Récupérer le bois et les bonnes idées en forêt privée

La nomination d’un nouveau ministre responsable des forêts constitue toujours un évènement à la fois galvanisant et inquiétant pour les producteurs. La forêt privée sera-t-elle encore reléguée au second plan alors que la bisbille affecte la gestion des forêts publiques? Le ministre fera-t-il plutôt faire preuve d’enthousiasme à l’égard de la forêt privée? Il n’est pas inutile de rappeler les attentes claires et simples des producteurs ainsi que les bonnes idées qui méritent d’être récupérées en forêt privée.

Le bois des forêts publiques nous concurrence. Les redevances perçues par le ministère doivent aussi refléter nos coûts de production en forêt privée. Ce n’est pas une faveur, c’est la condition pour que nos entreprises et nos communautés survivent et qu’elles continuent d’investir dans nos régions. L’équité commence par le respect du principe de résidualité, notamment lors de perturbations naturelles où le marché est saturé par du bois public à rabais. Le projet de loi 97 visant à moderniser le régime forestier proposait une amorce de solution : permettre au ministre de réduire les volumes octroyés en forêt publique pour favoriser la récupération de bois en forêt privée. Cette mesure doit survivre au retrait du projet par le premier ministre.

La réglementation morcelée freine le droit des producteurs forestiers à récolter. Entre les 1 100 municipalités qui appliquent chacune leurs règles sur l’abattage d’arbres et sur la conservation des milieux humides, les producteurs et leurs conseillers passent trop de temps dans la paperasse et pas assez dans leurs boisés. Un producteur qui possède des lots dans trois municipalités doit jongler avec trois réglementations différentes : c’est un casse-tête inutile. Et c’est sans parler des coûts prohibitifs de ces règlements! Confier aux MRC la responsabilité des règlements sur l’abattage comme le prévoyait le projet de loi 97 nous aurait au moins simplifié la vie à tous. Espérons que cette idée sera récupérée par le ministre et son gouvernement.

Le conflit du bois d’œuvre nous taxe. Cette guerre commerciale, déclenchée à cause de la gestion des forêts publiques, n’a rien à voir avec nos boisés privés. Toute future entente Canada-États-Unis devrait exempter de tarifs et de quotas le bois d’œuvre produit à partir du bois rond des forêts privées. Nous sommes excédés d’être des victimes collatérales.

L’environnement fiscal doit être amélioré. L’aménagement des forêts privées et la production de bois peuvent être stimulés par des mesures fiscales visant à soutenir les producteurs. L’étalement du revenu forestier qui se termine en décembre 2025 doit être reconduit. C’est une nécessité pour traverser cette tempête économique.

Monsieur le Ministre, donner aux producteurs forestiers les moyens de contribuer, c’est à la fois soutenir nos familles, renforcer nos marchés et atteindre les objectifs économiques et environnementaux fixés par Québec.

Bonne chance dans cette tâche colossale. Vous aurez besoin de tous les acteurs pour réussir. Rassurez-vous, les producteurs forestiers seront là pour vous orienter et pour collaborer!

Gaétan Boudreault
Producteur et président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de novembre 2025.

La demande pour les granules gagne du terrain

Alors que les marchés traditionnels du bois ralentissent sous l’effet des tensions géopolitiques et d’une demande en recul pour les matériaux de construction et les papiers d’impression, le marché des granules de bois se distingue par sa vigueur. Portée par une demande croissante, cette filière offre une solution concrète pour valoriser les sous-produits des scieries, comme en témoigne les plus récentes statistiques d’exportation canadiennes. Elle contribue à diversifier les débouchés et à stabiliser les revenus forestiers dans un contexte économique incertain.

Une dynamique exportatrice en pleine accélération

Les données récentes confirment cette dynamique : après six mois en 2025, les exportations québécoises de granules de bois ont augmenté de 18 %, atteignant 325 000 tonnes métriques anhydres (tma). À titre indicatif, elles se sont élevées à 579 000 tma en 2024 sur une année complète. Au rythme où vont les choses, les exportations pourraient atteindre 683 220 tma en 2025, une augmentation de 104 420 tma. Cette hausse équivaut à la capacité de production annuelle de l’usine Granulco à Sacré-Cœur.

En valeur, les exportations ont progressé de 33 % pour atteindre 80 M$ après 6 mois. Sur la même période le prix moyen à l’exportation des granules affiche une hausse de 11 %, pour atteindre 267 $/tonne, renforçant l’attractivité économique de cette filière.

