Soyez avisés de la nouvelle réglementation sur les milieux humides et hydriques en forêt privée

Les nouveaux règlements encadrant les activités réalisées dans les milieux humides et hydriques sont entrés en vigueur le 31 décembre 2020. Nous vous présentons ici ce que vous devez savoir avant d’effectuer des travaux d’aménagement forestier dans ces milieux.

Les activités sylvicoles présentent un risque environnemental moindre sur les milieux naturels que d’autres activités si les travaux respectent les saines pratiques d’intervention en limitant l’orniérage du sol forestier et en évitant de modifier le drainage.

Le nouveau régime d’autorisation environnementale tient compte de cet état de fait en permettant la réalisation de nombreuses activités sylvicoles dans les milieux humides et hydriques par l’adoption du Règlement sur l’encadrement d’activités en fonction de leur impact sur l’environnement (REAFIE). Ainsi, la majorité des interventions forestières font l’objet d’une exemption au régime d’autorisation environnementale du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) lorsqu’on respecte toutes les conditions de réalisation. Le règlement prévoit toutefois que certains travaux de plus grande envergure doivent être déclarés auprès du MELCC en transmettant une déclaration de conformité 30 jours avant de débuter les travaux. Pour les autres travaux non visés par une exemption ou une déclaration de conformité, ou si on est dans l’incapacité de respecter une condition de réalisation, il est nécessaire de faire une demande d’autorisation auprès du MELCC.

La description des conditions devant être respectées pour réaliser les activités visées par des exemptions ou admissibles à une déclaration de conformité prévue au REAFIE est présentée dans le Règlement sur les activités dans des milieux humides, hydriques et sensibles (RAMHHS).

Travailler au froid : prévenir les gelures et l’hypothermie

Prévenir et soigner les gelures et l’hypothermie

Chaque hiver, malgré des températures parfois glaciales, les producteurs forestiers doivent tout de même effectuer leurs tâches à l’extérieur et subir les conséquences d’une exposition au froid.

La CNESST a produit un guide  pour découvrir plusieurs façons de vous prémunir contre les effets du froid et comprendre mieux le régime travail-réchauffement. Ce guide explique les réactions qu’une baisse de la température du corps provoque et traite des facteurs de risque qui y sont associés ainsi que des mesures à prendre pour prévenir ces atteintes à la santé ou à la sécurité.

Puisque la prévention, c’est l’affaire de tous, n’hésitez pas à partager l’information!

Consultez ici la 4e édition du guide Travailler au froid – Prévenir et soigner les lésions dues au froid.

Les scieurs résineux ont le vent dans les voiles

Le dynamisme de l’activité immobilière aux États-Unis continue d’éclipser le reste de l’économie. Après 10 mois de pandémie, les dépenses de consommation en services sont toujours fortement en recul, tandis que celles des biens durables, comme les maisons et les voitures, n’ont jamais été aussi importantes. Évidemment, la baisse des taux d’intérêt à des niveaux planchers, un soutien fiscal important et les mesures de distanciation sociale alimentent le boom du secteur immobilier. Ce dynamisme est notamment lié à la résilience du marché de l’emploi des universitaires. Précisions que cette catégorie de travailleurs a déjà retrouvé le plein emploi. Or, l’implantation du télétravail à grande échelle chez ces travailleurs a grandement favorisé la construction de maisons unifamiliales en banlieue ou en milieu rural.

Par conséquent, la hausse des activités de construction résidentielle a accru la demande pour le bois d’œuvre résineux. Ce produit a surpassé toutes les attentes en 2020 et est très bien positionné pour connaître une excellente année 2021 alors que le consensus table sur une croissance de 10,2 % de la construction de résidences unifamiliales aux États-Unis.

