En 2025, l’épidémie de tordeuse des bourgeons de l’épinette poursuit sa progression. Au Québec, 17,6 M ha de forêts sont touchés, dont 1,75 M ha en forêt privée. Dans plusieurs régions, la majorité des boisés des producteurs est maintenant affectée, ce qui met sous pression plantations et autres peuplements résineux. Grâce au programme d’arrosage au Btk, 15 070 ha de petites forêts privées ont été protégés cette année, une hausse de 58 % par rapport à 2024. Pour la FPFQ, il est essentiel de stabiliser et d’adapter ce programme afin de protéger les investissements sylvicoles des producteurs, de soutenir la remise en production des sites récoltés et de mieux coordonner l’écoulement des bois récoltés. Les propriétaires situés dans une zone à risque sont invités à communiquer rapidement avec leur conseiller forestier pour préparer la prochaine saison.
La tordeuse des bourgeons de l’épinette en progression pour 2025
Le ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF) vient de publier les résultats de l’inventaire de larves de la tordeuse des bourgeons de l’épinette (TBE) au stade d’évolution larvaire 2, appelé niveau de population L2. Cet inventaire demeure le meilleur moyen pour anticiper le niveau d’infestation pour la prochaine saison estivale. Le MRNF utilise ces informations pour prévoir l’évolution de l’épidémie et mettre en place les programmes de pulvérisation d’insecticide biologique dans les zones les plus touchées. Les résultats de l’inventaire de cette année montrent une présence importante des populations de tordeuse dans toutes les régions ayant été affectées l’an dernier. Il faut donc s’attendre à une forte présence de l’insecte et à une poursuite des dommages en 2025.
Nous encourageons tous les propriétaires forestiers des secteurs visés à rester informés des développements et à prendre les mesures nécessaires. Si vos boisés ont une proportion élevée de sapins matures, vous pourriez subir des pertes importantes. Il est conseillé d’établir une stratégie à l’avance. De plus, si vous avez des investissements sylvicoles, comme des plantations, vous pourriez être admissibles à des arrosages gratuits d’insecticide biologique. Pour ce faire, les propriétaires forestiers doivent détenir un plan d’aménagement forestier et être enregistrés comme producteur forestier avant le 1er juillet de l’année précédant les arrosages. Ainsi, pour bénéficier des arrosages au printemps 2026, vos démarches doivent être faites avant le 1er juillet 2025.
Pour plus d’informations sur les mesures de lutte contre la tordeuse des bourgeons de l’épinette, veuillez consulter notre page dédiée à l’épidémie.
Pour visualiser l’étendue de l’épidémie dans votre secteur, consultez Forêt ouverte, la carte interactive du gouvernement du Québec. Dans le menu de gauche, il s’agit de sélectionner « Cartes prédéfinies » et de dérouler le menu jusqu’à « Tordeuse des bourgeons de l’épinette ». Ce menu fait apparaître les informations qui sont disponibles. Pour faire afficher ou enlever une couche d’informations sur la carte, il faut cliquer sur l’œil à droite du titre de cette couche. Forêt ouverte est un outil très utile pour les propriétaires forestiers. Pour la tordeuse, il permet de visualiser les dommages de l’été précédent (défoliation annuelle due à la TBE), la prévision des populations pour la prochaine saison estivale (basée sur le niveau des populations de L2), ainsi que la vulnérabilité de son boisé selon les inventaires du MRNF.
En terminant, les propriétaires ont tout intérêt à se tenir informés des enjeux forestiers de leur région en s’abonnant au journal de leur syndicat ou office de producteurs forestiers.
Prévision des populations de la tordeuse des bourgeons de l'épinette
Rétrospective d’une épidémie de tordeuse qui ne faiblit pas
L’épidémie de tordeuse des bourgeons de l’épinette ayant débuté en 2006 reprend de l’ampleur après avoir donné des signes d’affaiblissement. En 2024, les superficies défoliées ont doublé par rapport à l’année précédente pour atteindre 1,39 Mha. À cela s’ajoute la forte hausse de l’intensité des dégâts causés par la tordeuse pratiquement partout au Québec. Il existe toutefois des moyens de lutte, mais il est essentiel que les propriétaires concernés contactent dès maintenant leur conseiller forestier et s’assurent que leur statut de producteur forestier est à jour.
