Quand les taxes foncières augmentent plus vite que le prix du bois

La hausse des taxes municipales sur les terres boisées exerce une pression croissante sur les producteurs forestiers. En réduisant la rentabilité des investissements sylvicoles et des activités de récolte, elle freine la mise en valeur des forêts privées. Pourtant, les municipalités disposent déjà d'un outil simple et efficace pour alléger ce fardeau fiscal et soutenir l'aménagement forestier, mais celui-ci demeure peu utilisé au Québec.

Que signifient ces nouveaux tarifs?

Que signifient ces nouveaux tarifs américains pour les producteurs forestiers du Québec?

Une nouvelle escalade dans le conflit commercial

Les nouveaux droits de douane américains annoncés le 20 juillet 2026 visent des produits à valeur ajoutée. Plusieurs usines québécoises fabriquent des produits correspondant aux codes douaniers figurant dans l’annexe publiée par la Maison-Blanche. Leur niveau d’exposition dépendra notamment de la proportion de leur production destinée au marché américain ainsi que de la classification douanière utilisée pour les produits exportés.

Bien que les exportations de bois d’œuvre résineux ne soient pas directement visées par cette nouvelle vague tarifaire, plusieurs produits à valeur ajoutée issus de la transformation du bois, du papier et du carton figurent explicitement sur la liste américaine. Certaines entreprises spécialisées dans les panneaux, les contreplaqués, les placages, les produits d’emballage, les pâtes et papiers ou encore les composantes architecturales pourraient ainsi être particulièrement exposées aux nouvelles barrières commerciales.

À titre indicatif, certaines installations de Tafisa (Lac-Mégantic), Uniboard (Sayabec et Val-d’Or), Kruger (Trois-Rivières et Brompton), Commonwealth Plywood (Shawinigan et Mont-Laurier), ainsi que certaines usines de Cascades, dont celle de Cabano, pourraient être concernées par les nouvelles mesures en raison des produits qu’elles fabriquent.

En 2025, ces usines ont acheté plus de 160 000 m³ de bois provenant des forêts privées québécoises, ce qui illustre leur importance pour les producteurs forestiers et pour l’économie des régions.

Usines achetant du bois en forêt privée et susceptibles d’être touchées par les tarifs américains

UsineVille de destinationProduits associés
Uniboard Canada inc.SayabecMDF, panneaux de particules, panneaux de fibres
Commonwealth Plywood ltéeShawiniganContreplaqués, placages, panneaux spécialisés
Commonwealth Plywood ltéeMont-LaurierContreplaqués feuillus, placages
Commonwealth Plywood ltéeLowPlacages / produits de contreplaqué
Compagnie de Placage MéganticLac-MéganticPlacages
Usine LVL Ville-MarieVille-MarieLVL / bois laminé
CascadesCabanoCarton, emballages, produits transformés de papier
CascadesCabano — cour à Lots-RenversésCarton, emballages, produits transformés de papier
CascadesCabano — cour à Rivière-BleueCarton, emballages, produits transformés de papier
MoulureSaint-Christophe-d'ArthabaskaMoulures / bois profilés
Charbon de Bois Feuille d'ÉrableSainte-ChristineCharbon de bois
BersacoGrandes-BergeronnesBois classé par contrainte mécanique (MSR) / Bois de chauffage

Pourquoi les producteurs forestiers doivent-ils s'y intéresser?

Même lorsque des tarifs commerciaux ne visent pas directement les producteurs forestiers, ils entraînent des répercussions sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Le bois récolté en forêt privée approvisionne des scieries dont les résidus, copeaux et sciures, alimentent à leur tour des fabricants de panneaux, des usines de placage, des moulurières, des fabricants de meubles et des usines de pâtes et papiers. Si ces entreprises voient leur compétitivité diminuer sur le marché américain, elles pourraient réduire leur production, reporter certains investissements ou ajuster leurs approvisionnements en matière ligneuse ou en résidus.