Cette progression soutenue arrive au moment où la capacité de production de l’industrie nord-américaine de bois d’œuvre est sous pression. À court terme, les niveaux d’inventaires sont nettement insuffisants pour satisfaire la demande sous-jacente, tandis qu’à moyen terme, le déclin de la production en Colombie-Britannique limite la probabilité d’une forte réponse à mesure que la possibilité forestière de cette région diminue. Ainsi, l’équilibre du marché du bois d’œuvre repose en grande partie sur la capacité du Sud des États-Unis d’accroître rapidement sa production afin d’augmenter l’offre sur le marché nord-américain. Bien que plusieurs investissements aient été annoncés dernièrement dans cette région, il reste à voir si ceux-ci permettront de produire suffisamment de bois d’œuvre rapidement.

Le contexte actuel est donc très favorable aux scieurs nord-américains. La pandémie a provoqué une surchauffe de la demande pour le bois d’œuvre, alors que la capacité de production est insuffisante à court terme. Le débalancement de l’offre et de la demande a créé des conditions de rareté, ce qui s’est traduit par une rentabilité record des activités de sciage.

À preuve, le prix du contrat à terme sur le bois d’œuvre résineux se situe toujours au delà de la barre des 1 000 $ CA/MPMP. Sur une année complète, le prix du bois d’œuvre a atteint en moyenne 747 $ CA/MPMP en 2020, en progression de 58 % par rapport à l’année précédente.

La conjonction de ces éléments amène la plupart des PDG de l’industrie à afficher un optimisme marqué quant aux perspectives du bois d’œuvre. À ce stade-ci, les scieurs font leur possible pour maximiser leur production afin de tirer profit des prix record. Avec un bénéfice d’exploitation moyen de 300 $ CA/MPMP pour les scieurs de résineux dans l’est du Canada au troisième trimestre et un prix de vente légèrement inférieur au quatrième trimestre, les opérations de sciage pourraient difficilement être plus rentables.

Prix de vente, coût et résultat d’exploitation des scieries de l’est du Canada inscrites en bourse
($ CA/MPMP)

La situation devrait demeurer largement favorable en 2021, alors que le prix moyen du bois d’œuvre devrait se maintenir à environ 690 $ CA/MPMP, bien au delà de sa moyenne historique qui oscille aux alentours de 570 $ CA/MPMP depuis 1996. La baisse de prix du bois d’œuvre d’une année à l’autre sera compensée par la diminution récente des tarifs douaniers de 20 % à 9,0. Étant donné que la moitié du bois d’œuvre produit au Québec est exporté vers les États-Unis, cela diminuera les coûts à l’exportation pour les scieries réalisant des affaires au sud de la frontière. Une fois les tarifs soustraits, les revenus dégagés par les scieries exportatrices en 2021 devraient être plus importants que ceux de 2020. Rappelons que la dernière année fut faste pour les scieurs alors qu’ils ont généré des marges bénéficiaires record.

Impact des tarifs douaniers sur le prix du bois d'oeuvre
(en $ CA/MPMP)

Sur le radar en 2021

L’année 2020 fut rocambolesque pour les producteurs forestiers, tout comme pour le reste de la société, et 2021 commencera de façon tout aussi inédite alors que la pandémie se prolonge. Malgré ce bouleversement, voici 18 dossiers susceptibles d’avoir des impacts sur les activités des producteurs forestiers qui devraient connaître une évolution en 2021.

Revenus des producteurs et marchés des produits forestiers

  • 1

    La Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec devrait rendre des décisions cette année dans les dossiers visant l’organisation de la mise en marché collective du bois de sciage résineux. Espérons que les résultats de ces longues démarches permettront enfin aux producteurs de bois du Syndicat des Producteurs forestiers du Sud du Québec, du Syndicat des propriétaires forestiers de la région de Québec et du Syndicat des producteurs de bois de la Côte-du-Sud de négocier la mise en marché de ces produits.

