Épidémie localisée de spongieuse européenne en contexte forestier privé et de production acéricole

Une forte épidémie de spongieuse européenne (Lymantria dispar dispar [L.]) touche actuellement le Québec. De graves défoliations ont été observées dans les régions de la Montérégie, de l’Estrie, du Centre-du-Québec, de la Mauricie, de l’Outaouais et de la Capitale-Nationale. Déjà, des propriétaires forestiers et des producteurs acéricoles sont inquiets. Certains se rappellent encore la récente épidémie de livrée des forêts ayant notamment sévi dans Lanaudière et dans les Laurentides.

La spongieuse européenne : une chenille défoliatrice

Chenille de la spongieuse européenne. Crédit photo : MFFP - Direction de la protection des forêts.

Qu’est ce qui « stresse » les arbres?

  • Oppression
  • Carences nutritives
  • Drainage déficient
  • Pathogènes
  • Sécheresse

La spongieuse européenne est un papillon introduit, à la fin du 19e siècle, par un entomologiste désireux de développer la production de soie en Amérique du Nord. Malheureusement, ces efforts se sont surtout soldés par l’introduction d’un insecte dont les chenilles sont capables de consommer le feuillage de plus de 500 espèces végétales différentes : le chêne rouge est leur essence préférée, mais les larves (chenilles) peuvent aussi se nourrir des feuilles du bouleau à papier et gris, du saule, du tilleul, du mélèze, du peuplier, du hêtre, de la pruche, du pin et de l’épinette. L’érable à sucre est acceptable pour ces chenilles, tandis qu’elles ne toucheront pas à l’érable rouge. En dévorant le feuillage des arbres au printemps et au début de l’été, la spongieuse, comme tous les défoliateurs, réduit la capacité photosynthétique des arbres. La photosynthèse leur permet de produire les sucres nécessaires à l’accomplissement de leurs activités biologiques (croissance longitudinale et radiale, fructification, protection…). Une incapacité à réaliser cette activité essentielle peut avoir des impacts importants. Heureusement, les arbres ont des réserves leur permettant de faire face à ces épisodes. Toutefois, l’état de ces réserves est largement dépendant des conditions dans lesquelles se trouvait l’arbre avant sa défoliation. Ainsi, un arbre « stressé » aurait des réserves plus petites, et donc une capacité à survivre et prospérer à la suite d’une défoliation moins grande qu’un arbre sain évoluant dans des conditions qui lui sont favorables.

Mieux vaut prévenir que guérir

La prévention est la meilleure protection face aux effets négatifs des défoliations. Dans le cas des érablières, cette prévention prend la forme de l’application des recommandations usuelles d’aménagement forestier visant la mise en place de peuplement en bonne santé : 

  • favoriser la diversité d’espèce;
  • favoriser la diversité de classes d’âge;
  • procéder à l’amendement (chaulage et autres matières fertilisantes) du sol de l’érablière si, et seulement si un test de sol et un diagnostic de l’état de santé de l’érablière dûment complété par un professionnel compétent le recommande;
  • favoriser la croissance de peuplement adapté aux conditions de drainage et de texture de sol présente dans le boisé (éviter de favoriser systématiquement l’érable à sucre au détriment de l’érable rouge, surtout dans les sites de drainage plus lent).

Résistance et résilience

La résistance est la capacité d’un écosystème à absorber une perturbation sans diminution de ses fonctions écologiques. 

La résilience est la capacité d’un écosystème à récupérer ses fonctions écologiques rapidement lorsqu’une perturbation vient l’affecter au-delà de sa capacité de résistance.

Comment décider s’il faut épandre un insecticide homologué

Comme la spongieuse défolie les arbres de la fin du printemps au début de l’été, il est malheureusement trop tard, cette année, pour intervenir. Il est toutefois possible d’évaluer le risque que court un boisé pour la prochaine année en procédant à un inventaire des masses d’oeufs. La méthode proposée ici est directement tirée d’une publication du ministère des Ressources naturelles de l’Ontario disponible sur le site de la « Federation of Ontario Cottager’s Associations ».

