Crise forestière : une solution qui crée un préjudice en forêt privée

Longueuil, le 25 février 2026 – La Fédération des producteurs forestiers du Québec (FPFQ) réagit avec consternation aux amendements déposés par le ministre des Ressources naturelles et des Forêts, M. Jean-François Simard, dans le cadre de l’étude du projet de loi n° 11. Sous couvert de réforme, ces amendements modifient en profondeur les règles du marché du bois au seul bénéfice des industriels s’approvisionnant en forêt publique, et font abstraction des conséquences néfastes, directes et prévisibles pour les producteurs forestiers de la forêt privée.

Trois amendements, un même effet : changer les règles du jeu au détriment de la forêt privée

Par ces amendements, le ministre consent à d’importantes concessions aux industriels. Il propose d’abolir la redevance annuelle exigée pour sécuriser leur approvisionnement en bois des forêts publiques, envisage de revoir la tarification du bois public en fonction de la rentabilité des entreprises et de leurs conditions de marché, et met fin au système d’enchères qui constituait la seule référence indépendante pour établir la valeur marchande du bois public.

Une fois réunis, ces changements modifient l’ensemble des mécanismes de formation du prix du bois au Québec et causent un préjudice aux producteurs forestiers en forêt privée.

Le bois issu des forêts publiques deviendra mécaniquement moins cher, ce qui compromettra les conditions de mise en marché du bois provenant de la forêt privée. En abolissant le rôle de référence du Bureau de mise en Marché des bois (BMMB), le ministère élimine le seul outil permettant une lecture objective et transparente des marchés du bois. Cette décision alimente le conflit du bois d’œuvre – qui coûte déjà une fortune à la population québécoise – et inflige un préjudice sans précédent aux propriétaires forestiers qui en sont depuis longtemps déjà les victimes collatérales.

Désormais, la tarification du bois des forêts publiques ne reposera plus sur une référence de prix de marché, mais essentiellement sur le coût de production et la rentabilité industrielle des acheteurs. Or, une tarification artificiellement basse exercera une pression à la baisse sur le prix du bois en forêt privée, alors que les producteurs luttent déjà pour accéder à des marchés viables. Cette approche atypique, qui ne reconnaît que les coûts des acheteurs, ne fera qu’aggraver la situation, créant une injustice supplémentaire pour les producteurs forestiers.

Un État en position dominante sur le marché du bois

Alors que le ministère met déjà en marché 68 % du bois à partir des vastes forêts publiques du Québec, ces amendements consolideront une situation d’abus de position dominante au détriment des 162 900 propriétaires forestiers, qui assurent pourtant 21 % de l’approvisionnement en bois rond de l’industrie.

Dans un marché déjà en contraction, ces mesures fragilisent davantage le principe de résidualité qui, selon la Loi sur l’aménagement durable du territoire forestier (LADTF), devrait conférer au bois de la forêt publique un caractère résiduel par rapport aux autres sources d’approvisionnement, notamment la forêt privée. Cette dérive est d’autant plus préoccupante que les volumes auparavant mis aux enchères seront désormais attribués directement aux industriels, éliminant toute forme de concurrence réelle et réduisant leur incitation à s’approvisionner en forêt privée, puisqu’ils ne peuvent plus, en pratique, perdre l’accès au bois public.

Le ministère crée un préjudice envers ses propres producteurs

« On ne réformera pas le régime forestier en traitant 162 900 propriétaires forestiers comme une simple variable d’ajustement. Derrière ces chiffres, il y a des familles, des communautés rurales entières qui dépendent de la vitalité de leurs boisés. Quand le gouvernement dépose des amendements qui déstructurent les marchés du bois en forêt privée, il concurrence ses propres citoyens et leur cause un préjudice inacceptable. Cela fait des années que nous répétons le même message. Des années que nous tendons la main, sans véritable écoute. Aujourd’hui, nous ne demandons pas un privilège : nous demandons que l’État respecte ses propres engagements et cesse de nuire à ceux qu’il prétend vouloir soutenir. Le projet de loi n° 11 est encore à l’étude. L’occasion de corriger le tir est réelle. Nous demandons au gouvernement de la saisir, cette fois, avec les producteurs forestiers à la table », a déclaré Gaétan Boudreault, président de la FPFQ.