  • 2

    Alors que la pandémie frappe de plein fouet l’Amérique du Nord, beaucoup de gens continueront de quitter leurs petits appartements urbains pour les banlieues, à la recherche de plus grands espaces et d’une meilleure qualité de vie rendue possible grâce au télétravail. Les marchés anticipent une hausse des mises en chantier et donc de la demande pour les matériaux de construction en bois qui bénéficiera à la mise en marché du bois à l’intention des marchés du sciage et des panneaux. L’ouverture imminente de Norbord à Chambord devrait permettre aux producteurs du Saguenay-Lac-Saint-Jean d’écouler d’importants volumes de bois de feuillus de trituration, tandis qu’en Outaouais, la situation demeure critique depuis la fermeture de Fortress (consultez notre section économique).

Le prix du bois d’œuvre repart à la hausse

Après avoir chuté à près de 580 $ CA/MPMP le 13 octobre dernier, le contrat à terme1 du mois de janvier sur le bois d’œuvre a rebondi pour atteindre un peu plus de 1 060 $ CA/MPMP à la mi-décembre. Bien que le prix soit inférieur au record atteint au mois de septembre (1 261 $ CA/MPMP), il n’en demeure pas moins très élevé par rapport à sa moyenne historique de 570 $ CA/MPMP et nettement supérieur au seuil de rentabilité des scieries québécoises.

Évolution du prix des contrats à terme de l'indice Random Lengths
($ CA/MPMP)

Ainsi, plusieurs acteurs du milieu forestier anticipent un retour au sommet pour le prix du bois d’œuvre. Il faut dire que l’équilibre entre l’offre et la demande est particulièrement tendu, alors que les distributeurs de bois d’œuvre ont de la difficulté à bâtir leurs inventaires à l’approche de la saison de la construction de 2021. En 2018 et 2019, l’industrie nord-américaine avait à sa disposition plus de 6,5 G PMP de bois d’œuvre avant l’arrivée du pic saisonnier d’avril et mai lorsque les chantiers de construction démarrent. Actuellement, ces inventaires sont 12 % moins élevés tandis que le niveau des mises en chantier est supérieur.

Mises en chantier de résidences unifamiliales aux États-Unis
(en milliers d'unités par mois, non désaisonnalisées)

Les températures particulièrement clémentes ont prolongé de quelques semaines la construction résidentielle dans le nord-est et le midwest des États-Unis au moment où la demande pour les résidences dans les banlieues demeure très vigoureuse partout sur le continent. Cette figure illustre bien un décalage de la saison de construction aux États-Unis qui se prolonge et se renforce jusqu’à l’automne.

Il est particulièrement intéressant de voir que la demande atteint généralement son apogée entre les mois de mai et de juillet, alors que la conjoncture actuelle fait fi de la saisonnalité classique. En octobre 2020, le rythme de mises en chantier des résidences unifamiliales était supérieur de 24 % au maximum atteint au cours de ce mois pendant la dernière décennie.

La combinaison d’un faible niveau d’inventaire et d’une demande beaucoup plus importante que prévu à cette période de l’année devrait soutenir le prix du bois d’œuvre. De plus, les risques d’une perturbation de la chaîne d’approvisionnement causée par une défaillance du transport sur rail lors de la saison hivernale ou de la fermeture de scieries dont les travailleurs seraient infectés par la COVID-19 semblent vraisemblables. Il appert donc probable que le prix du bois d’œuvre restera élevé pour un moment.

1 Un contrat à terme constitue un engagement d’acheter (pour l’acheteur), de vendre (pour le vendeur) un actif sous-jacent à un prix fixé dès aujourd’hui, mais pour une livraison et un règlement à une date ultérieure. Ces contrats à terme sont échangés à la bourse.

Stratégie nationale de production de bois – Les producteurs forestiers prêts à relever le défi

Longueuil, le 17 décembre 2020. – La Fédération des producteurs forestiers du Québec accueille favorablement la Stratégie nationale de production de bois dévoilée aujourd’hui par le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, M. Pierre Dufour.

« Les producteurs forestiers sont aux premières loges de cette stratégie qui vise à faire fructifier la valeur des forêts québécoises. En priorisant l’accroissement de la production et de la récolte de bois en forêt privée, le ministère envoie un message clair aux producteurs forestiers qu’il compte sur leur apport pour faire de cette stratégie un succès », indique M. Pierre-Maurice Gagnon, président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec.

