés en nous empêchant de les aménager, et ce, sans avoir le droit d’être compensés.

Cette pilule était passablement dure à avaler, mais ça ne s’arrête pas là. En commission parlementaire, les députés ont eu l’idée de quintupler le montant des amendes en cas d’infraction à un règlement d’abattage d’arbres afin de couper court aux ambitions des développeurs immobiliers qui faisaient fi de la protection du couvert forestier en milieu périurbain. Un geste certes louable, mais réalisé sans consultation.

Une simple étude d’impact aurait permis aux députés de conclure que les amendes constituent un risque collatéral excessif pour quiconque réalise des activités en forêt privée. Une comparaison avec le montant nettement inférieur des amendes prévues en forêt publique aussi.

Pouvant culminer à 1 000 $ par arbre ou 100 000 $ par hectare, les amendes proposées ne reflètent pas le niveau de risque de l’activité forestière puisqu’elles surpassent de loin la valeur des bois récoltés, et même la valeur foncière des terres forestières où ils poussent. Comment a-t-on pu associer le déboisement illégal au travail des producteurs qui cultivent leurs forêts de manière durable et pérenne?

Soyons clair. Je condamne toute forme d’abattage illégal. En revanche, je m’explique mal comment des erreurs humaines ou d’interprétation des règlements pourraient mener à des faillites. D’autant plus que nous dénonçons depuis belle lurette la complexification de la réglementation au détriment des citoyens et des employés municipaux chargés de leur application.

Votre fédération est à pied d’œuvre pour régler d’urgence cette situation. Au moment de publier ces lignes, une rencontre doit avoir eu lieu avec le ministère des Affaires municipales.

Vous conviendrez qu’il faut une fois pour toute régler la confusion qui règne en mettant la hache dans les dispositions sur l’abattage d’arbre. Pourquoi ne pas départager le régime réglementaire lié aux activités forestières de celui visant le déboisement pour fins d’artificialisation de milieux naturels? Une telle modification permettrait d’adopter un régime de sanction correspondant à la fois aux réalités urbaines et rurales, et donc adapté au niveau de risque de l’activité correspondante.

[1] Le terme faiseur de veuve fait référence aux arbres morts et chicots qui se brisent dans les airs lorsque l’on tente de les abattre et qui mettent en danger la vie des bûcherons lorsque la partie aérienne s’affaisse au sol.

Gaétan Boudreault
Producteur et président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de février 2024 

Jouer prudemment à la bourse du carbone

La planète se réchauffe, les forêts brûlent, des espèces envahissantes migrent au nord et la calotte glaciaire fond. On comprend pourquoi les citoyens de la Terre attendent avec impatience des solutions concrètes pour lutter contre les changements climatiques et l’effritement de la biodiversité. 

À mesure que l’urgence climatique s’accélère, l’attention se dirige naturellement vers les propriétaires forestiers. En effet, leurs arbres constituent de puissantes pompes naturelles à carbone. Et les producteurs constituent d’habiles pompistes pouvant accroître la séquestration de carbone à l’aide de diverses stratégies de protection et d’aménagement forestier.

En ce sens, l’adoption de protocoles permettant aux propriétaires de boisés de vendre des crédits de carbone séquestré par leurs forêts est une idée loin d’être vilaine. Néanmoins, avant de jouer à la bourse du carbone, les producteurs forestiers auraient intérêt à user de prudence, car les angles morts sont nombreux.

Réunir les ressources techniques et financières pour mettre en place des projets constituera toujours un défi. La complexité réglementaire, les procédures et autres exigences administratives sont des obstacles pour les petits propriétaires forestiers n’ayant pas toujours accès à l’expertise professionnelle requise. Le prix des crédits sera-t-il suffisant pour justifier tout ce travail et susciter notre engagement dans l’adoption de ces bonnes pratiques pour le climat?

Si tout va pour le mieux, la valeur des crédits devrait être appelée à croître; les producteurs devraient donc y réfléchir à deux fois avant de les céder à autrui. Le sentiment d’urgence et l’appât du gain sont de puissants aimants pour divers intervenants, anciens et nouveaux, intéressés par les crédits de carbone.

À moins bien entendu que ce marché ne s’envole en fumée, comme ce fut le cas pour plusieurs projets de plantation implantés en Californie, ou bien en raison d’un changement de gouvernement aux idéologies diamétralement opposées.