De plus, cette situation pourrait avoir une incidence sur la demande pour certaines catégories de bois, notamment les billes de déroulage, les bois feuillus de qualité, les bois destinés aux panneaux ainsi que certaines fibres utilisées dans la fabrication de papiers et de cartons. L’enjeu pour les propriétaires de boisés dépasse donc la seule question tarifaire : il touche directement la vigueur des marchés qui achètent et transforment leur bois.

Le secteur forestier québécois demeure fortement tributaire du marché américain. Les États-Unis constituent son principal débouché, ce qui rend l’industrie vulnérable aux changements de politique commerciale et aux tensions entourant les échanges nord-américains.

Exportations québécoises de produits forestiers en 2025
(valeur en M$ CA par type de produit)

Granule de bois
Carton ondulé
Carton plat
Pâte dissolvante
Pâte NBSK
Pâte BCTMP
Papier journal
Panneaux de fibres de bois
Panneaux MDF
Panneaux de particules de bois
Panneaux OSB
Bois d’œuvre résineux
Bois d’œuvre feuillus
Valeur des exportations vers les États-Unis Valeur des exportations ailleurs

Échelle en millions de dollars canadiens. Valeurs reconstruites visuellement à partir du graphique fourni.

Sources : STATCAN 2025. Extrait de données sur le commerce transfrontalier canadien.
Compilation : FPFQ

Part de la production québécoise de produits forestiers exportée vers les États‑Unis en 2025

ProduitsPart exportée vers les États-Unis
Bois d'œuvre feuillus23 %
Bois d'œuvre résineux57 %
Panneaux agglomérés48 %
Pâtes, papiers, cartons6 %
Papier journal36 %
Granule de bois20 %

Sources : STATCAN 2025. Extrait de données sur le commerce transfrontalier canadien.
Compilation : FPFQ

Pour les producteurs de bois œuvrant en forêt privé, l’enjeu principal ne réside donc pas tant dans l’accès au marché américain pour les billes de bois que dans la capacité des usines québécoises à maintenir leur compétitivité, leurs investissements et leurs volumes de production dans un contexte commercial de plus en plus incertain.

À court terme, les effets sur la mise en marché du bois en forêt privée devraient demeurer limités. Toutefois, si les tensions commerciales persistent ou s’accentuent, une diminution de la compétitivité des entreprises québécoises pourrait éventuellement se traduire par une baisse de la demande de certaines catégories de bois provenant des forêts privées. Tout porte à croire que l’administration américaine cherche à accentuer la pression dans le cadre de la négociation d’un nouvel accord de libre-échange. Ces nouveaux tarifs doivent entrer en vigueur à compter du 19 août 2026. Dans ce contexte, il sera important de suivre de près l’évolution des négociations commerciales entre le Canada et les États-Unis, ainsi que les répercussions de ces tarifs sur les principaux acheteurs de bois du Québec.

Bilan de la mise en marché du bois de la forêt privée en 2025

Entre janvier et décembre 2025, les producteurs forestiers visés par les 13 plans conjoints de producteurs de bois du Québec ont mis en marché environ 6,2 Mm³ de bois, toutes essences confondues. En 2025, 76 % des livraisons de bois en provenance de la forêt privée furent destinées aux usines de sciage, 10 % aux usines de panneaux et autres utilisations, 12 % aux usines de pâtes et papiers ainsi que 3 % aux usines de biomasse.

30 000 emplois en jeu dans le secteur forestier : mythe ou réalité?

30 000 emplois en jeu dans le secteur forestier : mythe ou réalité?

En novembre 2025, le premier ministre Legault a brossé un portrait alarmant en évoquant la perte potentielle de 30 000 emplois dans le secteur forestier québécois à cause des droits de douane américains sur le bois d’œuvre. La moitié des travailleurs du secteur vivent-ils sur du temps emprunté en raison de la guerre commerciale?

