La filière mycologique de la Mauricie a relevé le défi

Il y a une douzaine d’années, c’était un rêve un peu fou initié par le Syndicat des producteurs de bois de la Mauricie (SPBM). Aujourd’hui, la Filière mycologique de la Mauricie est devenue le pilier d’un véritable écosystème regroupant des personnes, des associations, des institutions et des entreprises vouées au développement des végétaux comestibles dont regorgent les forêts de la région.
Les Tablées gourmandes proposent des soupers gastronomiques en plein coeur de la forêt.

Il fallait vraiment être visionnaire parce que tout était à construire », se souvient Patrick Lupien, l’ingénieur forestier du SPBM qui, dès le début, a pris en main les commandes de la filière à titre de coordonnateur. « La filière a livré la marchandise en créant des opportunités et tout s’est mis en place parce que des gens y ont cru et se sont impliqués. Maintenant, tout le monde fait bloc pour aller de l’avant. »

ET LES PROPRIÉTAIRES FORESTIERS SONT DE LA PARTIE

« J’entends de plus en plus de propriétaires parler des végétaux comestibles de leur forêt et ils ont pris conscience des possibilités de les exploiter que ce soit par eux-mêmes ou encore en ouvrant leur forêt aux cueilleurs professionnels et aux activités avec le public. »

Les propriétaires forestiers récoltent ainsi les fruits des efforts déployés depuis plus d’une décennie pour créer un véritable engouement des consommateurs à l’égard des produits de la forêt.

C’est ainsi que les activités de cueillette et les ateliers de cuisine des champignons se sont multipliés dans la région. De nombreux établissements de restauration ont mis la gastronomie forestière à leur menu, stimulés par le « happening saisonnier » qu’est devenu Myco, le rendez-vous de la gastronomie forestière, qui en est à sa septième édition.

UNE NOUVEAUTÉ CHAQUE ANNÉE

Et chaque année apporte sa nouveauté. À l’automne, ce sera une série de trois Tablées gourmandes en forêt, des soupers gastronomiques dans des tentes de type prospecteur, en plein cœur de la forêt avec un menu composé de champignons, de légumes forestiers, de noix et petits fruits nordiques, et d’épices boréales.

Parmi les projets en gestation, il y a celui mené avec le GastronomiQc Lab de l’Institut du tourisme et d’hôtellerie du Québec pour développer la route des saveurs des champignons forestiers, une façon d’éduquer les consommateurs sur les caractéristiques olfactives et gustatives des champignons pour ainsi en stimuler la demande.

C’est sans compter les programmes d’éducation développés dans les écoles tant au niveau primaire que secondaire et même avec une formation collégiale de cueilleur professionnel de 32 heures que le Collège Laflèche de Trois-Rivières vient d’inscrire à son offre.

« Nous en sommes à créer des métiers reliés à la récolte des comestibles de la forêt avec du travail dès le début de la belle saison et jusqu’à l’automne et par la suite dans des entreprises qui en font la culture. »

Les activités de cueillette et les ateliers de cuisine des champignons se sont multipliés dans la région.
De nombreux établissements de restauration, dont la Microbrasserie Le Presbytère, ont mis la gastronomie forestière à leur menu.

APPUYER LES PRODUCTEURS

Si les producteurs manifestent de l’intérêt, la Filière mycologique et le SPBM comptent les appuyer dans leurs efforts. Les plans d’aménagement forestier en cours de préparation proposeront un calendrier de travaux sylvicoles tenant compte de la présence des végétaux comestibles.

« Le but est de moduler les opérations en fonction de la présence des comestibles, explique Patrick Lupien. Quand c’est le moment de faire la récolte des bolets présents dans une forêt et d’obtenir un revenu additionnel, ce n’est pas le temps de faire rentrer la machinerie. »

Les responsables de la filière croient que l’engouement créé autour des végétaux comestibles et les retombées économiques croissantes qu’ils génèrent amèneront l’État à adapter ses programmes pour fournir aux producteurs de bois une aide financière afin d’exploiter les comestibles de leur forêt.

Article paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de septembre 2023.

Des forêts transformées en truffières

Dans plusieurs régions du Québec, un nombre croissant de forêts privées comptent maintenant parmi les sites d’implantation de nouvelles truffières.