Les producteurs de bois devront aussi se questionner sur la gestion de leurs boisés. Souhaiteront-ils vendre du carbone ou bien du bois? Les deux options ne sont pas toujours compatibles sur la même parcelle. À moins bien sûr qu’ils souhaitent cultiver ces crédits pour leurs propres besoins, comme le rappelle l’UPA aux agriculteurs.

Vous voyez que j’ai moi-même plusieurs questions sans réponse qui suscitent chez moi de vives inquiétudes. C’est pourquoi, tout comme en bourse, la meilleure façon de bien investir consiste à se renseigner, à s’éduquer et à conserver un esprit critique. Il vaut probablement mieux investir intelligemment que précipitamment.

Vous pouvez être assurés que la Fédération des producteurs forestiers du Québec poursuivra sa mission de vous informer des développements, opportunités et pièges qui pourraient se dresser alors que ce marché prend de l’ampleur. De plus, nous poursuivrons les discussions avec nos partenaires et intervenants afin de nous assurer de donner l’heure juste aux producteurs.

Gaétan Boudreault
Producteur et président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de novembre 2023

Nous avons besoin d’un printemps des idées

Au cours de la dernière année, des voix se sont élevées pour exprimer le souhait de tenir une rencontre ou un sommet des partenaires de la forêt privée. Ces rencontres nationales se veulent un lieu d’échange permettant aux principaux intervenants du secteur de définir des orientations quant au développement des politiques gouvernementales liées à la gestion des forêts privées.

Le Sommet de la forêt privée de 1995, la rencontre des partenaires en 2006, suivis de leur rendez-vous en 2011, auront permis entre autres de mettre au monde les agences régionales de mise en valeur, de partager les coûts des programmes d’aide et d’améliorer le programme de remboursement des taxes foncières. Ils auront surtout permis aux partenaires de mettre cartes sur table, puis l’épaule à la roue, pour faire progresser la forêt privée.

Douze ans plus tard, le temps est-il venu de réunir les propriétaires forestiers, le monde municipal, l’industrie forestière et le gouvernement du Québec autour de la table? Après mûre réflexion, et bien que des risques existent toujours à vouloir brasser le statu quo, je crois qu’il est temps que je joigne ma voix à la leur pour réclamer la tenue d’une nouvelle rencontre des partenaires. Il reste en effet trop de choses à accomplir en forêt privée.

À titre d’exemple, le cadre réglementaire dans lequel nous sommes empêtrés doit être revu pour permettre aux propriétaires forestiers de mettre en valeur le potentiel de leurs boisés. Notre coffre à outils est parfois si réduit que j’entrevois mal comment nous pourrons aménager nos forêts pour faciliter leur adaptation aux changements climatiques, pour séquestrer davantage de carbone atmosphérique ou créer des habitats diversifiés au profit de la biodiversité. Les propriétaires forestiers peuvent affronter ces défis du 21e siècle, à condition qu’on leur fournisse la latitude pour intervenir.

Je pense aussi que les partenaires pourraient trouver le moyen de s’entendre sur la nécessité d’accroître et de pérenniser les programmes et mesures destinés à la mise en valeur des forêts privées. Nous l’avons échappé belle cette année alors que des annonces tardives auront permis de sécuriser les budgets destinés à la sylviculture des forêts privées. Toutefois, un précipice se dresse devant nous puisque les budgets pourraient chuter de près de 30 M$ dès l’année prochaine si rien n’est fait.

Par la présente, j’invite mes homologues des partenaires de la forêt privée à faire preuve encore une fois d’ouverture pour amener la forêt privée à un autre niveau. Et si rencontre il y a, j’espère que nous serons tous capables de trouver le moyen de favoriser un printemps des idées au détriment d’un débat stérile.

Gaétan Boudreault
Producteur et président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de septembre 2023.

Moderniser nos relations

Plusieurs organismes du secteur forestier s’engagent par nécessité dans une course à la modernisation afin de demeurer concurrentiels ou pertinents. L’industrie forestière rénove ses équipements et se consolide, les conseillers forestiers se lancent dans une transition numérique, les entrepreneurs optimisent l’intégration de leurs opérations avec les transporteurs forestiers, alors que les organismes de conservation redoublent d’ingéniosité pour diffuser leurs idées.

L’effervescence est aussi palpable à la Fédération et chez ses affiliés, et ce, autant dans nos propres processus internes que dans nos rapports externes. Ce remue-méninges nous amène parfois à revisiter la relation fournisseur-client existante entre les propriétaires, producteurs, entrepreneurs, transporteurs et conseillers, et l’industrie forestière.