Spongieuse européenne adulte. À gauche, on aperçoit une masse d'oeufs sous la femelle de couleur pâle et à droite, les papillons foncés sont des mâles. Crédit photo : MFFP - Direction de la protection des forêts.
  • 1

    Inventorier les masses d'oeufs de l'année courante dans des parcelles de 100 mètres carrés (1 hectare) comportant 10 sous parcelles de 1 mètre carré.

  • 2

    Dénombrer les masses d'oeufs aériennes dans la grande parcelle et les masses d'oeufs au sol dans les petites parcelles.
    a. Les masses d'oeufs aériennes sont celles situées sur toutes les surfaces au-dessus du sol comme les troncs, les branches, les tiges et les grosses roches. Des jumelles peuvent être nécessaires pour bien voir les masses d'oeufs situées haut dans les arbres.
    b. Les masses d'oeufs au sol incluent toutes celles sur ou sous les petites roches et les débris ligneux jonchant le sol ainsi que directement au sol. Réaliser le dénombrement sur une seule parcelle n'est pas suffisant. Il faut utiliser plusieurs parcelles réparties dans l'érablière.

  • 3

    Dans l'ensemble de ces inventaires, il est important de ne compter que les masses d'oeufs de l'année : celles-ci ont une couleur plus foncée variant de brun à chamois. Il est toujours possible d'y faire éclater les oeufs ("pop") et elles sont plus fermes et cohésives que celles des années antérieures. Les masses d'oeufs des années antérieures sont plus pâles, elles peuvent s'effriter lorsque nous les grattons et les oeufs n'éclatent pas aussi régulièrement que dans les masses d'oeufs de l'année.

  • 4

    L'automne est la meilleure période pour faire ces inventaires, car c'est durant cette période que les différences entre les masses d'oeufs des différentes années sont les plus grandes.

  • 5

    Une fois les dénombrements complétés dans une parcelle et ses sous-parcelles, il faut calculer en densité de masses d'oeufs (MO) par hectare. Voici la méthode de calcul à effectuer pour chaque parcelle :
    1 - Nombre de MO aérienne X 100 = Total MO aérienne;
    2 - Nombre de MO au sol X 1000 = Total MO au sol;
    3 - Total MO aérienne + Total MO au sol = Total de MO de la parcelle.
       a. Une fois que le total de masses d'oeufs de chaque parcelle a été obtenu, on calcule ensuite la moyenne*.

    1 - Total de MO parcelle A + Total MO parcelle B = Somme MO;
    2 - Somme MO / 2 parcelles* = moyenne de MO.
    * Nous additionnons le total pour chacune de nos parcelles et ensuite, nous divisons cette somme par le nombre total de parcelle. Dans cet exemple, nous avons deux parcelles : parcelle A et parcelle B.

La moyenne obtenue est ensuite comparée à certains barèmes pour déterminer la nécessité d’agir pour combattre l’infestation ou non (voir tableau 1).

Il est important de comprendre que plus le total de masses d’oeufs par hectare diffère d’une parcelle à l’autre, plus il devrait y avoir de parcelles effectuées. 

Tableau 1. Critères déterminant la nécessité d’agir pour combattre l’infestation de spongieuse européenne
Nombre de masses d’oeufs% de défoliation à prévoirConséquences
Moins de 1 25040 % ou moinsGénéralement peu ou pas d’impact sur la survie des arbres.
Plus de 4 000plus de 50 %Impacts sur la santé et la survie des arbres stressés.
Plus de 10 000100 %Impacts sur la santé des arbres. Peut entraîner la mortalité des sujets les moins vigoureux si elle survient pendant plusieurs années consécutives.
Groupe d’arbres défolié par la spongieuse européenne. Crédit photo : MFFP - Direction de la protection des forêts.