Si c’est effectivement le cas, il s’agit d’un constat consternant puisque la foresterie demeure un pilier économique et social significatif pour plusieurs régions, voire essentiel pour de nombreuses communautés. Derrière les arbres, les abatteuses et les scieries, une réalité s’impose : les emplois forestiers évoluent, se transforment et se redéfinissent, portés par l’innovation, la résilience des travailleurs et les aléas économiques. Jusqu’à présent, le secteur est passé tant bien que mal à travers plusieurs crises successives qui ne l’ont pas laissé indemne. Cette dernière est-elle si apocalyptique que le premier ministre le prétend? Regardons dans le passé pour mieux nous situer.

Chute drastique du nombre d’emplois en deux décennies

Depuis 2001, le secteur forestier québécois traverse une mutation structurelle profonde. En 2001, la filière comptait près de 95 200 emplois, répartis entre la fabrication de produits en bois (44 %), la production de papier (36 %) et les activités de foresterie (20 %). Cette base solide a progressivement été érodée par des facteurs économiques et technologiques, ainsi que par deux crises majeures qui ont accéléré la restructuration du secteur. En 2008, l’éclatement de la bulle immobilière a effacé un grand pan de la demande pour les matériaux de construction en bois, tandis qu’en 2020, la pandémie de Covid-19 a temporairement mis à l’arrêt la moitié de l’économie. Aujourd’hui, le nombre d’emplois dans la filière a diminué de 40 % pour atteindre 57 300 en 2024.

En 2024, la fabrication de produits en bois demeure le principal employeur (29 500), suivie par le secteur des pâtes et papiers (18 100) et celui de l’exploitation forestière et des activités de soutien (9 700). Depuis 2000, les pertes sont significatives : -51 % pour les activités de foresterie, -47 % pour les pâtes et papiers et -29 % pour la fabrication de bois, qui reste la filière la moins touchée malgré le perpétuel conflit du bois d’œuvre.

Après un sommet de 45 000 emplois en 2004, le secteur cyclique de la fabrication du bois a effacé 16 000 emplois de 2005 à 2009. L’éclatement de la bulle immobilière a frappé dur. Aujourd’hui, le nombre de travailleurs dans ce segment oscille entre 27 000 et 30 000 depuis 2010, grâce entre autres à la modernisation et à l’automatisation qui ont amélioré la productivité. De plus, un taux de change avantageux et un secteur immobilier plus propice ont certainement favorisé la demande pour ces produits forestiers et le maintien des emplois. Un scénario semblable à 2008 pourrait-il se reproduire considérant des droits sur le bois d’œuvre canadien totalisant 45 %? Ce n’est pas impossible, mais, malgré sa torpeur, le secteur immobilier ne semble pas aussi près d’éclater cette fois-ci.

À l’inverse, la fabrication du papier illustre la fragilité d’un marché en déclin structurel : de 33 000 emplois en 2001, il en comptait 18 100 en 2024, sous l’effet de la transition numérique et de la chute du papier journal. La chute de la demande pour ces produits a décimé le secteur alors que les fermetures d’usines se sont succédé année après année. En 2001, on comptait 63 usines, contre moins d’une vingtaine aujourd’hui. Les pertes d’emploi dans ce secteur ont été beaucoup plus constantes alors que, bon an mal an, environ 680 travailleurs ont été sacrifiés. La réorientation vers des produits en croissance (cartons, emballages et papiers hygiéniques) ou à valeur ajoutée (bioraffinage et autres papiers spécialisés) est pour l’instant insuffisante pour amorcer une transformation profonde du secteur et inverser cette lourde tendance.

Depuis 2001, le segment de la foresterie, de l’exploitation et du soutien a subi un recul majeur : on est passé de 19 900 emplois à environ 9 700 en 2024, soit une diminution de moitié. Parallèlement, l’approvisionnement en bois de l’industrie québécoise a chuté de 33 % entre 2001 et 2024. Cette baisse provient principalement du recul marqué de l’approvisionnement issu des forêts publiques (-37 %), alors que la diminution s’établit à 15 % en forêt privée.

