Crédit : Syndicat des producteurs de bois de l’Abitibi-Témiscamingue. À l'âge de 50 ans, une plantation peut subir une perte de 40 % des tiges, ce qui correspond à 30 m3 par hectare.

Depuis 1973, plus de 1,4 milliard d’arbres ont été mis en terre par les propriétaires de boisés du Québec. Ces arbres offrent un potentiel sylvicole important, mais les propriétaires doivent savoir qu’il faut planifier des travaux d’éclaircies commerciales afin de maximiser le rendement de sa plantation.

L'importance de l'éclaircie

Au départ, il est important de se rappeler qu’un arbre a besoin d’un minimum de feuillage pour assurer la photosynthèse nécessaire à sa croissance. Au sein d’une plantation, les arbres grandissent et entrent graduellement en concurrence pour la lumière. Au fur et à mesure que celle-ci s’accroît, les branches et le feuillage recevant peu de luminosité s’étiolent et meurent, ce qui ralentit la croissance de l’arbre. En procédant à une éclaircie au bon moment, on atténuera cette compétition tout en favorisant les arbres qui présentent le meilleur potentiel de production de bois. Selon l’essence et la fertilité du sol, les plus belles tiges pourraient ainsi atteindre un diamètre de 40 à 50 cm à l’âge de 50 ans. En comparaison, une plantation où il n’y a pas eu d’éclaircie produira des diamètres de seulement 25 cm et aura ainsi une moins grande valeur.

Par ailleurs, les travaux d’éclaircie de plantation permettent de récupérer les arbres les moins vigoureux qui ne survivraient pas à la compétition. Guy Prégent, chercheur à la Direction de la recherche forestière du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, affirme qu’à l’âge d’environ 50 ans, une plantation peut subir une perte de 40 % des tiges, ce qui correspond à 30 m3 par hectare (5 cordes à l’acre). Fait étonnant, le volume de bois récolté à la première éclaircie représente moins de 15 % du volume qui sera obtenu lors de la récolte finale.

Parmi les avantages importants découlant d’une éclaircie, on note l’augmentation de la stabilité des arbres, qui seront alors moins vulnérables aux dommages causés par le vent, le verglas ou la neige. En éliminant les arbres nuisibles, on permet aux sujets d’avenir d’améliorer leur système racinaire tout en favorisant l’accroissement de leur diamètre, ce qui les rend plus forts.

Crédit : Association des propriétaires de boisés de la Beauce

 

Attention aux blessures
Les blessures causées aux arbres résiduels favorisent l’intrusion de champignons de pourriture ou de coloration. Au printemps, l’écorce des arbres est fragile et les risques de blessures sont plus importants.

 

Les vieilles plantations qui n’ont pas été éclaircies
Il n’est pas recommandé d’éclaircir une plantation vieille et dense qui n’a jamais bénéficié auparavant d’éclaircies commerciales. Les arbres qui s’y trouvent sont fragiles et deviennent sujets au chablis (renversement causé par le vent). De plus, le faible gain de croissance en diamètre qui en résulterait pourrait difficilement justifier le coût d’une telle opération et les risques encourus. Si vous désirez néanmoins pratiquer une éclaircie, afin de minimiser les risques, il est recommandé de réduire les prélèvements et d’éviter de créer des sentiers. Informez-vous au préalable.

Quand intervenir

Généralement, lorsqu’une plantation atteint une vingtaine d’années, il faut commencer à la suivre de près pour intervenir au moment opportun. Par contre, l’âge de la plantation n’est pas le principal critère pour déterminer le moment le plus propice. D’autres facteurs doivent être pris en compte, comme la densité de la plantation, l’essence des arbres et la fertilité du sol. La proportion de feuillage vivant est aussi un bon indice. Lorsqu’il ne reste que 50 % de la hauteur de l’arbre en cime vivante, il est probablement temps d’effectuer une éclaircie.

L’objectif de production est également un facteur dont on doit tenir compte. Plus on vise la production de gros diamètres, plus la première éclaircie devra être hâtive. Le meilleur moment pour l’éclaircie n’est donc pas lié à un âge donné, mais au degré de compétition et aux objectifs de production. La surface terrière est généralement le paramètre utilisé pour déterminer le moment d’éclaircir la plantation. Lorsque la plantation atteint des valeurs comprises entre 25 et 35 m2/ha, il est temps de pratiquer une éclaircie. Consultez votre conseiller forestier pour savoir comment procéder à cette évaluation.

L'intensité et le choix des arbres à couper

Un peuplement plus dense nécessite de couper davantage d’arbres. En revanche, il faut s’assurer de ne pas toucher aux plus beaux. À la première éclaircie, une coupe de 40 à 50 % des tiges est très réaliste dans les plantations denses, tandis que pour les éclaircies subséquentes et les peuplements âgés, elle doit être de plus faible intensité. Pour les plantations d’épinettes, par exemple, on peut suggérer une règle simple qui consiste à laisser environ 1 200 tiges par hectare à la première éclaircie, et au minimum 700 tiges après la deuxième.

IMPORTANT

Les plantations de pins rouges doivent être éclaircies en hiver, généralement entre le 15 décembre et le 15 mai, pour éviter la propagation de la maladie du rond. Sinon, on devra traiter les souches fraîchement coupées avec des produits spécifiques pour éviter que la maladie n’y pénètre.

Note : Ce texte a été inspiré par une série d’articles de Guy Prégent, chercheur à la Direction de la recherche forestière du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, publiée dans la revue Le Progrès forestier.

 

Article paru dans le Forêts de chez nous de mai 2015.