« Il y a 55 producteurs de truffes au Québec et dans peu de temps, il y aura autant de cultures de truffes sous couvert forestier qu’en milieu agricole », prédit Maude Lemire-Comeau, copropriétaire et présidente de Truffes Québec, une entreprise spécialisée dans la production d’arbres truffiers et la fourniture de services-conseils pour l’implantation de truffières. « Une dizaine de projets sont réalisés et une dizaine d’autres sont en cours de réalisation », indique la présidente.

Son équipe a supervisé la grande majorité des projets de plantation au Québec. Les propriétaires qui veulent tenter l’expérience truffière peuvent se manifester auprès de l’entreprise de Granby (truffesquebec.com). Des experts effectuent alors une visite de l’exploitation forestière pour déterminer si le terrain est propice. Leur évaluation est confirmée par une analyse de sol. Un plan d’implantation des arbres truffiers est élaboré selon le projet. En Mauricie, par exemple, le Club-conseil en agroenvironnement Lavi-Eau-Champ supervise les facettes agronomiques de l’implantation de la truffière.

C’est la démarche qu’a effectuée le couple Cindy Pronovost et Denis Perrin, qui vient tout juste de compléter l’implantation de sa truffière sous couvert forestier. Il y a deux ans, les jeunes propriétaires ont entrepris la remise en état une petite forêt d’un hectare et demi à Trois-Rivières, en Mauricie.

Cindy Pronovost et Denis Perrin ont fait de leur forêt une truffière de jeunes plants de chênes rouges et de noisetiers

«La forêt était vraiment en mauvais état», raconte Denis Perrin. «À la fin des travaux sylvicoles, on avait conservé 40% de la canopée de chênes rouges. On a fait appel à l’expertise de Truffes Québec, qui a supervisé les travaux de préparation du sol qui ont requis un épandage de chaux.»

DES ARBRES INOCULÉS AVEC DU MYCÉLIUM DE TRUFFE

L’entreprise a fourni plus de 1600 chênes rouges et quelques dizaines de noisetiers, tous de jeunes arbres mycorhizés, c’est-à-dire inoculés avec du mycélium de truffe blanche Borchii pour les noisetiers et du mycélium de truffe des Appalaches, un champignon indigène au Québec, pour les autres. «Les plants qu’on fournit sont déjà mycorhizés et il est possible de mixer avec des arbres provenant des pépinières qui sont inoculés », explique Maude Lemire-Comeau. «C’est un mix qui coûte beaucoup moins cher, qui peut être beaucoup plus rentable dans un contexte de haute densité en milieu forestier.»

Les jeunes producteurs de Trois-Rivières espèrent récolter leurs premières truffes dans sept ans environ. «Pour le moment, il n’est pas question qu’on fasse nous-mêmes notre mise en marché», explique Denis Perrin. «Notre récolte va être confiée à Truffes Québec, mais à plus long terme, il n’est pas impossible qu’on en fasse la transformation.»

Des producteurs forestiers qui ont réservé une partie de leur forêt à la culture truffière peuvent obtenir un permis du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec leur donnant accès aux programmes d’aide financière. «Des propriétaires ont aussi contacté leur syndicat ou leur agence forestière pour obtenir de l’aide pour la préparation du sol», indique la présidente de Truffes Québec.

En attendant que les premières truffes soient récoltées chez les producteurs du Québec, une route des truffières est en préparation. La route du « croissant truffier » devrait passer par la Montérégie, l’Estrie, le Centre-du-Québec et la Mauricie. Tout en bichonnant leurs plantations, les producteurs participants se préparent à recevoir les consommateurs.

Article paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de septembre 2023.

Les tarifs douaniers américains nuiront aux 450 000 propriétaires forestiers du Canada

POUR DIFFUSION IMMÉDIATE
LE 9 DÉCEMBRE 2024

 

OTTAWA, ON– De nouveaux tarifs douaniers américains nuiraient à environ un demi-million de propriétaires forestiers canadiens. Plusieurs possèdent de petits lots et sont déjà aux prises avec de nouvelles taxes et règlements, des feux de forêt et des marchés affaiblis. Les propriétaires forestiers canadiens représentent 20 % de la production forestière du Canada. Les tarifs douaniers ne nuiront pas seulement aux propriétaires forestiers; les travailleurs, les communautés et les consommateurs en ressentiront les effets des deux côtés de la frontière.