Des correctifs urgents pour rétablir l’équilibre

La FPFQ réclame des mesures immédiates pour préserver l’équilibre entre les sources d’approvisionnement. Elle demande que la tarification du bois des forêts publiques tienne compte des coûts réels de production du bois en forêt privée, comme c’était le cas avant l’introduction du système d’enchères.

De plus, le principe de résidualité doit être renforcé afin de baliser adéquatement la concurrence exercée par l’État. Cela passe par l’instauration d’un mécanisme permettant de réduire l’attribution des volumes en forêt publique lorsque des catastrophes naturelles forcent la récupération de bois en forêt privée, comme le prévoyait le défunt projet de loi n° 97. Une telle mesure devrait également pouvoir s’appliquer en période de contraction des marchés, comme lors de la présente crise forestière.

Par ailleurs, la FPFQ déplore que le ministre n’ait pas profité de son intervention pour s’attaquer à des enjeux réglementaires pourtant cruciaux en forêt privée. Lors des auditions, la Fédération avait clairement souligné l’urgence de simplifier l’environnement réglementaire, notamment en confiant aux MRC la responsabilité de réglementer l’abattage d’arbres et en instaurant une consultation obligatoire des intervenants forestiers régionaux (consulter notre précédent communiqué).

À propos de la FPFQ

La FPFQ est l’organisation provinciale qui travaille à la promotion des intérêts des 162 900 propriétaires forestiers du Québec qui contribuent au développement des communautés rurales par une gestion active de leurs boisés. L’action régionalisée de ses 13 syndicats ou offices de producteurs forestiers affiliés vise la protection et la mise en valeur des forêts privées québécoises, ainsi qu’une commercialisation ordonnée du bois en provenance de ces territoires.

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Renseignements :
Charles-Philippe Tremblay-Bégin
Conseiller aux communications et relations publiques
Fédération des producteurs forestiers du Québec
cptremblaybegin@upa.qc.ca| T. 450 679-0540, poste 8661

Enquête 2025 : un portrait actualisé des propriétaires forestiers québécois

Longueuil, le 23 février 2026 La Fédération des producteurs forestiers du Québec dévoile aujourd’hui les résultats de sa plus récente enquête provinciale sur les propriétaires forestiers québécois; des êtres qui demeurent méconnus, même s’ils jouent un rôle structurant pour la forêt privée, le secteur forestier et le milieu rural.

Réalisée avec le Groupe AGÉCO grâce au soutien financier du ministère des Ressources naturelles et des Forêts, l’enquête brosse un portrait des 162 900 propriétaires forestiers du Québec, qui détiennent ensemble 17 % de la forêt productive québécoise. Cette cinquième enquête, dont la première édition remonte aux années 1970, permet de suivre l’évolution de leur profil sociodémographique, de leurs motivations et de leurs comportements en ce qui a trait à la gestion de leurs boisés.

Les résultats révèlent un portrait en mouvement. Les propriétaires sont plus âgés qu’il y a dix ans, la présence des femmes s’accroît et la taille de leurs propriétés diminue. L’enquête confirme l’observation déjà mise de l’avant par l’étude précédente : la majorité des propriétaires possèdent leur forêt d’abord pour le plaisir de protéger et d’aménager un milieu naturel. Ils demeurent néanmoins actifs sur le terrain : plus des trois quarts récoltent du bois, la moitié réalise des travaux d’aménagement et près d’un tiers vend du bois à l’industrie forestière.  

« Les résultats confirment ce que nous observons sur le terrain : l’engagement des propriétaires forestiers est bien réel, mais leurs réalités ont évolué. Cette enquête nous donne les repères nécessaires pour ajuster l’accompagnement offert par l’entremise de nos syndicats et offices régionaux », a déclaré le président de la Fédération, M. Gaétan Boudreault.