Cette croissance s’accompagne d’une diversification notable des marchés : les expéditions vers l’Union européenne ont augmenté de 22 %, vers le Royaume-Uni de 14 %, et vers les États-Unis de 19 %. Ces hausses traduisent à la fois un intérêt croissant pour les bioénergies et une capacité d’adaptation des producteurs québécois aux exigences variées des marchés internationaux.

La production canadienne de granules de bois demeure largement orientée vers l’exportation, la demande domestique étant encore limitée à des usages résidentiels et commerciaux à petite échelle. Le Québec, dont la capacité de production a augmenté de 80 % depuis 2016 pour atteindre 1,165 Mtma par an, confirme sa montée en puissance. Au premier semestre de 2025, le Québec représente 17 % des exportations canadiennes de granules de bois, derrière la Colombie-Britannique (64 %), mais devant le Nouveau-Brunswick (16 %) et la Nouvelle-Écosse (3 %).

Plusieurs projets industriels québécois illustrent le dynamisme de la filière. À Saint-Félicien, Granules LG automatise ses procédés. À Cacouna, le Groupe Lebel développe une usine alimentée par de la biomasse résiduelle. À Saint-Michel-des-Saints, La Granaudière, reprise par Albioma, alimente les Caraïbes en granules certifiées.

Des investissements similaires émergent dans les provinces voisines. En Ontario, le gouvernement injecte 11,3 M$ pour soutenir des projets de valorisation de la biomasse forestière dans le nord-est de la province. Parmi les bénéficiaires, GreenFirst reçoit près de 3 M$ pour moderniser son usine de cogénération à Chapleau et à développer des granules torréfiés comme substitut au charbon.

Face à l’instabilité des marchés traditionnels, la filière des granules de bois s’impose comme un levier de diversification, d’innovation et de résilience pour l’économie forestière québécoise. Portée par une dynamique exportatrice robuste et des investissements industriels structurants, elle confirme son rôle stratégique dans la valorisation des sous-produits du sciage.

Élections municipales 2025 : Votre forêt, votre vote, votre avenir

En cette période d'élections municipales, la Fédération des producteurs forestiers du Québec (FPFQ) formule quatre demandes claires aux candidats afin d'améliorer les conditions des producteurs forestiers en forêt privée : harmoniser le cadre réglementaire, réduire les taxes foncières, reconnaître les activités forestières dans le PRMHH et le SAD de la MRC, et instaurer un comité « forêt privée » permanent dans chaque MRC. Il est temps de passer à l'action et de présenter ces demandes prioritaires à vos futurs élus!

Nouveaux droits de douane américains sur le bois d’œuvre et les meubles en bois

L’administration américaine a annoncé, le lundi 29 septembre, l’imposition de nouveaux droits de douane sur les importations de bois d’œuvre, de bois de construction et de meubles en bois, en vertu de l’article 232 de la Loi sur l’expansion du commerce. Cette décision repose sur une justification liée à la sécurité nationale, une interprétation qui soulève des préoccupations dans le contexte d’un marché nord-américain historiquement intégré.

Les droits suivants entreront en vigueur le 14 octobre 2025 :

  • 10 % sur le bois d’œuvre et le bois de construction;
  • 25 % sur les meubles en bois.
 

Une majoration supplémentaire est prévue au 1er janvier 2026, avec des droits pouvant atteindre 30 % pour les meubles rembourrés et 50 % pour les armoires de cuisine et de salle de bains en provenance de pays non liés par un accord commercial avec les États-Unis.

Le Canada, principal fournisseur de bois d’œuvre aux États-Unis, se retrouve une fois de plus en position de grande vulnérabilité. Les nouveaux droits de douane de 10 % annoncés par Washington viennent s’ajouter aux droits compensateurs (14,63 %) et antidumping (20,56 %), portant la charge tarifaire totale à 45,19 %. Ce niveau de taxation constitue un sommet historique et exerce une pression considérable sur le secteur forestier canadien. L’annonce survient alors que l’industrie est déjà fragilisée, comme en témoignent les nombreuses fermetures d’usines observées récemment.

Les droits de douane américains affaiblissent la compétitivité du bois d’œuvre canadien, poussant les acheteurs américains à privilégier le bois local. Bien que les États-Unis ne soient pas autosuffisants, les exportations canadiennes se poursuivent à des prix élevés, alors que le coût des tarifs est partagé entre les consommateurs et les industriels. Depuis 2017, les exportateurs québécois ont versé plus de 2 G$ en droits, alors que 38 % de la production est destinée au marché américain.