Effectivement, devant des marchés en mutation, trois syndicats de producteurs de bois se sont fermement engagés dans une volonté de négocier collectivement les conditions de mise en marché du bois de sciage. En cherchant à encadrer la relation entre les producteurs et les acheteurs, ces syndicats tentent d’assurer un développement harmonieux de la filière. Ces efforts collectifs et les gains qui en témoignent reposent avant tout sur la volonté de voir la situation des producteurs progresser. Pourrait-on les blâmer?

Bien qu’il insuffle un peu d’espoir aux producteurs, ce changement draconien laisse peu d’acteurs indifférents puisque la formalisation de ces relations se traduit généralement par un encadrement des libertés individuelles. L’immobilisme dans les positions de certains doit parfois être confronté à la volonté collective du changement, la dictature du statu quo ne pouvant prédominer par défaut.

Le respect des champs de compétence et la volonté de faire évoluer ces relations au bénéfice de tous constituent à mon avis l’assise d’un secteur qui cherche à se renouveler et à se développer. Dans tous les cas, l’écoute et l’ouverture sont de mise afin d’assurer que la relation évolue de façon fructueuse entre les parties.

Pour les producteurs et leurs syndicats, cela présuppose l’amélioration de l’offre de service aux industriels forestiers en ajustant le rythme, le niveau ou la qualité des livraisons aux besoins escomptés. Ne nous leurrons pas; ce n’est qu’en devenant les meilleurs fournisseurs que nous nous assurerons que notre matière première devienne effectivement une ressource prioritaire.

Pour les acheteurs de bois? Des conditions de mise en marché satisfaisantes pour les fournisseurs, c’est-à-dire compétitives, lucratives ainsi que prévisibles. On peut présumer que cela inclut aussi le respect des achats prioritaires du bois des forêts privées au détriment de celui des forêts publiques.

En 2021, la récolte et la transformation du bois des forêts privées du Québec ont généré des revenus de 4,7 G$ et assuré près de 24 300 emplois, comme révélé dans le dernier Portrait économique des activités sylvicoles et de la transformation du bois des forêts privées. Nul doute, les producteurs forestiers constituent un atout incontournable pour le secteur forestier, les régions et le Québec. Nous pouvons en être fiers, mais j’ai la prétention de penser que nous pourrions faire encore mieux en modernisant nos relations.

Gaétan Boudreault
Producteur et président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de mai 2023.

Du concept de la résidualité à celui de la priorité

D’aussi loin que je me souvienne, les syndicats, les offices et votre fédération ont toujours martelé l’idée de développer l’accès aux marchés des producteurs forestiers.

Ce message, nous le portons aux industriels qui achètent notre bois (et surtout à ceux qui en achètent peu ou pas!). Nous le portons également au ministère des Ressources naturelles et des Forêts qui, par sa gestion des forêts publiques, constitue bien malgré lui notre plus féroce concurrent.

À force de persévérance, le gouvernement a adopté en 1989 le principe de « résidualité » qui confère un caractère résiduel au bois de la forêt publique par rapport aux autres sources d’approvisionnement dans l’établissement des scénarios d’approvisionnement des usines de transformation du bois. En d’autres mots, le ministère consulte les autres fournisseurs, dont la forêt privée, afin de n’accorder que le bois nécessaire aux entreprises forestières pour combler leurs besoins.

Il est vrai que le ministère offre une performance d’équilibre dans l’application du principe de résidualité, lui qui doit jongler avec ses allocations afin de maintenir une structure industrielle forestière vigoureuse sans pour autant léser les producteurs de bois.

Ces fréquents déséquilibres entre l’offre et la demande hypothèquent la capacité des producteurs et de leurs syndicats à négocier des conditions de mise en marché satisfaisantes. Pire encore, certains volumes ne peuvent être récoltés par manque de débouchés.

Au cours de la dernière année, les syndicats et offices de producteurs forestiers ont justement participé à l’exercice de consultation du ministère qui vise à évaluer les volumes disponibles en forêt privée et ainsi déterminer les volumes des forêts publiques qui seront accordés aux industriels entre 2023 et 2028. Il s’agit du socle sur lequel repose le principe de résidualité. Nous saurons donc bientôt quelle place sera accordée aux producteurs forestiers.

