Mise à jour économique et financière du Québec: La FPFQ soulagée du prolongement de la mesure d’étalement du revenu pour les producteurs forestiers

Longueuil, le 26 novembre 2025 – La Fédération des producteurs forestiers du Québec (FPFQ) est soulagée de la décision du gouvernement du Québec de prolonger la mesure d’étalement du revenu pour les producteurs forestiers reconnus annoncée dans la mise à jour économique et financière présentée hier par le ministre des Finances, M. Éric Girard.

Cette mesure d’étalement du revenu est essentielle pour les producteurs forestiers désavantagés par le système fiscal. En effet, plusieurs d’entre eux ne tirent pas un revenu de la vente de bois chaque année. Au contraire, la récolte se fait ponctuellement, ce qui a pour conséquence d’augmenter globalement le revenu du producteur pour une année donnée, et conséquemment d’accroître son taux marginal d’imposition. La mesure d’étalement permet de répartir ces revenus sur dix ans. Elle évite que l’impôt freine l’engagement des producteurs à aménager leur forêt et à récolter du bois. Ce dispositif sera prolongé pour une durée de deux ans et restera en vigueur jusqu’au 31 décembre 2027.

« Cette mesure reconnaît les particularités de notre activité et démontre un soutien envers les producteurs forestiers. Nous invitons les producteurs à l’utiliser pleinement, afin de mieux planifier leurs travaux et de stabiliser leurs revenus dans cette période de crise », a déclaré le président de la FPFQ, M. Gaétan Boudreault.

Néanmoins, rappelons que les producteurs œuvrant en forêt privée subissent toujours d’importantes répercussions liées aux tarifs imposés par l’administration américaine. La mise à jour économique prévoit également un congé temporaire de cotisation au Fonds des services de santé en 2026 et 2027 pour les secteurs de l’agriculture, de la foresterie et de la pêche. Cette mesure allégera les coûts de main-d’œuvre dans un contexte où les tarifs de 45 % imposés sur le bois d’œuvre résineux fragilisent la filière.

« Prolonger la mesure d’étalement était une solution logique, mais il faut se rendre à l’évidence qu’elle ne réglera pas la crise du bois d’œuvre. Pour reprendre les mots du premier ministre, ce sont 30 000 emplois qui sont en jeu. Il est donc impératif d’aller plus loin et de mettre en place des mesures nettement plus ambitieuses afin de garantir la pérennité du secteur. Pour aider la chaîne d’approvisionnement à traverser cette crise, ces aides devront non seulement soutenir les producteurs forestiers, mais également les entrepreneurs et les transporteurs qui assument des obligations financières importantes liées à leurs équipements », a ajouté M. Boudreault.

La FPFQ continuera de collaborer avec le ministre des Ressources naturelles et des Forêts, M. Jean-François Simard, pour s’assurer que les politiques demeurent adaptées à la réalité sectorielle de la forêt privée. À ce titre, la protection des marchés des producteurs forestiers sera déterminante pour aider le secteur à passer cette période tumultueuse.

À propos de la FPFQ

La forêt privée québécoise appartient à 162 900 individus, familles et entreprises. Tour à tour, ce sont 31 100 producteurs de la forêt privée du Québec qui fournissent environ un cinquième de l’approvisionnement en bois rond de l’industrie forestière québécoise. Les activités sylvicoles effectuées en forêt privée et la transformation du bois qui y est récolté génèrent des revenus annuels de 4,7 G$ et près de 24 300 emplois. Par l’action de ses 13 syndicats et offices affiliés, la FPFQ œuvre à la protection, à la mise en valeur et à une commercialisation ordonnée du bois issu des forêts privées.

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Renseignements :
Charles-Philippe Tremblay-Bégin
Conseiller aux communications et Relations publiques
Fédération des producteurs forestiers du Québec
T. 450 679-0540, poste 8661 |cptremblaybegin@upa.qc.ca  foretprivee.ca

Énoncé économique du Québec – Mesures utiles pour la forêt privée

Le 25 novembre 2025, le ministre des Finances Éric Girard a publié une Mise à jour économique et financière du Québec. Cette annonce contient plusieurs ajustements budgétaires et fiscaux.

