Le bois de chauffage en forêt privée, toujours au cœur des usages
La nouvelle enquête sur les propriétaires forestiers confirme la constance du prélèvement du bois de chauffage en forêt privée. Cette activité, souvent sous‑estimée, représente néanmoins des volumes et une valeur économique qu’il est essentiel d’intégrer aux analyses de la récolte en forêt privée. La dernière enquête permet d’estimer à 1,66 Mm3 le volume de bois de chauffage produit en 2024.
La récolte de bois de chauffage demeure l’activité la plus répandue en forêt privée selon les résultats de la plus récente enquête sur les propriétaires forestiers québécois. Rappelons qu’un sondage postal a été lancé en 2025 afin de mieux comprendre l’évolution des profils, des pratiques et des besoins des 162 900 propriétaires forestiers du Québec. Les 934 questionnaires recueillis ont permis de dégager des résultats représentatifs à l’échelle provinciale et régionale, mais également de les comparer avec les réponses des précédentes enquêtes, notamment celle réalisée en 2012. Il convient de souligner une limite méthodologique dans l’interprétation des résultats : les répondants aux sondages sont souvent les personnes les plus engagées dans les enjeux d’aménagement. Cette surreprésentation de profils peut influencer les résultats en accentuant certaines perceptions ou priorités.
La récolte de bois de chauffage est toujours bien ancrée auprès des propriétaires forestiers
Selon les résultats de la plus récente enquête menée auprès des propriétaires forestiers québécois, 77 % des répondants ont récolté du bois de chauffage au cours des cinq dernières années. Cette proportion s’inscrit dans la continuité des résultats des sondages menés auprès des propriétaires forestiers ces dernières décennies. En 2012, 81 % des propriétaires forestiers avaient déclaré avoir récolté du bois de chauffage au cours des cinq dernières années, une proportion légèrement plus élevée qu’en 2025, mais du même ordre de grandeur. Il en est de même pour l’enquête de 1985, où 80 % des propriétaires forestiers avaient déclaré avoir produit du bois de chauffage. Cette constance est d’autant plus notable dans un contexte où le chauffage au bois bénéficie d’une couverture médiatique souvent défavorable.
Parmi les propriétaires forestiers ayant récolté du bois de chauffage dans les cinq dernières années, les répondants au sondage pouvaient préciser le nombre de cordes de bois récoltées durant l’année 2024, ainsi que la longueur des bûches afin d’assurer une juste estimation des volumes. Ainsi, 62 % des propriétaires ont récolté du bois de chauffage en 2024 pour une moyenne de 16,2 m³ par propriétaire et une estimation de 1,66 Mm3 à la grandeur du Québec. Les volumes récoltés demeurent donc généralement modestes à l’échelle individuelle, mais largement répandus à l’échelle du territoire. Il s’agit ici des volumes récoltés sans distinction de la part autoconsommée par rapport à celle mise en marché. L’enquête ne permet pas de documenter finement la destination finale des volumes de bois de chauffage. En 2011, les volumes moyens récoltés étaient estimés à 20 m³ par propriétaire, permettant d’évaluer la récolte annuelle à environ 1,76 Mm3 à l’échelle du Québec (FPFQ, 2013). Ces ordres de grandeur sont cohérents avec les estimations réalisées à la fin des années 1990, qui situaient déjà la récolte annuelle autour de 1,85 Mm3 (Blaise et Fortin, 2007). Ces données confirment que, malgré l’évolution des profils de propriétaires et des pratiques forestières, la récolte de bois de chauffage demeure une composante structurante de la forêt privée québécoise et des mœurs des propriétaires forestiers.
Comparaison de la récolte de bois de chauffage en forêt privée entre 2011 et 2024
La FPFQ estime que la valeur de la récolte de bois de chauffage des forêts privées du Québec s’est chiffrée au moins à 77,3 M$ en 2024, comparativement à 71,3 M$ en 2011. Nous évaluons cette valeur en attribuant au bois de chauffage le prix moyen du bois à pâte de feuillus au Québec empilé au chemin du producteur, en excluant le peuplier. Cette valeur constitue une estimation minimale, basée sur un prix de référence du bois à pâte de feuillus empilé au chemin du producteur. Les prix du bois de chauffage non transformé sur certains marchés locaux peuvent être supérieurs à ce référentiel, sans que ces écarts puissent être quantifiés à partir des données disponibles.