Bien évidemment, je souhaiterais plutôt que l’on priorise d’office l’achat de notre bois, car la crainte de ne pouvoir récolter constitue un frein pour le développement de nos entreprises.

Dans une contrée si riche en forêts, les sources d’approvisionnement en bois sont nombreuses, mais j’ai la prétention de penser que nous pouvons aspirer à devenir les meilleurs fournisseurs. Peut-être en améliorant nos services aux acheteurs en contrepartie de meilleures conditions?

À nous de prouver au ministère et aux industriels que nous sommes les mieux placés afin d’assurer un approvisionnement durable, et à ces derniers de nous prouver que l’achat du bois des forêts privées est véritablement priorisé.

Gaétan Boudreault
Producteur et président par intérim de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de février 2023.

La saison des promesses

À peine reposés de nos vacances estivales qu’une campagne électorale était déclenchée. Comme vous tous, nous avons bénéficié de peu de temps pour convaincre les différents partis et leur chef respectif de soutenir les 134 000 propriétaires et producteurs forestiers.

En effet, la campagne électorale s’achevait alors que les feuilles des arbres venaient à peine de se colorer. Je tiens évidemment à féliciter tous les candidats élus.

À l’aube des premières neiges, une nouvelle ministre des Ressources naturelles et des Forêts a pris place. Mme Maïté Blanchette Vézina devra rapidement jongler avec des enjeux multiples et départager les plus pressants : caribou forestier, approvisionnement des usines, intendance des forêts publiques, tordeuse, séquestration du carbone forestier, intérêts autochtones et j’en passe. Qu’en sera-t-il des producteurs et de leurs boisés?

La tentation sera forte d’abandonner certaines promesses devant la complexité de certains dossiers ou le manque de ressources pour y arriver. Rassurez-vous, Madame la Ministre, nos attentes sont simples, légitimes et, espérons-le, mutuellement bénéfiques.

Lors de la campagne, les producteurs vous ont rappelé la nécessité d’accroître les mesures de soutien à la sylviculture afin de produire davantage de bois de qualité. Ces sommes permettront à plus de propriétaires forestiers de mettre en valeur leur patrimoine forestier et de juguler la diminution des services offerts aux producteurs dans un contexte inflationniste. En prime, l’industrie forestière pourra compter sur des approvisionnements sûrs pour moderniser ses installations et consolider les emplois du secteur.

En parallèle, ils vous ont demandé de sécuriser l’accès au marché pour le bois que nous récoltons afin de nous garantir un avenir prévisible et suffisamment lucratif pour nous permettre d’investir dans notre secteur de production. Un meilleur arrimage entre les allocations de bois des forêts publiques et les allocations des forêts privées permettrait d’atteindre cet objectif. Votre vigilance sera de mise alors qu’une récession pointe son nez et que l’insatisfaction quant à la concurrence de la forêt publique gagne du terrain.

Finalement, il faudra nous accompagner dans l’adoption de meilleures pratiques environnementales en forêt privée, car les producteurs ne peuvent assumer seuls les efforts nécessaires afin de rassurer le milieu municipal, la société civile et les groupes environnementaux quant à la gestion de nos boisés.

Nous ne sommes pas dupes; ces demandes de longue date ne pourront être résolues avant la fin de l’hiver. Peut-être pourrions-nous espérer une hausse des budgets d’aménagement au printemps suivant, avant que les activités sylvicoles démarrent en trombe?

J’espère sincèrement que nous pourrons vous rencontrer très prochainement pour vous féliciter en personne et discuter de nos enjeux respectifs. Souhaitons également qu’à ce moment, vous et vos conseillers politiques serez soucieux de bien vouloir comprendre la réalité des producteurs forestiers. Dans tous les cas, Madame la Ministre, vous bénéficierez de plusieurs saisons au cours de ce mandat pour nous surprendre agréablement ou m’entendre vous le rappeler sans cesse.

Gaétan Boudreault
Producteur et président par intérim de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de novembre 2022.

Remerciement pour devoirs accomplis

Cette année, j’aurai le plaisir d’assumer la présidence par intérim de la Fédération des producteurs forestiers du Québec, car après 17 ans de loyaux services, mon cher ami Pierre-Maurice Gagnon a décidé de tirer sa révérence. J’aurai la chance d’être épaulé cette année par des administrateurs de grande expérience, MM. Éric Cliche et André Roy, respectivement 1er et 2e vice-présidents.

