Merci à ceux qui ont mis l’épaule à la roue

Éditorial FCN

Ce n’est pas tant les mesures fiscales à l’intention des propriétaires forestiers du dernier budget Leitao qui me réjouissent, mais la reconnaissance par le gouvernement du rôle que peuvent jouer les producteurs de bois en forêt privée dans le développement économique des régions du Québec.

Au cours des dernières années, les producteurs forestiers ont traversé des moments difficiles avec les fermetures d’usines, les réductions du prix du bois et les restrictions budgétaires dans les programmes de soutien à la sylviculture, mais le dernier budget pourrait représenter un renversement si le gouvernement perçoit davantage la forêt privée comme une solution à la création d’emplois, l’approvisionnement des usines de produits forestiers et la revitalisation des milieux ruraux. Ce n’est pas banal et je tiens à féliciter tous les individus qui ont contribué à convaincre les autorités gouvernementales ainsi que le ministre Lessard qui a martelé depuis sa nomination l’importance de la forêt privée.

Concrètement, le budget du Québec prévoit une série de mesures visant à accroître la contribution de la forêt privée à la production forestière québécoise, soit :

  1. la hausse à 65 000 $ du seuil d’exemption de la taxe sur les opérations forestières;
  2. la bonification du programme de remboursement des taxes foncières accordé aux producteurs forestiers;
  3. l’étalement du revenu tiré de la vente de bois;
  4. la bonification du Programme d’aide à la mise en valeur des forêts privées.

Cela ne règlera pas tous les problèmes et le travail est loin d’être terminé, car l’environnement d’affaires des producteurs forestiers devra encore s’améliorer si l’on souhaite mettre à profit leur actif. Cela nécessitera notamment une meilleure coordination des ventes de bois des forêts privées et des forêts publiques, l’établissement de réglementations environnementales respectant mieux les sciences forestières et une utilisation plus judicieuse de la fiscalité foncière pour encourager les propriétaires à s’engager dans des travaux sylvicoles. Toutefois, le signal envoyé par le gouvernement montre, je l’espère, qu’il est prêt à s’attaquer à cet enjeu de compétitivité des producteurs forestiers.

Pierre-Maurice Gagnon
Producteur et Président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

. Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de mai 2016

Quand notre avenir dépend d’une poignée de personnes

Les décisions menant à l’amélioration ou la détérioration de l’environnement d’affaires des producteurs forestiers reposent sur les épaules de bien peu de gens.

Éditorial FCN
Malgré les milliers d’employés des ministères qui nous concernent, seule une poignée de ministres et hauts fonctionnaires demeurent à convaincre du bien-fondé de nos revendications. Paradoxalement, plus ces personnes détiennent le pouvoir de régler un dossier, moins elles disposent de temps pour en comprendre les détails et faire les suivis qui s’imposent.

Une augmentation des allocations de bois des forêts publiques sur les marchés? Une baisse ou une croissance des budgets des programmes d’aide à la mise en valeur des forêts privées? Une amélioration des crédits d’impôt ou une hausse de taxes? La simplification administrative ou une nouvelle contrainte réglementaire? Tout dépend de la compréhension de ces quelques personnes sur la nature des enjeux qui nous tiennent à cœur. Cette compréhension dépend, quant à elle, de l’expérience antérieure du décideur, des pressions politiques, de la couverture médiatique, de la sympathie que suscite notre cause et parfois aussi, simplement du hasard. Sauf exception, ces autorités connaissent peu la réalité quotidienne des petits et grands producteurs forestiers pourtant affectés par leurs décisions.

Qu’arrive-t-il lorsqu’un remaniement ministériel ou du haut fonctionnariat vient brasser les cartes? La plupart du temps, cela signifie de repartir à zéro avec nos arguments, mais surtout d’inviter nos membres, découragés, à la patience.

Au moment d’écrire ces lignes, la rumeur d’un tel remaniement court à Québec et un nouveau gouvernement a été formé à Ottawa, ce qui pourrait nous forcer à reprendre notre bâton de pèlerin pour expliquer, encore une fois, que l’amélioration de l’environnement d’affaires des producteurs créera davantage de richesses économiques.

