Une année charnière

La dernière année en fut une de grands changements pour les producteurs impliqués comme moi. Les rencontres fréquentes en personne à travers la province se sont métamorphosées en réunions virtuelles. Les rendez-vous avec les partenaires, les rencontres avec les élus et ministres, les parutions en commission parlementaire et même l’assemblée générale annuelle de la Fédération des producteurs forestiers du Québec (FPFQ) se sont tous déroulés par vidéoconférence. Heureusement, nous avons pu continuer à aménager nos lots à bois et à visiter nos forêts afin d’égayer nos esprits et parfois même oublier la pandémie.

Nous avons tous dû, d’une façon ou d’une autre, apprendre à vivre, travailler et communiquer différemment. Je ne veux surtout pas laisser l’impression que nous devons envisager un futur uniquement virtuel. Bien au contraire, le contact humain qui nous rapproche des gens demeure irremplaçable, alors que le langage non verbal qui en découle nous permet toujours de mieux comprendre nos interlocuteurs.

À défaut de n’avoir pu célébrer adéquatement le 50e anniversaire de la FPFQ en 2020, nous trouverons une occasion pour le souligner. Ainsi, nous entamons ce deuxième cinquantenaire avec la même conviction profonde que notre grande organisation doit poursuivre la promotion des intérêts de tous les producteurs forestiers du Québec, notamment en ce qui a trait à la commercialisation ordonnée du bois.

Ce fut une année charnière pour ce dernier dossier qui a occupé de plus en plus l’esprit de bon nombre de producteurs forestiers. Cette année, la situation s’est avérée très favorable pour les scieurs alors que le prix du bois d’oeuvre s’est hissé à un niveau record. Bien sûr, certains acheteurs se sont montrés à quelques égards friands du bois des producteurs, mais parfois moins enclins à rémunérer le travail exigeant de ceux-ci. Nul doute que la situation a nourri un sentiment d’insatisfaction chez de nombreux producteurs qui ne négocient pas collectivement la mise en marché du bois de sciage résineux.

Pourtant, de nombreux outils sont mis à la disposition des producteurs et de leurs plans conjoints pour assurer la prévisibilité de la mise en marché, et ce, au bénéfice des producteurs, de l’industrie forestière, des communautés rurales et de l’État. C’est pourquoi la FPFQ a mis autant d’efforts au cours des dernières années pour soutenir les ambitions des producteurs qui désirent parachever ce projet afin d’établir un partenariat d’affaires solide, mais équitable, avec l’industrie forestière.

Au cours de la dernière année, les producteurs forestiers de la Côte-du-Sud et du Sud du Québec ont mis en branle des chantiers pour étendre la couverture de la mise en marché collective au bois de sciage résineux, comme le font déjà les producteurs de plusieurs régions. Après de multiples contestations, les audiences devant la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec sont maintenant complétées.

Après tant de travail et d’attente, nous espérons une décision favorable dans ces deux dossiers. Peu importe le résultat des décisions attendues, je demande à tous les syndicats de producteurs forestiers de s’impliquer activement dès maintenant dans une mise en marché collective et ordonnée de tout le bois.

Pierre-Maurice Gagnon
Producteur et président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de mai 2021.

Récolter plus à condition de vendre plus

Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) a dévoilé à la toute fin de 2020 une Stratégie nationale de production de bois qui vise à faire fructifier la valeur des forêts québécoises. L’objectif poursuivi est d’accroître la richesse collective tout en contribuant activement à la lutte contre les changements climatiques.

Je me réjouis de constater que les producteurs forestiers sont aux premières loges de cette stratégie puisqu’un axe entier leur est dédié. En priorisant l’accroissement de la production et de la récolte de bois en forêt privée, le MFFP envoie le message clair aux producteurs forestiers qu’il compte sur leur apport pour faire de cette stratégie un succès.

Dès lors, il faudra que le MFFP prévoie des mesures d’aide concrètes pour soutenir davantage de propriétaires forestiers à réaliser plus de travaux sylvicoles. Pourquoi alors ne pas profiter de l’occasion pour procéder à la simplification de la mesure de remboursement de taxes foncières des producteurs forestiers? Voilà une façon simple d’accroître la capacité des producteurs forestiers à réaliser des investissements sylvicoles dans leurs forêts et ainsi contribuer de manière pérenne au succès de cette stratégie.