Parmi les huit mesures de soutien annoncées, deux sont particulièrement significatives pour le secteur forestier : la prolongation de l’étalement du revenu pour les producteurs forestiers reconnus et l’instauration d’un congé temporaire de cotisation au Fonds des services de santé (FSS).

Prolongation de la mesure d’étalement du revenu pour les producteurs forestiers reconnus
La mise à jour confirme la prolongation de la mesure d’étalement du revenu pour deux ans jusqu’au 31 décembre 2027, avec maintien du mécanisme de report sur dix ans. Cette disposition fiscale permet aux producteurs forestiers reconnus, qui détiennent un plan d’aménagement approuvé par le MRNF, de répartir le revenu provenant de la vente de bois sur dix exercices fiscaux plutôt que de l’imposer en totalité l’année de la transaction. Ce mécanisme est essentiel pour atténuer les effets des revenus irréguliers et concentrés lors des récoltes, qui pourraient autrement entraîner une charge fiscale disproportionnée lors d’une année donnée. Toutefois, la mesure comporte des limites : elle ne s’applique qu’aux revenus issus de la la vente de bois en forêt privée, n’est pas rétroactive et exige une comptabilité rigoureuse pour respecter les règles d’étalement.

Cette prolongation répond à une demande prioritaire de la FPFQ et demeure un outil fiscal vital pour soutenir les revenus des producteurs et la mise en marché du bois en forêt privée.

Congé temporaire de cotisation au Fonds des services de santé (FSS)
Le gouvernement annonce un congé temporaire de cotisation au FSS pour les employeurs du secteur forestier, applicable pour l’année fiscale 2026-2027. Cette mesure vise à réduire les coûts de main-d’oeuvre en supprimant la cotisation au FSS, qui représente habituellement environ 4,26 % de la masse salariale. Les 2 employeurs admissibles sont ceux dont les activités principales relèvent des codes NAICS liés à la foresterie, à la récolte de bois, aux services sylvicoles et au transport forestier. Concrètement, une entreprise qui verse 1 M$ en salaires économisera près de 42 600 $ en cotisations. L’objectif gouvernemental est clair : soutenir la compétitivité des entreprises forestières dans un contexte de pénurie de main-d’oeuvre et de pressions économiques. Tout indique que les entreprises liées à l’exploitation forestière, par exemple des entrepreneurs forestiers ou des producteurs forestiers incorporés, pourront bénéficier de cet allègement.

Impacts pour les producteurs forestiers
Ces deux mesures apportent un soutien concret au secteur forestier et à la forêt privée. Le congé FSS procure un allègement immédiat des coûts de main-d’oeuvre, ce qui est stratégique pour les entreprises forestières confrontées à des marges serrées, voire déficitaires. La prolongation de l’étalement du revenu sécurise un outil fiscal essentiel pour la planification financière des producteurs, réduisant les risques liés à la volatilité des revenus.

Recrudescence de l’épidémie de la tordeuse en forêt privée

En 2025, l’épidémie de tordeuse des bourgeons de l’épinette poursuit sa progression. Au Québec, 17,6 M ha de forêts sont touchés, dont 1,75 M ha en forêt privée. Dans plusieurs régions, la majorité des boisés des producteurs est maintenant affectée, ce qui met sous pression plantations et autres peuplements résineux. Grâce au programme d’arrosage au Btk, 15 070 ha de petites forêts privées ont été protégés cette année, une hausse de 58 % par rapport à 2024. Pour la FPFQ, il est essentiel de stabiliser et d’adapter ce programme afin de protéger les investissements sylvicoles des producteurs, de soutenir la remise en production des sites récoltés et de mieux coordonner l’écoulement des bois récoltés. Les propriétaires situés dans une zone à risque sont invités à communiquer rapidement avec leur conseiller forestier pour préparer la prochaine saison.

Comité permanent des ressources naturelles : les propriétaires forestiers réclament une pleine reconnaissance

Ottawa, le 6 novembre 2025 – Propriétaires forestiers du Canada (PFC) a comparu devant le Comité permanent des ressources naturelles de la Chambre des communes dans le cadre de son étude sur l’industrie forestière, qui est durement touchée par le conflit du bois d’œuvre. Andrew de Vries, directeur général de PFC, et Vincent Miville, vice-président de PFC et directeur général de la Fédération des producteurs forestiers du Québec, y ont présenté des recommandations visant à mieux reconnaître le rôle stratégique des propriétaires forestiers et de la forêt privée au Canada.