 

Bois de scierie mobile : ce qu’il faut savoir avant de l’intégrer à un bâtiment

Avec les prix records du bois d’œuvre en quincaillerie, les opérateurs de scieries mobiles sont très sollicités auprès des propriétaires de boisés, qui désirent inclure leur propre bois dans leur projet de construction ou de rénovation. Cependant, le bois scié artisanalement doit respecter certaines conditions pour être intégrés dans un bâtiment. Le directeur de la qualité des produits au Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ), M. Paul O’Dowd nous explique ce qu’il faut savoir avant d’utiliser ce type de matériau.

Q : Quelle est la différence entre le bois scié artisanalement et celui produit par les scieries et acheté en quincaillerie?

Paul O'Dowd - Gracieuseté du CIFQ

R : De façon générale, le bois scié artisanalement ne fait pas l’objet d’un classement de sa qualité et n’est pas estampillé selon la norme de la Commission nationale de classification des sciages (NLGA). Selon ces règles, les pièces sont alors placées dans les bonnes catégories en fonction des groupes d’essences reconnus par le Code de construction du Québec (CCQ) pour les applications en structure, par exemple Sapin-Épinette-Pin (SPF). À noter que l’épinette de Norvège peut être utilisée dans le bois de structure pour la construction au Canada depuis 2019. Elle est toutefois classée avec le groupe d’essences « Essences nordiques (N-species) » puisque ses propriétés mécaniques, comme la résistance aux tensions, sont différentes. De plus, le CCQ spécifie que la teneur en humidité doit être sous la barre des 19 % lors de la mise en place afin de contrôler les changements volumétriques provenant du retrait du bois et de minimiser la présence de moisissures dans l’enveloppe du bâtiment. La présence de la mention S-dry ou KD-HT sur l’estampe, démontre que cette vérification de la teneur en humidité a été contrôlée selon le système d’inspection en vigueur. Sinon, il portera la mention S-grn (green) et devra être surdimensionné pour tenir compte de l’effet du retrait lors du séchage des pièces.

Q : Que peut-on faire avec du bois scié par une scierie mobile? Bois d’apparence, petits bâtiments de ferme, abri forestier, autre?

R : Cela dépend s’il est estampillé ou non. Le bois peut être scié par une scierie mobile sans problème. Comme tout sciage provenant d’un procédé dit industriel, il doit aussi être inspecté sur les différents côtés afin d’être classifié et estampillé par une agence certifiée. Pour les applications en structure, le bois doit porter l’estampe de qualité indiquant la catégorie, le groupement d’essences et les conditions d’humidité. Certains types d’ouvrages permettent l’utilisation de bois ayant une teneur en humidité au-dessus de la limite de 19 % du CCQ. Toutefois, les dimensions et les calculs doivent en tenir compte (ponts, structures extérieures non chauffées ou fermées, etc.).

Le bois non estampé peut être utilisé dans toutes les applications non structurales ne mettant pas à risque l’occupant (clôtures, fabrication de porte et de plancher de terrasse extérieure, terrassement, meubles, etc.).

Q : Qu’arrive-t-il si nous voulons l’utiliser pour la construction de la charpente d’un bâtiment? Est-ce légal? Le bois doit-il être estampillé?

R : Selon le Code de construction du Québec, partie 4 ou 9, le bois de structure doit faire l’objet d’une inspection et doit être estampillé par un classificateur à l’emploi d’une des 11 agences canadiennes faisant partie du Conseil canadien d’accréditation des normes du bois d’œuvre (CLSAB). De plus, le bois utilisé en structures de bâtiments doit être séché à 19 % et moins d’humidité avant sa mise en place dans le bâtiment.

Q : Est-ce possible de faire estampiller le bois produit artisanalement?

R : Oui, le Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ) effectue ce genre de service pour une somme forfaitaire à la charge du demandeur voulant faire classifier son bois avec notre équipe d’inspecteurs. Cette inspection s’effectue sur les quatre faces et les deux extrémités de chacune des pièces pour confirmer l’essence de bois et les caractéristiques autorisées selon les règles NLGA applicables. L’estampe est appliquée de façon individuelle sur chacune des pièces inspectées. Il n’y a pas de volume minimal requis pour utiliser ce service.

Q : Les règles sont-elles les mêmes pour une cabane à sucre?

