Les producteurs doivent-ils s’inquiéter d’une vague de fermetures?

Le début du printemps n’a pas été clément pour l’industrie forestière. Plusieurs grands industriels forestiers nord-américains ont essuyé des pertes financières importantes au cours du premier trimestre. L’industrie forestière dans son ensemble a vu ses revenus fondre de 6,0 % sur un an et ses marges bénéficiaires s’effondrer.

Conséquemment, nous avons assisté à une vague de fermetures dans le secteur forestier. Ces suspensions des opérations résultent d’une confluence de facteurs économiques, environnementaux et structurels.

Récapitulatif des fermetures au Québec

Depuis la fin du mois d’avril, six usines ont annoncé publiquement l’arrêt de leurs opérations. Plus précisément, quatre scieries, une usine de placage et une usine de pâte dissolvante ferment leurs portes. Quatre de ces usines cessent indéfiniment leurs opérations. La région la plus touchée est l’Abitibi-Témiscamingue avec trois fermetures dans la même MRC, affectant profondément la communauté et mettant en péril l’activité économique. Voici un aperçu des fermetures que nous avons recensées :

La combinaison de la faiblesse du marché de la construction, l’augmentation des coûts de production, la rareté ou des coûts élevés d’approvisionnement en bois rond, l’incertitude économique et l’impact des incendies de forêt a créé un environnement hostile pour le secteur forestier. Voyons ici en détail comment chacun de ces facteurs a eu raison des usines de transformation du bois précédentes :

1. Ralentissement de la demande : Le marché de la construction continue de montrer des signes de faiblesse, avec un rythme de mise en chantier modéré en ce début d’année 2024. L’inflation persistante pousse les banques centrales à maintenir des taux d’intérêt élevés, ce qui retarde la construction et freine la demande de matériaux en bois (consultez notre texte sur la reprise du bois d’œuvre qui se fait attendre).

2. Hausse des coûts de production : Les coûts énergétiques en augmentation, les frais de financement élevés et un contexte économique difficile ont mis les usines sous pression financière. Les hausses salariales, les frais de transport propulsés par le prix du carburant et les enjeux de logistiques ainsi que l’augmentation significative des coûts d’approvisionnement en équipement exercent aussi une pression supplémentaire sur les marges des entreprises.

3. Manque de fibre : En raison de la sévérité des feux de forêt de l’été dernier, le Forestier en chef a recommandé une diminution de la possibilité forestière en forêt publique de l’ordre de 619 400 m³ sur la période 2023-2028. Ces diminutions sont limitées aux trois régions incendiées, soit l’Abitibi-Témiscamingue, la Mauricie et le Nord-du-Québec, mais c’est cette dernière qui assumera 84 % de la baisse. La disponibilité limitée du bois conduira vraisemblablement à une baisse des garanties d’approvisionnement des usines de ces territoires. Notons que quatre des six usines ayant annoncé leurs fermetures s’y trouvent justement.

Par ailleurs, les feux ont conduit à des ajustements dans les stratégies d’approvisionnement, avec un déplacement vers des secteurs où la récupération et le transport du bois sont plus coûteux, ce qui a probablement rendu certaines opérations financièrement non viables, malgré le soutien du ministère des Ressources naturelles et des Forêts, par le biais de programmes de récupération des bois et une dévaluation de la valeur marchande de bois sur pied.

Cette situation n’est pas isolée au Québec. En Colombie-Britannique, le géant Canfor prévoit des fermetures et des désinvestissements en raison du manque de fibre lié aux feux de forêt et à l’infestation du dendroctone du pin.

4. Hausse des coûts d’approvisionnement : Le coût de la matière première, notamment le bois rond, a augmenté ces dernières années. Une concurrence plus élevée pour la fibre en période de marché haussier, conjuguée à la hausse du coût du camionnage explique en grande partie ce phénomène. Tout comme la hausse des coûts de récolte. Le coût d’exploitation des entrepreneurs forestiers a progressé de 12 % en 2022 puis de 3,5 % en 2023 selon l’Association québécoise des entrepreneurs forestiers (AQEF).

En 2023, le prix moyen du bois mis en marché en forêt privée a chuté, mais il demeure au-dessus des prix observés avant la pandémie. Au même moment, le prix moyen des ventes du Bureau de mise en marché des bois (BMMB) a atteint 17,43 $/m³, son deuxième plus haut niveau en cinq ans. Ce résultat est particulièrement notable, car de nombreuses ventes ont été réalisées à des prix très bas pour écouler le bois des feux de forêt. Malgré ces ventes à rabais, la moyenne est restée élevée, particulièrement dans les régions de l’Abitibi-Témiscamingue et du Nord-du-Québec.

5. Incertitude : L’incertitude fragilise le secteur forestier. Les tensions commerciales, notamment le conflit du bois d’œuvre, ajoutent une couche supplémentaire de scepticisme. La volonté du gouvernement de créer des aires protégées sur 30 % du territoire fait craindre le pire pour les approvisionnements de certains industriels. Quant au projet pilote annoncé pour protéger l’habitat du caribou forestier, il semble avoir dissipé certaines craintes. À cela, ajoutons les enjeux de gouvernance et de planification en forêt publique évoqués dans le cadre de la réflexion sur l’avenir des forêts. Ces défis, combinés aux évolutions réglementaires, compliquent davantage la planification à long terme des entreprises forestières, rendant l’environnement commercial encore plus imprévisible et difficile à naviguer. 

Impact de ces fermetures pour les producteurs forestiers

La fermeture des usines a un impact en cascade sur toute l’industrie forestière, fragilisant les entreprises et autres acteurs en amont, tels que les transporteurs de bois, les entrepreneurs forestiers, les producteurs de bois et les fournisseurs d’équipements et de services. Une interrelation évidente existe même entre les usines qui ont annoncé des fermetures. Par exemple, la scierie Béarn acheminait ses copeaux inutilisés à l’usine RYAM à Témiscamingue. Lorsque l’une tombe, la seconde est immédiatement fragilisée.

