Le difficile équilibre entre les services environnementaux et économiques fournis à la société par nos boisés

C’est connu, nos lots boisés constituent l’épine dorsale d’une économie forestière qui a permis l’essor de plusieurs régions. Ce qui est moins connu, ce sont les biens et services environnementaux que nos forêts privées fournissent à l’ensemble des collectivités du Québec.

C’est en grande partie grâce au couvert forestier que nous protégeons et aménageons que les citoyens profitent de paysages agroforestiers resplendissants ainsi que d’une eau pure et abondante. Nos forêts et les milieux humides qu’elles abritent préservent des habitats fauniques ou floristiques, et donc la biodiversité. Elles constituent aussi des corridors écologiques essentiels à la migration des espèces dans une trame fortement humanisée. Évidemment, le bois que nous récoltons permet, une fois transformé, de prolonger la période de séquestration du carbone par les arbres de nos forêts.

Il s’avère difficile, voire nébuleux, de tenter de chiffrer les retombées de ces biens et services écologiques offerts à la société par les propriétaires forestiers. Ils sont simplement inestimables.

C’est sans doute pourquoi, dans un objectif de conservation, l’État multiplie les réglementations visant notre territoire.

Or, certaines réglementations parfois abusives frôlent l’expropriation et limitent notre capacité à poursuivre nos activités traditionnelles. Veut-on vraiment reléguer les propriétaires forestiers dans un rôle de garde forestier?

Nos boisés constituent une vitrine par laquelle les 8,5 millions de Québécois admirent la forêt. Nous avons donc tout intérêt que les pratiques de gestion forestière soient exemplaires, car la production de bois et celle de biens environnementaux ne sont pas incompatibles.

Il faudra dorénavant convaincre la société d'accorder des compensations équitables aux producteurs lorsque les exigences de protection vont au-delà d'un seuil raisonnable. Cela doit changer, car actuellement, ces compensations demeurent quasi inexistantes.

C’est pourquoi votre fédération s’implique dans la diffusion du guide de saines pratiques d’intervention en forêt privée et dans l’établissement de mesures de protection spécifiques à certaines espèces menacées qui pourront être intégrées aux plans d’aménagement forestier. Nous proposons aussi aux autorités publiques des ajustements réglementaires cohérents qui permettront d’optimiser les attributs environnementaux et économiques de la forêt privée.

Cependant, il faudra dorénavant convaincre la société d’accorder des compensations équitables aux producteurs lorsque les exigences de protection vont au-delà d’un seuil raisonnable. Cela doit changer, car actuellement, ces compensations demeurent quasi inexistantes.

Pierre-Maurice Gagnon
Producteur et président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de mai 2022.

Un changement de garde dans la continuité

Je souhaite d’entrée de jeu consacrer ces premiers mots à un géant qui a su laisser au cours de sa carrière une marque indélébile sur le quotidien des producteurs agricoles et forestiers. Après 10 ans à la tête de la Confédération de l’UPA, M. Marcel Groleau a décidé d’en quitter la présidence.

Il peut partir la tête haute, lui qui a défendu activement l’intérêt de l’ensemble des producteurs, contribué de façon significative à démystifier auprès du public l’essence même de nos durs labeurs et à préserver une culture de collaboration entre les producteurs de tous les horizons.

Étant moi-même producteur agricole et forestier, je peux témoigner de l’importance pour les producteurs de toutes les productions de travailler ensemble sur des enjeux communs. Je me réjouis par ailleurs de l’appui unanime que les producteurs acéricoles et forestiers ont reçu lors du dernier congrès de l’UPA dans une panoplie de dossiers, notamment en ce qui a trait à la mise en marché collective, aux taxes sur le bois d’oeuvre et à la protection du potentiel acéricole.

S’épauler dans l’adversité est une valeur qui rejoint tous ceux qui militent de près ou de loin dans chacune de nos organisations apparentées.

Parce qu'après tout, les profits des 2 x 4 n'appartiennent pas qu'à l'industrie!

Nous en avons eu un exemple éloquent le 10 décembre dernier lorsque les syndicats producteurs forestiers du Sud du Québec, de la Côte-du-Sud et de la région de Québec, accompagnés par l’UPA et votre fédération, ont uni leurs voix lors d’une conférence de presse pour revendiquer la modernisation du modèle de mise en marché du bois rond vendu aux scieries de ces régions. Parce qu’après tout, les profits des 2 X 4 n’appartiennent pas qu’à l’industrie!