Autres éléments à tenir en compte

Bien que les prédictions découlant des inventaires de masse d’oeufs soient déjà bonnes, il est possible de raffiner davantage l’analyse en tenant compte des points suivants :

  • Une majorité de masse d’oeufs plus petite qu’une pièce de 25 sous témoigne d’une population en déclin ce qui diminue la nécessité d’intervenir avec vigeur pour contrôler l’épidémie;
  • Au Québec, les épidémies de spongieuse durent rarement plus de trois ans. Il est donc possible de limiter l’intensité d’intervention si nous sommes déjà à la troisième année;
  • Si nous remarquons déjà une mortalité supérieure à la normale des arbres en général, et des érables en particulier, nous pouvons favoriser un niveau d’intervention plus important. Il faut bien se rappeler toutefois qu’un arbre totalement défolié n’est pas nécessairement un arbre mort;
  • Un diagnostic témoignant d’un problème de santé important dans les érablières, surtout dans les cas d’érablières équiennes âgées ou en présence réduites d’essences compagnes, peut aussi justifier d’intensifier les moyens de luttes.

N’hésitez pas à demander l’aide de professionnels compétents pour ces inventaires et la décision d’intervenir.

Pour terminer

La spongieuse européenne présente son lot d’inquiétude pour les propriétaires et les entreprises acéricoles, mais il est important de prendre en considération plusieurs points avant d’agir, car ce ravageur forestier peut avoir un niveau d’impact différent en fonction des peuplements touchés. La décision d’intervenir, ou non, dans un ou des peuplements d’un lot boisé ou d’une érablière devrait reposer sur une analyse avantages versus coûts : est-ce que les pertes économiques anticipées justifient l’investissement nécessaire pour appliquer un ou des moyens de lutte? Il est certain que la nature des activités pratiquées par le propriétaire forestier dans son boisé aura un effet sur cette analyse. Les producteurs forestiers (de bois) misent généralement sur des revenus passablement espacés dans le temps, soutenus par des investissements plus limités alors que les producteurs acéricoles misent sur des revenus annuels qui demandent des investissements plus importants.

Avant de commencer tout travail de lutte à la spongieuse, contactez votre conseiller forestier, votre agence forestière ou votre unité de gestion du MFFP afin d’obtenir de l’aide technique.

Si vous avez des questions ou des commentaires concernant cet article, communiquez avec Martin Pelletier à martinpelletier@centreacer.qc.ca ou au 819 369-4000, poste 402.

Article paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de septembre 2021.

L’épidémie de la tordeuse des bourgeons de l’épinette prend de l’ampleur en forêt privée

Photo aérienne montrant un peuplement dont les essences d'arbres sont plus ou moins affectées par la tordeuse. Crédit photo : Enviro-Foto

Une importante épidémie de la tordeuse des bourgeons de l’épinette sévit actuellement au Québec. Aussi appelée TBE ou tordeuse, il s’agit de l’insecte le plus destructeur des peuplements de conifères en Amérique du Nord. Déjà, 13,5 millions d’hectares sont infestés par l’insecte, dont 1,26 million d’hectares de boisés privés. La Fédération des producteurs forestiers du Québec (FPFQ) estime qu’environ 25 000 propriétaires de lots boisés subissent actuellement les conséquences de cette épidémie, quoique l’ampleur des dommages varie énormément d’une région à l’autre.

Les municipalités ont un rôle à jouer dans la gestion de cette catastrophe naturelle qui aura des conséquences négatives importantes sur le couvert forestier régional. Bien que cet insecte fasse partie du cycle naturel de la régénération des forêts résineuses, il faut prévoir dans l’immédiat des récoltes de récupération des peuplements forestiers vulnérables à l’insecte, et ce, afin d’éviter la mort des arbres sur pied. Rappelons que la surmortalité des arbres dans un peuplement peut augmenter les risques d’incendie forestier, nuire aux activités récréatives, accroître les risques d’accident chez les personnes y circulant et entraver les activités de reboisement nécessaires lorsque la régénération naturelle est déficiente. Ces récoltes hâtives ou de récupération nécessiteront l’émission de permis d’abattage d’arbres pour des situations qui ne sont pas toujours prévues aux règlements municipaux.