Pour l’instant, les fermetures annoncées affecteront peu la forêt privée.  Ces usines consomment moins de 2 % du volume de bois mis en marché dans les forêts privées des régions concernées. Fortement dépendantes d’un approvisionnement en forêt publique, c’est plutôt cette chaîne logistique qui subira le premier coup de ces fermetures. Toutefois, de manière indirecte, les producteurs forestiers pourraient observer la fragilisation de certains de leurs clients. Nous pourrions également observer une redirection des volumes de bois libérés en forêt publique vers d’autres acheteurs, et ce, au risque de grignoter certaines parts de marché des producteurs.

L’incertitude persiste quant à la direction que prendra le secteur forestier. Les conditions économiques seront déterminantes pour savoir si la tendance actuelle se poursuivra ou si une reprise est envisageable. Les décisions gouvernementales constitueront aussi un point focal; les tables sur l’avenir de la forêt et les discussions visant à dépoussiérer le régime forestier actuel auront probablement une incidence sur la trajectoire du secteur.

Bois d’œuvre : Une reprise attendue d’ici la fin de l’année?

Le marché du bois d’œuvre est tombé abruptement de son nuage en 2023. L’euphorie et les records ont rapidement laissé place à la déception. La demande nord-américaine a glissé de 1,9 % alors que le marché immobilier subissait le choc d’une hausse des taux d’intérêt. Il n’en fallait pas plus pour que le prix du bois d’œuvre s’effondre de 44 %.

À première vue, le marché amorce l’année 2024 comme il a terminé 2023 : au ralenti et dans l’espoir de jours meilleurs. Il faut dire que l’inflation persistante en ce début d’année exerce une influence significative sur les décisions de la Réserve fédérale et de la Banque du Canada de maintenir les taux d’intérêt élevés. Les Nord-Américains attendent avec impatience des baisses de taux maintes fois annoncées par les prévisionnistes, mais sans cesse repoussées par les banques centrales. Comment peuvent-elles faire autrement?

L’économie américaine s’active au-delà de son potentiel et l’inflation demeure au-dessus du niveau désiré (bien qu’elle soit sur la bonne trajectoire descendante). Pendant ce temps, la Banque du Canada est forcée de retarder son action par crainte de créer un trop grand écart de taux avec nos voisins américains.

L’attentisme caractérise le marché de la construction. Après un trimestre en 2024, le rythme de mises en chantiers aux États-Unis a atteint 1,49 M d’unités, en hausse de 2,8 % sur un an, mais encore en deçà du niveau de construction réalisé au cœur de la pandémie.  Ce rythme demeure encore loin des 2,0 M d’unités nécessaires pour loger les nouveaux ménages formés chaque année et remplacer les logements obsolètes. D’après un consensus de prévisions, il manque au moins 2 M de maisons unifamiliales aux États-Unis et probablement 0,6 M de résidences multifamiliales pour loger l’ensemble des ménages. Il faut dire que le surplus de construction ayant causé la crise immobilière en 2008 a depuis longtemps été éliminé, car le rythme de mises en chantiers est toujours demeuré inférieur à celui de formation de ménages depuis.

La rareté croissante de logements devra se traduire par une hausse de la construction. Les constructeurs n’attendent qu’un retour en masse des acheteurs pour accélérer les mises en chantiers. Retour qui sera précipité par une baisse éventuelle de taux, encore qu’elle soit significative. Les banques centrales demeurent nébuleuses sur leurs intentions, mais les économistes anticipent une première baisse de taux en septembre ou novembre 2024. Toutefois, il y a fort à parier que les baisses seront lentes et graduelles afin d’éviter de tomber dans une spirale inflationniste.

On prévoit d’ailleurs que les mises en chantier américaines stagneront en 2024, puis progresseront de presque 4 % en 2025. Le segment des unifamiliales, si important pour la demande de matériaux en bois, fera toutefois mieux puisqu’il augmentera de 4,7 % en 2024 puis de 4,2 % en 2025.

Il reste à voir si cette embellie se traduira aussi par une amélioration de la construction résidentielle au Canada. En l’absence d’une baisse de taux pouvant stimuler l’activité immobilière, le gouvernement Trudeau a profité de son plus récent budget pour multiplier les annonces dans l’optique de résorber la crise du logement. Est-ce que ce sera suffisant pour stimuler la construction et incidemment la demande en matériau de bois?

Nous anticipons aussi une hausse des projets de rénovation qui ont représenté plus de 40 % de la consommation de bois d’œuvre ces dernières années. La demande en bois d’œuvre devrait donc s’améliorer suffisamment dès cette année pour rattraper la glissade de l’an dernier. Les prévisionnistes travaillent sur une croissance de la consommation de bois d’œuvre de 3,0 % en 2024, suivi d’une hausse de 4,5 % en 2025.

Une demande atone et une saison de feux de forêt catastrophique au Canada ont ralenti la production des scieries l’année dernière (-2,0 % en 2023). La baisse a été plus marquée au Canada (-4,2 %) qu’aux États-Unis (-0,8 %). En particulier, le Québec (-7,8 %) a enregistré la plus forte diminution de production, principalement en raison des incendies de forêt qui ont perturbé les opérations. Les scieries s’approvisionnant principalement en forêt privée ont néanmoins été épargnées de ces déboires. En effet, le volume de bois de sciage de sapin-épinette mis en marché par les producteurs forestiers du Québec a stagné (+0,1 %) au cours de cette période.