L’industrie forestière face aux crises

Lors de la crise forestière de 2008, le nombre d’emplois a chuté de 22 % au cours des cinq années suivantes. En 2020, ce sont 9,4 % qui ont été effacés en l’espace d’un an, quoiqu’une reprise ait eu lieu l’année suivante (+ 6,0 %). Ces crises ont accéléré la restructuration du secteur forestier; chaque épisode a entraîné des fermetures d’usines et des pertes d’emplois, mais aussi des efforts d’adaptation.

Sur la base des évaluations historiques, il est possible d’émettre une hypothèse globale quant aux pertes d’emplois en période de crise. Le segment du bois d’œuvre, fortement cyclique, pourrait subir des diminutions allant de 5 000 à 17 000 postes lors d’épisodes plus sévères. À cela s’ajoute le déclin structurel du marché du papier qui entraîne pour sa part une réduction moyenne d’environ 500 emplois par année, indépendamment des cycles économiques. Enfin, l’exploitation forestière, étroitement liée à ces deux segments, subirait des impacts proportionnels à la baisse de la demande en bois rond et à la contraction des activités industrielles. Globalement, le poids démographique de ce secteur économique pourrait continuer de s’atténuer sans toutefois correspondre au cataclysme avancé par François Legault (-30 000).

À court terme, les producteurs forestiers doivent s’attendre à une baisse de la demande en bois rond, conséquence directe du ralentissement industriel et des fermetures d’usines dans les segments les plus vulnérables. Ces ajustements accentueront les disparités régionales, notamment dans les zones dépendantes du bois d’œuvre. Cependant, il est curieux de constater que jusqu’à présent la majorité des usines ayant cessé leurs activités s’approvisionnent principalement en bois des forêts publiques.

Pourtant, loin d’être un acteur périphérique, la forêt privée peut devenir un véritable levier de stabilisation pour l’ensemble de la filière. Afin d’atténuer les répercussions régionales des fermetures d’usines, plusieurs pistes d’action méritent d’être mises de l’avant. Diversifier les débouchés offerts aux propriétaires, soutenir l’essor de petites unités de transformation de proximité et renforcer les programmes de sylviculture contribueraient à maintenir une activité économique soutenue dans les territoires. Par ailleurs, miser sur une hausse de la possibilité forestière en forêt privée permettrait de valoriser des volumes disponibles à proximité des usines. Ces approvisionnements de courte distance offriraient un soutien stratégique aux industriels dont l’accès au bois en provenance des forêts publiques est fragilisé par divers enjeux — notamment la protection du caribou ou l’expansion des aires protégées. Une meilleure intégration de la forêt privée dans les stratégies industrielles avec des engagements d’approvisionnement à long terme, ainsi qu’un arrimage plus rigoureux entre disponibilité locale du bois et besoins régionaux contribuerait à bâtir une résilience collective plus robuste pour le secteur forestier.

Recul de 3,4 % de la production québécoise de bois d’œuvre après trois trimestres

Selon Statistique Canada, la production canadienne de bois d’œuvre a reculé de 3,9 % après neuf mois en 2025, pour atteindre 15,42 milliards de pieds mesure de planche (G PMP). La baisse s’est accentuée au troisième trimestre, avec un recul de 8,0 %.

Presque toutes les provinces ont enregistré une diminution, à l’exception du Nouveau-Brunswick, qui affiche une hausse de 1,4 %, après 9 mois. L’Alberta connaît une légère baisse (-0,1 %), tandis que les reculs sont plus marqués ailleurs, notamment en Colombie-Britannique (-7,1 %, le plus fort du pays) et en Ontario (-5,7 %). Les autres provinces accusent une baisse moyenne de 5,2 %.

Au Québec, la production a diminué de 3,4 % après neuf mois, soit environ 139 M PMP de moins. Cependant, une reprise s’est manifestée au troisième trimestre 2025, avec une hausse de 11 % par rapport au troisième trimestre 2024. Cette amélioration contraste avec la forte baisse observée après six mois (-8,8 %), ce qui réduit la perte cumulée sur neuf mois.