Au‑delà du portrait statistique, l’étude vise à outiller les décideurs publics afin d’adapter les politiques de soutien à la mise en valeur durable de la forêt privée. L’enquête permettra de tenir compte des réalités actuelles et des préoccupations des propriétaires pour adapter les services, les programmes et l’accompagnement offerts en forêt privée.

Le résumé de l’enquête et le rapport complet sont disponibles sur foretprivee.ca.

À propos de la Fédération des producteurs forestiers du Québec 

La FPFQ est l’organisation provinciale qui travaille à la promotion des intérêts des 162 900 propriétaires forestiers du Québec qui contribuent au développement des communautés rurales par une gestion active de leurs boisés. L’action régionalisée de ses 13 syndicats ou offices de producteurs forestiers affiliés vise la protection et la mise en valeur des forêts privées québécoises, ainsi qu’une commercialisation ordonnée du bois en provenance de ces territoires.

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Fardeau réglementaire : les producteurs forestiers souhaitent des solutions plus simples pour renforcer la forêt privée

Longueuil, le 5 février 2026 La Fédération des producteurs forestiers du Québec (FPFQ) a participé aujourd’hui à la Commission de l’économie et du travail dans le cadre des auditions sur le projet de loi n° 11 en proposant des mesures de simplification de l’encadrement réglementaire de la forêt privée.

Les producteurs doivent composer avec une mosaïque de règlements sur l’abattage d’arbres qui varient d’une municipalité à l’autre. À cette réalité s’ajoute un contexte économique difficile, puisque le conflit du bois d’œuvre a beaucoup affaibli le marché du bois rond. Chaque délai et chaque contrainte administrative pèsent lourd sur la filière. Pour les producteurs, le projet de loi n° 11 est une occasion d’apporter des ajustements sur le terrain afin de les soutenir pendant cette période de crise.

« Nos producteurs veulent travailler en forêt, pas passer leurs journées à décoder des règlements. Et quand les règles sont floues ou contradictoires, une erreur commise de bonne foi peut coûter très cher. Simplifier, c’est permettre aux producteurs de faire ce qu’ils font de mieux : aménager durablement leurs boisés », a déclaré le président de la Fédération, M. Gaétan Boudreault.

Dans son mémoire, la FPFQ propose de confier aux MRC la responsabilité de réglementer l’abattage d’arbres et d’instaurer une consultation obligatoire des intervenants forestiers régionaux, dont les syndicats et offices de producteurs forestiers. Elle recommande également d’alléger les exigences administratives pour favoriser l’accès des producteurs au marché des crédits carbone.

« Le marché du carbone représente une possibilité réelle de soutenir les producteurs, leurs familles et toute l’économie du milieu rural alors que la crise frappe fort. Par contre, la lourdeur des conditions actuelles prive des Québécois de ces retombées. Ce sont des millions de dollars qui s’en vont chaque année aux États-Unis plutôt que de rester dans nos poches », a souligné le premier vice-président de la FPFQ, M. André Roy.

Ces propositions n’entraînent aucun coût pour l’État. La FPFQ souhaite une mise en œuvre rapide de ces solutions concrètes pour la forêt privée.

À propos de la FPFQ

La FPFQ est l’organisation provinciale qui travaille à la promotion des intérêts des 162 900 propriétaires forestiers du Québec qui contribuent au développement des communautés rurales par une gestion active de leurs boisés. L’action régionalisée de ses 13 syndicats ou offices de producteurs forestiers affiliés vise la protection et la mise en valeur des forêts privées québécoises, ainsi qu’une commercialisation ordonnée du bois en provenance de ces territoires.

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Alléger le fardeau réglementaire pour mieux renforcer la forêt privée

Dans le cadre du Projet de loi n° 11, Loi modifiant diverses dispositions principalement aux fins d’allègement du fardeau réglementaire et administratif, la Fédération des producteurs forestiers du Québec a déposé un mémoire pour que la simplification réglementaire se rende jusqu’aux producteurs forestiers.