Superficies infestées par la tordeuse en 2020

Afin d’accroître la protection des investissements sylvicoles, le gouvernement du Québec a investi 20 M$ dans un programme de pulvérisations aériennes d’insecticide biologique contre la tordeuse dans les petites forêts privées. Des arrosages d’insecticide biologique ayant lieu depuis l’été 2018 auront cours jusqu’à la fin du programme en mars 2023. La mise en œuvre est confiée à la Société de protection des forêts contre les insectes et maladies (SOPFIM) qui travaille en collaboration avec les intervenants œuvrant en forêt privée. En 2020, la superficie totale traitée par arrosage s’est élevée à 17 610 hectares, soit 2 fois plus que l’année précédente en raison de l’assouplissement du critère d’admissibilité lié à la superficie minimale d’arrosage, qui est passée de 10 à 4 hectares. Par ailleurs, la forêt privée de l’Abitibi sera admissible aux arrosages en 2022 et les conseillers forestiers travaillent présentement à répertorier les superficies admissibles.

Superficies de petites forêts privées traitées par la SOPFIM

L’insecte s’attaque principalement au feuillage annuel du sapin baumier, de l’épinette blanche, de l’épinette de Norvège, ainsi qu’à un degré moindre, de l’épinette rouge et de l’épinette noire. Le sapin baumier est l’essence la plus à risque de mourir à la suite des attaques répétées de la tordeuse. Cette vulnérabilité des arbres à la mortalité augmente avec l’âge, la densité des peuplements ou la présence sur des sites peu productifs, par exemple lorsque le sol est trop sec ou trop humide. Au moins 4 années rapprochées de défoliation grave suffisent à tuer les premiers arbres. Ceci laisse donc un certain temps aux forestiers pour réagir et récupérer le bois avant que les pertes ne s’accumulent.

Défoliation grave des sapins dans un boisé privé de la région de Témiscouata

D’après les experts, il est impossible de prédire l’évolution de l’épidémie au cours des prochaines années, mais toutes les régions ayant des peuplements forestiers vulnérables à la tordeuse risquent de subir des dommages. Les conséquences de cette épidémie sont graves pour les propriétaires de boisés et les communautés rurales. Lors de la dernière épidémie, le retard pris dans les actions pour contrer ses effets a provoqué le dépérissement des forêts de nombreux propriétaires forestiers qui n’ont pu intervenir efficacement pour limiter les pertes.

Au niveau provincial, la Fédération des producteurs forestiers du Québec, Groupements forestiers Québec et le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs ont formé une cellule d’urgence afin de coordonner les actions à réaliser sur une base provinciale et régionale pour atténuer les impacts pour les propriétaires de boisés et les communautés rurales.

Au niveau régional, une des premières étapes pour les municipalités est de prendre conscience de la vulnérabilité des peuplements forestiers. Cette vulnérabilité dépend en grande partie de la présence du sapin mature dans les peuplements forestiers. Afin de rendre accessibles ces informations aux gestionnaires municipaux, la FPFQ a publié une carte interactive qui permet de visualiser la situation de l’épidémie ainsi que les peuplements forestiers vulnérables, et ce, d’après une analyse cartographique développée par le MFFP.

Carte interactive montrant les peuplements vulnérables à la tordeuse

Au niveau du lot boisé, les propriétaires voulant limiter le dépérissement de leur forêt peuvent se préparer et agir pour atténuer les impacts. Ainsi, il est fortement recommandé de procéder à la récolte des sapinières et pressières blanches matures avant l’arrivée de l’épidémie afin d’éviter les pertes de bois. Cette récolte hâtive permet de favoriser l’établissement de jeunes peuplements plus diversifiés et donc plus résistants aux attaques de l’insecte. D’autres travaux sylvicoles préventifs peuvent aussi être réalisés. Ils consistent à diminuer la présence de sapins et à modifier la composition des peuplements pour favoriser la présence d’essences moins vulnérables à l’insecte. Afin de pouvoir bénéficier des programmes d’aide et des conseils professionnels, les propriétaires sont invités à s’enregistrer comme producteur forestier.