Je ne pourrais terminer ce mot sans souhaiter la bienvenue au nouveau président général de l’UPA, M. Martin Caron. Celui-ci est déjà bien au fait des défis qui nous attendent en forêt privée et je n’ai aucun doute qu’il saura défendre les intérêts de l’ensemble des producteurs agricoles et forestiers.

Sur ce, merci Marcel, et bonne chance Martin!

Pierre-Maurice Gagnon
Producteur et président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de février 2022.

Les solutions pressent pour adapter la gestion de nos boisés aux changements climatiques

Les propriétaires et producteurs forestiers, plus que bien des gens, s’inquiètent des bouleversements causés par les changements climatiques. On rappelle fréquemment que les boisés qu’ils aménagent peuvent participer activement à la lutte contre les changements climatiques, mais on oublie bien souvent que ces mêmes forêts peuvent aussi en être victimes.

À bien des égards, les changements climatiques accroissent la vulnérabilité de nos boisés que nous nous efforçons de protéger et d’aménager. La récurrence des sécheresses, la multiplication des feux de forêts, les épidémies d’insectes mieux adaptés aux climats tempérés, la migration d’espèces fauniques et floristiques à des niches écologiques en changement sont des menaces grandissantes d’année en année.

Je rêve de gestes concrets s'inscrivant dans une stratégie globale où nos efforts sont reconnus et où un soutien adéquat nous est offert.

Au mieux, ces perturbations changeront profondément les écosystèmes forestiers que nous chérissons. Au pire, nous assisterons éventuellement à une déstructuration du couvert forestier qui fournit une opportunité économique aux producteurs tout en générant des biens et services environnementaux inestimables pour la société.

La survie de nos boisés et des espèces qu’ils abritent ne doit pas dépendre uniquement de réglementations contraignantes qui figent notre potentiel d’action face à cette situation de crise. Je rêve plutôt de gestes concrets s’inscrivant dans une stratégie globale où nos efforts sont reconnus et où un soutien adéquat nous est offert. Par exemple, le développement d’un marché du carbone forestier suffisamment rémunérateur pour inciter davantage d’investissements en sylviculture afin d’accroître la résilience de nos boisés. Ou bien une compensation équitable pour assurer un changement de pratiques permettant la protection des biens et services environnementaux rendus à la communauté.

De telles pistes de solutions permettront aux producteurs d’adapter la gestion de leurs boisés aux changements climatiques. Le temps presse. Autrement, j’ai bien peur que les forêts que je laisserai en héritage soient bien différentes de celles que mes ancêtres m’ont léguées.

Pierre-Maurice Gagnon
Producteur et président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de novembre 2021.

Amorcer un dialogue constructif avec les élus municipaux

Au cours des dernières années, nous avons su convaincre les élus provinciaux de l’importance d’améliorer les mesures de soutien aux producteurs forestiers dans l’optique d’accroître l’approvisionnement en bois des usines de transformation et de contribuer ainsi au développement économique de plusieurs régions. Mais, au-delà de ce coup de pouce, les producteurs doivent également pouvoir compter sur un régime d’aménagement qui encourage la mise en valeur de leurs boisés.

Le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation élabore présentement une Stratégie nationale d’urbanisme et d’aménagement des territoires afin d’actualiser les orientations d’aménagement du Québec. L’occasion est belle pour notre organisation de proposer des solutions afin d’accroître la cohérence entre les politiques de soutien à la production de bois et le régime d’aménagement des forêts privées.

Par contre, je m’inquiète que le message que nous véhiculons ne trouve pas partout écho, notamment dans le milieu municipal où la complexification du contexte réglementaire mine les efforts d’aménagement durable du territoire forestier. En effet, je me désole de constater que la production forestière y est parfois découragée.

Les élus municipaux ont un rôle significatif à jouer pour simplifier la réglementation en forêt privée puisque ce sont les municipalités qui y régissent l’abattage d’arbres et la protection du couvert forestier. Ils devraient reconnaître et soutenir le travail des 134 000 propriétaires forestiers du Québec qui sont des gestionnaires locaux responsables de la mise en valeur de la majorité du territoire municipalisé du Québec. 