R : La réponse usuelle est oui, car les cabanes à sucre sont souvent des bâtiments couverts par le CCQ. Les limites d’applications du CCQ ou autres codes pouvant être utilisés dans une construction doivent être validées par l’autorité ayant juridiction. Au Québec, ceci relève souvent de la municipalité lors de l’émission du permis de construction.

DU BOIS SOUMIS AUX PLANS CONJOINTS?

Un producteur qui scie lui-même ou fait scier directement son propre bois rond n’est pas visé par les plans conjoints puisque le bois rond n’est pas mis en marché par le producteur, mais plutôt directement transformé par ce dernier, explique M. Vincent Miville, directeur-général de la Fédération des producteurs forestiers du Québec. « En revanche, le bois d’un producteur qui serait acheté par le propriétaire d’une scierie mobile est soumis au plan conjoint puisqu’il s’agit effectivement d’une mise en marché du produit visé. Dans plusieurs régions, des scieurs mobiles travaillent de concert avec les syndicats de producteurs forestiers pour obtenir des approvisionnements pour leurs opérations », précise-t-il. Ceci étant dit, ces règles peuvent différer d’un plan conjoint à l’autre et la prudence suggère de s’informer au préalable auprès du syndicat de la région où le bois est récolté.

ATTENTION AUX ASSURANCES

Un bâtiment construit avec du bois non estampillé peut-il être assuré? La réponse varie d’une compagnie d’assurance à l’autre. « Règle générale, nous n’acceptons pas de couvrir un bâtiment avec du bois scié artisanalement, sauf si un ingénieur peut l’évaluer et émettre une opinion technique pour attester que le matériau répond aux mêmes critères que le bois estampillé », informe M. Guy Naud, directeur technique, prévention, chez Estrie-Richelieu. « Pour les petits bâtiments agricoles, on évaluera au cas par cas, mais en ce qui a trait aux grands bâtiments comme une étable, nos critères sont plus élevés. »

Article paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de septembre 2021.

Pour une meilleure considération de la gestion des boisés

Dans le cadre de la révision du Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD), la FPFQ a déposé, conjointement avec le Syndicat des Producteurs forestiers du Sud du Québec, l’Alliance des propriétaires forestiers Laurentides-Outaouais et le Syndicat des producteurs de bois de la Mauricie et de Lanaudière, un mémoire pour obtenir une meilleure considération de la gestion des boisés.

Plusieurs recommandations ont été soumises afin de reconnaître et de favoriser le rôle des producteurs forestiers pour assurer l’avenir de la production du bois, des écosystèmes forestiers et de la forêt privée.

Mémoire déposé dans le cadre de la révision du Plan métropolitain d’aménagement et de développement 

Novembre 2024

Politiques gouvernementales et réglementation en forêt privée : les nouvelles en un clin d’œil

Au cours des derniers mois, plusieurs consultations, politiques gouvernementales et modifications réglementaires ont impacté la gestion des forêts privées. La FPFQ s’est engagée activement dans chacun de ces dossiers afin de souligner la contribution significative des producteurs forestiers à l’aménagement du territoire et à la préservation de l’environnement. Voici un récapitulatif chronologique de ces mesures : révision des amendes pour l’abattage illégal d’arbres, orientations gouvernementales en aménagement du territoire, Tables de réflexion sur l’avenir de la forêt, Plan nature 2030, et finalement, une mise à jour sur la réglementation européenne sur la traçabilité des bois. 

Les victimes collatérales du conflit du bois d’œuvre

Historique du conflit

Les tensions commerciales entre le Canada et les États-Unis sur le bois d’œuvre résineux perdurent depuis près de quarante ans, alimentées par des mesures protectionnistes répétées par différents gouvernements américains. À l’origine de ces conflits récurrents, les États-Unis accusent l’industrie forestière canadienne de « dumping », ce qui a conduit à l’imposition régulière de tarifs douaniers sur les exportations de bois d’œuvre en provenance du Canada. Washington argue que, puisque 94 % des forêts canadiennes sont publiques, cela constitue une subvention indirecte. Les redevances versées par les entreprises aux gouvernements provinciaux seraient jugées insuffisantes, conférant ainsi un avantage financier injuste aux scieries canadiennes.