Les producteurs de bois en forêt privée sont des victimes collatérales du conflit qui vise avant tout la gestion des forêts publiques. Le bois de sciage résineux, pilier de leur mise en marché, voit sa valeur fragilisée par la baisse de revenus des scieries. Depuis 2017, la Fédération des producteurs forestiers du Québec réclame une exemption ciblée pour le bois d’œuvre produit à partir de bois rond issu de forêts privées dans une future entente à être négociée avec les États-Unis.

Réaction des producteurs forestiers au retrait du projet de loi 97 sur la réforme du régime forestier

Longueuil, le 26 septembre 2025 – La Fédération des producteurs forestiers du Québec (FPFQ) a pris connaissance de la décision du premier ministre François Legault d’abandonner le projet de loi 97 visant à réformer le régime forestier et demande que la relance des consultations inclue explicitement les producteurs forestiers ainsi que les différents acteurs de la forêt privée.

« Il est regrettable que le nouveau régime forestier soit relégué sur la voie d’accotement en raison des dissensions visant la gestion de la forêt publique, car le projet de loi 97 proposait certaines solutions plus consensuelles et intéressantes en forêt privée », a déclaré Gaétan Boudreault, président de la FPFQ.

La FPFQ recommande au ministre des Ressources naturelles et des Forêts, Jean-François Simard, de conserver deux avancées du projet de loi 97. L’uniformisation à l’échelle des MRC des règlements visant la protection du couvert forestier en forêt privée répond à l’impératif de simplifier l’environnement réglementaire. Autrement, l’établissement d’un mécanisme permettant au ministère de diminuer les volumes récoltés en forêt publique advenant qu’une perturbation en forêt privée entraîne la destruction de massifs forestiers, et ce dans le but d’assurer une récupération accélérée du bois en péril sans déstabiliser les marchés, mériterait aussi d’être adopté. Un tel mécanisme témoignerait de l’ouverture du gouvernement à faire avancer le principe de la résidualité, qui confère un caractère « résiduel » au bois de la forêt publique par rapport aux autres sources d’approvisionnement dans l’établissement des scénarios d’approvisionnement des usines de transformation du bois, afin que la concurrence du gouvernement à l’égard des producteurs forestiers soit à tout le moins balisée.

« Notre objectif demeure l’adoption d’un régime forestier clair, prévisible et équitable qui préserve les perspectives de mise en marché pour les producteurs, encourage la mise en valeur des forêts privées et répond aux attentes des citoyens en matière de retombées économiques et de conservation. Néanmoins, certaines solutions pour la forêt privée pourraient être adoptées à plus brève échéance considérant le contexte économique marqué par le conflit du bois d’œuvre », a ajouté M. Boudreault.

La FPFQ est déterminée à travailler de concert avec le gouvernement, le ministre Simard et l’ensemble des parties prenantes pour mettre en place des solutions adaptées aux réalités de la forêt privée.

Consulter le mémoire de la FPFQ sur le PL97

-30-

Renseignements :
Charles-Philippe Tremblay-Bégin
Conseiller aux communications
Fédération des producteurs forestiers du Québec
Relations publiques, médiatiques et gouvernementales
T. 450 679-0540, poste 8661 |cptremblaybegin@upa.qc.ca  foretprivee.ca

Recul généralisé de la production canadienne de bois d’œuvre résineux : le Québec en première ligne

La production nord-américaine de bois d’œuvre a baissé de 2,2 % au premier semestre de 2025 par rapport à l’année antérieure. Cette diminution est principalement due au fort déclin de la production canadienne ce premier semestre, alors qu’aux États-Unis la production est légèrement en hausse.

D’après Statistique Canada, la production canadienne de bois d’œuvre a fortement diminué (-5,8 %), pour totaliser 10,12 milliards de pieds mesure de planche (G PMP) après 6 mois en 2025. La production a chuté dans toutes les provinces canadiennes.

Une légère baisse a été observée en Alberta (-0,4 %), au Nouveau-Brunswick (-1,1 %) et dans les autres provinces (-3,1 %). Mais ailleurs le recul est majeur, notamment en Colombie-Britannique (-7,1 %) et en Ontario (-7,5 %). Au Québec, la chute observée est la plus importante avec une baisse de (-8,8 %), soit environ 265 MPMP, ce qui équivaut à la capacité de production annuelle d’une scierie de bonne envergure. Ce recul est exacerbé par le fait que le premier semestre 2024 avait été marqué par une performance robuste au Québec.