Des recommandations selon les cinq axes suivants ont été formulées afin d’améliorer le projet de loi :

  1. transférer des municipalités aux MRC la responsabilité de réglementer l’abattage d’arbres et la protection du couvert forestier;
  2. rendre obligatoire la consultation des intervenants forestiers régionaux lors de l’élaboration ou de la révision de règlements concernant la forêt privée;
  3. renforcer le droit des producteurs forestiers d’aménager leurs boisés;
  4. uniformiser à l’échelle de la province les directives de protection des cours d’eau et des milieux hydriques;
  5. améliorer l’accès des producteurs forestiers au marché du carbone en abolissant la période prévue pour déposer un projet hâtif et en allégeant les règles d’agrégation de projet.

Mémoire concernant le Projet de loi n° 11, Loi modifiant diverses dispositions principalement aux fins d’allègement du fardeau réglementaire et administratif.

Février 2026

30 000 emplois en jeu dans le secteur forestier : mythe ou réalité?

30 000 emplois en jeu dans le secteur forestier : mythe ou réalité?

En novembre 2025, le premier ministre Legault a brossé un portrait alarmant en évoquant la perte potentielle de 30 000 emplois dans le secteur forestier québécois à cause des droits de douane américains sur le bois d’œuvre. La moitié des travailleurs du secteur vivent-ils sur du temps emprunté en raison de la guerre commerciale?

Si c’est effectivement le cas, il s’agit d’un constat consternant puisque la foresterie demeure un pilier économique et social significatif pour plusieurs régions, voire essentiel pour de nombreuses communautés. Derrière les arbres, les abatteuses et les scieries, une réalité s’impose : les emplois forestiers évoluent, se transforment et se redéfinissent, portés par l’innovation, la résilience des travailleurs et les aléas économiques. Jusqu’à présent, le secteur est passé tant bien que mal à travers plusieurs crises successives qui ne l’ont pas laissé indemne. Cette dernière est-elle si apocalyptique que le premier ministre le prétend? Regardons dans le passé pour mieux nous situer.

Chute drastique du nombre d’emplois en deux décennies

Depuis 2001, le secteur forestier québécois traverse une mutation structurelle profonde. En 2001, la filière comptait près de 95 200 emplois, répartis entre la fabrication de produits en bois (44 %), la production de papier (36 %) et les activités de foresterie (20 %). Cette base solide a progressivement été érodée par des facteurs économiques et technologiques, ainsi que par deux crises majeures qui ont accéléré la restructuration du secteur. En 2008, l’éclatement de la bulle immobilière a effacé un grand pan de la demande pour les matériaux de construction en bois, tandis qu’en 2020, la pandémie de Covid-19 a temporairement mis à l’arrêt la moitié de l’économie. Aujourd’hui, le nombre d’emplois dans la filière a diminué de 40 % pour atteindre 57 300 en 2024.

En 2024, la fabrication de produits en bois demeure le principal employeur (29 500), suivie par le secteur des pâtes et papiers (18 100) et celui de l’exploitation forestière et des activités de soutien (9 700). Depuis 2000, les pertes sont significatives : -51 % pour les activités de foresterie, -47 % pour les pâtes et papiers et -29 % pour la fabrication de bois, qui reste la filière la moins touchée malgré le perpétuel conflit du bois d’œuvre.

Après un sommet de 45 000 emplois en 2004, le secteur cyclique de la fabrication du bois a effacé 16 000 emplois de 2005 à 2009. L’éclatement de la bulle immobilière a frappé dur. Aujourd’hui, le nombre de travailleurs dans ce segment oscille entre 27 000 et 30 000 depuis 2010, grâce entre autres à la modernisation et à l’automatisation qui ont amélioré la productivité. De plus, un taux de change avantageux et un secteur immobilier plus propice ont certainement favorisé la demande pour ces produits forestiers et le maintien des emplois. Un scénario semblable à 2008 pourrait-il se reproduire considérant des droits sur le bois d’œuvre canadien totalisant 45 %? Ce n’est pas impossible, mais, malgré sa torpeur, le secteur immobilier ne semble pas aussi près d’éclater cette fois-ci.

