Sur le Radar en 2026
Comme chaque début d’année, la FPFQ brosse un portrait des grands enjeux susceptibles d’influencer les activités des producteurs forestiers. Après une année particulièrement mouvementée, 2026 s’annonce tout aussi significative. Voici une quinzaine de dossiers à garder à l’œil en forêt privée au cours des prochains mois.
1. Nouveau régime forestier : rebondir d’un faux pas
L’abandon du projet de loi 97 sur le nouveau régime forestier n’a pas permis de répondre aux nombreux enjeux du secteur. En forêt privée, l’urgence demeure d’harmoniser l’encadrement réglementaire des activités forestières par les municipalités et de renforcer l’application du principe de résidualité. Ces mesures sont essentielles au maintien d’une forêt privée dynamique, des producteurs forestiers mobilisés et d’un écosystème sectoriel actif.
2. Élections provinciales 2026 : une mobilisation nécessaire
Les élections générales au Québec sont prévues pour le 5 octobre 2026. Ce rendez-vous politique sera déterminant pour faire avancer les nombreux enjeux des producteurs forestiers (voir ci-haut). Pour que leurs priorités progressent, il sera essentiel que les producteurs soient actifs et mobilisés tout au long du processus électoral. La FPFQ offrira aux partis politiques l’occasion de prendre des engagements clairs concernant la forêt privée avant le prochain scrutin.
3. Résultats de l’enquête auprès des propriétaires forestiers québécois
La FPFQ dévoilera cet hiver les résultats d’une cinquième enquête réalisée auprès des 162 900 propriétaires forestiers du Québec. Actualiser le portrait des propriétaires est essentiel pour orienter les politiques publiques liées au secteur forestier. Menée périodiquement, cette enquête permet de suivre l’évolution de leur profil sociodémographique et de mieux comprendre les enjeux contemporains qui leur sont propres.
4. Congrès de la FPFQ : La parole aux producteurs
Le congrès annuel de la FPFQ aura lieu les 4 et 5 juin 2026 à l’Espace Théâtre de Mont-Laurier. Une centaine de délégués et de nombreux partenaires de la forêt privée y seront réunis sous le thème « La parole aux producteurs ». Organisé conjointement avec l’Alliance des propriétaires forestiers des Laurentides et de l’Outaouais (APFLO) et l’Office des producteurs de bois de la Gatineau (OPBG), ce rendez-vous sera l’occasion de faire entendre la voix des producteurs et d’échanger sur les priorités, les défis et l’avenir de la forêt privée. La Journée des conférences se déroule le 4 juin et l’Assemblée générale annuelle aura lieu le lendemain, soit le 5 juin. Réservez ces dates!
5. Crise du secteur forestier : à l’aide!
La crise actuelle du secteur forestier affecte toute la chaîne d’approvisionnement, y compris les producteurs de bois œuvrant en forêt privée. Récemment, le gouvernement a prolongé la mesure d’étalement du revenu forestier jusqu’au 31 décembre 2027 et a annoncé un allègement fiscal pour les entreprises du secteur. Toutefois, il faudra faire plus pour venir en aide aux producteurs afin de préserver l’intégrité de la chaîne d’approvisionnement, protéger les 24 300 emplois liés à la forêt privée et soutenir la résilience du secteur. La FPFQ recommande des mesures d’aide ciblées, comme un crédit d’impôt temporaire accordé aux producteurs ayant effectivement récolté et vendu du bois.
6. Principe de résidualité : un mécanisme limité
Le principe de résidualité prévoit que les usines s’approvisionnent d’abord en bois de la forêt privée et des autres sources prioritaires, avant de recevoir des garanties d’approvisionnement de la forêt publique. Or, ses limites deviennent évidentes en période de crise lorsque la demande baisse sur les marchés ou que l’offre de bois s’accroît en raison de catastrophes naturelles. La priorité se renverse alors au profit des bois publics et les pertes se répercutent directement sur les producteurs. En ce début d’année, les surplus d’inventaires dans les cours d’usines provoquent l’arrêt ou la diminution des achats, une situation particulièrement problématique pour le bois à pâte de feuillus. La FPFQ réclamera encore une fois cette année une révision des règles pour protéger la place de la forêt privée dans l’approvisionnement des usines.
