En roulant sur les chemins de campagne à l’automne, il n’est pas rare d’apercevoir un producteur forestier à l’œuvre. La chute des feuilles offre une vue dégagée de nos boisés et sur tout ce qu’il reste à faire avant l’hiver : récolte de bois de chauffage, entretien des sentiers, préparation d’un chantier hivernal. Toutefois, derrière ces gestes concrets se cache une réalité moins visible : un cadre réglementaire de plus en plus lourd, qui limite notre liberté d’action et régit chacune de nos activités.

Votre fédération promeut une vision cohérente et durable de la forêt privée. Une vision qui respecte les écosystèmes forestiers, les milieux humides et hydriques, la biodiversité, tout en demeurant ancrée dans la réalité de celles et ceux qui vivent et travaillent la forêt.

Le rôle des municipalités est plus crucial que jamais pour appuyer ou freiner les efforts des producteurs. La ministre des Ressources naturelles et des Forêts l’a compris : son projet de loi 97 vise à uniformiser les règlements d’aménagement forestier à l’échelle des MRC pour simplifier notre travail sans pour autant donner carte blanche aux vrais contrevenants. Cette harmonisation, nous la défendons depuis longtemps, mais le travail ne s’arrête pas là.

Parmi les moyens concrets à la portée du monde municipal, pensons à la reconnaissance de la saine gestion des boisés par un allègement du taux de taxation des immeubles forestiers. Malheureusement, cet outil fiscal puissant est encore trop peu utilisé. En 2023, seulement 42 municipalités ont réduit le taux de taxation des immeubles forestiers, offrant en moyenne une baisse de 18 %. Pourtant, une adoption généralisée permettrait aux producteurs d’économiser collectivement près de 10 M$ annuellement, soit environ 295 $ par producteur reconnu, sans grever significativement les budgets municipaux. Pour plus de 600 municipalités, l’impact sur les recettes fiscales serait inférieur à 1 %.

Ces chiffres parlent d’eux-mêmes. Mais pour que ces mesures se concrétisent, elles doivent être connues, comprises… et portées. C’est pourquoi je vous invite, chers producteurs forestiers, à aller à la rencontre de vos candidates et candidats aux élections municipales alors que la campagne électorale s’amorce. Parlez-leur de votre boisé, de vos efforts, de vos attentes. Aidez-les à voir la forêt autrement que par la lorgnette réglementaire : comme un vecteur de développement, de résilience et de fierté régionale.

Je me suis moi-même engagé en politique municipale ces dernières années, convaincu que mon expérience et mon savoir pourraient se traduire par des mesures tangibles pour ceux qui vivent de la terre et des forêts comme nous. À vous de faire entendre votre voix là où elle peut faire une différence. Avec plus de 10 000 élus municipaux au Québec, nous avons collectivement l’occasion de bâtir des ponts. Engageons le dialogue, activons les bons leviers et faisons de la forêt privée un enjeu des décisions locales.

Gaétan Boudreault
Producteur et président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de septembre 2025.