Récolte dans un peuplement mixte à dominance de sapin gravement affecté dans la région du Témiscouata

Les propriétaires de boisés subissent présentement les contrecoups de cette épidémie. Alors qu’ils sont encouragés à récolter les peuplements forestiers fortement infestés, ils veulent aussi s’assurer du rétablissement d’une régénération forestière adéquate des superficies récoltées. Cette demande est importante pour les propriétaires, mais également pour les régions rurales qui misent sur la ressource forestière pour soutenir leur développement. C’est pourquoi la production de plants forestiers en pépinière et les budgets d’aménagement forestiers sont importants pour les régions affectées par la tordeuse.  

Les municipalités peuvent contribuer au succès de la lutte contre l’épidémie de la tordeuse des bourgeons de l’épinette en intervenant de plusieurs façons tout au long du processus. Les municipalités peuvent assouplir leur processus d’émission de permis de récolte afin d’inciter les propriétaires de boisés à procéder à des interventions hâtives ou de récupération. Ils peuvent suivre l’évolution de l’épidémie et avertir les propriétaires de boisés à risque de subir des dommages. Ils peuvent prévenir les citoyens lorsque des campagnes d’arrosage ont lieu. Finalement, ils peuvent soutenir les efforts d’aménagement des producteurs forestiers qui veulent accroître la santé et la résilience des forêts de leurs boisés en diminuant le fardeau fiscal des immeubles forestiers.

Activités municipales pouvant appuyer les démarches pour atténuer les impacts de l’épidémie de tordeuse

La FPFQ continuera de suivre l’épidémie en forêt privée et de proposer des solutions visant l’atténuation des impacts. Pour tout savoir sur l’épidémie en cours, consultez le foretprivee.ca/tordeuse.

L’épidémie de la tordeuse des bourgeons de l’épinette et mon boisé

L’actuelle épidémie de la tordeuse des bourgeons de l’épinette a débuté en 1992 dans le sud-ouest du Québec, près de la ville de Gatineau. Depuis 2006, les superficies touchées ont augmenté rapidement dans certaines régions du Québec, dont la Côte-Nord, le Saguenay-Lac-Saint-Jean, l’Abitibi-Témiscamingue, le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine. Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) suit la situation de près sur le terrain. Chaque année, il effectue dans les forêts du Québec un relevé aérien des dommages causés par divers insectes, dont ceux liés à la tordeuse des bourgeons de l’épinette. Pour avoir un aperçu de la situation, consultez les résultats de ce relevé annuel dans la section « Protection du milieu forestier » du site Web du MFFP. www.mffp.gouv.qc.ca/forets/fimaq/insectes/fimaq-insectes-portrait-faits.jsp

Devrais-je me préoccuper  de la tordeuse?

Vous devriez vous en préoccuper lorsque vous aménagez la forêt. En effet, après plusieurs années consécutives de défoliation grave causée par la tordeuse, une partie plus ou moins importante des arbres peut mourir, occasionnant des pertes de revenus. Deux éléments peuvent vous aider à déterminer s’il y a lieu de vous inquiéter : la susceptibilité des arbres et leur vulnérabilité.

Susceptibilité des arbres

La susceptibilité exprime la probabilité qu’un arbre subisse une défoliation sans nécessairement en mourir. Contrairement au feu qui peut détruire tous les arbres sur son passage, la tordeuse n’affecte que certaines espèces, ne tue pas tous les arbres qu’elle touche et met plusieurs années à le faire lorsque c’est le cas. Elle peut se nourrir des aiguilles du sapin baumier ou de celles des diverses sortes d’épinettes (blanche, rouge, noire et de Norvège) peu importe leur âge, que ces arbres soient dans des forêts feuillues, mélangées ou résineuses.