Ce rebond au troisième trimestre s’explique probablement par l’anticipation de la hausse des droits américains sur le bois d’œuvre canadien (relevés à 45 % en août 2025), les scieurs souhaitant produire et expédier du bois d’œuvre avant une hausse de taxes. Cette mesure pèse lourdement sur la compétitivité du secteur et laisse présager un ralentissement au quatrième trimestre susceptible de réduire la moyenne annuelle et d’accentuer la pression sur l’industrie.

Toujours au Québec après trois trimestres, les inventaires ont chuté de 15 %. Cette baisse s’est accentuée après le mois de mai, car en prévision de la hausse des tarifs américains, les usines ont choisi d’écouler rapidement leurs stocks plutôt que de conserver du bois d’œuvre. La fermeture de scieries n’est probablement pas encore reflétée dans le niveau d’inventaires actuel; celui-ci risque d’être encore plus bas dans les prochains semestres. Sur la même période, les livraisons ont également reculé de 8,5 %.

Les conséquences du conflit du bois d’œuvre sont préoccupantes : chaque semaine, de nouvelles fermetures sont annoncées. Au Québec, une vingtaine d’usines ont déjà déclaré des arrêts temporaires ou définitifs en 2025. Dans ce contexte, il est raisonnable de prévoir une détérioration supplémentaire d’ici la fin de l’année, à mesure que les effets des droits accrus se font sentir.

La demande pour les granules gagne du terrain

Alors que les marchés traditionnels du bois ralentissent sous l’effet des tensions géopolitiques et d’une demande en recul pour les matériaux de construction et les papiers d’impression, le marché des granules de bois se distingue par sa vigueur. Portée par une demande croissante, cette filière offre une solution concrète pour valoriser les sous-produits des scieries, comme en témoigne les plus récentes statistiques d’exportation canadiennes. Elle contribue à diversifier les débouchés et à stabiliser les revenus forestiers dans un contexte économique incertain.

Une dynamique exportatrice en pleine accélération

Les données récentes confirment cette dynamique : après six mois en 2025, les exportations québécoises de granules de bois ont augmenté de 18 %, atteignant 325 000 tonnes métriques anhydres (tma). À titre indicatif, elles se sont élevées à 579 000 tma en 2024 sur une année complète. Au rythme où vont les choses, les exportations pourraient atteindre 683 220 tma en 2025, une augmentation de 104 420 tma. Cette hausse équivaut à la capacité de production annuelle de l’usine Granulco à Sacré-Cœur.

En valeur, les exportations ont progressé de 33 % pour atteindre 80 M$ après 6 mois. Sur la même période le prix moyen à l’exportation des granules affiche une hausse de 11 %, pour atteindre 267 $/tonne, renforçant l’attractivité économique de cette filière.

Cette croissance s’accompagne d’une diversification notable des marchés : les expéditions vers l’Union européenne ont augmenté de 22 %, vers le Royaume-Uni de 14 %, et vers les États-Unis de 19 %. Ces hausses traduisent à la fois un intérêt croissant pour les bioénergies et une capacité d’adaptation des producteurs québécois aux exigences variées des marchés internationaux.

La production canadienne de granules de bois demeure largement orientée vers l’exportation, la demande domestique étant encore limitée à des usages résidentiels et commerciaux à petite échelle. Le Québec, dont la capacité de production a augmenté de 80 % depuis 2016 pour atteindre 1,165 Mtma par an, confirme sa montée en puissance. Au premier semestre de 2025, le Québec représente 17 % des exportations canadiennes de granules de bois, derrière la Colombie-Britannique (64 %), mais devant le Nouveau-Brunswick (16 %) et la Nouvelle-Écosse (3 %).

Plusieurs projets industriels québécois illustrent le dynamisme de la filière. À Saint-Félicien, Granules LG automatise ses procédés. À Cacouna, le Groupe Lebel développe une usine alimentée par de la biomasse résiduelle. À Saint-Michel-des-Saints, La Granaudière, reprise par Albioma, alimente les Caraïbes en granules certifiées.