J’espère que les nouveaux ministres comprendront qu’une récente nomination ne transforme pas les vieux dossiers en nouveaux, car plusieurs revendications des acteurs de la forêt privée datent de décennies! Comme quoi un producteur de bois ne doit pas seulement être patient pour faire pousser sa forêt, mais également pour voir l’aboutissement des dossiers qui le touchent directement.

Pierre-Maurice Gagnon
Producteur et Président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

. Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de février 2016

Nos héritières et héritiers

On me parle beaucoup de la nouvelle génération de propriétaires forestiers qui sera, semble-t-il, différente de celle qui la précède.

Lorsque je regarde le prix des lots sur le marché, je comprends qu’il faudra être plus riche qu’auparavant pour devenir propriétaire forestier. Suivant l’évolution de la société québécoise, je pense aussi qu’ils seront plus instruits. L’époque de la transmission des terres aux fils est sans doute révolue et un nombre grandissant de femmes deviendront de fières propriétaires et amèneront un nouvel apport à la foresterie. Je constate également qu’un nombre croissant ont leur résidence dans des centres urbains, là où ils exercent leur occupation principale.

Les acteurs du secteur forestier se questionnent sur l’impact qu’auront ces nouveaux propriétaires sur la mobilisation des bois en forêt privée. Il s’agit d’une question légitime que je me pose aussi puisque j’espère transférer mes boisés à mes filles. Seront-elles aussi actives dans leurs forêts que moi? Le seront-elles de la même façon?

Le changement de génération ne devrait pas occulter que certains éléments fondamentaux demeureront les mêmes, peu importe les nouveaux propriétaires. Premièrement, la sylviculture est une activité risquée présentant une rentabilité incertaine pour un particulier. En conséquence, la récolte de bois et l’obtention d’un revenu d’appoint ne seront pas les motivations principales d’une majorité de propriétaires. L’État qui souhaite utiliser cet actif privé pour créer des retombées économiques devra donc continuer de mettre en œuvre des mesures incitatives pour les encourager à entreprendre des travaux sylvicoles. De plus, la petite taille des propriétés forestières continuera de nécessiter une mise en marché de volumes de bois agglomérés pour optimiser la logistique. Enfin, le niveau de concentration de l’industrie forestière et la concurrence exercée par la forêt publique demandent encore l’établissement de mesures pour équilibrer le rapport de forces et favoriser l’accès aux marchés.

Il s’agit de bonnes nouvelles pour la constellation d’organismes œuvrant en forêt privée, puisque les nouveaux propriétaires auront besoin de leurs services. Toutefois, je crois que la nouvelle génération sera plus exigeante et qu’elle n’hésitera pas à critiquer des pratiques que nous tenions pour acquises. Ce sera une différence importante.

Pierre-Maurice Gagnon
Producteur et
Président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

. Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de novembre 2015

Nul n’est prophète en son pays

La situation vécue par les producteurs forestiers québécois pourrait devenir une fable : celle d’un gouvernement à la recherche d’investisseurs pour créer des emplois, qui parcourait le monde en oubliant les ressources de son propre pays.

Les activités sylvicoles en forêt privée et la récolte de bois qui en découle pourraient créer l’équivalent de 4 087 nouveaux emplois directs à temps complet. De ce nombre, 1 037 seraient associés aux travaux forestiers et 3 050 à la transformation des bois, selon une étude sur les scénarisations économiques effectuées par la Fédération des producteurs forestiers du Québec. Ces scénarios reposent sur une récolte annuelle passant de 6 à 8 Mm3 et une hausse de 10 M$ de la contribution gouvernementale au budget annuel des programmes d’aide à la mise en valeur des forêts privées. Des hypothèses qui apparaissent bien réalistes.

Évidemment, 4 000 emplois directs ne règleront pas tous les problèmes des communautés rurales du Québec, mais aideront celles qui misent sur les ressources forestières de leur territoire.