Connu de tous dans le secteur forestier, et reconnu pour ses expressions percutantes et propres à lui, Pierre-Maurice laisse derrière lui une marque indélébile sur les propriétaires et producteurs forestiers qu’il a su brillamment représenter et vaillamment défendre.

Ce n’est pas pour rien qu’en 2013, l’Ordre des ingénieurs forestiers du Québec lui a remis la distinction Henri-Gustave-Joly-de-Lotbinière puisqu’il a consacré sa vie à travailler au développement du secteur forestier. Nous pouvons sans l’ombre d’un doute remercier M. Gagnon pour ses devoirs accomplis.

De son passage à la fédération, je retiendrai son humanité, son sens de la solidarité et son leadership rassembleur. C’est pourquoi je me réjouis de constater qu’il demeurera président du Syndicat des producteurs de bois du Saguenay-Lac-Saint-Jean, et ce faisant, il poursuivra son mandat d’administrateur de la fédération où il pourra nous guider avec ses précieux conseils et son expérience incommensurable. Ceux-ci seront utilisés à bon escient alors qu’une campagne électorale provinciale se profile à l’horizon. Pour conquérir le vote des 134 000 propriétaires et producteurs forestiers du Québec, les candidats aux élections devront leur accorder la reconnaissance qui leur est due.

Pour ma part, je m’efforcerai de véhiculer auprès des formations politiques la nécessité d’appuyer les producteurs forestiers dans la mise en valeur de leurs boisés par une bonification des mesures de soutien à l’aménagement, la protection de nos marchés, un cadre réglementaire encourageant la sylviculture et une rémunération pour les services environnementaux rendus. Pourrai-je compter sur vos voix pour transmettre ce message aux centaines de candidats?

Gaétan Boudreault
Producteur et président par intérim de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de septembre 2022.

Le difficile équilibre entre les services environnementaux et économiques fournis à la société par nos boisés

C’est connu, nos lots boisés constituent l’épine dorsale d’une économie forestière qui a permis l’essor de plusieurs régions. Ce qui est moins connu, ce sont les biens et services environnementaux que nos forêts privées fournissent à l’ensemble des collectivités du Québec.

C’est en grande partie grâce au couvert forestier que nous protégeons et aménageons que les citoyens profitent de paysages agroforestiers resplendissants ainsi que d’une eau pure et abondante. Nos forêts et les milieux humides qu’elles abritent préservent des habitats fauniques ou floristiques, et donc la biodiversité. Elles constituent aussi des corridors écologiques essentiels à la migration des espèces dans une trame fortement humanisée. Évidemment, le bois que nous récoltons permet, une fois transformé, de prolonger la période de séquestration du carbone par les arbres de nos forêts.

Il s’avère difficile, voire nébuleux, de tenter de chiffrer les retombées de ces biens et services écologiques offerts à la société par les propriétaires forestiers. Ils sont simplement inestimables.

C’est sans doute pourquoi, dans un objectif de conservation, l’État multiplie les réglementations visant notre territoire.

Or, certaines réglementations parfois abusives frôlent l’expropriation et limitent notre capacité à poursuivre nos activités traditionnelles. Veut-on vraiment reléguer les propriétaires forestiers dans un rôle de garde forestier?

Nos boisés constituent une vitrine par laquelle les 8,5 millions de Québécois admirent la forêt. Nous avons donc tout intérêt que les pratiques de gestion forestière soient exemplaires, car la production de bois et celle de biens environnementaux ne sont pas incompatibles.

Il faudra dorénavant convaincre la société d'accorder des compensations équitables aux producteurs lorsque les exigences de protection vont au-delà d'un seuil raisonnable. Cela doit changer, car actuellement, ces compensations demeurent quasi inexistantes.

C’est pourquoi votre fédération s’implique dans la diffusion du guide de saines pratiques d’intervention en forêt privée et dans l’établissement de mesures de protection spécifiques à certaines espèces menacées qui pourront être intégrées aux plans d’aménagement forestier. Nous proposons aussi aux autorités publiques des ajustements réglementaires cohérents qui permettront d’optimiser les attributs environnementaux et économiques de la forêt privée.

Cependant, il faudra dorénavant convaincre la société d’accorder des compensations équitables aux producteurs lorsque les exigences de protection vont au-delà d’un seuil raisonnable. Cela doit changer, car actuellement, ces compensations demeurent quasi inexistantes.

Pierre-Maurice Gagnon
Producteur et président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de mai 2022.