Notons aussi que les livraisons québécoises ont fortement baissé (-9,0 %), tout comme les inventaires (-17 %).

La détérioration récente de la production canadienne et québécoise s’explique en partie par l’anticipation d’une hausse brutale des droits américains sur le bois d’œuvre canadien. Cette hausse s’est concrétisée en août 2025, les droits passant de 14,54 % à 35,19 % en l’espace de deux semaines. Ce niveau tarifaire, inédit depuis le début du conflit commercial en 2016 et record depuis les années 1980, met à rude épreuve la résilience du secteur forestier. Le différend entre le Canada et les États-Unis continue de peser lourdement sur les perspectives du secteur, alors que près de 38 % de la production québécoise de bois d’œuvre résineux est destinée au marché américain.

Les conséquences sont immédiates et préoccupantes : après plusieurs annonces de fermetures et de ralentissements, une nouvelle vague frappe. L’usine Domtar de Maniwaki suspendra ses opérations dès le 10 octobre, la Scierie St-Michel, principal employeur de Saint-Michel-des-Saints, a annoncé l’arrêt de ses activités, tout comme Arbec Port-Cartier. Dans ce contexte, il est raisonnable de penser que la situation risque de continuer à se dégrader d’ici la fin de l’année, alors que les effets des droits américains plus élevés se font sentir.

Ces fermetures montrent la fragilité croissante des entreprises face à la pression commerciale, et rappellent l’urgence d’une action politique et économique pour soutenir les emplois, les communautés et la filière bois.

Nouveau leadership au ministère des Ressources naturelles et des Forêts

Longueuil, le 10 septembre 2025 – La Fédération des producteurs forestiers du Québec (FPFQ) souhaite la bienvenue à M. Jean-François Simard, nouveau ministre des Ressources naturelles et des Forêts.

« Nous saluons la nomination de M. Jean-François Simard et espérons qu’il saura reconnaître l’importance stratégique de la forêt privée dans l’économie forestière québécoise. La FPFQ offre sa collaboration au nouveau ministre afin de travailler sur des politiques qui miseront sur les multiples potentiels de la forêt privée et mettront à profit les actifs, le savoir-faire et le dynamisme des 162 900 propriétaires forestiers québécois », a déclaré M. Gaétan Boudreault, président de la FPFQ.

La FPFQ identifie plusieurs priorités pour le nouveau ministre. D’abord, il s’avère crucial d’améliorer la cohérence de la réglementation municipale afin de faciliter la production de bois en forêt privée, comme sa prédécesseuse l’a identifié dans le projet de nouveau régime forestier. Puis, il faut améliorer certaines dispositions de la Loi sur l’aménagement durable du territoire forestier pour s’assurer que l’industrie forestière s’approvisionne prioritairement en bois issu des forêts privées, conformément à l’esprit de la loi qui attribue un caractère résiduel au bois provenant des forêts publiques.

Par ailleurs, la FPFQ appelle à une vigilance accrue face à la détérioration du marché du bois rond alors que les fermetures d’usines se succèdent. Le contexte fragilise la situation financière des producteurs forestiers et de l’ensemble de leurs sous-traitants œuvrant en forêt privée. Si cette situation devait se prolonger, des mesures de soutien ciblées devront être envisagées pour éviter des pertes irréversibles dans le secteur.

« La Fédération offre sa collaboration à M. Jean-François Simard afin de soutenir les producteurs forestiers et d’assurer la vitalité du secteur forestier québécois. Nous tenons également à remercier Mme Maïté Blanchette Vézina pour son leadership et son engagement envers les producteurs forestiers et la forêt privée au cours des trois dernières années. Son écoute et sa sensibilité aura permis de faire avancer plusieurs dossiers importants et nous espérons que son successeur pourra en faire autant », a ajouté le président M. Gaétan Boudreault.

-30-

Renseignements :
Charles-Philippe Tremblay-Bégin
Conseiller aux communications
Fédération des producteurs forestiers du Québec
Relations publiques, médiatiques et gouvernementales
T. 450 679-0540, poste 8661 |cptremblaybegin@upa.qc.ca  foretprivee.ca

La revue Forêts de chez nous – septembre 2025 : Nouveaux producteurs : l’essentiel pour faire soi-même ses travaux

Éditorial du président – Forêts privées et élections municipales : faites entendre votre voix
• Actualités
• Nouveaux producteurs : tout pour faire soi-même ses travaux
• Carbone en forêt : ce que chaque propriétaire devrait savoir

Consultez l’édition de septembre 2025 en version PDF.