Bien entendu, la vigilance sera de mise pour s’assurer que les hausses de récolte également prévues en forêt publique ne viennent pas éroder les parts de marché des producteurs forestiers. Les producteurs nécessitent un accès prévisible aux marchés, sans quoi ils ne pourront produire plus.

Espérons que l’appétit des forestières pour le bois des forêts privées sera à l’image des ambitions du MFFP que nous partageons. Des volumes de bois importants sont déjà disponibles dans de nombreuses régions, mais ne sont pas mobilisés, faute de marchés. Je pense immédiatement à l’hécatombe qui sévit chez mes collègues des régions des Laurentides et de l’Outaouais depuis la fermeture inopportune de Fortress il y a plus d’un an déjà. La déstructuration des marchés se solde toujours par une démobilisation des producteurs qui y perdent leur gagne-pain. Après tout, pourquoi produirait-on plus de bois si nous ne pouvons le récolter et le vendre à un juste prix à l’industrie forestière?

La Politique d’intégration du bois dans la construction dévoilée simultanément par le gouvernement se veut une réponse partielle à cet enjeu puisqu’elle a pour objectif de stimuler la demande pour les produits de construction en bois. Toutefois, cela élude la problématique du marché du bois à pâte qui ne cesse de péricliter depuis une trentaine d’années. La sous-mobilisation de ces volumes de trituration dans de nombreuses régions heurte la capacité des producteurs à récolter plus et mieux. En ce sens, la réouverture officielle de l’usine de panneaux de Chambord viendra combler les attentes de bon nombre de producteurs. Cependant, je souhaite que l’ensemble des producteurs forestiers du Québec puisse aussi bénéficier de tels investissements structurants pour la filière.

En terminant, je demeure sensible aux inquiétudes de mes confrères acériculteurs qui craignent que la stratégie gouvernementale ne vienne mettre en danger le potentiel acéricole de nos forêts publiques. Après tout, 18 % de la production acéricole s’effectue actuellement sur cette tenure et un peu plus de la moitié du potentiel de développement s’y retrouve. Il serait évidemment regrettable que les acériculteurs fassent les frais des forestiers, alors qu’il s’agit en fait des mêmes producteurs. L’expérience nous montre que les producteurs qui ont su tirer parti des multiples ressources de leurs boisés sont souvent ceux qui s’en sont tirés le mieux.

Pierre-Maurice Gagnon
Producteur et président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de février 2021.

Miser sur la mise en marché collective

C’est en 1956 que le gouvernement provincial a octroyé aux producteurs agricoles et forestiers le droit de se regrouper sous la forme d’un plan conjoint afin de réglementer leur production et de négocier collectivement toutes les conditions de mise en marché. Il s’agissait là d’une révolution pour les producteurs qui pouvaient miser sur leur sens de la collectivité pour créer un contrepoids nécessaire à l’équilibre des intérêts divergents qui existent avec les quelques acheteurs.

Conscients de l’opportunité qui s’offrait à eux, les producteurs de bois ont été à l’origine du premier plan conjoint du Québec. Bien vite, des plans conjoints ont émergé dans différentes régions du Québec afin d’encadrer la mise en marché du bois à pâte.

Près de 65 ans plus tard, ces outils mis à la disposition des producteurs demeurent toujours aussi pertinents et adaptés à leur réalité, et ce, bien que le marché principal des producteurs ait migré du bois à pâte vers le bois de sciage. Au fil du temps, et à juste titre, plusieurs plans conjoints ont adapté leur réglementation pour encadrer la mise en marché de ce nouveau produit. Ce travail demeure cependant inachevé dans plusieurs régions.

Dernièrement, la situation s’est avérée très favorable pour les scieurs alors que le prix du bois d’oeuvre a, contre toute attente, battu des records. Néanmoins, les analyses de votre fédération semblent démontrer que la faveur des marchés n’a pas percolé jusqu’à l’ensemble des producteurs. Pensons plus particulièrement à ceux qui ne négocient pas collectivement la mise en marché du bois de sciage résineux.

Difficile de blâmer quiconque pour la stagnation des conditions offertes à ces producteurs, car à défaut d’organiser eux-mêmes la mise en marché, d’autres acteurs aux intérêts divergents s’en mêlent. Les rares acheteurs de bois limitent la concurrence potentielle alors que les nombreux intermédiaires capturent une très grande part de cette rente.