Bien que le Canada ait contesté ces accusations à de nombreuses reprises devant des instances internationales, cette position reste inchangée du côté américain. Depuis 2016, les droits antidumping et compensateurs sur le bois d’œuvre font l’objet de révisions annuelles, souvent contestées, notamment auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et dans le cadre de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA), désormais remplacé par l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM).

Les tarifs à l’exportation

Les droits compensateurs sont des taxes imposées sur les importations lorsqu’un produit est jugé subventionné par son pays d’origine, faussant ainsi la concurrence. Les droits antidumping, quant à eux, sont appliqués lorsqu’un produit est vendu à l’étranger à un prix inférieur à celui pratiqué sur le marché domestique, ou en dessous de son coût de production, dans le but de capter des parts de marché. Ces deux types de droits sont des mesures de protection commerciale visant à protéger les industries nationales contre une concurrence jugée déloyale.

Malgré certaines décisions favorables pour le Canada, les tensions persistent; les droits compensateurs et antidumping sont difficilement applicables et créent des incertitudes économiques des deux côtés de la frontière. Les tarifs douaniers heurtent le secteur forestier canadien, de la souche a l’usine, tandis qu’aux États-Unis, les consommateurs s’approvisionnant en bois d’œuvre canadien voient leur facture gonfler artificiellement.

Ces tarifs peuvent varier d’une entreprise à l’autre, mais, au Québec, toutes les scieries sont soumises aux mêmes droits. Actuellement, les taux combinés sont établis à 14,40% pour toutes les autres entreprises, soit 7,66% pour les droits antidumping et 6,74% pour les droits compensateurs. Les taux actuels, issus du cinquième examen administratif, suscitent déjà de l’inquiétude dans l’industrie, mais une hausse encore plus marquée est redoutée pour 2025.

Le Département du Commerce des États-Unis (DOC) ajuste ces taux en fonction de divers critères, dont le prix du bois : plus ce dernier est élevé, plus la taxe est faible, et inversement. Les prévisions suggèrent que les taux pourraient atteindre 30 % lors de la prochaine révision, ce qui serait un coup dur pour les exportateurs canadiens, particulièrement si le prix du bois d’œuvre sur les marchés reste bas.

Des milliards de droits collectés

Entre 2017 et 2023, dans le cadre du plus récent conflit, le Canada a exporté annuellement en moyenne 13,4 G PMP de bois résineux vers les États-Unis, dont environ 2,2 G PMP provenaient du Québec. Sur les huit dernières années, ces exportations représentent 55 % de la production canadienne et 38 % de celle du Québec. Au cours de cette période, ces volumes ont diminué de 22 % pour l’ensemble du Canada et de 15 % pour le Québec, reflétant en partie caractère prohibitif des tarifs sur le commerce transfrontalier de bois d’œuvre.

Selon nos estimations, depuis 2017, ces mesures auraient permis aux autorités américaines de percevoir environ 10 G$ en droits d’exportation auprès de l’industrie forestière canadienne, dont 2 G$ provenant du Québec. Ces résultats ont été obtenus en multipliant le volume exporté par le prix de référence, ce qui nous a permis de calculer les recettes d’exportation. Nous avons ensuite appliqué les taxes en vigueur sur cette période, afin d’extrapoler le montant perçu par les autorités américaines sur les exportations canadiennes.  Ces prélèvements constituent un manque à gagner pour le secteur forestier canadien, affaiblissant la capacité d’investissement et diminuant les sommes pouvant être transférées aux fournisseurs tels que les producteurs de bois. Ils contribuent aussi à hausser artificiellement le prix du bois d’œuvre ainsi qu’à créer un afflux de bois d’œuvre européen sur le marché étatsunien.

Les victimes collatérales du conflit

Les producteurs de bois de la forêt privée, qui fournissent 19 % de l’approvisionnement en bois rond résineux de l’industrie forestière québécoise, subissent aussi l’impact des taxes américaines, car le bois rond destiné aux scieries s’en trouve dévalué pour absorber une partie des taxes imposées. Entre 2017 et 2023, les volumes de bois mis en marché en forêt privée, principalement du sapin, de l’épinette et du pin gris, destinés aux scieries québécoises ont atteint en moyenne 3,9 Mm³ par an, soit 63 % des volumes totaux vendus en forêt privée.