Vulnérabilité des arbres

La vulnérabilité exprime la probabilité que les arbres meurent après plusieurs années rapprochées de défoliation grave. Le sapin est nettement plus vulnérable que les épinettes, et sa vulnérabilité augmente avec l’âge et la densité des peuplements dans lesquels on le trouve. Dans une vieille sapinière, ce sont généralement les arbres les plus chétifs qui meurent en premier lors d’une épidémie. L’épinette blanche peut aussi être vulnérable, entre autres lorsqu’elle a été plantée dans un sol appauvri, lorsqu’elle croît dans un sol trop sec ou trop humide ou lorsqu’elle est très âgée.

Si vous êtes producteur forestier et que le sapin, particulièrement le sapin âgé, occupe une place importante dans votre boisé, vous devez être encore plus vigilant.

La description de la forêt dans le plan d’aménagement forestier de votre boisé permet de cibler les peuplements les plus à risque, notamment les sapinières âgées. Plus le volume de sapins est important, plus votre boisé est vulnérable, particulièrement si l’épidémie y sévit déjà et que vous souhaitez aménager ces peuplements. Votre conseiller forestier peut vous aider à trouver les peuplements les plus à risque de votre boisé.

L'insecte

Qu’est-ce que la tordeuse des bourgeons de l’épinette? 

Le cycle de vie de la tordeuse se déroule en une seule année. Il compte un stade oeuf, six stades chenilles (larvaire), un stade chrysalide et un stade adulte, celui du papillon.

Les dommages

L’épidémie touche-t-elle mon boisé?

Défoliation des pousses annuelles

Il est important d’évaluer l’état réel de votre boisé, si possible avec l’aide de votre conseiller forestier. Lors d’une première année de défoliation modérée ou grave, vous observerez dès la fin du mois de juin la teinte rougeâtre des arbres, due à la présence d’aiguilles mortes attachées aux extrémités des branches. Pour repérer cette défoliation, on doit d’abord regarder la tête et l’ensemble du houppier des épinettes blanches ou des sapins les plus hauts du peuplement. Au fil des ans, les arbres défoliés prennent une teinte grisâtre.

Vous pouvez avoir une idée du nombre d’années de défoliation en observant l’extrémité des branches, puisque les traces de la défoliation s’accumulent au fil des ans sur l’arbre.

Défoliation grave d'une pousse annuelle
Défoliation grave des pousses annuelles des deux dernières années de croissance de l'arbre

L'aménagement en période d'épidémie

Si l’épidémie ne touche pas encore votre boisé et que vous songez à faire une récolte, choisissez les arbres ou les peuplements les plus vulnérables, comme les vieilles sapinières. Vous auriez avantage à vous faire conseiller, car déterminer la bonne façon d’agir dépend de plusieurs facteurs et une action rapide vous permettra d’atténuer le risque de perdre des revenus. Votre conseiller forestier pourra, par exemple, évaluer la possibilité de procéder à des coupes partielles. Cette approche peut présenter de nombreux avantages pour contrer la prolifération d’espèces concurrentes et favoriser l’établissement d’essences désirées. Un bon accès aux secteurs les plus vulnérables de votre boisé sera un atout!

Défoliation totale des arbres

On peut déterminer le risque de mortalité des arbres en évaluant la proportion de feuillage. Les aiguilles du sapin baumier tombent naturellement de cinq à sept ans après avoir poussé. Donc, si la nouvelle pousse est complètement mangée par la tordeuse chaque année, l’arbre n’aura plus aucun aiguille après une période de cinq à sept ans.

Les arbres matures dont l’ensemble du houppier compte moins de 10 % de feuillage sont voués à une mort quasi certaine à brève échéance (moins de deux ans). Ceux qui ont plus de 50 % de leur feuillage ont de bonnes chances de survivre si l’épidémie cesse, sinon ils pourront encore supporter quelques années de défoliation grave avant de succomber. Le sort des arbres auxquels il reste de 10 à 50 % de feuillage est incertain; il dépend notamment de leur vigueur et de la défoliation à venir. Plus le feuillage diminue, plus le risque de mortalité augmente. 