Plusieurs pistes de solution doivent être portées à leur attention. Ils peuvent appuyer l’adoption de dispositions réglementaires simples qui favorisent l’aménagement durable de la forêt privée et répondent aux besoins des producteurs forestiers. Plus simple encore, ils peuvent transférer le pouvoir d’établir des réglementations sur les activités forestières de leur municipalité à leur MRC afin de se doter d’une réglementation uniforme, cohérente et conciliante à l’échelle régionale. Encore mieux, ils peuvent diminuer le taux des taxes foncières de la nouvelle catégorie d’immeubles forestiers afin de soutenir le travail des producteurs forestiers qui vitalisent le tissu économique de leur municipalité.

À l’aube des élections municipales qui auront lieu cet automne, il est temps pour tous les producteurs forestiers d’amorcer un dialogue constructif avec les candidats aux élections municipales. Nous ne pourrons être trop nombreux à sensibiliser les quelque 8 000 élus dans plus de 1 100 municipalités du bienfait de nous appuyer dans la mise en valeur de nos boisés.

Pierre-Maurice Gagnon
Producteur et président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de septembre 2021.

Une année charnière

La dernière année en fut une de grands changements pour les producteurs impliqués comme moi. Les rencontres fréquentes en personne à travers la province se sont métamorphosées en réunions virtuelles. Les rendez-vous avec les partenaires, les rencontres avec les élus et ministres, les parutions en commission parlementaire et même l’assemblée générale annuelle de la Fédération des producteurs forestiers du Québec (FPFQ) se sont tous déroulés par vidéoconférence. Heureusement, nous avons pu continuer à aménager nos lots à bois et à visiter nos forêts afin d’égayer nos esprits et parfois même oublier la pandémie.

Nous avons tous dû, d’une façon ou d’une autre, apprendre à vivre, travailler et communiquer différemment. Je ne veux surtout pas laisser l’impression que nous devons envisager un futur uniquement virtuel. Bien au contraire, le contact humain qui nous rapproche des gens demeure irremplaçable, alors que le langage non verbal qui en découle nous permet toujours de mieux comprendre nos interlocuteurs.

À défaut de n’avoir pu célébrer adéquatement le 50e anniversaire de la FPFQ en 2020, nous trouverons une occasion pour le souligner. Ainsi, nous entamons ce deuxième cinquantenaire avec la même conviction profonde que notre grande organisation doit poursuivre la promotion des intérêts de tous les producteurs forestiers du Québec, notamment en ce qui a trait à la commercialisation ordonnée du bois.

Ce fut une année charnière pour ce dernier dossier qui a occupé de plus en plus l’esprit de bon nombre de producteurs forestiers. Cette année, la situation s’est avérée très favorable pour les scieurs alors que le prix du bois d’oeuvre s’est hissé à un niveau record. Bien sûr, certains acheteurs se sont montrés à quelques égards friands du bois des producteurs, mais parfois moins enclins à rémunérer le travail exigeant de ceux-ci. Nul doute que la situation a nourri un sentiment d’insatisfaction chez de nombreux producteurs qui ne négocient pas collectivement la mise en marché du bois de sciage résineux.

Pourtant, de nombreux outils sont mis à la disposition des producteurs et de leurs plans conjoints pour assurer la prévisibilité de la mise en marché, et ce, au bénéfice des producteurs, de l’industrie forestière, des communautés rurales et de l’État. C’est pourquoi la FPFQ a mis autant d’efforts au cours des dernières années pour soutenir les ambitions des producteurs qui désirent parachever ce projet afin d’établir un partenariat d’affaires solide, mais équitable, avec l’industrie forestière.

Au cours de la dernière année, les producteurs forestiers de la Côte-du-Sud et du Sud du Québec ont mis en branle des chantiers pour étendre la couverture de la mise en marché collective au bois de sciage résineux, comme le font déjà les producteurs de plusieurs régions. Après de multiples contestations, les audiences devant la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec sont maintenant complétées.

Après tant de travail et d’attente, nous espérons une décision favorable dans ces deux dossiers. Peu importe le résultat des décisions attendues, je demande à tous les syndicats de producteurs forestiers de s’impliquer activement dès maintenant dans une mise en marché collective et ordonnée de tout le bois.

