Ça va de plus en plus mal pour les producteurs de bois de 4 pieds ! Alors que vous êtes plus nombreux à vouloir produire pour ce marché, la compagnie Kruger — Wayagamack a maintenant besoin de moins en moins de bois! En tenant compte des inventaires qui seront toujours à livrer à la fin de l’année, notre marché pour ce type de bois, sera réduit de moitié en 2017. Plus d’invités à table pour se partager un gâteau deux fois plus petit ! Il n’y a vraiment pas de quoi se réjouir.

Cette situation est désagréable pour tous et ne peut faire que des mécontents. Mais, on aura beau s’en désoler jusqu’à la fin des temps, il faut quand même s’en accommoder. C’est ce que nous nous sommes attelé à faire, dès qu’une entente a été convenue avec l’acheteur. Cela nous a amenés à prendre des décisions difficiles, qui ne feront pas l’affaire de nombreux producteurs et qui nous vaudront certainement plusieurs reproches. Mais ce sont des décisions fermes, prises avec la conviction de servir les intérêts du plus grand nombre et de contribuer au meilleur ordre possible dans ce marché. Un marché qui, il faut se le dire, est en déclin accéléré et semble vivre ses derniers moments. Même réduit, les volumes sur lesquels nous nous étions entendus avec la compagnie ne sont pas certains ! Ils pourraient, selon les représentants de Kruger, être réduits en cours d’année, mais cela reste très incertain.

Beaucoup d’appelés, peu d’élus

Concrètement, cette importante perte de marché fera que la majorité des producteurs souhaitant produire du 4 pieds en 2017 ne pourront le faire. Pour rendre la pilule encore plus amère, un programme très réduit de livraison en début d’année fera que seules quelques entreprises recevront des contingents pour la période hivernale et la période de dégel. Pour être certain de ne perdre aucune opportunité de livraison, seuls des groupements forestiers et de grands propriétaires capables d’opérer malgré l’enneigement recevront des contingents. Les autres producteurs, notamment ceux qui opèrent de façon traditionnelle, devront attendre les périodes estivales et automnales pour espérer obtenir un des contingents qui seront tirés au sort.

Volumes achetés incertains! Contingents tirés au sort ! J’espère que tous tireront les bonnes conclusions de ces réalités. Aucun producteur, quelle que soit sa taille, ne doit forcer sa chance et amorcer une production avant d’y avoir été autorisé par le Syndicat. La situation exige de la discipline et ne pas en faire preuve vous exposera à subir d’importantes pertes. Les administrateurs du Syndicat ont pris des décisions claires : aucun bois produit sans contingent ou ne respectant pas les conditions prévues ne sera livré. Ces décisions sont sévères, mais nécessaires pour éviter qu’une pagaille ne s’installe.

De la discipline dans tous les marchés

Ce que les évènements récents nous apprennent, c’est que le besoin d’une meilleure discipline peut se manifester dans tous les marchés, pas uniquement celui du bois de 4 pieds. La situation de Charlevoix, dont le président vous parle dans son mot, est un bon exemple. Notre obligation de fermer pour quelques mois le marché de mélèze et de pin chez Arbec — pour livrer en priorité du bois coupé en danger de se perdre — en est un autre. Comme nous le constatons tous, les acheteurs se font plus exigeants sur les normes de qualités et sur les programmes de livraison. Une des conséquences de tous ces évènements défavorables, c’est la disparition importante de flexibilité et de marge de manœuvre. Pour reprendre une expression mathématique, le système de production perd toujours plus de degrés de liberté, malheureusement au détriment des producteurs. Nous aimerions mieux qu’il en soit autrement, mais, dans le contexte actuel, cela ne semble plus possible.

La responsabilité du Plan conjoint est de favoriser la mise en marché la plus ordonnée possible. Cela nous demande aujourd’hui de gérer la production de plus près et d’intervenir plus souvent pour déterminer qui produit quoi et quand. Nous tentons évidemment de le faire en minimisant les impacts négatifs, mais il ne nous est pas possible de tous les éviter. Quand autant de perturbations majeures surviennent en même temps, difficile de conserver un équilibre. Je suis pour ma part convaincu que sans une grande discipline, les effets seraient encore plus néfastes.

Jean-Pierre Dansereau, ing. f.
Directeur général
Janvier 2017