Des investissements similaires émergent dans les provinces voisines. En Ontario, le gouvernement injecte 11,3 M$ pour soutenir des projets de valorisation de la biomasse forestière dans le nord-est de la province. Parmi les bénéficiaires, GreenFirst reçoit près de 3 M$ pour moderniser son usine de cogénération à Chapleau et à développer des granules torréfiés comme substitut au charbon.

Face à l’instabilité des marchés traditionnels, la filière des granules de bois s’impose comme un levier de diversification, d’innovation et de résilience pour l’économie forestière québécoise. Portée par une dynamique exportatrice robuste et des investissements industriels structurants, elle confirme son rôle stratégique dans la valorisation des sous-produits du sciage.

Nouveaux droits de douane américains sur le bois d’œuvre et les meubles en bois

L’administration américaine a annoncé, le lundi 29 septembre, l’imposition de nouveaux droits de douane sur les importations de bois d’œuvre, de bois de construction et de meubles en bois, en vertu de l’article 232 de la Loi sur l’expansion du commerce. Cette décision repose sur une justification liée à la sécurité nationale, une interprétation qui soulève des préoccupations dans le contexte d’un marché nord-américain historiquement intégré.

Les droits suivants entreront en vigueur le 14 octobre 2025 :

  • 10 % sur le bois d’œuvre et le bois de construction;
  • 25 % sur les meubles en bois.
 

Une majoration supplémentaire est prévue au 1er janvier 2026, avec des droits pouvant atteindre 30 % pour les meubles rembourrés et 50 % pour les armoires de cuisine et de salle de bains en provenance de pays non liés par un accord commercial avec les États-Unis.

Le Canada, principal fournisseur de bois d’œuvre aux États-Unis, se retrouve une fois de plus en position de grande vulnérabilité. Les nouveaux droits de douane de 10 % annoncés par Washington viennent s’ajouter aux droits compensateurs (14,63 %) et antidumping (20,56 %), portant la charge tarifaire totale à 45,19 %. Ce niveau de taxation constitue un sommet historique et exerce une pression considérable sur le secteur forestier canadien. L’annonce survient alors que l’industrie est déjà fragilisée, comme en témoignent les nombreuses fermetures d’usines observées récemment.

Les droits de douane américains affaiblissent la compétitivité du bois d’œuvre canadien, poussant les acheteurs américains à privilégier le bois local. Bien que les États-Unis ne soient pas autosuffisants, les exportations canadiennes se poursuivent à des prix élevés, alors que le coût des tarifs est partagé entre les consommateurs et les industriels. Depuis 2017, les exportateurs québécois ont versé plus de 2 G$ en droits, alors que 38 % de la production est destinée au marché américain.

Les producteurs de bois en forêt privée sont des victimes collatérales du conflit qui vise avant tout la gestion des forêts publiques. Le bois de sciage résineux, pilier de leur mise en marché, voit sa valeur fragilisée par la baisse de revenus des scieries. Depuis 2017, la Fédération des producteurs forestiers du Québec réclame une exemption ciblée pour le bois d’œuvre produit à partir de bois rond issu de forêts privées dans une future entente à être négociée avec les États-Unis.

Recul généralisé de la production canadienne de bois d’œuvre résineux : le Québec en première ligne

La production nord-américaine de bois d’œuvre a baissé de 2,2 % au premier semestre de 2025 par rapport à l’année antérieure. Cette diminution est principalement due au fort déclin de la production canadienne ce premier semestre, alors qu’aux États-Unis la production est légèrement en hausse.

D’après Statistique Canada, la production canadienne de bois d’œuvre a fortement diminué (-5,8 %), pour totaliser 10,12 milliards de pieds mesure de planche (G PMP) après 6 mois en 2025. La production a chuté dans toutes les provinces canadiennes.