Pierre-Maurice Gagnon
Producteur et président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de mai 2021.

Récolter plus à condition de vendre plus

Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) a dévoilé à la toute fin de 2020 une Stratégie nationale de production de bois qui vise à faire fructifier la valeur des forêts québécoises. L’objectif poursuivi est d’accroître la richesse collective tout en contribuant activement à la lutte contre les changements climatiques.

Je me réjouis de constater que les producteurs forestiers sont aux premières loges de cette stratégie puisqu’un axe entier leur est dédié. En priorisant l’accroissement de la production et de la récolte de bois en forêt privée, le MFFP envoie le message clair aux producteurs forestiers qu’il compte sur leur apport pour faire de cette stratégie un succès.

Dès lors, il faudra que le MFFP prévoie des mesures d’aide concrètes pour soutenir davantage de propriétaires forestiers à réaliser plus de travaux sylvicoles. Pourquoi alors ne pas profiter de l’occasion pour procéder à la simplification de la mesure de remboursement de taxes foncières des producteurs forestiers? Voilà une façon simple d’accroître la capacité des producteurs forestiers à réaliser des investissements sylvicoles dans leurs forêts et ainsi contribuer de manière pérenne au succès de cette stratégie.

Bien entendu, la vigilance sera de mise pour s’assurer que les hausses de récolte également prévues en forêt publique ne viennent pas éroder les parts de marché des producteurs forestiers. Les producteurs nécessitent un accès prévisible aux marchés, sans quoi ils ne pourront produire plus.

Espérons que l’appétit des forestières pour le bois des forêts privées sera à l’image des ambitions du MFFP que nous partageons. Des volumes de bois importants sont déjà disponibles dans de nombreuses régions, mais ne sont pas mobilisés, faute de marchés. Je pense immédiatement à l’hécatombe qui sévit chez mes collègues des régions des Laurentides et de l’Outaouais depuis la fermeture inopportune de Fortress il y a plus d’un an déjà. La déstructuration des marchés se solde toujours par une démobilisation des producteurs qui y perdent leur gagne-pain. Après tout, pourquoi produirait-on plus de bois si nous ne pouvons le récolter et le vendre à un juste prix à l’industrie forestière?

La Politique d’intégration du bois dans la construction dévoilée simultanément par le gouvernement se veut une réponse partielle à cet enjeu puisqu’elle a pour objectif de stimuler la demande pour les produits de construction en bois. Toutefois, cela élude la problématique du marché du bois à pâte qui ne cesse de péricliter depuis une trentaine d’années. La sous-mobilisation de ces volumes de trituration dans de nombreuses régions heurte la capacité des producteurs à récolter plus et mieux. En ce sens, la réouverture officielle de l’usine de panneaux de Chambord viendra combler les attentes de bon nombre de producteurs. Cependant, je souhaite que l’ensemble des producteurs forestiers du Québec puisse aussi bénéficier de tels investissements structurants pour la filière.

En terminant, je demeure sensible aux inquiétudes de mes confrères acériculteurs qui craignent que la stratégie gouvernementale ne vienne mettre en danger le potentiel acéricole de nos forêts publiques. Après tout, 18 % de la production acéricole s’effectue actuellement sur cette tenure et un peu plus de la moitié du potentiel de développement s’y retrouve. Il serait évidemment regrettable que les acériculteurs fassent les frais des forestiers, alors qu’il s’agit en fait des mêmes producteurs. L’expérience nous montre que les producteurs qui ont su tirer parti des multiples ressources de leurs boisés sont souvent ceux qui s’en sont tirés le mieux.

Pierre-Maurice Gagnon
Producteur et président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de février 2021.

Miser sur la mise en marché collective

C’est en 1956 que le gouvernement provincial a octroyé aux producteurs agricoles et forestiers le droit de se regrouper sous la forme d’un plan conjoint afin de réglementer leur production et de négocier collectivement toutes les conditions de mise en marché. Il s’agissait là d’une révolution pour les producteurs qui pouvaient miser sur leur sens de la collectivité pour créer un contrepoids nécessaire à l’équilibre des intérêts divergents qui existent avec les quelques acheteurs.