7. Mise en marché collective : des avancées pour les producteurs
La mise en marché collective progresse dans les régions de Québec, de la Côte-du-Sud et du Sud-du-Québec. Portés par les syndicats régionaux, ces projets visent à regrouper les producteurs afin de négocier ensemble la vente de bois de sciage. Les démarches devraient aboutir, en 2026, à l’arbitrage des conventions par la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec (RMAAQ), un tournant historique pour les producteurs de ces régions.
8. Conflit du bois d’œuvre : la forêt privée victime collatérale
Le conflit du bois d’œuvre avec les États-Unis repose sur l’accusation de redevances trop basses perçues par le gouvernement sur le bois des forêts publiques canadiennes. La forêt privée, qui n’est pas directement visée, en est pourtant une victime collatérale. Avec des tarifs atteignant 45 % et aucune résolution en vue, la FPFQ, en collaboration avec Propriétaires forestiers du Canada, réclame une exemption des taxes et quotas pour le bois des forêts privées dans le prochain accord (voir le communiqué). La situation pourrait se dégrader en 2026. Dans les derniers mois, plus de 13 scieries québécoises ont annoncé des fermetures permanentes ou temporaires. Pour suivre les tendances du marché, abonnez-vous à notre veille économique et à nos alertes de prix sur prixbois.ca ou informez-vous directement auprès de votre syndicat.
9. Report de l’EUDR au 30 décembre 2026 : ce qu’il faut retenir
La norme européenne contre la déforestation (European Union Deforestation Regulation ou EUDR) a encore une fois été reportée d’un an : cet ajournement permettra une révision afin de procéder à des allègements. Dans un contexte où la diversification des marchés devient essentielle pour le secteur forestier, notre capacité à répondre à ces exigences s’impose comme un enjeu stratégique. Ce délai additionnel donne aux intervenants de la forêt privée plus de temps pour se préparer aux nouvelles obligations de traçabilité et de conformité. La Commission européenne devra mener un réexamen de simplification et déposer un rapport d’ici le 30 avril 2026.
10. Après des chantiers stratégiques, un Sommet sur la forêt privée?
Avec plusieurs autres acteurs de la filière, la FPFQ a participé activement aux chantiers stratégiques visant à dynamiser la contribution de la forêt privée. Le MRNF devrait dévoiler cette année le plan d’action qui en découle. Malgré tout, la FPFQ et l’UPA ont conjointement demandé la tenue d’un Sommet sur la forêt privée afin de rassembler l’ensemble des parties prenantes et de définir une vision d’avenir commune. Il est impératif de renforcer la cohérence des politiques, d’améliorer la concertation et d’apporter des réponses aux enjeux actuels qui touchent les propriétaires, les organisations et les entreprises actives en forêt privée.
11. Infrastructures publiques en forêt privée : vers de meilleures compensations
La multiplication des projets d’utilité publique en forêt privée transforme le paysage forestier et a des impacts directs pour les propriétaires, qu’il s’agisse du train à grande vitesse Alto, de parcs éoliens ou de chantiers d’Hydro-Québec. Les syndicats régionaux, en collaboration avec les Fédérations régionales de l’UPA, œuvrent à protéger les intérêts des propriétaires forestiers et à limiter les effets sur leurs boisés. Bonne nouvelle : la révision de l’entente entre l’UPA et Hydro-Québec améliore les compensations offertes lors de la construction de nouvelles lignes de transport d’énergie. Les propriétaires bénéficieront désormais d’un cadre plus équitable pour l’indemnisation des impacts sur leurs boisés. La publication officielle de cette nouvelle entente est attendue dans les prochains mois.
12. Tordeuse des bourgeons de l’épinette : une épidémie en progression
La recrudescence de l’épidémie suscite de vives préoccupations, notamment en raison de sa progression vers de nouveaux secteurs et de ses impacts croissants sur les peuplements vulnérables. Pour en atténuer les effets, il est essentiel que les propriétaires puissent écouler leur bois mature sur les marchés, et qu’ils aient accès à un soutien afin de réinvestir dans la remise en production des sites récoltés. Par ailleurs, la FPFQ et Groupements forestiers Québec (GFQ) réclament la prolongation du programme de protection par arrosage d’insecticide biologique, ainsi que l’élargissement des critères d’admissibilité aux peuplements naturels vulnérables, à l’instar de ce qui est déjà réalisé en forêt publique. En 2025, 17,6 M ha de forêts québécoises ont été touchés, une hausse de 23 % par rapport à 2024. En forêt privée, les superficies affectées ont augmenté de 26 % pour atteindre 1,75 M ha.