Abonnez-vous à la revue Forêts de chez nous en devenant membre des Amis de la forêt privée!

Au sujet de la revue
Notre revue Forêts de chez nous aborde des sujets d’intérêt pour les propriétaires forestiers soucieux de voir grandir leur patrimoine forestier. Elle porte un regard différent sur l’actualité forestière notamment par le biais des éditoriaux et des reportages.

La revue Forêts de chez nous est produite quatre fois par année en collaboration avec les Producteurs et productrices acéricoles du Québec. Pour nous faire part d’un commentaire ou pour nous suggérer un sujet d’article, écrivez-nous!

La vulnérabilité du secteur forestier à l’exportation

Le constat est clair : les tensions commerciales s’intensifient et sont là pour durer. Le libre-échange laisse maintenant cours aux droits de douane, aux enquêtes commerciales et autres barrières commerciales non tarifaires qui caractérisent le protectionnisme. Faut-il présumer du pire pour un secteur forestier reposant en grande partie sur les marchés d’exportation? Pour saisir les implications des mesures tarifaires, considérons d’abord l’exposition du secteur forestier à l’exportation. Puis, explorons les prévisions pour chacune des familles de produits.

Forêts privées et élections municipales : faites entendre votre voix

En roulant sur les chemins de campagne à l’automne, il n’est pas rare d’apercevoir un producteur forestier à l’œuvre. La chute des feuilles offre une vue dégagée de nos boisés et sur tout ce qu’il reste à faire avant l’hiver : récolte de bois de chauffage, entretien des sentiers, préparation d’un chantier hivernal. Toutefois, derrière ces gestes concrets se cache une réalité moins visible : un cadre réglementaire de plus en plus lourd, qui limite notre liberté d’action et régit chacune de nos activités.

Votre fédération promeut une vision cohérente et durable de la forêt privée. Une vision qui respecte les écosystèmes forestiers, les milieux humides et hydriques, la biodiversité, tout en demeurant ancrée dans la réalité de celles et ceux qui vivent et travaillent la forêt.

Le rôle des municipalités est plus crucial que jamais pour appuyer ou freiner les efforts des producteurs. La ministre des Ressources naturelles et des Forêts l’a compris : son projet de loi 97 vise à uniformiser les règlements d’aménagement forestier à l’échelle des MRC pour simplifier notre travail sans pour autant donner carte blanche aux vrais contrevenants. Cette harmonisation, nous la défendons depuis longtemps, mais le travail ne s’arrête pas là.

Parmi les moyens concrets à la portée du monde municipal, pensons à la reconnaissance de la saine gestion des boisés par un allègement du taux de taxation des immeubles forestiers. Malheureusement, cet outil fiscal puissant est encore trop peu utilisé. En 2023, seulement 42 municipalités ont réduit le taux de taxation des immeubles forestiers, offrant en moyenne une baisse de 18 %. Pourtant, une adoption généralisée permettrait aux producteurs d’économiser collectivement près de 10 M$ annuellement, soit environ 295 $ par producteur reconnu, sans grever significativement les budgets municipaux. Pour plus de 600 municipalités, l’impact sur les recettes fiscales serait inférieur à 1 %.

Ces chiffres parlent d’eux-mêmes. Mais pour que ces mesures se concrétisent, elles doivent être connues, comprises… et portées. C’est pourquoi je vous invite, chers producteurs forestiers, à aller à la rencontre de vos candidates et candidats aux élections municipales alors que la campagne électorale s’amorce. Parlez-leur de votre boisé, de vos efforts, de vos attentes. Aidez-les à voir la forêt autrement que par la lorgnette réglementaire : comme un vecteur de développement, de résilience et de fierté régionale.

Je me suis moi-même engagé en politique municipale ces dernières années, convaincu que mon expérience et mon savoir pourraient se traduire par des mesures tangibles pour ceux qui vivent de la terre et des forêts comme nous. À vous de faire entendre votre voix là où elle peut faire une différence. Avec plus de 10 000 élus municipaux au Québec, nous avons collectivement l’occasion de bâtir des ponts. Engageons le dialogue, activons les bons leviers et faisons de la forêt privée un enjeu des décisions locales.

Gaétan Boudreault
Producteur et président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de septembre 2025.

?>