Face à ce conflit, la Fédération des producteurs forestiers du Québec revendique une exemption de taxe et de quotas sur le bois d’œuvre produit avec du bois provenant des forêts privées canadiennes. La situation des 450 000 propriétaires canadiens s’apparente à celle vécue par les 10 millions de propriétaires forestiers américains. Ceux-ci tentent de maximiser leurs revenus lorsqu’ils récoltent ou font récolter du bois sur leurs propriétés. Cette demande a pour but d’éviter une baisse de revenus des producteurs, et de les extirper une fois pour toutes d’un conflit qui vise d’abord la gestion des forêts publiques canadiennes.

Double préjudice à l’endroit des producteurs forestiers : des actions immédiates et des compensations adéquates sont requises

Saint-Modeste, le 7 novembre 2024. – La Fédération des producteurs forestiers du Québec (FPFQ) et l’Union des producteurs agricoles (UPA) dénoncent fermement le traitement réservé aux producteurs forestiers, confrontés depuis plusieurs années à une concurrence déloyale de la forêt publique ainsi qu’à un conflit du bois d’œuvre qui les affecte de façon illégitime.

« Plusieurs usines suspendent leurs opérations en raison d’un contexte commercial moins favorable, ce qui entraîne une baisse de la demande. Parallèlement, le gouvernement québécois continue d’attribuer des volumes importants en forêt publique, d’exiger des redevances beaucoup trop basses et d’appuyer financièrement la récolte de ce bois. En conséquence, le marché est saturé, les prix s’effondrent, les usines encore en activité privilégient le bois public (à moindre coût) et nos producteurs perdent des livraisons et des revenus importants », a déclaré le président de la FPFQ, Gaétan Boudreault.

« En plus de cette concurrence déloyale, les producteurs forestiers font les frais d’un conflit sur le bois d’œuvre qui n’a rien à voir avec eux. Aux yeux des États-Unis, c’est la gestion des forêts publiques canadiennes qui est problématique. La situation de nos producteurs s’apparente tout à fait à celle des propriétaires forestiers américains. Le bois d’œuvre produit avec leur bois rond devrait donc être exempté des taxes et tarifs lorsqu’il est expédié aux États-Unis, car ces frais nuisent injustement à leur rentabilité ainsi qu’à leur compétitivité », a continué le président général de l’UPA, Martin Caron.

Martin Caron, président de l'UPA, Gaétan Boudreault, président de la FPFQ, Maurice Veilleux, président du SPFBSL et Pierre Lemieux, président du SPBCDS lors de la conférence de presse

Pour les deux organisations, ce double préjudice milite non seulement en faveur d’actions immédiates, mais aussi de compensations à la hauteur des pertes encourues ces dernières années. Il serait irresponsable d’agir autrement, en raison notamment de l’apport exceptionnel des producteurs forestiers à la vitalité de nos villages et de nos collectivités.

En plus de ces compensations, la FPFQ et l’UPA demandent à la ministre des Ressources naturelles et des Forêts, Maïté Blanchette Vézina, de mieux protéger les marchés des producteurs forestiers en renforçant le principe de résidualité. Rappelons que ce principe enchâssé dans la Loi sur l’aménagement durable du territoire forestier confère un caractère résiduel au bois de la forêt publique par rapport aux autres sources d’approvisionnement. En clair, avant d’obtenir des volumes de bois en forêt publique, les industriels doivent d’abord s’approvisionner en forêt privée.

« La ministre doit profiter de la refonte à venir du régime forestier pour mettre à jour le principe de la résidualité et se doter d’outils pour ajuster de façon plus dynamique les volumes récoltés en forêt publique. Il est impératif de mieux protéger les marchés des producteurs forestiers et de favoriser la mobilisation à long terme de leur bois », a complété Gaétan Boudreault.

Positions détaillées de la FPFQ : conflit du bois d’œuvre et démarche de réflexion sur l’avenir de la forêt

Vidéo de la conférence de presse

À propos de la FPFQ

La FPFQ est l’organisation provinciale qui travaille à la promotion des intérêts des 134 000 propriétaires forestiers du Québec qui contribuent au développement des communautés rurales par une gestion active de leurs boisés. L’action régionalisée de ses 13 syndicats ou offices de producteurs forestiers affiliés vise la protection et la mise en valeur des forêts privées québécoises, ainsi qu’une commercialisation ordonnée du bois en provenance de ces territoires.