Portrait de la récolte de bois de chauffage en 2024 en forêt privée
Note : La méthodologie retenue pour l’enquête de 2025 sur les propriétaires forestiers québécois permet d’atteindre des résultats représentatifs et satisfaisants sur le plan statistique à échelle provinciale et régionale. L’approche méthodologique détaillée est présentée à l’annexe 1 du rapport. Une pondération des résultats provinciaux a été réalisée afin de donner le poids réel aux résultats de chacune des régions selon leur importance relative au sein de la population totale. La marge d’erreur à l’échelle du Québec est de 3 %, 19 fois sur 20, et oscille entre 10 et 15 % à l’échelle régionale.
La récolte de bois de chauffage est influencée par plusieurs facteurs
Le bois de chauffage demeure une motivation importante pour posséder un lot boisé en forêt privée. Selon la plus récente enquête, 71 % des propriétaires forestiers québécois indiquent qu’ils possèdent leur boisé pour y récolter du bois de chauffage, une proportion comparable à 2012 (75 %), avec des écarts régionaux marqués (60 % au Témiscamingue contre 83 % en Chaudière). Cette réalité s’observe depuis longtemps : dès 1999, entre 65 % et 79 % des propriétaires, selon les régions, citaient le bois de chauffage comme motif de possession.
Bien qu’il s’agisse de la 5e motivation, après des considérations de plaisir et de protection, cette pratique s’inscrit dans une relation fortement personnelle au boisé. Les propriétaires qui récoltent du bois de chauffage démontrent en effet un intérêt accru pour l’aménagement récréatif et les activités familiales, confirmant un usage avant tout domestique plutôt qu’économique. D’ailleurs, 65 % des propriétaires qui récoltent du bois indiquent le besoin de bois de chauffage comme principale raison, une proportion en recul par rapport à 2012 où elle se situait à 77 %, mais qui demeure dominante. Cette activité est étroitement liée au plaisir de travailler en forêt et à l’entretien du boisé, deux motivations fréquemment citées par les répondants.
L’enquête montre également que la distance entre le boisé et la résidence principale influence fortement la récolte de bois de chauffage : 85 % des propriétaires résidant sur leur boisé récoltent du bois de chauffage, alors que l’intérêt diminue à mesure que la distance augmente. En revanche, la superficie et la durée de possession du boisé ne semblent pas avoir d’effet sur la proportion des répondants récoltant du bois de chauffage.
Une activité appelée à se maintenir dans les prochaines années
Les intentions déclarées par les propriétaires forestiers confirment que la récolte de bois de chauffage demeurera l’activité d’aménagement la plus courante à court et moyen terme. Parmi les répondants qui comptent conserver leur boisé au cours des cinq prochaines années, 79 % prévoient récolter du bois de chauffage, une proportion comparable à celle observée lors de l’enquête de 2012 avec 83 %. Cette constance souligne le rôle central du bois de chauffage dans la relation qu’entretiennent les propriétaires avec leur boisé : une activité accessible, utile et étroitement liée à la gestion quotidienne et au maintien du lien avec la forêt.
L’importance du bois de chauffage en termes de volumes en fait un élément incontournable de l’analyse des prélèvements en forêt privée. Ne pas tenir compte de ces volumes conduit à sous‑estimer la récolte réelle en forêt privée, ce qui peut fausser l’évaluation du respect de la possibilité forestière. À ce titre, la récolte de bois de chauffage doit être intégrée aux réflexions sur l’aménagement durable, la planification forestière et l’évolution des usages en forêt privée, au même titre que les récoltes destinées aux usines de transformation. Le grand intérêt des propriétaires forestiers envers la production de bois de chauffage s’aligne sur deux éléments du secteur forestier : il s’agit d’une activité d’aménagement forestier et de récolte. Il y a donc une voie ouverte pour faire migrer l’intérêt des propriétaires vers l’aménagement forestier à plus grande échelle et la mise en marché des bois à des fins industrielles, pourvu que les conditions adéquates soient en place.
Sources
Parent, B. et C. Fortin. 2007. Ressources et industries forestières – Portrait statistique édition 2007, MRNF, ISBN 978-2-550-49780-6, Québec.
FPFQ. 2013. La récolte de bois de chauffage en forêt privée, Forêts de chez nous PLUS, 1er août 2013, vol. 18, n° 8.