PFC représente 480 000 propriétaires forestiers qui détiennent 10 % des forêts aménagées du Canada, mais qui assurent 20 % de la production de bois au pays. Ils approvisionnent l’industrie forestière, contribuent à l’économie des régions et fournissent des services environnementaux essentiels aux communautés rurales.

« La méconnaissance de la réalité des forêts privées demeure dans l’angle mort des politiques forestières et commerciales du Canada. Par conséquent, les programmes de soutien tiennent trop peu compte de la contribution essentielle des propriétaires forestiers », explique Andrew de Vries.

La promesse du gouvernement Carney d’investir 1,2 G$ pour soutenir la construction résidentielle et diversifier le marché du bois d’œuvre représente un geste important pour l’industrie forestière. Toutefois, cette annonce laisse de côté le reste de la chaîne d’approvisionnement, car elle ne prévoit aucun soutien pour les propriétaires de forêts privées, les entrepreneurs forestiers et les travailleurs sylvicoles. Des mesures ciblées, comme la prévention des feux de forêt et l’entretien des peuplements, contribueraient directement à une gestion durable des forêts et réduiraient les impacts à court terme pour ces acteurs, ainsi que pour les pépinières et les autres intervenants concernés.

« Nous déplorons par ailleurs le retrait, dans le dernier budget fédéral, du programme de plantation de deux milliards d’arbres. Nous recommandons que ce programme soit réorienté afin d’inclure la prévention des feux de forêt et le reboisement des secteurs touchés par les feux, le verglas et les vents violents », ajoute Andrew de Vries.

Le conflit du bois d’œuvre affecte durement tout le secteur et les propriétaires forestiers en subissent directement les contrecoups. Bien que les droits imposés par les États-Unis visent à sanctionner les redevances de coupe sur le bois des forêts publiques, ils créent un environnement défavorable pour tous ceux qui vendent du bois rond.

« Les propriétaires forestiers sont des victimes collatérales du conflit du bois d’œuvre, mais ils échappent à toute forme d’aide sectorielle, sans accès aux mêmes leviers de soutien que les travailleurs ou les industriels », résume Vincent Miville.

Pour renverser la tendance à l’oubli, PFC recommande notamment de :

  • Négocier un accord sur le bois d’œuvre prévoyant une exemption de tarifs et de quotas pour le bois d’œuvre produit à partir de bois rond issu des forêts privées puisqu’il provient de transactions commerciales entièrement privées, sans subventions publiques ni fixation administrative du prix;
  • Renforcer l’expertise du Service canadien des forêts sur la réalité et le potentiel des forêts privées pour qu’elles soient mieux prises en compte lors du développement de politiques publiques;
  • Mettre en place un régime d’épargne et d’investissement sylvicole personnel afin de permettre aux propriétaires de mettre de côté, dans un compte à imposition différée, les revenus tirés de la vente de bois et de stimuler les investissements en sylviculture;
  • Assurer la protection des droits des propriétaires de forêts privées lors des négociations sur les revendications des Premières nations et dans l’élaboration de lois fédérales.

Les représentants de PFC ont également insisté sur la nécessité d’un meilleur arrimage entre les politiques fédérales et provinciales, ainsi que sur une consultation systématique des propriétaires forestiers dans l’élaboration des politiques publiques. « Collaborer avec les propriétaires forestiers est essentiel pour renforcer la résilience et le plein potentiel du secteur forestier canadien », a conclu de Vries.

PFC invite le gouvernement fédéral à adopter une approche inclusive et prévisible reconnaissant pleinement la contribution de la forêt privée à la vitalité des régions et à la souveraineté économique du Canada.