Pour se concrétiser, ce scénario de création d’emplois nécessite l’amélioration de l’environnement d’affaires des producteurs forestiers. À cet égard, nos propositions ne manquent pas : stabiliser les budgets des programmes de mise en valeur des forêts privées selon une moyenne historique, finaliser la révision du programme de remboursement des taxes foncières, transférer le pouvoir de réglementer la protection du couvert forestier aux MRC, moduler l’application de la législation sur la protection des milieux humides en fonction du risque environnemental de l’intervention, mettre en oeuvre un régime d’épargne et d’investissements sylvicoles, réduire les frais de financement pour renouveler les équipements forestiers par le biais du Programme de financement forestier et mieux coordonner les ventes de bois des forêts publiques avec celles des forêts privées.

À nos yeux, ces mesures apparaissent bien modestes lorsqu’on les compare au pont d’or souvent consenti par le gouvernement aux investisseurs étrangers contre la promesse de venir bâtir une usine et créer quelques centaines d’emplois.

Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, aura donc besoin de l’aide de ses collègues des Finances, du Trésor, des Affaires municipales et de l’Environnement s’il souhaite matérialiser des hypothèses en emplois bien réels. L’entendront-ils? La Fédération des producteurs forestiers du Québec poursuivra, quant à elle, la tournée de ces ministères au cours de l’automne.

Pierre-Maurice Gagnon
Président et producteur forestier de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

. Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de septembre 2015

* Portrait économique des activités sylvicoles en forêt privée

Une stratégie de mobilisation de bois ou de propriétaires forestiers?

À l’heure où le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs souhaite accroître la récolte de bois en forêt privée, il est bon de se rappeler que la logique d’un ingénieur forestier n’est pas toujours celle d’un propriétaire forestier.

Là où le premier propose de récolter un peuplement forestier mature pour la transformation industrielle, nous avons un propriétaire valorisant les différents usages de sa forêt qu’il espère transmettre un jour à ses enfants.

Là où le premier voit l’opportunité de réduire ses frais d’exploitation par l’agglomération de plusieurs propriétés et une meilleure synchronisation des travaux sylvicoles chez plusieurs voisins, nous avons un propriétaire qui aime prendre ses décisions en toute indépendance, avec le sentiment de bien comprendre les impacts des travaux sylvicoles proposés par les professionnels.

Là où le premier situe le prix du bois en fonction de la demande sur les marchés, nous avons un propriétaire qui, conscient des frais qu’il a engagés dans sa production, remet en question la rentabilité de l’exercice.

La réconciliation des deux univers se fait par l’établissement d’un lien de confiance, entre le professionnel et le propriétaire forestier, qui se développe par une communication assidue pour comprendre la logique de l’autre. Cette réconciliation passe également par la mise en œuvre de mesures incitatives pour le producteur dont la récolte de bois n’est généralement pas l’objectif principal, et qui doit faire face à un marché rébarbatif par sa complexité, à des redevances parfois insuffisantes sur le bois récolté et à un traitement fiscal défavorable.

Cette interaction est sans aucun doute l’un des plus grands bénéfices des programmes gouvernementaux soutenant les travaux sylvicoles : un apprentissage mutuel où l’un apprivoise la réalité de l’autre en discutant des potentiels de mise en valeur d’un lot boisé. Améliorer la résistance d’un peuplement face aux insectes ravageurs, comprendre l’impact d’une éclaircie forestière, discerner le façonnage des bois qui permet d’accroître la rentabilité des travaux de récolte : voilà des sujets de discussion qui demandent du temps aux professionnels, mais qui pourront mener à une plus forte mobilisation de propriétaires envers l’aménagement forestier, ce qui se traduira ultimement par une récolte de bois.