Le début de 2024 semble marquer une reprise de la production de bois d’œuvre, mais serait-il un leurre ? Après 2 mois, la production québécoise a rebondi de 14%, cependant les inventaires atteignent un niveau inégalé en une décennie. Ces données préliminaires indiquent-elles un ralentissement des ventes contrairement aux attentes ? Pendant ce temps, la production canadienne a augmenté de 5,2%, tandis que celle des États-Unis s’est atténuée de 1,0%.

Les contraintes d’approvisionnement et la hausse des coûts de production ont poussé de nombreuses scieries à opérer à perte depuis un certain temps, comme en témoignent les nombreuses fermetures observées récemment. Il est légitime de craindre une reprise tardive qui provoquerait d’autres fermetures dans les mois à venir. Nonobstant, les prévisionnistes projettent une hausse de la production de bois d’œuvre de 1,4% en 2024 et d’environ 5% en 2025, bien que les incendies de forêt demeurent une menace pour l’été 2024.

Le prix du bois d’œuvre a chuté brutalement en 2023 (-44 %). Nous anticipons que le renforcement de la demande en raison d’un déficit structurel de logements soutiendra les prix dans les années à venir. Loin des records, il s’agira néanmoins d’une transition vers la croissance après une année 2023 décevante. Ce déclenchement sera tributaire d’une normalisation des taux d’intérêt. Malgré tout, pour l’instant, diverses prévisions permettent d’anticiper une hausse moyenne des prix de 7,8 % en 2024. Si la tendance se maintient, les prix pourraient même progresser de 8,1 % en 2025.

Chute des mises en chantier aux États-Unis en mars

Généralement, et ce fût encore le cas cette année, les feux sont davantage associés aux forêts résineuses nordiques, et donc principalement situées en territoire public (Lac-St-Jean, Côte-Nord, Abitibi-Témiscamingue, Nord-du-Québec et nord de la Mauricie). La vallée du St-Laurent et les Appalaches, dominées par les peuplements feuillus et mixtes, sont généralement moins susceptibles d’être perturbées par le feu, les incendies qui s’y développent demeurent limités pour deux raisons. Premièrement, les feuillus constituent des murs anti-feux efficaces en raison du contenu en humidité de leurs feuilles. Deuxièmement, la proximité des forêts privées et des infrastructures publiques accélère l’urgence et le temps de réponse des responsables de la sécurité publique (principalement la SOPFEU et les pompiers municipaux).

Sur le plan macroéconomique, les feux de forêts ont provoqué la fermeture de plusieurs usines de transformation du bois dans les régions nordiques. Cette baisse de l’offre de produits forestiers a eu lieu alors que la demande pour les produits du bois est chancelante. En effet, l’impact de la hausse des taux d’intérêt provoque un ralentissement du secteur immobilier. L’effet de la contraction de l’offre sur les marchés fût somme toute limité, comme en témoigne l’évolution du prix du bois d’œuvre.

La baisse des mises en chantier de logements aux États-Unis en mars souligne les défis persistants auxquels est confronté le marché immobilier. Les décisions de la Réserve fédérale de maintenir les taux d’intérêt élevés pour contrer l’inflation, les coûts de construction élevés et un marché immobilier hors de prix sont autant de facteurs qui influencent ce niveau d’activité. L’indice de prix des maisons aux États-Unis, le S&P CoreLogic Case-Shiller, a enregistré une augmentation annuelle de 6,0 % en janvier. Sur une base ajustée en fonction des variations saisonnières, les prix des maisons ont surpassé le niveau record établi l’année dernière.

Néanmoins, à mesure que la Réserve fédérale modérera son taux directeur, les mises en chantier devraient s’accélérer. D’après la National Association of Home Builder, les mises en chantiers de résidences unifamiliales devraient terminer l’année sur une hausse de 4,7 %, puis augmenter encore de 4,2 % en 2025. Du côté des résidences multifamiliales, on prévoit que les mises en chantier devraient fortement régresser en 2024 (-20 %), en raison de la difficulté d’accès du financement, puis se redresser légèrement en 2025 (+2.3 %). Malgré tous ces écueils, les prévisionnistes anticipent une croissance continue des prix des maisons d’environ 2,4 % en 2024.

Impact des feux de forêt sur la mise en marché du bois

Feu foret

L’année 2023 a été marquée par les feux de forêt d’une intensité et d’une ampleur peu commune. Selon la SOPFEU, de janvier à septembre, 679 feux principalement allumés par la foudre ont provoqué la destruction de 5,30 Mha de forêts. Les feux ont endommagé environ 3,81 Mha en zone nordique, soit des forêts n’étant pas aménagées pour des fins d’approvisionnement de l’industrie forestière. Néanmoins, 1,49 Mha de forêts en zone intensive constituant le bassin d’approvisionnement de l’industrie forestière ont été endommagées. À titre indicatif, à peine 300 ha avaient été ravagées par 431 incendies l’année précédente.

La sécheresse du printemps conjuguée à des épisodes météorologiques favorisant la foudre ont créé une tempête parfaite. Bien que des épisodes de grands feux surviennent sporadiquement, l’impact des changements climatiques sur l’écosystème forestier a probablement accentué la situation. La hausse moyenne de la température assèche plus rapidement les sols et la biomasse et accroît l’intensité énergétique des catastrophes climatiques.

Généralement, et ce fût encore le cas cette année, les feux sont davantage associés aux forêts résineuses nordiques, et donc principalement situées en territoire public (Lac-St-Jean, Côte-Nord, Abitibi-Témiscamingue, Nord-du-Québec et nord de la Mauricie). La vallée du St-Laurent et les Appalaches, dominées par les peuplements feuillus et mixtes, sont généralement moins susceptibles d’être perturbées par le feu, les incendies qui s’y développent demeurent limités pour deux raisons. Premièrement, les feuillus constituent des murs anti-feux efficaces en raison du contenu en humidité de leurs feuilles. Deuxièmement, la proximité des forêts privées et des infrastructures publiques accélère l’urgence et le temps de réponse des responsables de la sécurité publique (principalement la SOPFEU et les pompiers municipaux).