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Renseignements :
Charles-Philippe Tremblay-Bégin
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Fédération des producteurs forestiers du Québec
Relations publiques, médiatiques et gouvernementales
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Budget fédéral 2025 : la forêt privée oubliée

Le 4 novembre dernier, le ministre des Finances du Canada, François-Philippe Champagne, a présenté le budget fédéral 2025, le premier sous l’ère du premier ministre Mark Carney. Ce budget, déposé à l’automne pour la première fois, contient quelques mesures susceptibles d’influencer le secteur forestier.

Parmi ceux-ci, notons la fin du programme 2 milliards d’arbres, qui, malgré ses défauts, représentait un investissement majeur de 3,16 G$ en sylviculture. Les engagements existants seraient respectés, ce qui permettrait au fédéral de viser la plantation d’un milliard d’arbres seulement plutôt que les deux milliards prévus. L’année dernière, les gouvernements du Québec et du Canada ont toutefois sécurisé un investissement de 43,3 M$ sur six ans à compter de 2024 pour réaliser des plantations en forêt privée. Cette entente devrait donc limiter les pertes pour la forêt privée québécoise, quoiqu’il est nécessaire de déplorer la fin du seul véritable programme sylvicole du gouvernement fédéral.

Le budget prévoit également jusqu’à 700 M$ sur deux ans en garanties de prêts via la Banque de développement du Canada pour soutenir les entreprises forestières dans leur restructuration. De plus, un montant de 500 M$ sur trois ans sera accordé à partir de 2027 pour renouveler et élargir les programmes forestiers de Ressources naturelles Canada, axés sur la diversification des produits et des marchés, incluant de nouvelles initiatives à l’exportation. Le gouvernement s’engage aussi à privilégier les matériaux canadiens dans les marchés publics et à modifier les processus d’approvisionnement pour exiger l’utilisation de bois canadien. Ces enveloppes monétaires font écho à l’annonce communiquée en grande pompe par le premier ministre Carney en août dernier pour soutenir le secteur forestier.

Pour renforcer la lutte contre les incendies forestiers, 258 M$ sur quatre ans seront alloués à Ressources naturelles Canada pour la location d’appareils aéronautiques afin d’appuyer les provinces et les territoires dans la protection des communautés.

Ces annonces sectorielles illustrent que les producteurs forestiers et la forêt privée demeurent dans l’angle mort du gouvernement fédéral lors du développement de politiques publiques. La Fédération des producteurs forestiers du Québec en collaboration avec Propriétaires forestiers du Canada avait pourtant multiplié les démarches au cours des derniers mois afin d’éclairer les décideurs sur les enjeux vécus en forêt privée dans le contexte actuel. Il faudra maintenant voir si le gouvernement du Québec pourra proposer une approche globale et structurante pour soutenir tout le secteur, incluant les producteurs forestiers, les camionneurs et les entrepreneurs œuvrant en forêt privée.

La revue Forêts de chez nous – novembre 2025 : Les corridors forestiers : « Un casse-tête grandeur nature »

Éditorial du président – Récupérer le bois et les bonnes idées en forêt privée
• Actualités
• Les corridors forestiers : connecter la nature, un morceau à la fois
• La croissance d’une forêt : trois forces en action

Consultez l’édition de novembre 2025 en version PDF.

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Au sujet de la revue
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Récupérer le bois et les bonnes idées en forêt privée

La nomination d’un nouveau ministre responsable des forêts constitue toujours un évènement à la fois galvanisant et inquiétant pour les producteurs. La forêt privée sera-t-elle encore reléguée au second plan alors que la bisbille affecte la gestion des forêts publiques? Le ministre fera-t-il plutôt faire preuve d’enthousiasme à l’égard de la forêt privée? Il n’est pas inutile de rappeler les attentes claires et simples des producteurs ainsi que les bonnes idées qui méritent d’être récupérées en forêt privée.

Le bois des forêts publiques nous concurrence. Les redevances perçues par le ministère doivent aussi refléter nos coûts de production en forêt privée. Ce n’est pas une faveur, c’est la condition pour que nos entreprises et nos communautés survivent et qu’elles continuent d’investir dans nos régions. L’équité commence par le respect du principe de résidualité, notamment lors de perturbations naturelles où le marché est saturé par du bois public à rabais. Le projet de loi 97 visant à moderniser le régime forestier proposait une amorce de solution : permettre au ministre de réduire les volumes octroyés en forêt publique pour favoriser la récupération de bois en forêt privée. Cette mesure doit survivre au retrait du projet par le premier ministre.