Puisque la livraison des programmes de mise en valeur des forêts privées favorise ce rapprochement, il est essentiel que le gouvernement en maintienne le financement, pourtant en constante régression depuis 2010. J’espère donc que le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs s’efforcera, comme il nous l’a récemment mentionné, d’obtenir une contribution du gouvernement fédéral pour les programmes de mise en valeur des forêts privée, d’améliorer les critères d’admissibilité au Programme de remboursement des taxes foncières pour les producteurs forestiers, d’abolir la taxe sur les opérations forestières, et même de créer un régime d’épargne et d’investissement sylvicole. Il en résultera un plus grand nombre de propriétaires engagés intensivement dans la production forestière.

En moyenne, les propriétaires conservent leurs boisés pendant plus de 20 ans. Imaginez l’impact d’un lien de confiance solide. Imaginez le contraire.

Pierre-Maurice Gagnon
Producteur et Président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

. Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de mai 2015

Les faits l’emportent sur les discours

Depuis son assermentation, le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, M. Laurent Lessard, n’a cessé de dire qu’il souhaite mobiliser davantage de bois des forêts privées. Voilà qui devrait être une bonne nouvelle pour les producteurs forestiers du Québec.

Cependant, les gestes posés par le ministère de M. Lessard en 2014 génèrent l’effet contraire. La réduction des budgets des programmes de mise en valeur des forêts privées, la hausse des mêmes budgets pour les terres publiques, l’augmentation des allocations de bois des forêts de l’État, l’absence de discussion à propos des autres facteurs qui freinent cette mobilisation, telles une fiscalité inadaptée à la production de bois ou une bureaucratie environnementale en progression, n’encouragent guère les producteurs à accroitre leur production, et ce, malgré le climat de reprise du secteur forestier.

Il y a bien eu plusieurs consultations visant différents éléments du régime forestier québécois au cours de la dernière année, mais celles-ci ne se sont pas encore traduites en une amélioration du climat d’affaires des producteurs forestiers.

Qu’espérer alors pour 2015?
Une meilleure évaluation de l’état des marchés avant l’allocation de nouveaux volumes de bois de la forêt publique serait la bienvenue. Pour certains produits, les industriels ont des besoins que les producteurs en forêt privée ne peuvent combler, mais pour d’autres les nouvelles allocations réduisent la capacité des producteurs à négocier des conditions qui devraient normalement refléter le prix des produits manufacturés sur les marchés et favoriser la mobilisation en générant une redevance raisonnable pour le propriétaire forestier. Je l’ai déjà écrit, tant les industriels que leurs fournisseurs de biens et services doivent faire des profits pour que la filière soit viable.

La confirmation des budgets de mise en valeur des forêts privées avant le printemps permettrait de mieux planifier les travaux de l’été et l’ajout d’argent pour les régions qui ont subi des baisses critiques en 2014 est nécessaire pour mettre à profit leurs ressources. Une réflexion sérieuse sur l’effet de la fiscalité et de la réglementation municipale sur la production de bois devra être amorcée. D’autres juridictions expérimentent des formules qui auraient le mérite d’être regardées. Pour notre part nous avons proposé plusieurs idées à considérer, notamment par le biais de nos mémoires.

Les producteurs forestiers représentent des milliers de petites entreprises, bien implantées dans toutes les communautés rurales du Québec. L’incertitude dans leur environnement économique produit le même effet que sur les grandes compagnies : moins d’investissements et moins de retombées. Le Portrait économique des activités sylvicoles sur les terres privées publié en 2014, montre pourtant que la création de 5 000 emplois supplémentaires, incluant ceux que l’on retrouve en usine, serait possible grâce à une récolte de bois similaire à 2006, effectuée sur ce territoire. Cette réalité devrait faire réfléchir le ministre Lessard sur l’appui à donner aux producteurs de bois en forêt privée en 2015.

Pierre-Maurice Gagnon
Producteur et Président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

. Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de février 2015

Les propriétaires forestiers : une bouée ou un boulet?

Éditorial – Forêts de chez nous – novembre 2014
 
En novembre 2013, le gouvernement a mis sur pied trois chantiers de réflexion pour améliorer le régime forestier québécois. Le 16 octobre dernier, deux rapports ont été rendus publics et le troisième le sera d’ici la fin de décembre.
 