Conscients de l’opportunité qui s’offrait à eux, les producteurs de bois ont été à l’origine du premier plan conjoint du Québec. Bien vite, des plans conjoints ont émergé dans différentes régions du Québec afin d’encadrer la mise en marché du bois à pâte.

Près de 65 ans plus tard, ces outils mis à la disposition des producteurs demeurent toujours aussi pertinents et adaptés à leur réalité, et ce, bien que le marché principal des producteurs ait migré du bois à pâte vers le bois de sciage. Au fil du temps, et à juste titre, plusieurs plans conjoints ont adapté leur réglementation pour encadrer la mise en marché de ce nouveau produit. Ce travail demeure cependant inachevé dans plusieurs régions.

Dernièrement, la situation s’est avérée très favorable pour les scieurs alors que le prix du bois d’oeuvre a, contre toute attente, battu des records. Néanmoins, les analyses de votre fédération semblent démontrer que la faveur des marchés n’a pas percolé jusqu’à l’ensemble des producteurs. Pensons plus particulièrement à ceux qui ne négocient pas collectivement la mise en marché du bois de sciage résineux.

Difficile de blâmer quiconque pour la stagnation des conditions offertes à ces producteurs, car à défaut d’organiser eux-mêmes la mise en marché, d’autres acteurs aux intérêts divergents s’en mêlent. Les rares acheteurs de bois limitent la concurrence potentielle alors que les nombreux intermédiaires capturent une très grande part de cette rente.

Pour pallier cette situation, plusieurs syndicats régionaux de producteurs forestiers oeuvre d’une manière ou d’une autre à amplifier leur rôle dans l’établissement des conditions de vente du bois de sciage sur leur territoire. Récemment, les producteurs forestiers de la Côte-du-Sud et du Sud du Québec ont franchi une étape importante pour étendre la couverture de la mise en marché collective au bois de sciage résineux en complétant leurs audiences devant la Régie des marchés agricoles et alimentaire du Québec. La conduite de ces dossiers a nécessité, et nécessitera encore, des efforts considérables de la part de ces syndicats, de votre fédération et de l’Union des producteurs agricoles.

Tout en espérant des décisions favorables pour ces plans conjoints, il est urgent pour tous les autres plans conjoints d’enclencher des démarches et même, à mon point de vue, d’aller plus loin dans ce dossier. Il est impératif de négocier les prix et les volumes ainsi que de diriger le bois afin d’assurer que tous les producteurs puissent bénéficier des mêmes conditions de mise en marché, et ce, peu importe leur situation, leur volume de récolte et la distance de livraison. Il s’agit là du principe de la péréquation si habilement appliqué par les producteurs et productrices acéricoles et laitiers.

Pierre-Maurice Gagnon
Producteur et président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de novembre 2020.

Maintenir le cap malgré la tempête

Nul doute, la tempête que nous traversons est sans commune mesure alors que la crise sanitaire liée à la COVID-19 a complètement bouleversé l’ordre des choses.

Cela aura forcé la Fédération des producteurs forestiers du Québec (FPFQ) a reporter la tenue de son congrès et de l’assemblée générale annuelle auxquels nombre d’entre vous étaient conviés. Il s’agit d’un moindre mal lorsque la santé de tout un chacun est en danger, mais c’est néanmoins bien malheureux considérant qu’il était question d’un congrès à caractère international, soulignant les 50 ans de notre organisation. Ce n’est que partie remise pour les producteurs, les administrateurs, les employés et les autres gens ayant oeuvré toutes ces années au développement de la FPFQ.

Bien que le secteur forestier ait été rapidement considéré comme un service essentiel, la mise en marché du bois a montré ci et là des signes d’essouflement ce printemps en raison du ralentissement économique. Bien que depuis, certains marchés aient repris de la vigueur, comme celui du bois de sciage résineux, d’autres fonctionnent toujours au ralenti. 

Les producteurs forestiers devront maintenir le cap malgré la tempête. Heureusement, ils pourront compter sur leur syndicat et leur office de producteurs de bois pour les guider. L’utilisation des mécanismes de mise en marchés permettront d’éclairer la situation. En ce sens, la FPFQ, de concert avec ses organismes affiliés, a procédé à une révision importante de PrixBois.ca. Ce site permet déjà aux producteurs d’identifier le marché le plus lucratif pour leur production en retranchant les coûts de transport pour chaque opportunité de vente.