À l’inverse, la fabrication du papier illustre la fragilité d’un marché en déclin structurel : de 33 000 emplois en 2001, il en comptait 18 100 en 2024, sous l’effet de la transition numérique et de la chute du papier journal. La chute de la demande pour ces produits a décimé le secteur alors que les fermetures d’usines se sont succédé année après année. En 2001, on comptait 63 usines, contre moins d’une vingtaine aujourd’hui. Les pertes d’emploi dans ce secteur ont été beaucoup plus constantes alors que, bon an mal an, environ 680 travailleurs ont été sacrifiés. La réorientation vers des produits en croissance (cartons, emballages et papiers hygiéniques) ou à valeur ajoutée (bioraffinage et autres papiers spécialisés) est pour l’instant insuffisante pour amorcer une transformation profonde du secteur et inverser cette lourde tendance.

Depuis 2001, le segment de la foresterie, de l’exploitation et du soutien a subi un recul majeur : on est passé de 19 900 emplois à environ 9 700 en 2024, soit une diminution de moitié. Parallèlement, l’approvisionnement en bois de l’industrie québécoise a chuté de 33 % entre 2001 et 2024. Cette baisse provient principalement du recul marqué de l’approvisionnement issu des forêts publiques (-37 %), alors que la diminution s’établit à 15 % en forêt privée.

L’industrie forestière face aux crises

Lors de la crise forestière de 2008, le nombre d’emplois a chuté de 22 % au cours des cinq années suivantes. En 2020, ce sont 9,4 % qui ont été effacés en l’espace d’un an, quoiqu’une reprise ait eu lieu l’année suivante (+ 6,0 %). Ces crises ont accéléré la restructuration du secteur forestier; chaque épisode a entraîné des fermetures d’usines et des pertes d’emplois, mais aussi des efforts d’adaptation.

Sur la base des évaluations historiques, il est possible d’émettre une hypothèse globale quant aux pertes d’emplois en période de crise. Le segment du bois d’œuvre, fortement cyclique, pourrait subir des diminutions allant de 5 000 à 17 000 postes lors d’épisodes plus sévères. À cela s’ajoute le déclin structurel du marché du papier qui entraîne pour sa part une réduction moyenne d’environ 500 emplois par année, indépendamment des cycles économiques. Enfin, l’exploitation forestière, étroitement liée à ces deux segments, subirait des impacts proportionnels à la baisse de la demande en bois rond et à la contraction des activités industrielles. Globalement, le poids démographique de ce secteur économique pourrait continuer de s’atténuer sans toutefois correspondre au cataclysme avancé par François Legault (-30 000).

À court terme, les producteurs forestiers doivent s’attendre à une baisse de la demande en bois rond, conséquence directe du ralentissement industriel et des fermetures d’usines dans les segments les plus vulnérables. Ces ajustements accentueront les disparités régionales, notamment dans les zones dépendantes du bois d’œuvre. Cependant, il est curieux de constater que jusqu’à présent la majorité des usines ayant cessé leurs activités s’approvisionnent principalement en bois des forêts publiques.

Pourtant, loin d’être un acteur périphérique, la forêt privée peut devenir un véritable levier de stabilisation pour l’ensemble de la filière. Afin d’atténuer les répercussions régionales des fermetures d’usines, plusieurs pistes d’action méritent d’être mises de l’avant. Diversifier les débouchés offerts aux propriétaires, soutenir l’essor de petites unités de transformation de proximité et renforcer les programmes de sylviculture contribueraient à maintenir une activité économique soutenue dans les territoires. Par ailleurs, miser sur une hausse de la possibilité forestière en forêt privée permettrait de valoriser des volumes disponibles à proximité des usines. Ces approvisionnements de courte distance offriraient un soutien stratégique aux industriels dont l’accès au bois en provenance des forêts publiques est fragilisé par divers enjeux — notamment la protection du caribou ou l’expansion des aires protégées. Une meilleure intégration de la forêt privée dans les stratégies industrielles avec des engagements d’approvisionnement à long terme, ainsi qu’un arrimage plus rigoureux entre disponibilité locale du bois et besoins régionaux contribuerait à bâtir une résilience collective plus robuste pour le secteur forestier.