D’ici 2025, la stratégie vise à augmenter la récolte de bois d’au moins 4 Mm³ par année et la contribution potentielle de la forêt privée à cet effort est estimée à 1,4 Mm³ par le ministère. À titre indicatif, en 2019, les producteurs forestiers du Québec récoltaient 6,4 Mm³ de bois, leur permettant de contribuer à près de 20 % des approvisionnements du Québec. La hausse potentielle de la production devra s’arrimer à une stratégie industrielle visant à stimuler la demande pour le bois rond des producteurs puisque après tout, plus de 2 Mm³ de bois sont déjà disponibles en forêt privée, faute de marché.

Selon M. Gagnon, « l’objectif est ambitieux, le plan est clair et les producteurs forestiers sont prêts à relever le défi. Il faudra néanmoins prévoir des mesures d’aide concrètes pour soutenir les propriétaires forestiers afin qu’ils réalisent davantage de travaux sylvicoles et leur assurer un accès prévisible aux marchés, sans quoi ils ne pourront produire plus de bois ».

Rappelons que pour l’instant, les annonces d’investissement en sylviculture qui accompagnent le dévoilement de la stratégie se limitent à la forêt publique et que plusieurs producteurs craignent une érosion de leurs marchés depuis l’annonce de la révision ciblée du régime forestier.

-30-

Renseignements :

Vincent Miville, ing.f., M. Sc.
Directeur général
Fédération des producteurs forestiers du Québec
T. 450 679-0530, poste 8201
vmiville@upa.qc.ca      foretprivee.ca

Consultation prébudgétaire 2021 du gouvernement fédéral : mobiliser les propriétaires de boisés canadiens dans la lutte contre les changements climatiques

Longueuil, le 8 décembre 2020. – La Fédération des producteurs forestiers du Québec, membre de la Fédération canadienne des propriétaires forestiers, a présenté des recommandations au Comité permanent des finances de la Chambre des communes du Canada chargé de procéder aux consultations permettant d’établir le budget fédéral 2021.

Cette audition aura permis d’appuyer l’engagement du gouvernement fédéral à procéder au reboisement de 2 milliards d’arbres en partie chez l’un ou l’autre des 450 000 petits et grands propriétaires forestiers du Canada. L’efficacité de ce programme dépendra de la volonté du gouvernement de permettre le reboisement des superficies forestières mal régénérées ou ayant subi des perturbations naturelles. Il serait toutefois possible de faire encore mieux dans la lutte contre les changements climatiques en appuyant l’ensemble des traitements sylvicoles qui permettent d’accroître la séquestration du carbone et d’augmenter les volumes de bois sur pied en forêt privée. 

Ce fut également l’occasion de proposer l’adoption d’un régime d’épargne et d’investissement sylvicole personnel afin d’encourager la sylviculture en forêt privée en permettant aux propriétaires de boisés de mettre à l’abri de l’impôt une portion de leurs revenus forestiers en prévision d’investissements nécessaires à l’aménagement de leurs boisés.

La complémentarité de ces recommandations permettrait aux propriétaires forestiers canadiens d’exploiter pleinement les potentiels sylvicoles de leurs boisés, au gouvernement du Canada de s’approcher de ses objectifs de réduction d’émission de gaz à effet de serre, à l’industrie forestière canadienne de sécuriser un approvisionnement en bois à long terme en provenance des forêts privées et au secteur forestier de contribuer à la relance de l’économie canadienne.