Sur le plan macroéconomique, les feux de forêts ont provoqué la fermeture de plusieurs usines de transformation du bois dans les régions nordiques. Cette baisse de l’offre de produits forestiers a eu lieu alors que la demande pour les produits du bois est chancelante. En effet, l’impact de la hausse des taux d’intérêt provoque un ralentissement du secteur immobilier. L’effet de la contraction de l’offre sur les marchés fût somme toute limité, comme en témoigne l’évolution du prix du bois d’œuvre.

Pour les producteurs forestiers œuvrant en forêt privée, la majorité de l’impact est chose du passé. Les producteurs ont dû cesser leurs opérations quelques semaines en raison du risque d’incendie, mais la situation s’est résorbée depuis.

Cependant, les producteurs forestiers des régions de l’Abitibi-Témiscamingue, du Saguenay-Lac-Saint-Jean et de la Côte-Nord devront principalement composer avec une hausse de la concurrence à mesure que les récoltes de secteurs incendiés en forêt publique s’accélèrent. Ceux des régions plus éloignées pourraient être en grande partie épargnés, car les scieries clientes sont localisées trop loin des forêts incendiées pour justifier le déplacement du bois.

Le ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF) a préparé des plans d’aménagement spéciaux de récupération dans les zones touchées par les incendies alors que le Bureau de mise en marché des bois (BMMB) est déjà à pied d’œuvre pour organiser la vente de bois qui sera récupéré. Au total, plus de 1,83 Mm³ de bois est déjà mis aux enchères, dont 92% en résineux. À cela s’ajoute un volume de 0,78 Mm³ de bois que le MRNF a déjà accordé en vente de gré à gré. Ces volumes peuvent paraître énormes, mais ils demeurent largement inférieurs à ceux réellement carbonisés.

Toutefois, plusieurs raisons suggèrent que cet enjeu sera passager. Premièrement, comme nous le rappelle le CIFQ, il est impératif de récupérer le bois avant le printemps prochain, moment où il sera colonisé par des hordes d’insectes qui anéantiront sa mise en valeur potentielle. La cohue causée sera temporaire, à moins qu’elle ne force un décalage des droits forestiers déjà consentis lors des années subséquentes.

Deuxièmement, les usines de transformations du bois ne sont pas friandes d’une matière première contenant de la suie. Les opérations en sont ralenties et les produits finis peuvent être affectés. Par ailleurs, la récolte de bois brûlé entraîne une logistique plus lourde, affectant la productivité et le rendement. La hausse de coût conjuguée à la faiblesse du marché du bois d’œuvre diminue les marges des scieurs, comme en témoigne la décision des dirigeants de Produits forestiers Résolu de cesser temporairement les opérations à la scierie Comtois de Lebel-sur-Quévillon.

Troisièmement, une portion du parc de machinerie a été ravagée par les incendies. Selon l’Association québécoise des entrepreneurs forestiers, plus de soixante machines forestières ont été incendiées, représentant des pertes de plusieurs dizaines de millions de dollars. Assurés ou pas, de nombreux entrepreneurs devront assumer d’importantes pertes financières. Dans tous les cas, le remplacement des équipements sera ardu et lent, voire interminable aux yeux des entrepreneurs forestiers affectés.

Conscients des risques pour les années à venir, les acteurs du secteur forestier s’accordent sur la nécessité de préparer des mesures de contingence pour éviter la répétition d’une telle catastrophe. En forêt privée, cela présuppose de :

  1. Réfléchir à une stratégie d’adaptation des forêts aux changements climatiques permettant d’accroître la résilience des forêts contre des perturbations naturelles amplifiées.
  2. Obtenir une source de financement permettant de mettre en œuvre des stratégies d’aménagement forestier dans un contexte d’adaptation aux changements climatiques et de protection de la biodiversité.
  3. Préparer un plan de prévention et d’intervention lors de catastrophes naturelles en forêt privée québécoise qui permettra au MRNF et aux producteurs forestiers de coordonner leurs efforts de récolte des bois affectés.
  4. Communiquer adéquatement aux propriétaires et producteurs forestiers les saines habitudes d’aménagement et de travail requises pour éviter la propagation d’incendies forestiers.

Ces actions ne pourront être mises en vigueur par la Fédération des producteurs forestiers du Québec sans la collaboration du MRNF et des autres acteurs du secteur forestier.

La production de bois d’œuvre en baisse de 9 % en 2023 après 4 mois

La fin de l’année 2022 a été marquée par un ralentissement de la production canadienne de bois d’œuvre résineux. La production a chuté de 14 % au 4e trimestre de 2022 comparativement au 1er trimestre de la même année. Les données de Statistique Canada confirment que ce ralentissement se poursuit en 2023.

En avril 2023, la production canadienne de bois d’œuvre résineux a diminué de 6,4 % d’une année à l’autre. Après 4 mois, les scieries accusent un retard de 8,7 % par rapport à la période correspondante de 2022. Le ralentissement est palpable dans toutes les régions.

Au Québec, la production des scieries a chuté de 11 % en avril et accuse un retard de 8,5 % après 4 mois. En Colombie-Britannique, la chute est plus importante alors que les scieries ont ralenti leur production d’environ 17 % depuis le début de l’année.

Évolution de la production de bois d’oeuvre résineux
(en GPMP par mois)

Les inventaires de bois d’œuvre résineux suivent la même tendance, puisqu’ au Canada, ceux-ci ont diminué de 6,5 % après 4 mois. Au Québec, la situation est semblable; les inventaires de bois d’œuvre résineux ayant faibli de 6,6 %.

