Vous devez vous demander qui sont ces orphelins dont le titre fait mention ? Je m’explique : de plus en plus, on parle d’orphelin pour désigner le bois dont personne ne veut, même quand il est offert à très bas prix. Du bois qui ne trouve pas preneur, ce n’est pas une nouveauté. Il y a longtemps que des essences et des qualités de bois sont mal aimées, que nous peinons à les vendre ou que nous devons nous contenter de prix dérisoires. Ce qui change ces temps-ci, c’est la multiplication des catégories de bois qui deviennent orphelines et l’importance des volumes qui sont en jeu. Il reste de moins en moins d’usines et celles qui demeurent font des pieds et des mains pour assurer leur survie. Elles deviennent plus exigeantes sur la qualité du bois qu’elles reçoivent et contrôlent leurs coûts avec détermination, notamment en refusant le bois qui vient de trop loin. Dans certains cas, la situation devient critique au point qu’il ne faut plus parler de bois orphelin mais aussi de producteurs orphelins! C’est malheureusement le cas dans ma belle région de Charlevoix.

Avec des usines locales qui disparaissent et face à des usines hors région qui refusent leur bois, les producteurs de Charlevoix peinent de plus en plus à trouver des marchés capables de recevoir leur bois. Tous leurs volumes ne pouvant être livrés, leurs opérations ne sont plus rentables. Ainsi, pour le bois de résineux de 4 pieds, nous avons récemment arrêté toute production dans Charlevoix, même en sachant que ce marché est très apprécié des petits producteurs. Nous n’avions pas le choix car le dernier transporteur accrédité pour ce produit a cessé ses activités et il n’y avait plus suffisamment de volumes à livrer pour intéresser un autre transporteur. Le coup de grâce est venu quelques jours plus tard quand la compagnie Kruger Wayagamack a confirmé qu’elle ne voulait plus payer les frais de transport pour du bois de cette région. Cette perte de marché, qui survient après la fermeture de Scierie Leduc, de celle des marchés américains et la limitation de livraison de tremble chez Arbec, est presque un clou dans le cercueil des producteurs de Charlevoix. Si la scierie de Saint-Hilarion devait fermer, comme plusieurs le craignent, bien peu pourraient survivre.

Que peut faire le Syndicat pour ces producteurs? À court terme, bien peu et j’en suis triste. Nous tentons tant bien que mal de leur conserver certains marchés, mais c’est difficile sans mettre à mal notre système de péréquation. Nous intervenons aussi pour répartir, le plus équitablement possible, l’accès aux marchés limités qui demeurent. Mais un peu de pas beaucoup, ça ne contente personne et ça n’aide pas à vivre. En fait, pour qu’une solution réaliste et durable soit trouvée, il va falloir que de nouvelles usines entrent en jeu, particulièrement pour tous ces bois orphelins. Si rien ne se concrétise de ce côté, comment sera-t-il possible de mobiliser le bois de la forêt privée?

Ce qui est particulièrement inquiétant, c’est que la situation de Charlevoix n’est pas unique. Elle est extrême, mais elle est tout de même indicatrice de ce qui se passe un peu partout, en forêt privée comme en forêt publique. Avec le déclin de la production de papier et la fermeture de nombreuses usines, il manque maintenant trop d’engrenages dans le système pour qu’il fonctionne de façon satisfaisante. Si on ne trouve pas de solutions de rechange, ça va continuer à rouler cahin-caha, avant de figer pour de bon. Espérons que des projets se concrétiseront avant qu’il ne soit trop tard car, si la machine s’arrête, elle ne sera pas facile à repartir!
Si nous avons peu de solutions à offrir, surtout à court terme, cela ne veut pas dire qu’il faut rester les bras croisés. Quand on parle de développement de marchés et d’installation d’usines, il y a bien peu qu’un propriétaire de forêt privée solitaire peut faire. Mais quand plusieurs propriétaires se rassemblent et mettent leurs ressources en commun, ils peuvent penser avoir une influence. Et quand tous les producteurs se solidarisent pour régler un problème qui les affecte tous, ils peuvent offrir une contribution plus qu’importante, capable d’avoir un rôle clé dans le développement de projets. C’est ce que nous devons faire dans les meilleurs délais et c’est sur quoi nous travaillerons !

Gaétan Boudreault,
Président
Janvier 2017