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Renseignements :

Vincent Miville, ing.f., M. Sc.
Directeur général
Fédération des producteurs forestiers du Québec
T. 450 679-0530, poste 8201
vmiville@upa.qc.ca      foretprivee.ca

Une année mouvementée sur le marché du bois et des produits forestiers

L’évolution fulgurante de la pandémie et le choc causé à l’économie mondiale par les mesures de confinement nous a fait craindre le pire pour l’industrie forestière. Après trois trimestres, et bien que nous soyons encore loin d’une sortie de crise, force est de constater que la pandémie a frappé fort et de façon inégale les principaux marchés des produits forestiers et incidemment, des producteurs de bois. Le segment des matériaux de construction en bois a défié pour le mieux toutes les projections inimaginables, alors que celui des pâtes et papiers a subi un double choc. D’une part, la récession mondiale a causé un ralentissement de la consommation de la plupart des biens, y compris le papier. D’autre part, l’implantation du télétravail à grande échelle et la fermeture des établissements scolaires a provoqué un changement d’habitudes de consommation, causant une diminution importante des commandes.

Le graphique ci-dessous illustre bien la divergence entre ces deux secteurs. À la verticale, on constate que les prix des panneaux et du bois d’œuvre résineux ont explosé en 2020, alors que le prix de toutes les pâtes et papiers a flanché. À l’horizontal, on distingue l’évolution des volumes consommés ou produits d’une année à l’autre. Ici, les manufacturiers de matériaux de construction en bois ont vu leurs volumes se stabiliser en 2020, alors que certains papetiers ont vu les leurs chuter de manière vertigineuse. Les produits ayant mal performé en termes de volume et de prix se retrouvent dans le quadrant inférieur gauche, alors que le bois d’œuvre résineux a surperformé dans le quadrant supérieur droit.

Variation du prix moyen et des volumes des produits forestiers
(janv. à sept. 2019 par rapport à janv. à sept. 2020)

Encore un truc d’hommes

Katherine Court est directrice générale du Syndicat des producteurs forestiers de la Gaspésie depuis 2013.

Elle est d’ailleurs la première femme au Québec à occuper cette fonction auprès d’un syndicat. Intéressée par la forêt depuis son adolescence, elle admet qu’il lui a fallu faire preuve d’abnégation pour y gagner sa vie.

« C’est encore pas mal un truc d’hommes », affirme-t-elle, révélant les grossièretés qu’elle a parfois entendues et qui ne peuvent être publiées. En 1981, elle a commencé comme mesureur de bois à l’âge de 17 ans. Comme le métier était alors réservé aux personnes majeures, elle a été obligées d’obtenir un permis spécial pour exercer ses talents. Qu’importe, la jeune femme de 115 lb était tenace et ne s’en laissait pas imposer.

« Si j’avais été très sensible, relate-t-elle, je serais partie au bout de deux semaines. Quand certains hommes me voyaient arriver avec ma règle à mesurer et du vernis à ongle, les commentaires étaient parfois assez gras. Heureusement, ça me rentrait par une oreille et ça me sortait par l’autre. » Originaire de Saint-Omer en Gaspésie, Katherine Court a vécu jusqu’à 12 ans dans la ville de Longueuil. Quand elle est revenue dans sa région natale, la grande majorité de ses voisins vivaient de l’industrie forestière. Elle a donc eu l’occasion d’accompagner régulièrement ses amis en forêt et d’y côtoyer les gars « qui rêvaient de faire comme leur père ». C’est à ce moment qu’elle a pensé y faire carrière. 

Katherine Court n’a pas tardé à s’illustrer. En 1998, elle remporte le titre de Mesureur de l’année. C’est peut-être cet honneur qui lui a ouvert les portes d’une nouvelle carrière. Jusqu’en 2013, elle occupe la fonction de directrice de foresterie auprès de Produits forestiers Saint-Alphonse et de Temrex. L’Ordre des ingénieurs forestiers reconnaît ses mérites en 2012 en lui décernant un titre honorifique pour sa contribution à la profession et à l’industrie.

« J’ai commencé comme mesureur, raconte-t-elle. Dans les temps morts, j’acceptais d’autres travaux comme l’inventaire. Je répondais toujours oui et j’ai appris plein de choses comme ça : construire des ponts, réaliser des travaux d’aménagement, récolter. Quand il y avait quelque chose de compliqué, je voulais savoir comment ça fonctionnait. »

La directrice du Syndicat a déjà été propriétaire d’un boisé et pourrait de nouveau en acquérir un à la retraite. Le fait de ne pas posséder de lot, estime-t-elle, lui permet aujourd’hui de se consacrer entièrement à la défense des intérêts de ses membres.