De l’aide directe pour la forêt privée

Un consensus se dégage à propos du caractère cyclique de l’industrie forestière : que les montagnes soient « russes », « américaines » ou « naturelles » (insectes, feux de forêt, chablis), le secteur se remet toujours sur les rails à condition d’obtenir les mesures d’aide appropriées.

Jusqu’à présent, les aides sectorielles ont ciblé les industriels et les travailleurs : programmes de requalification des compétences, baisse des redevances, soutien de la récolte de biomasse en forêt publique, crédits et prêts avantageux à la grande industrie, congé temporaire de cotisations salariales, aide à la diversification des marchés. Au contraire, les 31 100 producteurs forestiers reçoivent très peu d’aide directe pour faire face à la crise. Corrigeons le tir. C’est une question d’équité, surtout qu’en raison de leur statut de travailleur autonome, ils ne bénéficient que trop rarement de quelconques formes de sécurité sociale. Et c’est sans compter le coût de la machinerie et des opérations financées à la banque qui a explosé ces dernières années! Quel bois transformera l’industrie forestière si les producteurs tombent un à un?

Lors de la dernière crise forestière débutée en 2006, les volumes récoltés en forêt privée ont fondu de moitié en l’espace de trois ans. Or, il aura fallu huit années supplémentaires afin de revenir au niveau de récolte précédent. En tout et pour tout, c’est l’équivalent de trois années de récolte qui a été anéanti. Cela a constitué une perte de centaines de millions de dollars pour les producteurs et des milliards pour l’ensemble du secteur. Veut-on s’en priver encore?

ll est encore temps pour les élus des différents paliers d’aider spécifiquement les producteurs forestiers à traverser cette crise. Le fédéral doit d’abord reconnaître l’apport de la forêt privée afin que les producteurs puissent être éligibles aux promesses de soutien sectoriel du premier ministre Carney. La négociation avec les États-Unis d’une entente sur le bois d’œuvre exemptant la forêt privée ne ferait pas de mal non plus. Le premier ministre Legault pourrait quant à lui adopter un crédit d’impôt pour soutenir la récolte de bois en forêt privée. S’il ne peut délier les cordons de la bourse, il pourrait protéger nos marchés sans dépenser un sou en réglant le dossier de la résidualité.

Quant au palier municipal, j’apprécie les interventions de M. Jacques Demers, de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), dans à sa défense des intérêts des quelques 200 communautés forestières touchées par la crise. Je l’invite par le fait même à prendre la défense de tous les producteurs forestiers qui participent à la cagnotte municipale en incitant les élus à abaisser les taxes des immeubles forestiers et en harmonisant leur réglementation sur les activités forestières.

Chers élus des trois paliers gouvernementaux, ce n’est pas la charité que nous demandons, mais simplement un coup de pouce pour survivre dans cet environnement d’affaires particulièrement éprouvant. C’est seulement ainsi que nous pourrons continuer d’assurer notre rôle stratégique dans la gestion durable des forêts privées.

Gaétan Boudreault
Producteur et président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de février 2026.

La revue Forêts de chez nous – février 2026 : Hausse de la possibilité forestière en forêt privée

Éditorial du président – De l’aide directe pour la forêt privée
• Actualités
• Nouveaux producteurs : à qui confier la réalisation de ses travaux?
• Hausse de la possibilité forestière en forêt privée

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Au sujet de la revue
Notre revue Forêts de chez nous aborde des sujets d’intérêt pour les propriétaires forestiers soucieux de voir grandir leur patrimoine forestier. Elle porte un regard différent sur l’actualité forestière notamment par le biais des éditoriaux et des reportages.

