Un consensus se dégage à propos du caractère cyclique de l’industrie forestière : que les montagnes soient « russes », « américaines » ou « naturelles » (insectes, feux de forêt, chablis), le secteur se remet toujours sur les rails à condition d’obtenir les mesures d’aide appropriées.
Jusqu’à présent, les aides sectorielles ont ciblé les industriels et les travailleurs : programmes de requalification des compétences, baisse des redevances, soutien de la récolte de biomasse en forêt publique, crédits et prêts avantageux à la grande industrie, congé temporaire de cotisations salariales, aide à la diversification des marchés. Au contraire, les 31 100 producteurs forestiers reçoivent très peu d’aide directe pour faire face à la crise. Corrigeons le tir. C’est une question d’équité, surtout qu’en raison de leur statut de travailleur autonome, ils ne bénéficient que trop rarement de quelconques formes de sécurité sociale. Et c’est sans compter le coût de la machinerie et des opérations financées à la banque qui a explosé ces dernières années! Quel bois transformera l’industrie forestière si les producteurs tombent un à un?
Lors de la dernière crise forestière débutée en 2006, les volumes récoltés en forêt privée ont fondu de moitié en l’espace de trois ans. Or, il aura fallu huit années supplémentaires afin de revenir au niveau de récolte précédent. En tout et pour tout, c’est l’équivalent de trois années de récolte qui a été anéanti. Cela a constitué une perte de centaines de millions de dollars pour les producteurs et des milliards pour l’ensemble du secteur. Veut-on s’en priver encore?
ll est encore temps pour les élus des différents paliers d’aider spécifiquement les producteurs forestiers à traverser cette crise. Le fédéral doit d’abord reconnaître l’apport de la forêt privée afin que les producteurs puissent être éligibles aux promesses de soutien sectoriel du premier ministre Carney. La négociation avec les États-Unis d’une entente sur le bois d’œuvre exemptant la forêt privée ne ferait pas de mal non plus. Le premier ministre Legault pourrait quant à lui adopter un crédit d’impôt pour soutenir la récolte de bois en forêt privée. S’il ne peut délier les cordons de la bourse, il pourrait protéger nos marchés sans dépenser un sou en réglant le dossier de la résidualité.
Quant au palier municipal, j’apprécie les interventions de M. Jacques Demers, de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), dans à sa défense des intérêts des quelques 200 communautés forestières touchées par la crise. Je l’invite par le fait même à prendre la défense de tous les producteurs forestiers qui participent à la cagnotte municipale en incitant les élus à abaisser les taxes des immeubles forestiers et en harmonisant leur réglementation sur les activités forestières.
Chers élus des trois paliers gouvernementaux, ce n’est pas la charité que nous demandons, mais simplement un coup de pouce pour survivre dans cet environnement d’affaires particulièrement éprouvant. C’est seulement ainsi que nous pourrons continuer d’assurer notre rôle stratégique dans la gestion durable des forêts privées.
Gaétan Boudreault
Producteur et président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec
Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de février 2026.