1er juillet : date limite pour protéger les investissements sylvicoles contre la tordeuse des bourgeons de l’épinette
Une épidémie de tordeuse des bourgeons de l’épinette (tordeuse) sévit au Québec depuis 2006. Les propriétaires dont les boisés sont affectés par l’épidémie sont invités à récolter les peuplements matures vulnérables afin de limiter la perte de bois. Toutefois, les peuplements immatures ayant bénéficié d’investissements de l’État peuvent recourir au Programme de protection par pulvérisation aérienne d’insecticide biologique pour la petite forêt privée, financé par le ministère des Ressources naturelles et des forêts (MRNF). La mise en œuvre du programme est principalement confiée à la Société de protection des forêts contre les insectes et maladies (SOPFIM), mais la responsabilité de la protection des investissements sylvicoles contre la tordeuse en forêt privée incombe également aux propriétaires et aux conseillers forestiers. Les superficies à protéger doivent être identifiées avant le premier juillet de l’année précédant les arrosages. Voici un résumé du partage des responsabilités dans la protection des investissements sylvicoles.
Le partage des responsabilités dans la lutte contre la tordeuse en forêt privée
Le programme de protection des pulvérisations aériennes d’insecticide biologique contre la tordeuse pour la petite forêt privée
Pour bénéficier d’un arrosage dans le cadre du programme de protection contre la tordeuse pour la petite forêt privée, les peuplements forestiers doivent respecter les critères du MRNF suivants :
- localisés sur des lots appartenant à des propriétaires reconnus comme producteurs forestiers;
- composés principalement d’essences vulnérables à l’insecte, soit le sapin baumier, l’épinette blanche et l’épinette de Norvège;
- issus d’investissements sylvicoles de l’État comme des plantations ou des éclaircies précommerciales et commerciales;
- immatures âgés de 21 à 60 ans (non mûrs pour la récolte de prévention et de récupération);
- affectés par l’insecte pendant au moins une année;
- d’une superficie de plus de quatre hectares (la superficie minimale peut être composée de peuplements contigus);
- le propriétaire s’engage à ne pas récolter son peuplement protégé dans un délai minimal de cinq ans à compter de la première année d’intervention.
En 2024, les régions admissibles par ce programme sont l’Abitibi-Témiscamingue, le Bas-Saint-Laurent, la Capitale-Nationale, Chaudière-Appalaches, la Côte-Nord, la Gaspésie, le Saguenay-Lac-Saint-Jean, l’Outaouais, les Laurentides, Lanaudière et la Mauricie. D’autres régions pourraient éventuellement bénéficier du programme de protection selon l’évolution de cette épidémie au cours des prochaines années.
Pour de plus amples renseignements, pour la recherche d’un conseiller forestier ou pour visualiser la progression de l’infestation dans votre région, nous vous invitons à consulter la section tordeuse du site Web de la Fédération des producteurs forestiers du Québec au www.foretprivee.ca/tordeuse.
Épidémie localisée de spongieuse européenne en contexte forestier privé et de production acéricole
Une forte épidémie de spongieuse européenne (Lymantria dispar dispar [L.]) touche actuellement le Québec. De graves défoliations ont été observées dans les régions de la Montérégie, de l’Estrie, du Centre-du-Québec, de la Mauricie, de l’Outaouais et de la Capitale-Nationale. Déjà, des propriétaires forestiers et des producteurs acéricoles sont inquiets. Certains se rappellent encore la récente épidémie de livrée des forêts ayant notamment sévi dans Lanaudière et dans les Laurentides.