À l’inverse, la production de bois d’œuvre feuillu au Québec, qui représente une majeure partie de la production totale de feuillu au Canada, a bien entamé son début d’année puisque la production est supérieure de 17 % par rapport à l’année précédente.

Évolution de la production de bois d’oeuvre feuillu au Québec
(en MPMP par mois)

Il faut s’attendre à ce que le ralentissement se prolonge cette année. Les incendies de forêt, en particulier en Alberta, au Québec et en Colombie-Britannique, ont depuis entraîné des conséquences dévastatrices sur la production de bois d’œuvre. Les feux de grande ampleur ont non seulement détruit des millions d’hectares de forêt, mais ont également perturbé l’approvisionnement en bois et la capacité des scieries à opérer normalement. Les prochaines données divulguées permettront de saisir l’ampleur de la chute de production.

Avertissement – Modification de la méthode d’affichage de prix sur Prixbois.ca

Ce message s’adresse à tous les utilisateurs de la plateforme Prixbois.ca.

Dernièrement, nous avons réalisé des modifications dans Prixbois.ca, et ce, principalement dans le but d’indiquer plus précisément aux producteurs les variations de prix des produits. Vous remarquerez que nous indiquons dorénavant une variation de prix adjacente au prix final, autant dans les onglets de recherche d’usines que dans la liste de prix.

La variation du prix est précédée d’un signe + ou –, le cas échéant, si le prix a augmenté ou diminué dernièrement. Les utilisateurs ne doivent pas confondre cette variation comme étant un ajout au prix final.

Le marché du bois en proie aux flammes

L’environnement économique est de nature imprévisible. De façon inattendue, le secteur forestier a amplement profité de la pandémie où la limitation des déplacements de la population et de faibles taux d’intérêt ont dopé le secteur de la construction. L’euphorie a depuis laissé la place à la mélancolie, alors que la hausse des taux d’intérêt pour lutter contre une crise d’inflation a sabré les perspectives du secteur. Pris depuis avec une demande lancinante, le secteur fait maintenant face à une crise imprévisible des approvisionnements alors que les forêts brûlent partout au Canada. Quelles sont les conséquences pour le secteur en général et les producteurs forestiers en particulier?

L’économie toujours à risque d’une récession

Le contexte économique actuel, marqué par une inflation élevée, des politiques monétaires restrictives et une hausse des taux d’emprunt, entraîne un ralentissement du secteur immobilier. On estime que le rythme des mises en chantier aux États-Unis baissera de 16 % en 2023 pour atteindre 1,31 million d’unités, et diminuera de 5,7 % en 2024. Une observation ne modifiant pas pour autant une tendance; le rythme de construction s’est accéléré de 22 % d’un mois à l’autre en juin, reflétant une confiance accrue des entrepreneurs en construction malgré un contexte difficile.

Le secteur de la rénovation souffre également de la conjoncture économique alors que les dépenses consacrées aux améliorations baissent (-8,9 % sur 1 an). Néanmoins, celles-ci restent historiquement élevées en raison de l’appréciation de la valeur nette des logements, du manque de nouvelles maisons abordables et d’un parc de logements vieillissant.

Le ralentissement de ces deux secteurs d’activités, alors que la Réserve fédérale américaine continue d’augmenter les taux d’intérêt pour freiner l’inflation, entraînera une diminution de la demande de matériaux de construction en bois. À preuve, la demande nord-américaine de bois d’œuvre devrait fléchir d’environ 5 % cette année puisque la construction et la rénovation résidentielle accaparent 75 % de ce marché. Les prévisionnistes s’attendent néanmoins l’année suivante à un redressement d’un peu plus de 3 %, alors que la crise s’estompera.

Une offre de bois qui part en fumée

En contrepartie, et pour diverses raisons, l’offre de bois d’œuvre se resserrera en 2023. En Colombie-Britannique, des scieries ferment définitivement en raison d’un manque de fibre, d’une hausse du coût d’approvisionnement et de la contraction du prix du bois d’œuvre. Partout au pays, particulièrement au Québec et en Alberta, une saison des incendies précoce et intensive ralentit la production.

Soit les infrastructures sont en danger, soit l’accès aux forêts est défendu ou bien les communautés sont carrément évacuées. Une part non négligeable de la capacité industrielle est donc hors de combat à court terme, et une autre part pourrait être compromise à plus long terme alors que des entrepreneurs forestiers déplorent déjà que leurs équipements aient été incendiés.

La situation est d’autant plus critique que les réserves de bois des scieries sont généralement faibles à ce temps de l’année, ce qui pourrait contraindre certaines d’entre elles à réduire partiellement ou complètement leurs activités dans les semaines à venir. Comble de malheur, de nombreux experts canadiens estiment que le pays battra un record en termes de nombre de feux en raison des conditions chaudes et sèches qui devraient persister jusqu’à la fin de l’été.

Au Québec, la production de bois d’œuvre résineux accuse déjà un retard de 9,4 % au premier trimestre de 2023. La situation actuelle se traduira nécessairement par un ralentissement de la production de bois d’œuvre, et ce, malgré les efforts de récupération du bois qui seront déployés à très brève échéance. Difficile de rattraper un retard, encore plus difficile si certains entrepreneurs forestiers se retrouvent sur les lignes de côté en attente de nouveaux équipements.

Le prix du bois d’œuvre s’enflamme à court terme

Le prix du bois d’œuvre se trouve dans une phase descendante alors que la demande est structurellement plus faible. La hausse des mises en chantier en mai, conjuguée aux incendies, semble avoir ravivé ponctuellement le prix du bois d’œuvre. À preuve, il a augmenté d’environ 9 % depuis le début de mois de juin. Difficile de juger combien de temps cette conjoncture pourrait durer alors que tôt ou tard, nous observerons un retour à la tendance. Sur l’année, on planche sur une baisse de prix de 46 % en 2023 avant un rebond de 19 % l’année suivante.