La revue Forêts de chez nous est produite quatre fois par année en collaboration avec les Producteurs et productrices acéricoles du Québec. Pour nous faire part d’un commentaire ou pour nous suggérer un sujet d’article, écrivez-nous!

Sur le Radar en 2026

Comme chaque début d’année, la FPFQ brosse un portrait des grands enjeux susceptibles d’influencer les activités des producteurs forestiers. Après une année particulièrement mouvementée, 2026 s’annonce tout aussi significative. Réforme du régime forestier, élections provinciales, marchés du bois, résidualité, carbone forestier et infrastructures figurent entre autres parmi la quinzaine de dossiers à garder à l’œil en forêt privée au cours des prochains mois.

Hausse de la possibilité forestière en forêt privée

Le volume de bois sur pied et la possibilité forestière sont en hausse en forêt privée. Selon les plus récentes évaluations, le volume a progressé de 21 % tandis que la possibilité forestière s’est accrue de 2,7 Mm³ pour atteindre 19,6 Mm³ par année. Plus du tiers de la possibilité forestière réside maintenant en forêt privée. Ces résultats illustrent le rôle grandissant que peuvent occuper les producteurs forestiers dans l’approvisionnement du secteur forestier québécois, sans pour autant mettre à risque la ressource renouvelable qu’est la forêt privée.

Recul de 3,4 % de la production québécoise de bois d’œuvre après trois trimestres

Selon Statistique Canada, la production canadienne de bois d’œuvre a reculé de 3,9 % après neuf mois en 2025, pour atteindre 15,42 milliards de pieds mesure de planche (G PMP). La baisse s’est accentuée au troisième trimestre, avec un recul de 8,0 %.

Presque toutes les provinces ont enregistré une diminution, à l’exception du Nouveau-Brunswick, qui affiche une hausse de 1,4 %, après 9 mois. L’Alberta connaît une légère baisse (-0,1 %), tandis que les reculs sont plus marqués ailleurs, notamment en Colombie-Britannique (-7,1 %, le plus fort du pays) et en Ontario (-5,7 %). Les autres provinces accusent une baisse moyenne de 5,2 %.

Au Québec, la production a diminué de 3,4 % après neuf mois, soit environ 139 M PMP de moins. Cependant, une reprise s’est manifestée au troisième trimestre 2025, avec une hausse de 11 % par rapport au troisième trimestre 2024. Cette amélioration contraste avec la forte baisse observée après six mois (-8,8 %), ce qui réduit la perte cumulée sur neuf mois.

Ce rebond au troisième trimestre s’explique probablement par l’anticipation de la hausse des droits américains sur le bois d’œuvre canadien (relevés à 45 % en août 2025), les scieurs souhaitant produire et expédier du bois d’œuvre avant une hausse de taxes. Cette mesure pèse lourdement sur la compétitivité du secteur et laisse présager un ralentissement au quatrième trimestre susceptible de réduire la moyenne annuelle et d’accentuer la pression sur l’industrie.

Toujours au Québec après trois trimestres, les inventaires ont chuté de 15 %. Cette baisse s’est accentuée après le mois de mai, car en prévision de la hausse des tarifs américains, les usines ont choisi d’écouler rapidement leurs stocks plutôt que de conserver du bois d’œuvre. La fermeture de scieries n’est probablement pas encore reflétée dans le niveau d’inventaires actuel; celui-ci risque d’être encore plus bas dans les prochains semestres. Sur la même période, les livraisons ont également reculé de 8,5 %.

Les conséquences du conflit du bois d’œuvre sont préoccupantes : chaque semaine, de nouvelles fermetures sont annoncées. Au Québec, une vingtaine d’usines ont déjà déclaré des arrêts temporaires ou définitifs en 2025. Dans ce contexte, il est raisonnable de prévoir une détérioration supplémentaire d’ici la fin de l’année, à mesure que les effets des droits accrus se font sentir.

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