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Renseignements :
M. Vincent Miville, ing.f., M. Sc.
Directeur général
Fédération des producteurs forestiers du Québec
T. 450 679-0540, poste 8201vmiville@upa.qc.ca  foretprivee.caFace

La revue Forêts de chez nous – novembre 2024 : Bois d’œuvre : un marché fragile

• Éditorial du président – Peut-on enfin renforcer le principe de résidualité pour éviter la saturation des marchés?
• Actualités
• Des cadeaux de Noël pour les amoureux de la forêt
• Une coupe novatrice pour favoriser la biodiversité
• Bois d’œuvre : le pire est-il derrière nous?

Consultez l’édition de novembre 2024 en version PDF.

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Au sujet de la revue
Notre revue Forêts de chez nous aborde des sujets d’intérêt pour les propriétaires forestiers soucieux de voir grandir leur patrimoine forestier. Elle porte un regard différent sur l’actualité forestière notamment par le biais des éditoriaux et des reportages.

La revue Forêts de chez nous est produite quatre fois par année en collaboration avec les Producteurs et productrices acéricoles du Québec.

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Peut-on enfin renforcer le principe de résidualité pour éviter la saturation des marchés?


Pour différentes raisons, le secteur forestier est sous pression. Les scieries multiplient les arrêts de production en raison de la hausse des droits sur le bois d’œuvre expédié aux États-Unis, de prix amorphes, d’une demande hésitante et de l’incertitude qui plane autour de l’enjeu du caribou forestier. La suspension des opérations se prolonge… quand les industriels ne se décident pas simplement à cadenasser les portes.

Ces enjeux transcendent l’ensemble de la filière, de la souche à l’usine comme se plaisent à dire mes confrères industriels. Les conditions offertes aux producteurs s’effondrent à un rythme affolant… lorsque la livraison de bois des forêts privées est encore possible. Nous avions pourtant commencé l’année sur les chapeaux de roue, mais la fin de l’année risque d’être plus modeste.

Pis encore, les producteurs font face à une accélération de la récolte en forêt publique. Au sud du fleuve, un plan spécial de récupération a cours au Bas-Saint-Laurent à la suite d’un chablis, tandis qu’au nord, on récolte toujours du bois de feu. Les marchés des producteurs sont pris en étau, alors que la demande baisse et que l’offre du gouvernement s’accroît.

L’érosion des marchés est encore plus palpable puisque plusieurs industriels ont diminué successivement les prix offerts aux producteurs alors que d’importants volumes bon marché étaient alloués en forêt publique. Il faut dire que les redevances quasi nulles perçues par le gouvernement sur le bois en perdition et les aides financières offertes pour la récupération de bois ont pour conséquence de rendre ce bois bon marché comparativement à celui de la forêt privée.

Je sais que les producteurs reconnaissent la cyclicité de notre secteur, mais pour nous, la situation perdurera plus longtemps en raison des conditions d’allocation de bois des forêts publiques qui permettront aux industriels de repousser la récolte lors de la prochaine année d’une portion de leurs garanties d’approvisionnement et de leurs enchères remportées.

Lors de la Démarche de réflexion sur l’avenir de la forêt, la Fédération des producteurs forestiers du Québec (FPFQ), ses 13 syndicats régionaux affiliés et les producteurs forestiers de toutes les régions ont insisté sur la nécessité de mieux protéger les marchés de la forêt privée en renforçant le principe de résidualité, ou à tout le moins en l’appliquant plus rigoureusement. Certaines solutions proposées permettraient de réduire la pression sur les marchés à court-terme, pendant que d’autres permettraient d’éviter que des situations similaires surviennent.

Pour éviter la saturation des marchés, le ministère des Ressources naturelles et des Forêts devrait pouvoir ajuster les volumes octroyés en forêt publique en fonction du besoin réel des usines, plutôt que de la capacité de transformation théorique des installations. Par le fait même, il devrait ajuster l’offre de bois mis aux enchères en fonction du contexte des marchés. Et pour éviter que les camions de bois en provenance de la forêt publique ne fassent la file devant les usines, il devrait procéder à des octrois graduels de bois pour ne pas engorger d’un coup les marchés. Il s’agit de propositions tangibles pour mobiliser de manière pérenne le bois des forêts privées.

La balle est dans le camp du ministère.

Gaétan Boudreault
Producteur et président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de novembre 2024.

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