Les producteurs forestiers du Québec ont été largement épargnés par les incendies eux-mêmes, bien qu’ils aient aussi eu à subir des arrêts de récolte. Dans l’immédiat, leurs forêts et marchés majoritairement situés plus au sud sont protégés. Néanmoins, à brève échéance, l’ampleur des plans spéciaux de récupération du bois en forêt publique devrait entraîner une hausse non négligeable des approvisionnements disponibles pour l’industrie forestière. Devant l’ampleur de la tâche et le manque de ressources, certains entrepreneurs forestiers œuvrant généralement en forêt privée pourraient être attirés afin de participer à cet effort de guerre. La production de bois rond des forêts privées pourrait incidemment s’en trouver affectée cette année.

Les changements climatiques créeront des conditions plus chaudes et plus sèches qui prolongeront la saison propice aux incendies et, incidemment, la menace des grands feux au Canada. Dans cette optique, il est donc essentiel que les agents du secteur forestier prennent compte de l’augmentation des risques dans sa globalité et réfléchissent à des solutions et des stratégies permettant de les atténuer.

Plus largement, le secteur devra se pencher sur des plans de prévention et d’intervention des catastrophes naturelles où des stratégies d’écoulement du bois devront être mises en place afin d’éviter un déséquilibre entre l’offre et la demande de bois sur les marchés.

Dans tous les cas, il sera important de surveiller attentivement l’évolution de la situation économique, car l’industrie forestière et les producteurs de bois peuvent s’attendre à une période difficile.

Quel est l’impact de l’inflation sur le marché du bois?

L’économie mondiale fait face à une forte hausse de l’inflation ces derniers mois. Une inflation trop élevée est évidemment risquée. Si les prix grimpent rapidement, ils deviennent moins prévisibles, ce qui est source d’incertitudes pour plusieurs agents économiques.

Causes

Les derniers événements mondiaux (pandémie de la COVID-19 et guerre en Ukraine) sont principalement responsables de cette crise d’inflation. D’une part, l’injection massive d’argent par les différents gouvernements pour contrer la pandémie et les problématiques d’approvisionnement qui en ont découlé ont créé un déséquilibre des marchés. Une demande supérieure jumelée à une offre réduite se traduit par une hausse des prix; le prix record du bois d’œuvre atteint récemment illustre parfaitement ce propos.

D’autre part, le conflit russo-ukrainien a fait exploser le coût du pétrole. L’invasion en Ukraine, au début 2022, s’est étendue sur les plans militaires, mais aussi d’un point de vue économique. Certains pays, en boycottant les produits russes, ont créé une pénurie d’approvisionnement qui a fait augmenter les prix de certains produits, comme ceux pétroliers.

Actuellement, l’inflation au Canada se chiffre à 6,9 %, bien au-delà du rythme connu depuis les années 1980.

Solutions

Afin de juguler l’inflation, les banques centrales mettent en place des politiques monétaires strictes, au risque d’une récession. L’augmentation des taux directeurs par les banques centrales accroît le coût d’emprunt et incite à l’épargne. Depuis mars 2022, la Réserve fédérale des États-Unis et la Banque du Canada ont ajusté à maintes reprises leur taux d’intérêt afin de contrôler l’inflation. En ce début novembre, le taux directeur américain a atteint des niveaux records depuis 2008. Présentement situé entre 3,75 % et 4,00 %, les experts pensent qu’il serait nécessaire d’anticiper de nouvelles hausses du taux directeur dans un futur rapproché.

Bien que les signaux penchent pour un ralentissement des hausses de taux, le président de la Réserve fédérale des États-Unis a avisé qu’il faudra du temps pour contenir l’inflation. Ce faisant, les coûts d’emprunts resteront élevés un certain temps, ce qui entraînera un ralentissement généralisé de l’économie, voire une récession. Les dépenses des ménages diminueront, tout comme leur capacité à investir en immobilier.

Ralentissement du secteur immobilier

L’augmentation des prix est la première préoccupation des foyers nord-américains. En augmentant le taux directeur, la Réserve fédérale des États-Unis fera également pression sur le marché immobilier puisque les taux hypothécaires suivent une tendance parallèle. À cela s’ajoute la progression rapide des coûts de construction (matériaux et main-d’œuvre) qui effrite la capacité des ménages à poursuivre le rêve de l’accès à la propriété.

Déjà, la construction résidentielle aux États-Unis ralentit, accusant un retard de 8,8 %. Le rythme de construction des résidences unifamiliales, baromètre de la demande pour les matériaux de construction en bois, a même chuté de 21 % en octobre 2022.

À court terme, l’agence fédérale (U.S. Census Bureau) précise que la demande de nouveaux permis de construction résidentielle est en baisse de 10 %, raffermissant l’hypothèse d’une diminution des activités de construction au cours des 3 à 4 prochains mois. D’après les prévisionnistes, les mises en chantier pourraient terminer l’année avec un retard de 3,4 %, puis baisser de 13 % en 2023. En parallèle, les dépenses en rénovation fléchissent.

On constate alors que l’augmentation des taux d’intérêt freine la construction et la rénovation, impactant la demande de matériaux de construction en bois. Heureusement, la formation de ménages en Amérique du Nord nécessite la création de nouveaux logements, ce qui permet de circonscrire le problème.

Quel impact pour le marché des matériaux de construction en bois?