Les producteurs forestiers qui bénéficient d’une mise en marché collective pour tout leur bois n’ont pas besoin d’utiliser tout le potentiel offert par cette plate-forme. Toutefois, ils pourront dorénavant profiter d’une veille économique sur les marchés du bois et des produits forestiers, des alertes de changements de prix du bois ainsi que d’un calculateur pour estimer les revenus de leurs chantiers. 

Le premier ministre du Québec a annoncé récemment qu’il désirait rapidement améliorer le régime forestier afin d’accroître sa prévisibilité. Nous entendons évidemment participer aux discussions afin de préserver les intérêts des 134 000 propriétaires forestiers face aux impacts de ces changements. En ce sens, nous sommes déjà à l’oeuvre pour proposer des changements qui permettront aussi d’accroître la prévisibilité pour tous les acteurs de la forêt privée. 

Finalement, je tiens, par la présente, à souligner l’arrivée de Vincent Miville à la direction générale de la FPFQ. M. Miville a oeuvré pour notre organisation par le passé et tout comme lui, nous sommes heureux qu’il puisse servir encore une fois les propriétaires et les producteurs forestiers de toutes les régions. Je désire par le fait même remercier Marc-André Côté pour la décennie pendant laquelle il a oeuvré en tant que directeur général de notre organisation. Son dynamisme et ses aptitudes hors pair nous auront permis de faire avancer bon nombre de dossiers dont bénéficient aujourd’hui tous les producteurs forestiers.

Pierre-Maurice Gagnon
Producteur et président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de septembre 2020.

La Fédération des producteurs forestiers du Québec a 50 ans

Le 3 avril 1970, des syndicats régionaux de producteurs forestiers se sont réunis à Lévis pour former une fédération provinciale. Ses fondateurs, dont mon père Henri-Paul, ont misé sur ce regroupement pour assurer une coordination entre ses membres, fournir une assistance technique aux syndicats régionaux et accroître la voix des producteurs forestiers sur la scène provinciale. On comptait alors 10 syndicats et 5 offices, administrant 26 plans conjoints de producteurs de bois.

L’examen du travail des 50 dernières années montre que la principale raison justifiant notre action collective est toujours d’actualité, même si les propriétaires forestiers et leur environnement institutionnel ont bien changé au cours des années.

Le bilan est appréciable lorsqu’on considère le régime graduellement mis sur pied par le gouvernement pour soutenir la protection et la mise en valeur des potentiels des forêts privées québécoises. Les gains ont été nombreux et significatifs, même s’ils étaient souvent obtenus suivant des décennies de représentations ou sous l’effet d’une crise. 

À l’époque, les producteurs réalisaient à forte majorité leurs travaux sylvicoles, à la scie à chaîne, sans soutien financier gouvernemental. Mis à part les syndicats de producteurs forestiers, les usines de pâtes et papiers, et le ministère des Terres et Forêts, peu d’organismes se souciaient de la gestion des forêts privées. Le droit de propriété l’emportait encore sur les demandes sociétales et les réglementations environnementales n’étaient pas encore à l’ordre du jour.

Au fil des ans, les producteurs forestiers ont revendiqué et initié de multiples mesures pour soutenir leurs projets individuels ou collectifs. Il suffit de lire les vieux rapports annuels de la FPFQ pour constater l’énorme travail de consultation des producteurs forestiers qui a mené à la formulation des recommandations pour établir le régime que nous connaissons aujourd’hui. Notre organisation était au centre des débats et doit continuer de l’être si nous voulons que les politiques gouvernementales soient incarnées dans la réalité des gens vivant dans nos communautés rurales.

Parallèlement, le mécanisme pour commercialiser le bois des forêts privées demeure inachevé, d’autant plus que les déséquilibres sur les marchés demeurent. Les réglementations de plans conjoints ont démontré leur performance dans d’autres productions agricoles, au bénéfice des producteurs, de l’industrie de la transformation, des communautés rurales et des gouvernements. Ce parachèvement passe logiquement par l’élargissement de la portée de nos réglementations régionales pour couvrir l’ensemble des bois récoltés en forêt privée et une amélioration de notre performance à les appliquer, en collaboration avec les groupements forestiers et les entrepreneurs forestiers. 