13. Deux milliards d’arbres : suite et fin
Le fédéral a décidé de mettre la hache dans le programme visant à reboiser deux milliards d’arbres à l’échelle canadienne. Cette décision n’est pas catastrophique pour la forêt privée québécoise puisque les gouvernements du Canada et du Québec avaient déjà conclu une entente jusqu’en 2031 pour accentuer le reboisement, notamment sur des sites improductifs ou dans des zones touchées par des perturbations naturelles, ainsi que pour soutenir l’entretien des plantations. Dans ce cadre, l’enveloppe anticipée pour la forêt privée demeure sécurisée : 42,3 M$ sur six ans (environ 7 M$ par année) pour appuyer ces travaux.
14. Carbone forestier : une promesse qui s’effrite derrière un règlement figé
Les propriétaires forestiers admissibles aux crédits compensatoires de carbone du gouvernement du Québec font face à un blocage majeur. Des promoteurs – comme Forair qui est engagé dans un projet pilote au Bas-Saint-Laurent et en Abitibi – se retrouvent paralysés par un règlement inadapté : l’interprétation restrictive du MELCCFP empêche le regroupement de propriétaires dès le dépôt des projets, les exigences de vérification sont disproportionnées et non conformes aux normes internationales et les méthodes modernes d’inventaire comme le LiDAR sont interdites. Ces contraintes plongent le modèle économique du carbone forestier dans le déficit. Tous ces enjeux réglementaires et administratifs rendent de plus en plus irréaliste l’enregistrement des plantations existantes avant le 17 novembre 2027. Rappelons qu’à ce jour, le gouvernement du Québec – contrairement à la Californie – n’a approuvé aucun projet de crédits carbone forestier. La FPFQ travaille activement pour que des modifications soient apportées le plus rapidement possible en 2026. Entre-temps, les propriétaires forestiers ont tout intérêt à développer leurs connaissances sur ce sujet en consultant une formation du CERFO.
15. Assurances pour les propriétaires forestiers
Une collaboration entre Propriétaires forestiers du Canada (PFC), la FPFQ et le courtier BrokerLink, fait éclore un nouveau projet d’assurances. Dès 2026, les membres des syndicats de producteurs de bois auront accès à une gamme complète de produits d’assurance conçus spécifiquement pour les propriétaires forestiers. L’offre inclura des solutions d’assurance à prix abordable adaptées à la réalité des producteurs, notamment pour les dommages forestiers (feux, verglas et chablis), la responsabilité civile pour terrains boisés, le décès et mutilation accidentels, ainsi que l’assurance habitation et automobile.
16. Hausse de la possibilité forestière : des effets concrets pour la forêt privée
La révision à la hausse de la possibilité forestière en forêt privée permettra aux syndicats de producteurs forestiers et au MRNF d’asseoir leur réflexion sur de nouvelles données avant d’établir de nouveaux volumes de bois mobilisables en forêt privée. Cette mise à jour influencera directement les scénarios d’approvisionnement des industriels forestiers ainsi que les droits forestiers en forêt publique établis par le MRNF pour la période 2028-2033. En contrepartie, cela aura une incidence sur les décisions de mise en marché en forêt privée au cours de la prochaine décennie. Cette nouvelle possibilité renforce la place de la forêt privée comme source prioritaire d’approvisionnement, conformément au principe de résidualité. Pour les producteurs, cette révision ouvre des perspectives accrues de récolte, particulièrement dans les peuplements arrivés à maturité, mais son impact réel dépendra des conditions de marché et de la capacité des usines à absorber ces volumes. Des mesures favorisant la mobilisation du bois et la prévisibilité des achats demeurent donc essentielles pour transformer ce potentiel en retombées concrètes pour les producteurs et le monde rural.