Ces rapports contiennent des dizaines de recommandations qui seront débattues et améliorées au cours des prochains mois. Nous pouvons nous réjouir de certaines d’entre elles qui rejoignent nos préoccupations.
 
En premier lieu, la présidente du Chantier sur les améliorations à apporter à la mise en œuvre du régime forestier, Mme Paule Têtu, recommande que « le MFFP mette en place un mécanisme robuste afin de s’assurer que les demandeurs aient épuisé toutes les sources d’approvisionnement prioritaires (dont la forêt privée) avant de leur octroyer des volumes additionnels de gré à gré ». Les volumes de bois de la forêt publique non récoltés au cours des dernières années et devant être mis aux enchères font l’objet d’une recommandation similaire. Considérant que le Bureau du Forestier en chef a rendu disponible, le 25 septembre dernier, 36 Mm3 de bois supplémentaires pour la récolte sur les terres publiques, dont 11 Mm3 avec peu de contraintes opérationnelles, cette recommandation n’est pas anodine pour les producteurs des forêts privées. Si cette recommandation n’est pas suivie par le MFFP, la vente de ces nouveaux volumes de bois de la forêt publique entrainera à des endroits précis la réduction des parts de marchés détenues par les producteurs en forêt privée.
 
En second lieu, le président du Chantier sur l’efficacité des mesures en forêt privée, M. Michel Belley, recommande diverses mesures pour réduire les frais d’administration du Programme d’aide à la mise en valeur des forêts privées, ce qui permettra d’augmenter les sommes allouées aux travaux sylvicoles. Il propose également des mesures pour accroître la concurrence entre les organisations offrant leurs services en aménagement forestier, ce qui replace le propriétaire au centre des décisions touchant ses boisés.
 
Nous espérons que le troisième rapport portant sur la production forestière misera sur les potentiels des forêts privées, tout en tenant compte des particularités propres à ce mode de tenure pour mobiliser les bois.
 
Avons-nous oublié que le législateur souhaitait un régime forestier québécois s’appuyant sur un partenariat avec les 130 000 propriétaires forestiers pour répondre à une partie des besoins en bois de l’industrie forestière et autres demandes de la société? Le gouvernement a adopté des dispositions législatives pour favoriser l’achat de bois en provenance des forêts privées et a mis en œuvre des programmes de soutien financier pour favoriser la sylviculture, la protection d’écosystèmes forestiers et la gestion intégrée des ressources chez les propriétaires forestiers. Les recommandations émises dans le cadre des chantiers de réflexion viennent confirmer la nécessité du soutien gouvernemental pour favoriser la sylviculture et maintenir l’accès aux marchés pour les bois des forêts privées. Leur application ne fera qu’accroître le rôle des propriétaires forestiers dans la relance de notre secteur forestier.
 
Pierre-Maurice Gagnon
Président et producteur forestier

Les politiques doivent miser sur les producteurs forestiers

Éditorial – Forêts de chez nous – septembre 2014

La Fédération des producteurs forestiers du Québec aura un automne chargé.

Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs nous consulte déjà au sujet de son projet de Stratégie gouvernementale de production de bois qui, nous l’espérons, créera un environnement d’affaires propice pour les producteurs forestiers. Le ministère du Développement durable et de l’Environnement nous consultera pour sa révision de la Loi sur la conservation des milieux humides et hydriques qui, nous le souhaitons, misera sur un partage de responsabilités avec les propriétaires de ces écosystèmes plutôt que sur l’unique imposition de contraintes administratives. Nous effectuerons des représentations auprès du ministère des Transports pour qu’il retarde l’application de la nouvelle exigence réglementaire sur les remorques qui réduira la flotte de camions de transport de bois disponibles dès le 1er janvier 2015. Nous intercèderons auprès du Conseil du Trésor et de la Commission sur l’étude des programmes gouvernementaux pour défendre l’importance des programmes de mise en valeur des forêts privées. En compagnie de l’UPA, les négociations se poursuivront également avec la filiale Énergie Est, de la compagnie Trans-Canada, pour établir une formule de compensation financière pour les propriétaires touchés par le passage de l’oléoduc qui traversera le Québec. Enfin, nous interviendrons auprès de la Communauté métropolitaine de Montréal pour proposer des mesures de récupération des arbres qui seront abattus en raison de l’épidémie de l’agrile du frêne. À ces dossiers s’ajoutera évidemment la défense de l’accès aux marchés pour les bois des forêts privées qui continue d’être préoccupant.

