Culture, potentiel et utilisation: autres considérations
Cueillette sauvage, introduction de produits dans son boisé, culture indigène en champ : les modèles d’exploitation de PFNL sont diversifiés. « L’intérêt, c’est d’aller chercher un produit à valeur ajoutée. Quels PFNL offrent le plus de potentiel? Difficile de répondre. Il n’y a pas de mauvaises plantes; il s’agit de connaître l’utilité de chacune et de développer un marché », fait valoir Stéphane Demers, biologiste et coordonnateur chez Cultur’Innov.
« Il faut aussi voir ce qui nous intéresse, complète Joanie Bélanger, technicienne chez Cultur’Innov. En étant créatif, avec des plantes communes, on peut arriver à élaborer de beaux produits. » Pour M. Demers, on doit s’interroger sur l’objectif de mise en marché : si le PFNL a une grande valeur ou est requis dans une production quelconque, il peut être plus profitable de le cultiver que de l’acheter. La notion de prix et de qualité entre en jeu.
La récolte en forêt constitue souvent un défi; en champ, on obtient généralement plus de productivité. Dans le cas d’une culture en sous-bois, devrait-on acheter des plants ou des semences? « Ça dépend, décrète le coordonnateur de la coopérative. Ici, ce peut être avantageux de faire affaire avec un professionnel qui nous oriente ou valide nos choix. Une règle cependant : dans la mesure du possible, il vaut habituellement mieux imiter ce que l’on retrouve dans la nature. »
Le biologiste recommande en outre d’éviter d’intervenir là où il y a des plantes indigènes vulnérables. En ce qui concerne les prédateurs comme les oiseaux ou les rongeurs, il suggère au besoin l’installation d’un treillis protecteur pour les petites surfaces. « Pour les grandes superficies, le PFNL est réparti, alors comme la culture n’est pas dense, ce n’est pas un problème majeur. Et en hiver, par exemple, les plantes ne sont plus accessibles aux cerfs de Virginie », note-t-il.
Le défi de la commercialisation
La mise en marché des PFNL comporte son lot de défis. Michel Roy a tiré quelques leçons de l’expérience de commercialisation du champignon lancée en 2009 par l’APBB. « En l’absence de plan conjoint, des propriétaires ont fini par contourner l’entente initiale pour vendre directement à l’acheteur. La météo a également constitué un problème pour le volume de récolte à certains moments. Depuis 2014, nous avons mis fin à l’aventure. »
Du côté de la Filière mycologique de la Mauricie, la création d’un environnement de collaboration a engendré des résultats positifs. « Nous connectons les gens, travaillons sur la cueillette, la transformation, le tourisme, et avec les chefs cuisiniers, en plus de faire de la recherche et du développement.
Notre troisième Rendez-vous de la gastronomie forestière vient d’avoir lieu. Il faut sortir le PFNL du bois et le faire goûter », relève Patrick Lupien.
Celui qui envisage la cueillette ou la culture d’un ou de plusieurs PFNL doit se demander ce qu’il a envie de faire et pourquoi. Après avoir observé ce qui pousse dans son milieu, il doit également déterminer si ce produit sera complémentaire à quelque chose qu’il cultive ou a déjà, bref, se fixer des objectifs de mise en marché. Même chose pour tout ce qui touche la façon de procéder avec les transformateurs, les distributeurs et les vendeurs. Certes, les restaurateurs représentent une clientèle potentielle, mais celui qui se lance dans l’aventure doit aussi être prêt à développer son propre marché.