Katherine Court admet qu’elle aimerait voir plus de femmes en forêt. Celles-ci, pense-t-elle, deviennent principalement propriétaire d’un boisé à la suite d’un legs ou d’un investissement pour les activités de loisirs. Elle ne connaît aucune femme qui bûche elle-même dans son boisé.

« Il y a de moins en moins d’hommes aussi qui le font, note-t-elle. C’est quand même beaucoup d’investissements pour deux ou trois voyages de bois par année. Plusieurs vont donc préférer confier ces travaux à des entrepreneurs à forfait. »

« Les femmes, enchaîne-t-elle, sont aussi moins intéressées par le travail sur le terrain. Dès qu’elles peuvent entrer dans un bureau, leur choix est facile. Dans le bois, c’est quand même très exigeant. Enjamber des arbres, marcher en raquettes l’hiver et se battre contre les mouches, c’est très physique. Un journée de pluie, il faut travailler pareil. »

Article paru dans la revue Forêts de chez nous de février 2016.

Abris forestiers : où, quand, comment, pourquoi?

L'abri forestier est dépourvu d'eau courante, d'installation sanitaire et d'électricité. Crédit photo France Lavoie.

Pour plusieurs propriétaires de boisés, la construction d’un abri forestier est source de multiples interrogations. Même si, à première vue, rien ne semble y faire obstacle, les raisons pour lesquelles ont ne peut « bâtir » sur sa propre terre comme on le souhaiterait restent nébuleuses. Le point sur la question.

Il ne suffit pas simplement d’avoir envie d’une « pied-à-terre » dans son petit coin de paradis pour se lancer dans l’aventure. Avec la création de la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) en 1978, la province s’est assurée par une loi – la Loi sur la protection du territoire agricole et des activités agricoles (LPTAA) – de protéger du lotissement les zones propices à l’agriculture.

Pour les propriétaire forestiers, la LPTAA prévoit qu’un seul bâtiment sommaire devant servir d’abri en milieu boisé peut, sans l’autorisation de la Commission, être construit sur un lot ou un ensemble de lots boisés d’une superficie minimale de 10 hectares. Ce bâtiment ne doit pas être pourvu d’eau courante et doit être constitué d’un seul plancher d’une superficie au sol ne dépassant pas les 20 mètres carrés.

« On évite ainsi que sous le couvert d’abri forestier, des chalets ou des résidences permanentes soient construits. La mesure relative à l’eau courante est justifiée par le fait que les normes environnementales exigent qu’un bâtiment pourvu d’eau courante soit muni d’un système de traitement des eaux usées », selon les informations transmises par l’Association des propriétaires de boisés de la Beauce (APBB).

Conditions supplémentaires

En zone agricole, il n’y a pas que la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles qui s’applique. Rappelons d’emblée que les municipalités exigent, par le biais de leur réglementation d’urbanisme, l’obtention d’un permis de construction avant que des travaux puissent être entrepris. Outre cela, d’autres conditions édictées par une MRC ou une municipalité doivent aussi être remplies.

Dans Portneuf, un document complémentaire au schéma d’aménagement et de développement contient par exemple un cadre normatif relatif aux abris forestiers que l’ensemble des municipalités de la MRC ont intégré dans leur réglementation d’urbanisme, plus particulièrement dans leur règlement de zonage respectif. Des précisions et exigences qui s’ajoutent aux modalités de la CPTAQ y apparaissent.

« Chez nous, on y retrouve notamment l’obligation que l’abri soit construit à une distance minimale de 30 mètres de l’emprise d’un chemin public. Une municipalité peut également prévoir, dans sa réglementation, des restrictions supplémentaires comme la hauteur maximale du bâtiment, les marges de recul minimales à respecter, etc. », rapporte Marie-Pierre Beaupré, urbaniste à la MRC de Portneuf.