Un changement de garde dans la continuité

Je souhaite d’entrée de jeu consacrer ces premiers mots à un géant qui a su laisser au cours de sa carrière une marque indélébile sur le quotidien des producteurs agricoles et forestiers. Après 10 ans à la tête de la Confédération de l’UPA, M. Marcel Groleau a décidé d’en quitter la présidence.

Il peut partir la tête haute, lui qui a défendu activement l’intérêt de l’ensemble des producteurs, contribué de façon significative à démystifier auprès du public l’essence même de nos durs labeurs et à préserver une culture de collaboration entre les producteurs de tous les horizons.

Étant moi-même producteur agricole et forestier, je peux témoigner de l’importance pour les producteurs de toutes les productions de travailler ensemble sur des enjeux communs. Je me réjouis par ailleurs de l’appui unanime que les producteurs acéricoles et forestiers ont reçu lors du dernier congrès de l’UPA dans une panoplie de dossiers, notamment en ce qui a trait à la mise en marché collective, aux taxes sur le bois d’oeuvre et à la protection du potentiel acéricole.

S’épauler dans l’adversité est une valeur qui rejoint tous ceux qui militent de près ou de loin dans chacune de nos organisations apparentées.

Parce qu'après tout, les profits des 2 x 4 n'appartiennent pas qu'à l'industrie!

Nous en avons eu un exemple éloquent le 10 décembre dernier lorsque les syndicats producteurs forestiers du Sud du Québec, de la Côte-du-Sud et de la région de Québec, accompagnés par l’UPA et votre fédération, ont uni leurs voix lors d’une conférence de presse pour revendiquer la modernisation du modèle de mise en marché du bois rond vendu aux scieries de ces régions. Parce qu’après tout, les profits des 2 X 4 n’appartiennent pas qu’à l’industrie!

Je ne pourrais terminer ce mot sans souhaiter la bienvenue au nouveau président général de l’UPA, M. Martin Caron. Celui-ci est déjà bien au fait des défis qui nous attendent en forêt privée et je n’ai aucun doute qu’il saura défendre les intérêts de l’ensemble des producteurs agricoles et forestiers.

Sur ce, merci Marcel, et bonne chance Martin!

Pierre-Maurice Gagnon
Producteur et président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de février 2022.

Les solutions pressent pour adapter la gestion de nos boisés aux changements climatiques

Les propriétaires et producteurs forestiers, plus que bien des gens, s’inquiètent des bouleversements causés par les changements climatiques. On rappelle fréquemment que les boisés qu’ils aménagent peuvent participer activement à la lutte contre les changements climatiques, mais on oublie bien souvent que ces mêmes forêts peuvent aussi en être victimes.

À bien des égards, les changements climatiques accroissent la vulnérabilité de nos boisés que nous nous efforçons de protéger et d’aménager. La récurrence des sécheresses, la multiplication des feux de forêts, les épidémies d’insectes mieux adaptés aux climats tempérés, la migration d’espèces fauniques et floristiques à des niches écologiques en changement sont des menaces grandissantes d’année en année.

Je rêve de gestes concrets s'inscrivant dans une stratégie globale où nos efforts sont reconnus et où un soutien adéquat nous est offert.

Au mieux, ces perturbations changeront profondément les écosystèmes forestiers que nous chérissons. Au pire, nous assisterons éventuellement à une déstructuration du couvert forestier qui fournit une opportunité économique aux producteurs tout en générant des biens et services environnementaux inestimables pour la société.

La survie de nos boisés et des espèces qu’ils abritent ne doit pas dépendre uniquement de réglementations contraignantes qui figent notre potentiel d’action face à cette situation de crise. Je rêve plutôt de gestes concrets s’inscrivant dans une stratégie globale où nos efforts sont reconnus et où un soutien adéquat nous est offert. Par exemple, le développement d’un marché du carbone forestier suffisamment rémunérateur pour inciter davantage d’investissements en sylviculture afin d’accroître la résilience de nos boisés. Ou bien une compensation équitable pour assurer un changement de pratiques permettant la protection des biens et services environnementaux rendus à la communauté.

De telles pistes de solutions permettront aux producteurs d’adapter la gestion de leurs boisés aux changements climatiques. Le temps presse. Autrement, j’ai bien peur que les forêts que je laisserai en héritage soient bien différentes de celles que mes ancêtres m’ont léguées.

Pierre-Maurice Gagnon
Producteur et président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de novembre 2021.

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