La spongieuse européenne : une chenille défoliatrice
La spongieuse européenne est un papillon introduit, à la fin du 19e siècle, par un entomologiste désireux de développer la production de soie en Amérique du Nord. Malheureusement, ces efforts se sont surtout soldés par l’introduction d’un insecte dont les chenilles sont capables de consommer le feuillage de plus de 500 espèces végétales différentes : le chêne rouge est leur essence préférée, mais les larves (chenilles) peuvent aussi se nourrir des feuilles du bouleau à papier et gris, du saule, du tilleul, du mélèze, du peuplier, du hêtre, de la pruche, du pin et de l’épinette. L’érable à sucre est acceptable pour ces chenilles, tandis qu’elles ne toucheront pas à l’érable rouge. En dévorant le feuillage des arbres au printemps et au début de l’été, la spongieuse, comme tous les défoliateurs, réduit la capacité photosynthétique des arbres. La photosynthèse leur permet de produire les sucres nécessaires à l’accomplissement de leurs activités biologiques (croissance longitudinale et radiale, fructification, protection…). Une incapacité à réaliser cette activité essentielle peut avoir des impacts importants. Heureusement, les arbres ont des réserves leur permettant de faire face à ces épisodes. Toutefois, l’état de ces réserves est largement dépendant des conditions dans lesquelles se trouvait l’arbre avant sa défoliation. Ainsi, un arbre « stressé » aurait des réserves plus petites, et donc une capacité à survivre et prospérer à la suite d’une défoliation moins grande qu’un arbre sain évoluant dans des conditions qui lui sont favorables.
Mieux vaut prévenir que guérir
La prévention est la meilleure protection face aux effets négatifs des défoliations. Dans le cas des érablières, cette prévention prend la forme de l’application des recommandations usuelles d’aménagement forestier visant la mise en place de peuplement en bonne santé :
- favoriser la diversité d’espèce;
- favoriser la diversité de classes d’âge;
- procéder à l’amendement (chaulage et autres matières fertilisantes) du sol de l’érablière si, et seulement si un test de sol et un diagnostic de l’état de santé de l’érablière dûment complété par un professionnel compétent le recommande;
- favoriser la croissance de peuplement adapté aux conditions de drainage et de texture de sol présente dans le boisé (éviter de favoriser systématiquement l’érable à sucre au détriment de l’érable rouge, surtout dans les sites de drainage plus lent).
Résistance et résilience
La résistance est la capacité d’un écosystème à absorber une perturbation sans diminution de ses fonctions écologiques.
La résilience est la capacité d’un écosystème à récupérer ses fonctions écologiques rapidement lorsqu’une perturbation vient l’affecter au-delà de sa capacité de résistance.
Comment décider s’il faut épandre un insecticide homologué
Comme la spongieuse défolie les arbres de la fin du printemps au début de l’été, il est malheureusement trop tard, cette année, pour intervenir. Il est toutefois possible d’évaluer le risque que court un boisé pour la prochaine année en procédant à un inventaire des masses d’oeufs. La méthode proposée ici est directement tirée d’une publication du ministère des Ressources naturelles de l’Ontario disponible sur le site de la « Federation of Ontario Cottager’s Associations ».
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Inventorier les masses d'oeufs de l'année courante dans des parcelles de 100 mètres carrés (1 hectare) comportant 10 sous parcelles de 1 mètre carré.
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Dénombrer les masses d'oeufs aériennes dans la grande parcelle et les masses d'oeufs au sol dans les petites parcelles.
a. Les masses d'oeufs aériennes sont celles situées sur toutes les surfaces au-dessus du sol comme les troncs, les branches, les tiges et les grosses roches. Des jumelles peuvent être nécessaires pour bien voir les masses d'oeufs situées haut dans les arbres.
b. Les masses d'oeufs au sol incluent toutes celles sur ou sous les petites roches et les débris ligneux jonchant le sol ainsi que directement au sol. Réaliser le dénombrement sur une seule parcelle n'est pas suffisant. Il faut utiliser plusieurs parcelles réparties dans l'érablière. -
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Dans l'ensemble de ces inventaires, il est important de ne compter que les masses d'oeufs de l'année : celles-ci ont une couleur plus foncée variant de brun à chamois. Il est toujours possible d'y faire éclater les oeufs ("pop") et elles sont plus fermes et cohésives que celles des années antérieures. Les masses d'oeufs des années antérieures sont plus pâles, elles peuvent s'effriter lorsque nous les grattons et les oeufs n'éclatent pas aussi régulièrement que dans les masses d'oeufs de l'année.
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L'automne est la meilleure période pour faire ces inventaires, car c'est durant cette période que les différences entre les masses d'oeufs des différentes années sont les plus grandes.