Cas particuliers

Si, sur le territoire assujetti à la LPTAA, un abri sommaire peut être érigé sans autorisation ni déclaration à la CPTAQ dans la mesure où toutes les conditions sont remplies, dès qu’une situation ne répond pas aux critères, une demande à la Commission doit être formulée. Il existe un risque bien réel à ne pas se conformer aux règles prescrites. Ultimement, un propriétaire pourrait devoir démolir son abri.

« Il est important de préciser ici que si la réglementation municipale pour un abri forestier n’est pas respectée, la construction pourrait être assimilée à un chalet ou à une résidence saisonnière. Dans un tel cas, cette construction devra répondre à toutes les exigences liées à la construction d’un tel bâtiment », tient à mentionner au passage Mme Beaupré.

Notons enfin que la réglementation municipale peut également encadrer la construction d’un abri forestier même si le lot boisé n’est pas situé dans la zone agricole. Il est donc important de consulter sa municipalité avant de débuter les travaux.

Le cèdre coupé et scié dans le boisé des Lavoie-Pichette a servi de matériau de base à la construction de l'abri forestier. Crédit photo France Lavoie.

Entre loi et bonnes pratiques

Le bâtiment ne doit pas excéder 20 mètres carrés au sol, ni reposer sur une fondation de béton coulé. Crédit photo France Lavoie.

Implanté de manière rudimentaire en milieu boisé, l’abri forestier ne doit être pourvu ni d’eau courante, ni d’électricité, ni d’installation sanitaire. Entre loi et bonnes pratiques, que faut-il savoir d’autres à propos de sa construction?

  • Les 20 m2 de surface au sol occupés par l’abri sommaire doivent inclure, s’il y a lieu, la galerie ou le perron.
  • Le bâtiment ne doit pas reposer sur une fondation de béton coulé, ni comporter de cave, de sous-sol, d’étage et de pièces. 
  • Dépourvu de système de traitement des eaux usées (fosse septique et champ d’épuration), l’abri forestier peut cependant être muni d’une toilette sèche.
  • L’implantation du bâtiment et son chemin d’accès doivent respecter la réglementation municipale et les normes relatives à la protection des rives et du littoral des lacs et des cours d’eau.
  • Une attention particulière devrait être apportée afin de ne pas ériger l’abri dans un milieu humide.
France Lavoie et Paul-Yvon Pichette ont construit un abri sur leur lot de 18 hectares à Deschambault-Grondines.

Acheter une terre à bois… et construire l’abri qui « vient avec »!

En août 2016, France Lavoie procédait à l’achat d’une terre à bois d’un peu plus de 18 hectares à Deschambault-Grondines, dans Portneuf. Pour elle, il ne faisait aucun doute que la construction d’un abri forestier « venait avec ».

« Nous allons surtout sur la terre pour la chasse, faire de la randonnée en raquettes l’hiver et je voulais un endroit pour se réchauffer et prendre un repas. J’ai dit à mon conjoint que si j’achetais, l’une des conditions était qu’un abri forestier soit construit », présente Mme Lavoie.

À l’hiver 2017, le couple amorce donc des travaux de bûchage dans le boisé. Au printemps, les services d’une entreprise de sciage mobile sont retenus pour produire la planche qui servira à ériger l’abri. L’essentiel du bâtiment sera construit avec du cèdre prélevé sur place. France Lavoie et son conjoint profitent du coup de pouce donné par des proches, évaluant à 12 000 $ au total le coût de leur abri.

« Mon lot est situé en zone agricole et tout s’est fait fans les règles de l’art, conclut Mme Lavoie. Une demande de permis à été soumise à la Municipalité et l’ensemble des règlements a été passé en revue. À la fin du chantier, un inspecteur de la MRC s’est déplacé. Comme conseil, je dirais aux gens de bien planifier. Le bois, nous l’avons par exemple sorti l’hiver et rapproché du chemin pour faciliter le sciage. »

 

Article paru dans la revue Forêts de chez nous de septembre 2020.

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