La baisse de la demande des matériaux de construction en bois découlant du ralentissement de la construction et de la rénovation entraîne des conséquences sur l’offre. À cela s’ajoutent des contraintes de main-d’œuvre, amplifiant la baisse de la production du bois d’œuvre. Après 8 mois cette année, la production canadienne de bois d’œuvre résineux a chuté de 8,9 %, alors que celle du Québec a diminué de 6,8 %. À l’échelle de l’Amérique du Nord, on anticipe une baisse de 3,0 % cette année et de 3 à 5 % en 2023.

Quant aux panneaux de construction en bois, la production nord-américaine accuse cette année un retard de 1,4 % après 3 trimestres. Les producteurs canadiens de panneaux OSB (Louisiana-Pacific, Forex, West Fraser, Arbec, etc.) font toutefois mieux, avec une hausse de production se chiffrant à 1,9 %.

Ce ralentissement de la demande supprime la pression existante depuis la pandémie sur les matériaux de construction et fait baisser les prix du bois d’œuvre et des panneaux OSB. Les prix connus en 2021-2022 suivent déjà un parcours de normalisation. Dans l’ensemble, ces prix devraient chuter de moitié en 2023 par rapport aux prix moyens obtenus en 2022.

Avec le risque d’une récession qui se présage et crainte par de nombreux agents économiques, un ralentissement de l’industrie du bois pourrait bien se maintenir pour les prochains mois. Bien que la question sur la récession reste à débattre, il semblerait que l’inflation prenne du temps à diminuer et que l’économie demeure au ralenti. Une diminution éventuelle de l’inflation, puis des taux d’intérêt sera nécessaire pour inciter de nouvelles mises en chantier. Ainsi, il est probable que l’industrie du bois connaisse une période postpandémique plus tranquille après une croissance vigoureuse.

Tempête à l’horizon pour les matériaux de construction en bois?

Dans les deux dernières années, l’activité immobilière nord-américaine a été à son plus fort depuis la crise financière de 2008 au grand bénéfice de l’industrie forestière. La pandémie qui a d’abord provoqué une crise économique sans précédent, fut suivie par une reprise spectaculaire.

Les efforts des gouvernements pour relancer l’économie (baisse des taux d’intérêt, subventions directes, prêts, achat massif d’obligations) ont eu pour effet de créer un contexte favorable à l’investissement immobilier. Le transfert des dépenses discrétionnaires (restauration, voyages et sorties culturelles) des ménages vers les actifs tangibles comme l’immobilier a amplifié ce phénomène. La stimulation des investissements en rénovation et en construction domiciliaire en Amérique du Nord a créé un contexte particulièrement favorable pour les produits de construction en bois. Ces derniers ont bénéficié d’une demande accrue qui, couplée avec des problématiques de logistique et d’approvisionnement, a créé un environnement de prix records sans précédent.

Cependant, l’effervescence de la reprise a laissé place à l’incertitude. Tout d’abord, l’inflation initiée par les mesures de relance économique s’est vue amplifiée par les effets collatéraux de l’invasion russe en Ukraine. Les représailles économiques des pays occidentaux, notamment le boycottage des produits russes, ont entraîné une forte hausse du prix de certaines commodités, dont les produits pétroliers. Puisque la hausse du prix à la pompe a un effet inflationniste important sur l’ensemble de l’économie, cette situation engendre une inflation jamais vue en 30 ans. La situation s’envenime avec les nouvelles mesures de confinement en Chine qui accroissent le prix de certains produits de consommation et mettent sous tension la chaîne logistique.

Ensuite, la guerre en Ukraine a également un autre effet pervers sur l’économie mondiale. Selon le Fonds monétaire international, les dégâts économiques engendrés contribueront à un net ralentissement de la croissance mondiale. Ce contexte particulier pourrait mener à un épisode de stagflation qui est un phénomène où se conjuguent une forte inflation et la stagnation de l’activité économique, créant par ricochet un taux de chômage élevé et un cercle vicieux économique. Le dernier épisode de stagflation vécu en Amérique du Nord remonte aux années 70 et 80, situation qui avait été déclenchée par la crise pétrolière et qui avait été jugulée par une très forte hausse des taux d’intérêt. Actuellement, l’économie poursuit sa croissance, mais plusieurs économistes entrevoient des risques de récession aussi tôt que d’ici la fin 2022.

Dans tous les cas, de nouvelles hausses de taux directeurs sont à prévoir pour calmer l’inflation galopante. Aux États-Unis, la Réserve fédérale a augmenté de 0,75 % son taux directeur le 15 juin dernier afin de contrer l’inflation qui a culminé à 8,6 % en mai (à son plus haut niveau depuis 1991). Selon le comité de politique monétaire de la Réserve fédérale, le taux directeur augmentera à 3,4 % d’ici la fin de l’année (par rapport à 1,5-1,75 % actuellement). Au Canada, le taux directeur est actuellement à 1,5 % et devrait passer à 3,25 % d’ici la fin de l’année. La hausse des taux directeurs se traduit par une hausse des taux d’intérêt, réduisant la capacité d’emprunt.

Au-delà des coûts d’emprunt hypothécaire qui augmentent, la mauvaise performance de la Bourse dans les derniers mois a diminué les mises de fonds disponibles pour un achat immobilier, ce qui ralentit la frénésie du secteur. Selon NBC, le paiement hypothécaire moyen des nouveaux achats immobiliers aux États-Unis a progressé de 51 % au cours de la dernière année. Il s’agit de toute évidence d’un rythme haussier insoutenable à long terme. Parallèlement, l’inventaire des maisons neuves invendues aux États-Unis est à son plus haut niveau depuis 2007, signe que nous sommes peut-être dans une bulle immobilière.

Le ralentissement de l’activité immobilière se fait sentir sur les mises en chantier aux États-Unis. Entre le mois d’avril et de mai 2022, le rythme des mises en chantier a reculé de 14 %, dont 9,2 % pour les constructions unifamiliales. La conséquence immédiate de ce ralentissement est une baisse de la demande pour les matériaux de construction en bois. Cette baisse de la demande survient au même moment où les scieries et autres usines de panneaux tentent d’accroître l’offre pour bénéficier d’un environnement de prix très lucratif.