Voici un aperçu du cycle complet d’une épidémie dans les peuplements très vulnérables. La défoliation totale se manifeste par un changement d’apparence générale des arbres, leur couleur passant de vert, lorsqu’ils sont peu ou qu’ils ne sont pas défoliés, à rougeâtre, puis à gris lorsqu’ils sont complètement défoliés.

La surveillance de ces secteurs sera améliorée et la récolte sera facilitée le temps venu.

Dès qu’il y a un signe d’épidémie imminente, vous devriez cesser les éclaircies précommerciales systématiques dans les peuplements composés d’essences vulnérables (sapin baumier et épinettes). L’éclaircie précommerciale systématique comporte à la fois l’élimination des espèces concurrentes, comme les peupliers, et la réduction des résineux en surnombre. Elle devrait être remplacée par le nettoiement qui se limite à éliminer les espèces concurrentes. Le maintien des résineux en surnombre permet de répartir la ponte des papillons sur un plus grand nombre d’arbres, diminuant ainsi la quantité de chenilles par branche. Il permet également de faire face à une mortalité partielle des résineux dans le peuplement. Le dégagement – un traitement qui élimine les espèces concurrentes lorsque les résineux ont moins de deux mètres de haut – devrait continuer à être appliqué dans les plantations d’épinettes dès que l’interception de la lumière par les feuillus atteint 40 %. Dans les peuplements régénérés naturellement, on peut parfois avoir recours au dégagement lorsque la survie des semis est menacées par une végétation concurrente extrêmement dense.

Quant à l’éclaircie commerciale, vous devriez demander conseil avant de la réaliser, car elle pourrait augmenter le risque de chablis en période d’épidémie. En effet, une fois l’éclaircie terminée, si la défoliation entraîne une mortalité partielle des arbres, l’effet combiné de cette mortalité et du traitement peut provoquer une ouverture du couvert trop grande pour que le peuplement puisse résister aux vents.

Comprendre la vulnérabilité du sapin et des épinettes à la suite des traitements sylvicoles

La vulnérabilité des arbres à la tordeuse des bourgeons de l’épinette (sapins, épinettes) augmente lors des travaux de dégagement, d’éclaircie précommerciale et de nettoiement dans les jeunes peuplements et lors des coupes partielles dans les peuplements plus âgés. Tous ces traitements diminuent le nombre d’arbres ou d’arbustes dans un peuplement. L’élimination d’une partie du couvert forestier entrâine des modifications dans l’environnement des arbres (quantité de lumière, température, humidité, nappe phréatique, etc.). Ces modifications stressent les arbres restants pendant quelques années, le temps qu’ils s’adaptent aux nouvelles conditions environnementales. Lordqu’un arbre est stressé, il a une capacité réduite à se défendre contre certains insectes défoliateurs comme la tordeuse. De plus, l’augmentation de la quantité de lumière et de la température dans le peuplement accélère le développement de la tordeuse. Cela favorise sa survie puisqu’elle est exposée moins longtemps aux prédateurs et aux parasites. Finalement, lorsque l’on réduit le nombre de sapins ou d’épinettes, les papillons de la tordeuse présents dans le peuplement pondent leurs oeufs sur moins d’arbres, ce qui aura pour effet de concentrer le nombre de chenilles par arbre. Bref, cette augmentation temporaire de la vulnérabilité des arbres devra sérieusement être prise en compte lorsque vous envisagerez d’effectuer un traitement sylvicole en période d’épidémie.

Jeune épinette blanche touchée par l'épidémie

Que faire si des peuplements matures sont touchés?

Ne paniquez pas. Comme la majorité des peuplements contiennent des arbres peu ou pas vulnérables, seul un certain nombre d’arbres seront éliminés, tans que les autres profiteront à moyen terme des trouées laissées par ceux qui sont morts. Les peuplements très vulnérables, par exemple les vieilles sapinières pures où une majorité d’arbres matures pourraient mourir, vont se régénérer naturellement. 

Si votre boisé est gravement atteint et que vous souhaitez faire une récolte pour minimiser vos pertes de revenus, il est primordial de consulter votre conseiller forestier. Ce dernier déterminera la bonne façon d’agir en tenant compte de plusieurs facteurs liés à la fois au peuplement (objectif sylvicole, végétations concurrentes, régénération en place), à sa vulnérabilité à la tordeuse et à la gravité de la défoliation.