Une légère baisse a été observée en Alberta (-0,4 %), au Nouveau-Brunswick (-1,1 %) et dans les autres provinces (-3,1 %). Mais ailleurs le recul est majeur, notamment en Colombie-Britannique (-7,1 %) et en Ontario (-7,5 %). Au Québec, la chute observée est la plus importante avec une baisse de (-8,8 %), soit environ 265 MPMP, ce qui équivaut à la capacité de production annuelle d’une scierie de bonne envergure. Ce recul est exacerbé par le fait que le premier semestre 2024 avait été marqué par une performance robuste au Québec.

Notons aussi que les livraisons québécoises ont fortement baissé (-9,0 %), tout comme les inventaires (-17 %).

La détérioration récente de la production canadienne et québécoise s’explique en partie par l’anticipation d’une hausse brutale des droits américains sur le bois d’œuvre canadien. Cette hausse s’est concrétisée en août 2025, les droits passant de 14,54 % à 35,19 % en l’espace de deux semaines. Ce niveau tarifaire, inédit depuis le début du conflit commercial en 2016 et record depuis les années 1980, met à rude épreuve la résilience du secteur forestier. Le différend entre le Canada et les États-Unis continue de peser lourdement sur les perspectives du secteur, alors que près de 38 % de la production québécoise de bois d’œuvre résineux est destinée au marché américain.

Les conséquences sont immédiates et préoccupantes : après plusieurs annonces de fermetures et de ralentissements, une nouvelle vague frappe. L’usine Domtar de Maniwaki suspendra ses opérations dès le 10 octobre, la Scierie St-Michel, principal employeur de Saint-Michel-des-Saints, a annoncé l’arrêt de ses activités, tout comme Arbec Port-Cartier. Dans ce contexte, il est raisonnable de penser que la situation risque de continuer à se dégrader d’ici la fin de l’année, alors que les effets des droits américains plus élevés se font sentir.

Ces fermetures montrent la fragilité croissante des entreprises face à la pression commerciale, et rappellent l’urgence d’une action politique et économique pour soutenir les emplois, les communautés et la filière bois.

Washington durcit le ton : les droits compensateurs sur le bois canadien doublent

Le couperet est tombé à Washington. Le 8 août dernier – pour une deuxième fois en l’espace de quelques jours – le Département du Commerce des États-Unis annonçait une hausse de tarifs sur le bois d’œuvre canadien. Ainsi, les droits compensateurs pour la plupart des entreprises canadiennes passeront de 6,74 % à 14,63 %. Cette hausse donne suite à celle du 25 juillet, où les droits antidumping avaient augmenté de 7,66 % à 20,56 %, tel que discuté dans notre article du 5 août 2025.

Ainsi, en l’espace de deux semaines les droits sur le bois d’œuvre sont passés de 14,54 % à 35,19 %. Il s’agit du tarif le plus élevé depuis le début du conflit commercial en 2016, et d’un triste record depuis le début de ce différend au début des années 1980. Ce niveau de tarifs mettra à l’épreuve la résilience du secteur forestier canadien.

Cette double hausse n’a pas tardé à se répercuter sur les marchés. Au Canada, les indices de prix du bois d’œuvre ont enregistré une hausse d’environ 8 %, traduisant une réaction rapide des acheteurs américains face à la nouvelle structure tarifaire. Toutefois, cette augmentation demeure modérée en comparaison avec la hausse des tarifs, suggérant que les consommateurs n’ont pas absorbé l’intégralité de la hausse. Cette situation pourrait entraîner une fragilisation des marges pour les scieries canadiennes, déjà confrontées à une demande fragile en raison des mises en chantier décevantes. Il faut dire que les politiques économiques et commerciales du président Trump ne font rien pour rassurer les ménages.