La FPFQ sera donc très active pour faire valoir l’apport des producteurs forestiers pour générer une activité économique, renforcer les communautés rurales et livrer des services environnementaux à la société.

Pour que nous soyons entendus par les autorités politiques, il nous faudra développer des argumentaires solides s’appuyant sur des faits, rallier les autres groupes oeuvrant en forêt privée autour de position commune et présenter nos points de vue sur le plus de tribunes possible afin de convaincre le plus grand nombre d’intervenants. Cela mobilisera nos énergies pour les prochains mois.

Comme propriétaires et producteurs forestiers, vous pouvez jouer un rôle important en prenant connaissance des mémoires de la FPFQ, déposés sur notre site www.foretprivee.ca, et en partageant ces arguments avec votre entourage, votre communauté, et les élus que vous rencontrerez.

Quant à moi, je vous informerai de la progression de ces dossiers par le biais de nos multiples publications : notre infolettre Forêts de chez nous PLUS à laquelle vous pouvez vous abonnez gratuitement par notre site Internet, notre revue Forêts de chez nous, ainsi que le journal du syndicat de producteurs forestiers de votre région.

Bon automne!

Pierre-Maurice Gagnon
Président et producteur forestier

Lorsque l’État met en péril l’entreprise privée

Éditorial – Forêts de chez nous – mai 2014
 
Est-il normal que l’État concurrence des entreprises au point de compromettre leur activité? C’est pourtant la situation vécue par les propriétaires et producteurs forestiers québécois qui voient leur accès aux marchés du bois rétrécir sous l’effet de la récolte de bois sur les terres publiques. Historiquement, environ 20 000 propriétaires forestiers, dont 3 000 à temps plein, contribuaient chaque année à 17 % de l’approvisionnement en bois rond des usines du Québec. Aujourd’hui, leur part de marché n’est plus que de 14 % malgré un contexte de reprise dans le secteur forestier qui accroit la demande industrielle pour le bois. Un paradoxe lorsque l’on constate que plus de 30 % de la possibilité de récolte totale du Québec se trouve désormais sur le territoire privé.
 
Le législateur a convenu à plusieurs reprises que les propriétaires et producteurs forestiers ne faisaient pas le poids face aux opérations dans la grande forêt publique. Dès 1957, il leur a légalement permis de se regrouper pour agglomérer leur offre de bois et accroître leur pouvoir de négociation. En 1990, il a déterminé que la forêt publique devait constituer une source résiduelle d’approvisionnement des usines lorsque les bois de sources prioritaires, dont les forêts privées, étaient insuffisants pour combler la demande industrielle. Ce statut fut d’ailleurs reconduit en 2009 dans le nouveau régime forestier.
 
Pour répondre aux demandes répétées des industriels d’obtenir davantage de garanties d’approvisionnement en bois de la forêt publique, le gouvernement doit les diriger vers les syndicats de producteurs forestiers pouvant offrir des garanties semblables avec le bois des forêts privées. Nous n’alimenterons pas à nous seuls les usines, mais nous faisons partie de la solution.
 
Autrement, nous n’utiliserons le plein potentiel de récolte des forêts privées que lors des hauts de cycle économique lorsque toutes les autres sources d’approvisionnement auront trouvé preneurs. Sans marché, le nombre de propriétaires forestiers engagés dans des activités sylvicoles déclinera et il sera plus difficile de les mobiliser sur une base temporaire. En période de forte demande, il manquera alors de producteurs forestiers, d’entrepreneurs pour effectuer les récoltes et de transporteurs de bois. La nature des activités et des motivations des propriétaires forestiers québécois changera et sera moins axée sur la récolte de bois. Tous ces changements seront négatifs pour la vitalité des communautés rurales.
 