Il faut habituellement au moins quatre années rapprochées de défoliation grave des pousses avant que les premiers arbres meurent. Ce sont ceux dont la valeur économique est moindre, les plus faibles et les plus chétifs, qui meurent en premier. La mortalité progresse par la suite à un rythme variable et culmine environ dix ans après le début de l'épidémie. Plus l'épidémie est détectée tôt, plus vous aurez le temps de réagir, d'où l'importance de suivre la situation de près.

La récolte

Mes arbres ont-ils encore une valeur pour la transformation?

Le bois reste sain tant que l’arbre est vivant, même s’il est très défolié et que sa tête est morte ou cassée. Lorsque les arbres sont moribonds ou viennent de mourir, des insectes et des champignons entreprennent le processus de dégradation du bois. Vous devez donc vérifier les standards de qualité du bois recherchés par les acheteurs avant de procéder à la récolte, car ces standards peuvent varier selon la destination et l’usage du bois : sciage ou pâtes et papiers.

Les plantations et les jeunes forêts

Qu’adviendra-t-il de mes plantations d’épinette blanche?

Il existe peu de documentation sur la réaction des plantations d’épinette blanche aux épidémies de la tordeuse puisque la majorité des plantations au Québec ont été faites depuis la dernière épidémie. Toutefois, on sait que celles qui existaient avant la dernière épidémie ont survécu. De façon générale, les plantations d’épinette noire, rouge ou de Norvège ne sont pas préoccupantes. C’est aussi le cas pour les jeunes plantations d’épinette blanche. Par contre, les plantations d’épinette blanche de plus de quarante ans, établies sur un site appauvri (ancienne friche), trop sec ou trop humide, et dont les arbres ont un houppier clairsemé, peuvent être plus vulnérables.

Qu’adviendra-t-il des jeunes peuplements de moins de 30 ans gravement défoliés?

Même s’ils sont susceptibles de subir une défoliation, on sait que les jeunes sapins sont moins vulnérables que les plus âgés. Il y a donc une forte probabilité que la majorité de ces jeunes sapinières, établies sur de bons sites (frais ou humides), survivent malgré l’apparence grisâtre peu rassurante qu’elles pourraient avoir à la suite de défoliations graves et répétées. Il en va de même pour les jeunes peuplements éclaircis depuis assez longtemps pour qu’ils soient moins vulnérables à la tordeuse. Soyez patient et ne concluez pas trop rapidement qu’ils sont perdus uniquement à cause de leur apparence.

Ne vous méprenez pas

Faites la distinction entre la brûlure des pousses du sapin et les dommages causés par la tordeuse

Dommages causés par Delphinella balsameae
Dommages causés par la tordeuse des bourgeons de l'épinette

La brûlure des pousses du sapin est une maladie causée par le champignon Delphinella balsameae qui affecte le sapin baumier. Depuis quelques années, sa présence augmente dans plusieurs régions du Québec, dont le Bas-Saint-Laurent, la Gaspésie, les Laurentides et l’Estrie. Le champignon qui cause la brûlure s’attaque plus particulièrement aux jeunes arbres, mais il peut aussi affecter les plus vieux. Les premiers arbres à être atteints se trouvent souvent le long des cours d’eau. L’infection a lieu sur les pousses très tôt après le débourrement des bourgeons, mais en général elle ne compromet pas la survie de l’arbre.

La tordeuse attaque la tête de l’arbre en premier alors que le champignon affecte d’abord la partie inférieure du houppier et ne touche généralement pas à la tête. Par ailleurs, les aiguilles ne sont pas mangées, comme c’est le cas de celles touchées par la tordeuse. Le champignon cause un rougissement de la pousse annuelle ou de quelques aiguilles qui flétrissent puis se recroquevillent.

Article paru dans la revue Forêts de chez nous, édition septembre 2015.

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