En réponse, le gouvernement canadien a mis en place une stratégie ambitieuse pour transformer l’industrie du bois d’œuvre face aux mutations mondiales. Il prévoit 700 M$ en garanties de prêts pour soutenir les entreprises, 500 M$ pour diversifier les produits et les marchés, ainsi que des mesures favorisant l’usage de bois canadien dans les infrastructures publiques. Le gouvernement souhaite également élargir les exportations vers des marchés internationaux durables et investir 50 M$ pour former et accompagner les travailleurs affectés. Ces initiatives visent à renforcer la compétitivité, à moderniser l’industrie et à stimuler la croissance économique à long terme. Toutefois, ces mesures éludent la part de la filière qui s’occupe de l’approvisionnement en bois, dont les producteurs de bois œuvrant en forêt privée et leurs sous-traitants.

Des trajectoires opposées pour le marché résidentiel au Canada et aux États-Unis

D’après les données du Bureau de recensement des États-Unis, les mises en chantier ont légèrement progressé en juin 2025, atteignant 1,32 million d’unités sur une base annualisée, soit une hausse de 4,6 % par rapport à mai. Cette reprise reste toutefois fragile, les niveaux demeurant en léger recul de 0,5 % par rapport à juin 2024. Après 6 mois en 2025, le rythme de mises en chantier a glissé de 1,1 %.

Le segment multifamilial s’est particulièrement démarqué, avec une hausse de 31 % sur un mois et de 26 % sur un an, atteignant 414 000 unités. À l’inverse, les mises en chantier unifamiliales continuent de reculer, affichant une baisse de 4,6 % sur un mois et de 10 % sur un an, pour un total de 883 000 unités.

Ce recul dans le segment unifamilial reflète les difficultés rencontrées par les acheteurs face à des taux d’intérêt encore élevés et à une accessibilité à la propriété en déclin. Cette tendance est préoccupante pour l’industrie des matériaux de construction en bois, traditionnellement tributaire de la vigueur du marché unifamilial américain.

Les permis de construction — un indicateur avancé de l’activité attendue dans trois à quatre mois — sont restés stables à 1,40 million d’unités, témoignant d’un certain attentisme sur le marché de la construction. Selon les prévisions, les mises en chantier américaines devraient terminer l’année 2025 en recul de 2,4 %, avant de rebondir en 2026 avec une hausse de 4,6 %, atteignant alors 1,40 million d’unités.

À l’inverse de la tendance observée aux États-Unis, l’activité dans la construction résidentielle au Canada s’est nettement intensifiée. En juin, les mises en chantier ont atteint 284 000 unités annualisées, en hausse de 7,6 % par rapport au mois précédent et de 18 % sur un an.

Cette progression est largement attribuable au segment multifamilial, qui a bondi de 8,7 % sur un mois et de 22 % sur un an, pour atteindre 226 000 unités. Le secteur unifamilial, de son côté, demeure plus stable, avec une hausse de 3,6 %, tant sur une base mensuelle qu’annuelle.

Cette vigueur s’inscrit dans un contexte où le gouvernement fédéral a affiché son ambition de doubler la cadence de construction résidentielle, afin d’atteindre 500 000 logements par an d’ici dix ans. Une telle cible pourrait entraîner un doublement de l’utilisation du bois d’œuvre résineux canadien dans la construction résidentielle neuve. À titre de comparaison, en 2024, environ 9,4 % du bois d’œuvre produit au Canada était destiné à ce segment. Le gouvernement s’est également engagé à recourir exclusivement au bois canadien dans la réalisation de ses projets résidentiels.

En parallèle, les intentions de construction sont également en hausse. En mai, la valeur des permis de construction délivrée au pays a bondi de 12 % pour atteindre 13,1 G$. Cette hausse est largement attribuable à l’Ontario, où les permis liés à la construction institutionnelle ont augmenté de 1,3 G$. La valeur totale des permis affiche une progression de 11,8 % sur un mois et de 5,1 % sur un an. Du côté des mises en chantier, les prévisions indiquent une légère augmentation de 0,6 % en 2025, suivie d’un repli de 1,6 % en 2026, contrastant avec la vigueur actuelle du marché et les intentions gouvernementales.

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