La réglementation morcelée freine le droit des producteurs forestiers à récolter. Entre les 1 100 municipalités qui appliquent chacune leurs règles sur l’abattage d’arbres et sur la conservation des milieux humides, les producteurs et leurs conseillers passent trop de temps dans la paperasse et pas assez dans leurs boisés. Un producteur qui possède des lots dans trois municipalités doit jongler avec trois réglementations différentes : c’est un casse-tête inutile. Et c’est sans parler des coûts prohibitifs de ces règlements! Confier aux MRC la responsabilité des règlements sur l’abattage comme le prévoyait le projet de loi 97 nous aurait au moins simplifié la vie à tous. Espérons que cette idée sera récupérée par le ministre et son gouvernement.

Le conflit du bois d’œuvre nous taxe. Cette guerre commerciale, déclenchée à cause de la gestion des forêts publiques, n’a rien à voir avec nos boisés privés. Toute future entente Canada-États-Unis devrait exempter de tarifs et de quotas le bois d’œuvre produit à partir du bois rond des forêts privées. Nous sommes excédés d’être des victimes collatérales.

L’environnement fiscal doit être amélioré. L’aménagement des forêts privées et la production de bois peuvent être stimulés par des mesures fiscales visant à soutenir les producteurs. L’étalement du revenu forestier qui se termine en décembre 2025 doit être reconduit. C’est une nécessité pour traverser cette tempête économique.

Monsieur le Ministre, donner aux producteurs forestiers les moyens de contribuer, c’est à la fois soutenir nos familles, renforcer nos marchés et atteindre les objectifs économiques et environnementaux fixés par Québec.

Bonne chance dans cette tâche colossale. Vous aurez besoin de tous les acteurs pour réussir. Rassurez-vous, les producteurs forestiers seront là pour vous orienter et pour collaborer!

Gaétan Boudreault
Producteur et président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de novembre 2025.

La demande pour les granules gagne du terrain

Alors que les marchés traditionnels du bois ralentissent sous l’effet des tensions géopolitiques et d’une demande en recul pour les matériaux de construction et les papiers d’impression, le marché des granules de bois se distingue par sa vigueur. Portée par une demande croissante, cette filière offre une solution concrète pour valoriser les sous-produits des scieries, comme en témoigne les plus récentes statistiques d’exportation canadiennes. Elle contribue à diversifier les débouchés et à stabiliser les revenus forestiers dans un contexte économique incertain.

Une dynamique exportatrice en pleine accélération

Les données récentes confirment cette dynamique : après six mois en 2025, les exportations québécoises de granules de bois ont augmenté de 18 %, atteignant 325 000 tonnes métriques anhydres (tma). À titre indicatif, elles se sont élevées à 579 000 tma en 2024 sur une année complète. Au rythme où vont les choses, les exportations pourraient atteindre 683 220 tma en 2025, une augmentation de 104 420 tma. Cette hausse équivaut à la capacité de production annuelle de l’usine Granulco à Sacré-Cœur.

En valeur, les exportations ont progressé de 33 % pour atteindre 80 M$ après 6 mois. Sur la même période le prix moyen à l’exportation des granules affiche une hausse de 11 %, pour atteindre 267 $/tonne, renforçant l’attractivité économique de cette filière.

Cette croissance s’accompagne d’une diversification notable des marchés : les expéditions vers l’Union européenne ont augmenté de 22 %, vers le Royaume-Uni de 14 %, et vers les États-Unis de 19 %. Ces hausses traduisent à la fois un intérêt croissant pour les bioénergies et une capacité d’adaptation des producteurs québécois aux exigences variées des marchés internationaux.

La production canadienne de granules de bois demeure largement orientée vers l’exportation, la demande domestique étant encore limitée à des usages résidentiels et commerciaux à petite échelle. Le Québec, dont la capacité de production a augmenté de 80 % depuis 2016 pour atteindre 1,165 Mtma par an, confirme sa montée en puissance. Au premier semestre de 2025, le Québec représente 17 % des exportations canadiennes de granules de bois, derrière la Colombie-Britannique (64 %), mais devant le Nouveau-Brunswick (16 %) et la Nouvelle-Écosse (3 %).