Nous avons aussi assisté à la multiplication des organisations s’intéressant à la gestion du territoire forestier privé, mettant à mal le droit de propriété pour tenir compte des exigences sociétales. Cela s’est traduit par une multiplication des réglementations afin de conserver la biodiversité, protéger les paysages agroforestiers et maintenir la qualité des bassins versants des cours d’eau. Encore ici, le travail de la FPFQ a permis, d’une part, de défendre le droit de propriété en proposant des mesures raisonnables, et d’autre part, de sensibiliser les producteurs forestiers et les entrepreneurs de récolte aux saines pratiques d’intervention à adopter sur le territoire forestier privé.

Tous ces dossiers avaient en commun de placer la FPFQ comme un relais de communication entre l’État, la société civile, incluant l’industrie forestière, et les dizaines de milliers de propriétaires et producteurs forestiers de toutes les régions du Québec.

En cette année d’anniversaire, j’espère que le plus grand nombre reconnaîtra ce rôle et ces réalisations.

Pierre-Maurice Gagnon
Producteur et président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de mai 2020.

Traiter des sujets ruraux pour maintenir la vitalité des régions

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Les 134 000 propriétaires forestiers et leurs familles doivent s’inquiéter de la perte progressive et rapide de l’espace médiatique qui est consacré aux enjeux des milieux ruraux. C’est près de 19 % de la population québécoise qui vit aujourd’hui dans des municipalités de moins de 1 000 habitants, soit plus de 1,5 million de personnes. Leur réalité est différente de celle des milieux urbains; la densité d’occupation du territoire est plus faible, les services de proximité moins présents et les voisins plus éloignés physiquement.

Pour les habitants des milieux ruraux, les médias régionaux demeurent LA façon la plus efficace pour informer, contrer le sentiment d’isolement, et surtout avoir l’information la plus transparente. Or, avec la fermeture ou les fusions de plusieurs journaux locaux, il devient de plus en plus difficile d’être bien informé. Les nouvelles sont diluées, moins variées, plus centralisées. Et pour ajouter à cette perte d’espace médiatique sur des sujets qui nous concernent, on nous donne de moins en moins accès à des journalistes spécialisés. Généralistes pour la plupart, ces journalistes ont peine à s’imprégner des sujets spécifiques à la réalité rurale. On leur demande de parler de tout, en surface, on ne leur donne pas toujours le temps de se pencher sur les vrais problèmes. Les dossiers traités en profondeur sont ainsi devenus de plus en plus rares.

Cette perte d’espace médiatique rural est aussi le fruit de la « montréalisation » de l’information, mais surtout de la crise engendrée par les géants du Web qui ont vampirisé les revenus publicitaires des journaux. Faute de revenus, les médias ont dû s’ajuster. Pour sauver des coûts, on demande à un journaliste de Montréal d’écrire sur un sujet qui se déroule dans une autre région. On priorise également les événements qui se passent dans les grandes villes, à défaut d’avoir des journalistes en région. Oui, c’est une décision économique, me direz-vous. On réduit ainsi le nombre de journalistes dans les salles de presse, on évite les frais de déplacement, tout en ayant l’opportunité de reprendre un même article pour le diffuser dans d’autres journaux du même groupe médiatique.

Oui, des sujets comme l’intelligence artificielle, la création de jeux vidéo ou les Canadiens de Montréal sont l’apanage des grandes villes, mais les milieux ruraux ont aussi des sujets qui leur appartiennent, tout en étant susceptibles d’intéresser bien des urbains.

Pour informer les gens de ce qui se passe en région, il est essentiel de maintenir une couverture rurale. Pour s’en convaincre, il suffit de lire le traitement de l’actualité par les journalistes de La Terre de chez nous, des bureaux régionaux de Radio-Canada ou du Quotidien au Saguenay–Lac-Saint-Jean, le journal de ma région. Autrement, c’est la vie d’un cinquième des Québécois et Québécoises qui passe inaperçue.

Le rapport des audiences de la commission parlementaire sur l’avenir des médias d’information qui se terminaient en août dernier nous offrira, je l’espère, des recommandations pour conserver une couverture régionale.

Pierre-Maurice Gagnon
Producteur et Président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de février 2020.

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