En outre, depuis l’hiver dernier, l’état de la chaîne d’approvisionnement des produits forestiers s’est partiellement rétabli, permettant un écoulement plus fluide des inventaires vers les marchés. L’offre répond ainsi plus convenablement à la demande. Cette conjoncture a causé une chute brutale du prix des matériaux de construction en bois. La valeur du bois d’œuvre a chuté de 51 % depuis le sommet de 1 640 $CA/MPMP atteint le 10 mars dernier. Au cours de cette même période, le prix des panneaux OSB a chuté de 75 % pour atterrir à 320 $/1 000 pi2.

L’avenir demeure truffé d’incertitude à savoir si ce ralentissement perdurera ou si nous assisterons encore à un rebond du prix des matériaux de construction en bois. D’un côté, la baisse de la possibilité forestière en Colombie-Britannique qui a pour effet de diminuer l’offre potentielle de bois d’œuvre en Amérique du Nord et le conflit du bois d’œuvre exercent toujours une pression à la hausse sur les prix. Dans l’éventualité où des mesures sanitaires devaient à nouveau être imposées ou si des aléas climatiques (incendies, inondations, ouragan, etc.) survenaient, ce type d’événement pourrait exercer une pression à la hausse sur les prix en raison de leur impact négatif sur la chaîne d’approvisionnement.

De l’autre côté de la médaille, le risque de récession économique et les conditions apparentes de bulle immobilière exerceraient certainement une pression à la baisse sur la demande et le prix des matériaux en bois. La demande demeure pour l’instant ferme. À titre d’exemple, celle du bois d’œuvre n’a fléchi que de 1,4 % au cours du premier semestre de l’année. Néanmoins, la situation pourrait rapidement se détériorer si une récession survenait, si l’inflation continuait de progresser et si les taux d’intérêt explosaient.

En conclusion, il est actuellement très difficile de prévoir l’évolution de la demande et du prix des produits du bois, mais dans tous les cas, nous devrions entrer dans un environnement de prix plus normal et moins volatil considérant l’amélioration de la chaîne d’approvisionnement. Selon les analystes forestiers, les prix devraient se maintenir tout de même au-dessus des prix moyens prépandémiques en dépit de la tempête économique qui semble se pointer à l’horizon.

Est-ce que le prix du bois d’oeuvre reviendra à la normale?

En l’espace de quelques semaines, le prix du bois d’œuvre a connu sa chute la plus rapide et brutale depuis les années 1980. Le contrat à terme sur le bois d’œuvre, donc inscrit à la bourse, est passé de de 2 044 $ CA/MPMP le 7 mai à moins de 974 $ CA/MPMP le 28 juin. Malgré cette baisse de 52 %, il est important de rappeler qu’au niveau actuel, le prix du bois d’œuvre demeure près de deux fois supérieur à sa moyenne historique (≈570 $ CA/MPMP).

Décidément, la course historique du prix du bois d’œuvre entre dans une deuxième phase où le retour à la vie normale provoquera un nouvel équilibre entre l’offre et la demande de bois d’œuvre.

Cet effondrement historique coïncide avec une baisse de la vente de maisons aux États-Unis et d’un ralentissement des activités de rénovation résidentielle. D’une part, le boom immobilier induit par la baisse des taux hypothécaires et l’avènement du télétravail prend une pause au moment où les prix médians des maisons aux États-Unis (+20 %) et au Canada (+37 %) ont bondi au cours de la dernière année.

D’autre part, le retour à la normale dans un monde où plus de 46 % des Américains ont reçu une deuxième dose de vaccin contre la COVID-19 semble tempérer l’engouement des projets de rénovations résidentielles. Rappelons que les projets de rénovation consomment autant sinon plus de bois d’œuvre que la construction résidentielle. Lentement, mais sûrement, nous assistons à un transfert du crédit discrétionnaire des consommateurs du marché immobilier vers les secteurs délaissés pendant la pandémie tels que la restauration, les loisirs et la villégiature. Signe que les Américains quittent leurs patios pour les voyages : le trafic aérien américain est actuellement à 80 % de son rythme de 2019, contrairement à seulement 20 % vers la fin de juin 2020.

Du côté de l’offre, les livraisons de bois d’œuvre par rail ont atteint leur plus haut niveau depuis le début de la pandémie et plusieurs projets d’agrandissement ou de démarrage de scieries sont en branle. À Princeville, la scierie Bois LIB devrait débuter ses opérations sous peu. Les exportations primordiales de bois d’œuvre de la Colombie-Britannique vers les États-Unis pour les 4 premiers mois de l’année sont en augmentation de 33 % par rapport à 2020. Bien que ces données soient encourageantes afin de résorber la pénurie de bois d’œuvre, la menace de feux de forêt dans l’ouest du continent pourrait mener à une interdiction des activités de récolte, ce qui laisse présager des problématiques d’approvisionnement.

Le consensus du marché prévoit que le prix du bois d’œuvre oscillera autour de 765 $ CA/MPMP en 2022, ce qui est nettement supérieur au prix moyen de 430 $ CA/MPMP observé de 2007 à 2019, suivant l’éclatement de la bulle immobilière américaine. Ainsi, si le secteur immobilier demeure robuste tel qu’anticipé, la nouvelle normale pour le prix du bois d’œuvre pourrait être semblable à la période de 1994 à 2006 où le prix moyen du bois d’œuvre a été de 680 $ CA/MPMP alors que les mises en chantier américaines dépassaient les 1,5 million d’unités par année comme c’est présentement le cas.

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