Plusieurs projets industriels québécois illustrent le dynamisme de la filière. À Saint-Félicien, Granules LG automatise ses procédés. À Cacouna, le Groupe Lebel développe une usine alimentée par de la biomasse résiduelle. À Saint-Michel-des-Saints, La Granaudière, reprise par Albioma, alimente les Caraïbes en granules certifiées.

Des investissements similaires émergent dans les provinces voisines. En Ontario, le gouvernement injecte 11,3 M$ pour soutenir des projets de valorisation de la biomasse forestière dans le nord-est de la province. Parmi les bénéficiaires, GreenFirst reçoit près de 3 M$ pour moderniser son usine de cogénération à Chapleau et à développer des granules torréfiés comme substitut au charbon.

Face à l’instabilité des marchés traditionnels, la filière des granules de bois s’impose comme un levier de diversification, d’innovation et de résilience pour l’économie forestière québécoise. Portée par une dynamique exportatrice robuste et des investissements industriels structurants, elle confirme son rôle stratégique dans la valorisation des sous-produits du sciage.

Élections municipales 2025 : Votre forêt, votre vote, votre avenir

En cette période d'élections municipales, la Fédération des producteurs forestiers du Québec (FPFQ) formule quatre demandes claires aux candidats afin d'améliorer les conditions des producteurs forestiers en forêt privée : harmoniser le cadre réglementaire, réduire les taxes foncières, reconnaître les activités forestières dans le PRMHH et le SAD de la MRC, et instaurer un comité « forêt privée » permanent dans chaque MRC. Il est temps de passer à l'action et de présenter ces demandes prioritaires à vos futurs élus!

Nouveaux droits de douane américains sur le bois d’œuvre et les meubles en bois

L’administration américaine a annoncé, le lundi 29 septembre, l’imposition de nouveaux droits de douane sur les importations de bois d’œuvre, de bois de construction et de meubles en bois, en vertu de l’article 232 de la Loi sur l’expansion du commerce. Cette décision repose sur une justification liée à la sécurité nationale, une interprétation qui soulève des préoccupations dans le contexte d’un marché nord-américain historiquement intégré.

Les droits suivants entreront en vigueur le 14 octobre 2025 :

  • 10 % sur le bois d’œuvre et le bois de construction;
  • 25 % sur les meubles en bois.
 

Une majoration supplémentaire est prévue au 1er janvier 2026, avec des droits pouvant atteindre 30 % pour les meubles rembourrés et 50 % pour les armoires de cuisine et de salle de bains en provenance de pays non liés par un accord commercial avec les États-Unis.

Le Canada, principal fournisseur de bois d’œuvre aux États-Unis, se retrouve une fois de plus en position de grande vulnérabilité. Les nouveaux droits de douane de 10 % annoncés par Washington viennent s’ajouter aux droits compensateurs (14,63 %) et antidumping (20,56 %), portant la charge tarifaire totale à 45,19 %. Ce niveau de taxation constitue un sommet historique et exerce une pression considérable sur le secteur forestier canadien. L’annonce survient alors que l’industrie est déjà fragilisée, comme en témoignent les nombreuses fermetures d’usines observées récemment.

Les droits de douane américains affaiblissent la compétitivité du bois d’œuvre canadien, poussant les acheteurs américains à privilégier le bois local. Bien que les États-Unis ne soient pas autosuffisants, les exportations canadiennes se poursuivent à des prix élevés, alors que le coût des tarifs est partagé entre les consommateurs et les industriels. Depuis 2017, les exportateurs québécois ont versé plus de 2 G$ en droits, alors que 38 % de la production est destinée au marché américain.

Les producteurs de bois en forêt privée sont des victimes collatérales du conflit qui vise avant tout la gestion des forêts publiques. Le bois de sciage résineux, pilier de leur mise en marché, voit sa valeur fragilisée par la baisse de revenus des scieries. Depuis 2017, la Fédération des producteurs forestiers du Québec réclame une exemption ciblée pour le bois d’œuvre produit à partir de bois rond issu de forêts privées dans une future entente à être négociée avec les États-Unis.

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