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Une fois les dénombrements complétés dans une parcelle et ses sous-parcelles, il faut calculer en densité de masses d'oeufs (MO) par hectare. Voici la méthode de calcul à effectuer pour chaque parcelle :
1 - Nombre de MO aérienne X 100 = Total MO aérienne;
2 - Nombre de MO au sol X 1000 = Total MO au sol;
3 - Total MO aérienne + Total MO au sol = Total de MO de la parcelle.
a. Une fois que le total de masses d'oeufs de chaque parcelle a été obtenu, on calcule ensuite la moyenne*.1 - Total de MO parcelle A + Total MO parcelle B = Somme MO;
2 - Somme MO / 2 parcelles* = moyenne de MO.
* Nous additionnons le total pour chacune de nos parcelles et ensuite, nous divisons cette somme par le nombre total de parcelle. Dans cet exemple, nous avons deux parcelles : parcelle A et parcelle B.
La moyenne obtenue est ensuite comparée à certains barèmes pour déterminer la nécessité d’agir pour combattre l’infestation ou non (voir tableau 1).
Il est important de comprendre que plus le total de masses d’oeufs par hectare diffère d’une parcelle à l’autre, plus il devrait y avoir de parcelles effectuées.
Tableau 1. Critères déterminant la nécessité d’agir pour combattre l’infestation de spongieuse européenne
| Nombre de masses d’oeufs | % de défoliation à prévoir | Conséquences |
| Moins de 1 250 | 40 % ou moins | Généralement peu ou pas d’impact sur la survie des arbres. |
| Plus de 4 000 | plus de 50 % | Impacts sur la santé et la survie des arbres stressés. |
| Plus de 10 000 | 100 % | Impacts sur la santé des arbres. Peut entraîner la mortalité des sujets les moins vigoureux si elle survient pendant plusieurs années consécutives. |
Autres éléments à tenir en compte
Bien que les prédictions découlant des inventaires de masse d’oeufs soient déjà bonnes, il est possible de raffiner davantage l’analyse en tenant compte des points suivants :
- Une majorité de masse d’oeufs plus petite qu’une pièce de 25 sous témoigne d’une population en déclin ce qui diminue la nécessité d’intervenir avec vigeur pour contrôler l’épidémie;
- Au Québec, les épidémies de spongieuse durent rarement plus de trois ans. Il est donc possible de limiter l’intensité d’intervention si nous sommes déjà à la troisième année;
- Si nous remarquons déjà une mortalité supérieure à la normale des arbres en général, et des érables en particulier, nous pouvons favoriser un niveau d’intervention plus important. Il faut bien se rappeler toutefois qu’un arbre totalement défolié n’est pas nécessairement un arbre mort;
- Un diagnostic témoignant d’un problème de santé important dans les érablières, surtout dans les cas d’érablières équiennes âgées ou en présence réduites d’essences compagnes, peut aussi justifier d’intensifier les moyens de luttes.
N’hésitez pas à demander l’aide de professionnels compétents pour ces inventaires et la décision d’intervenir.
Pour terminer
La spongieuse européenne présente son lot d’inquiétude pour les propriétaires et les entreprises acéricoles, mais il est important de prendre en considération plusieurs points avant d’agir, car ce ravageur forestier peut avoir un niveau d’impact différent en fonction des peuplements touchés. La décision d’intervenir, ou non, dans un ou des peuplements d’un lot boisé ou d’une érablière devrait reposer sur une analyse avantages versus coûts : est-ce que les pertes économiques anticipées justifient l’investissement nécessaire pour appliquer un ou des moyens de lutte? Il est certain que la nature des activités pratiquées par le propriétaire forestier dans son boisé aura un effet sur cette analyse. Les producteurs forestiers (de bois) misent généralement sur des revenus passablement espacés dans le temps, soutenus par des investissements plus limités alors que les producteurs acéricoles misent sur des revenus annuels qui demandent des investissements plus importants.
Avant de commencer tout travail de lutte à la spongieuse, contactez votre conseiller forestier, votre agence forestière ou votre unité de gestion du MFFP afin d’obtenir de l’aide technique.
Si vous avez des questions ou des commentaires concernant cet article, communiquez avec Martin Pelletier à martinpelletier@centreacer.qc.ca ou au 819 369-4000, poste 402.
Article paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de septembre 2021.