Recrudescence de l’épidémie de la tordeuse en forêt privée

La tordeuse des bourgeons de l’épinette est l’insecte le plus dévastateur des forêts nord-américaines. Au Québec, l’épidémie actuelle a débuté en 2006 et a depuis affecté plusieurs dizaines de milliers de propriétés forestières. À l’échelle locale, les producteurs peuvent limiter les dommages en récoltant de manière préventive et en requérant l’arrosage des peuplements infestés. À l’échelle régionale, les acteurs peuvent mettre en place des stratégies pour gérer l’afflux de bois en perdition.


L’épidémie en 2025

Chaque année depuis 2006, l’épidémie de tordeuse évolue et affecte des superficies variables. Au cours des deux dernières années, une recrudescence marquée a été observée. En 2025, 17,6 M ha de forêts québécoises ont été touchés, une hausse de 23 % par rapport à 2024. En forêt privée, les superficies affectées ont augmenté de 26 % pour atteindre 1,75 M ha.

Toutefois, les défoliations observées en 2025 sont majoritairement légères ou modérées, ce qui offre un répit aux peuplements. Rappelons que la mortalité des arbres vulnérables survient surtout après des défoliations sévères et répétées pendant plusieurs années. 

Programme de protection des investissements sylvicoles

La SOPFIM a poursuivi cet été son programme d’application d’insecticide biologique (Btk) sur les peuplements ayant bénéficié d’investissements sylvicoles, comme les plantations et les éclaircies. En 2025, 15 070 ha ont été arrosés, une hausse de 58 % par rapport à l’an dernier, ce qui reflète la recrudescence de l’épidémie, sa progression dans de nouvelles régions et l’apparition de nouveaux fronts épidémiques.

La prochaine saison débutera au début du mois de juin. Les producteurs situés dans les zones à risque doivent contacter leur conseiller forestier avant le 1er juillet pour identifier les peuplements admissibles au traitement. Ils doivent également vérifier que leur statut de producteur forestier est à jour pour pouvoir bénéficier du programme. Ces démarches sont essentielles pour protéger les investissements sylvicoles réalisés par les producteurs et financés par l’État.

Suivis et interventions de la FPFQ

La FPFQ coordonne une cellule d’urgence en collaboration avec Groupements forestiers Québec (GFQ), le ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF) et la SOPFIM pour atténuer les impacts de l’épidémie en forêt privée. Cette table de concertation favorise les échanges et permet de déployer une stratégie concertée de lutte contre la tordeuse. Elle a également contribué à la mise sur pied du programme d’arrosage pour les petites forêts privées.

Malgré les succès obtenus, la FPFQ propose quatre pistes d’amélioration pour renforcer l’efficacité du programme :

1 – Renouveler le programme de protection

Le programme de protection contre la tordeuse en petite forêt privée, instauré en 2017, a déjà été prolongé pour permettre la poursuite des arrosages jusqu’en 2026. Face à l’aggravation de l’épidémie et en raison des 18 mois de préparation nécessaires pour planifier une campagne d’arrosage, le renouvellement du programme doit être envisagé rapidement, de même qu’un rehaussement de l’enveloppe financière. Sur les 20 M$ prévus à l’origine, seuls quelques millions resteront après la campagne d’arrosage prévue à l’été 2026.

2 – Protéger les peuplements naturels et immatures

Le programme doit être amélioré pour inclure l’arrosage des peuplements naturels résineux immatures, actuellement exclus parce qu’ils ne sont pas considérés comme des investissements sylvicoles. Pourtant, les sapinières et les pessières peuvent subir des pertes considérables après plusieurs années de défoliation. Le MRNF reconnaît d’ailleurs cette menace en forêt publique et protège déjà les peuplements naturels vulnérables. Le même constat devrait être fait en forêt privée.

3 – Coordonner l’écoulement des bois des forêts privées et publiques

Pour limiter les pertes, les propriétaires forestiers doivent pouvoir écouler leur bois affecté par l’épidémie. Cela nécessite une coordination efficace des récoltes en forêts publiques et privées afin d’éviter la saturation du marché. Cet équilibre est d’autant plus important que le conflit du bois d’œuvre exerce déjà une pression sur les débouchés. Une planification adéquate permettra de maximiser la valeur des bois en perdition, de réduire les pertes économiques et de soutenir la chaîne d’approvisionnement.

4 – Améliorer l’aide à la mise en valeur des forêts privées

La récolte du bois infesté ne suffit pas. Il faut aussi assurer une remise en production rapide des sites pour éviter une perte de productivité à long terme. Sans capacité de reboisement, notamment en plants, en main-d’œuvre et en financement, certaines superficies récoltées resteront improductives pendant des années. Cela fragilisera toute la chaîne d’approvisionnement de la filière. Maintenir cette capacité est stratégique pour sécuriser l’avenir et la compétitivité de l’industrie forestière.

La lutte contre la tordeuse des bourgeons de l’épinette demande la vigilance et la collaboration de tous les acteurs du milieu forestier. La stabilité des programmes et la mobilisation régionale demeurent essentielles pour soutenir les producteurs dans les années à venir. Les propriétaires qui souhaitent en savoir plus peuvent consulter la section tordeuse de notre site web.