Message du président extrait du journal L’Information du forestier – Janvier 2018

Ça y est, le verdict est tombé ! On vous annonçait depuis quelque temps que le marché du bois de 4 pieds résineux allait disparaître. C’est maintenant officiel. Vous pourrez livrer du bois de 4 pieds en 2018 et dans les premiers mois de 2019, mais après ça, ce marché fera partie du passé. La compagnie Kruger Wayagamack et le gouvernement ont annoncé publiquement les investissements qui permettront à cette entreprise de moderniser ses procédés. Une bonne nouvelle pour les employés de l’usine et pour ses autres fournisseurs, mais une très mauvaise nouvelle pour ceux qui l’approvisionnaient en bois de 4 pieds, souvent depuis des décennies.

Avec la fermeture de la chambre à bois (woodroom) de cette usine, c’est vraiment une page d’histoire qui se tournera pour les producteurs de notre territoire. Vous en aurez produit, de la « pitoune », depuis la mise sur pied des offices de producteurs de bois dans notre territoire. Le premier de ces offices, celui de Charlevoix, a d’ailleurs été créé il y a 60 ans ! C’est un anniversaire dont on vous reparlera plus tard dans l’année.

Pour plusieurs d’entre vous, qui ne pouvez ou n’aimez pas produire des billots, la perte définitive de ce marché sera un dur coup. Produire du bois de 4 pieds demeurait un dur labeur, mais il était à la portée de tous les producteurs ayant une scie, un tracteur… et de la vaillance ! Les seules consolations que j’ai à vous offrir sont que nous aurons bénéficié de ce marché bien plus longtemps que la plupart des autres régions du Québec et que le Syndicat a la ferme intention de continuer à accompagner les propriétaires forestiers qui voudront récolter du bois sur leurs terres, qu’ils le fassent eux-mêmes ou qu’ils confient la tâche à des entrepreneurs mieux équipés pour le faire.

Fin du 4 pieds ne veut pas dire fin du monde

Comme le savent les producteurs des régions où il ne se produit plus de bois de 4 pieds depuis des décennies, la perte de ce marché ne signifie pas que toute production forestière doit cesser en forêt privée, loin de là ! D’ailleurs, les statistiques le démontrent très clairement. En 2016, il s’est produit environ 6 Mm3 de bois dans les forêts privées de la province, sans compter le bois de chauffage. De ce total, seulement 3 % était du bois de 4 pieds. Alors il ne faut pas se décourager et tout abandonner. La fin du 4 pieds ne signifie pas non plus la fin du Plan conjoint et de nos interventions. Plusieurs marchés de pâtes et panneaux sont encore bien présents et nous continuerons d’être actifs, aussi bien dans la négociation des prix que dans la gestion du transport ou dans l’octroi de contingent de production. Nous serons aussi plus présents dans les marchés de sciage, de façon différente, mais avec l’objectif de mieux outiller les producteurs pour négocier le prix de leurs billots.

Le virage vers la production de bois en billot est déjà bien entamé dans notre région, où les marchés du sciage sont les plus importants depuis longtemps. Évidemment, c’est un virage qui est plus facile à prendre quand les prix offerts sont bons. Plus facile aussi quand des entrepreneurs fiables et compétents offrent leurs services aux propriétaires. Nous avons au Syndicat quelques chantiers en cours afin de faciliter l’établissement de saines relations entre propriétaires et entrepreneurs et nous travaillons au sein des agences de mise en valeur des forêts privées pour mettre en place des conditions qui faciliteront la mobilisation du bois des forêts privées. Il est clair pour nous que cela doit passer par l’obtention du meilleur revenu net possible pour le propriétaire. Dans un contexte de marchés mondiaux très compétitifs et d’un secteur industriel en restructuration profonde, ce n’est pas évident de trouver beaucoup plus d’argent dans le système. Mais tous doivent comprendre que le propriétaire de forêt privée doit trouver son compte dans l’équation, au même titre que tous les autres acteurs de la filière. Sinon, le bois restera en forêt et personne ne devra vous blâmer.

Je souhaite à tous les propriétaires et tous les producteurs de joyeuses Fêtes ainsi qu’une bonne et heureuse Année !

Gaétan Boudreault, Président