Actuellement, l’impulsion gouvernementale est de soutenir les industriels forestiers qui tentent de se refaire une santé financière après une période très difficile. Tant mieux, puisque ce sont nos clients. Toutefois, les propriétaires et producteurs ont traversé les années de crise sans soutien supplémentaire de l’État. Ils ont plutôt vu leurs conditions se détériorer et ont dû consentir des baisses drastiques de prix pour leurs bois sur plusieurs marchés.  Il faut donc comprendre leur volonté de bénéficier de la relance dans le secteur forestier et leur réaction lorsqu’ils voient des camions de bois de la forêt publique passer devant leurs lots inexploités. Comme tous les dossiers, tout n’est pas noir ou blanc. Le gouvernement devra distinguer les industriels misant déjà sur la forêt privée québécoise de ceux, moins nombreux, qui la négligent.
 
Pierre-Maurice Gagnon
Président et producteur forestier

Enfin !

Les propriétaires et producteurs forestiers peuvent se réjouir de la décision du gouvernement Marois d’améliorer le programme leur permettant de bénéficier d’un crédit d’impôt pouvant aller jusqu’à 85 % du montant de leurs taxes foncières, en échange de travaux d’aménagement forestier réalisés sur leurs lots boisés. Cette bonne nouvelle fut annoncée par la première ministre lors du Rendez-vous de la forêt québécoise, les 21 et 22 novembre dernier et répond à une demande de longue date de notre organisation.
 
Ce programme de remboursement des taxes foncières à l’intention des producteurs forestiers n’avait pas fait l’objet de révision depuis seize ans, malgré les recommandations des comités qui se sont penchés sur cette question. Pendant cette période, de nombreux députés et ministres de diverses allégeances nous ont patiemment écoutés revendiquer la révision de la liste des travaux d’aménagement forestier visés, l’indexation des dépenses admissibles et la correction des règles de déclenchement du programme, sans jamais nous décourager. À cet effet, nous poursuivons les démarches pour finaliser cette révision par l’application d’une dernière modification à la Loi sur l’aménagement durable du territoire forestier qui permettra de bénéficier du crédit même si la valeur des travaux d’aménagement forestier est inférieure au montant des taxes foncières.
 
Toutes ces démarches nous ont bien montré la nécessité de bâtir des alliances avec les autres acteurs préoccupés par la mise en valeur des potentiels économiques des forêts privées, tant à l’échelle régionale que provinciale, pour faire progresser nos dossiers. Je remercie sincèrement les représentants des organisations qui ont appuyé ces revendications des producteurs forestiers.
 
Dès maintenant, les propriétaires et producteurs forestiers peuvent bénéficier d’un soutien gouvernemental accru pour effectuer des investissements sylvicoles qui présentent une faible rentabilité à l’échelle d’une seule propriété, mais qui contribuent, à une autre échelle, à des retombées économiques importantes en amont de la récolte des bois.
 
Autre bonne nouvelle, le gouvernement Marois a annoncé, à cette même occasion, le maintien des budgets de 33,5 M $ des programmes d’aide à la mise en valeur des forêts privées pour les trois prochaines années, ce qui permettra de stabiliser la réalisation de travaux sylvicoles et les organisations de services en aménagement forestier.
 
Ces décisions gouvernementales viennent soutenir les activités d’aménagement forestier et de production de bois à travers le Québec. À présent, il faudra veiller à réunir les conditions favorables pour inciter les propriétaires forestiers à récolter du bois. Si nous ne parvenons pas à rémunérer adéquatement le travail des producteurs forestiers et créer un accès aux marchés pour les bois des forêts privées, les efforts sylvicoles ne génèreront pas les retombées espérées.
 
 
 
Pierre-Maurice Gagnon
Président et producteur forestier

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