Pour pallier cette situation, plusieurs syndicats régionaux de producteurs forestiers oeuvre d’une manière ou d’une autre à amplifier leur rôle dans l’établissement des conditions de vente du bois de sciage sur leur territoire. Récemment, les producteurs forestiers de la Côte-du-Sud et du Sud du Québec ont franchi une étape importante pour étendre la couverture de la mise en marché collective au bois de sciage résineux en complétant leurs audiences devant la Régie des marchés agricoles et alimentaire du Québec. La conduite de ces dossiers a nécessité, et nécessitera encore, des efforts considérables de la part de ces syndicats, de votre fédération et de l’Union des producteurs agricoles.

Tout en espérant des décisions favorables pour ces plans conjoints, il est urgent pour tous les autres plans conjoints d’enclencher des démarches et même, à mon point de vue, d’aller plus loin dans ce dossier. Il est impératif de négocier les prix et les volumes ainsi que de diriger le bois afin d’assurer que tous les producteurs puissent bénéficier des mêmes conditions de mise en marché, et ce, peu importe leur situation, leur volume de récolte et la distance de livraison. Il s’agit là du principe de la péréquation si habilement appliqué par les producteurs et productrices acéricoles et laitiers.

Pierre-Maurice Gagnon
Producteur et président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de novembre 2020.

Maintenir le cap malgré la tempête

Nul doute, la tempête que nous traversons est sans commune mesure alors que la crise sanitaire liée à la COVID-19 a complètement bouleversé l’ordre des choses.

Cela aura forcé la Fédération des producteurs forestiers du Québec (FPFQ) a reporter la tenue de son congrès et de l’assemblée générale annuelle auxquels nombre d’entre vous étaient conviés. Il s’agit d’un moindre mal lorsque la santé de tout un chacun est en danger, mais c’est néanmoins bien malheureux considérant qu’il était question d’un congrès à caractère international, soulignant les 50 ans de notre organisation. Ce n’est que partie remise pour les producteurs, les administrateurs, les employés et les autres gens ayant oeuvré toutes ces années au développement de la FPFQ.

Bien que le secteur forestier ait été rapidement considéré comme un service essentiel, la mise en marché du bois a montré ci et là des signes d’essouflement ce printemps en raison du ralentissement économique. Bien que depuis, certains marchés aient repris de la vigueur, comme celui du bois de sciage résineux, d’autres fonctionnent toujours au ralenti. 

Les producteurs forestiers devront maintenir le cap malgré la tempête. Heureusement, ils pourront compter sur leur syndicat et leur office de producteurs de bois pour les guider. L’utilisation des mécanismes de mise en marchés permettront d’éclairer la situation. En ce sens, la FPFQ, de concert avec ses organismes affiliés, a procédé à une révision importante de PrixBois.ca. Ce site permet déjà aux producteurs d’identifier le marché le plus lucratif pour leur production en retranchant les coûts de transport pour chaque opportunité de vente.

Les producteurs forestiers qui bénéficient d’une mise en marché collective pour tout leur bois n’ont pas besoin d’utiliser tout le potentiel offert par cette plate-forme. Toutefois, ils pourront dorénavant profiter d’une veille économique sur les marchés du bois et des produits forestiers, des alertes de changements de prix du bois ainsi que d’un calculateur pour estimer les revenus de leurs chantiers. 

Le premier ministre du Québec a annoncé récemment qu’il désirait rapidement améliorer le régime forestier afin d’accroître sa prévisibilité. Nous entendons évidemment participer aux discussions afin de préserver les intérêts des 134 000 propriétaires forestiers face aux impacts de ces changements. En ce sens, nous sommes déjà à l’oeuvre pour proposer des changements qui permettront aussi d’accroître la prévisibilité pour tous les acteurs de la forêt privée. 

Finalement, je tiens, par la présente, à souligner l’arrivée de Vincent Miville à la direction générale de la FPFQ. M. Miville a oeuvré pour notre organisation par le passé et tout comme lui, nous sommes heureux qu’il puisse servir encore une fois les propriétaires et les producteurs forestiers de toutes les régions. Je désire par le fait même remercier Marc-André Côté pour la décennie pendant laquelle il a oeuvré en tant que directeur général de notre organisation. Son dynamisme et ses aptitudes hors pair nous auront permis de faire avancer bon nombre de dossiers dont bénéficient aujourd’hui tous les producteurs forestiers.

Pierre-Maurice Gagnon
Producteur et président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de septembre 2020.

La Fédération des producteurs forestiers du Québec a 50 ans

Le 3 avril 1970, des syndicats régionaux de producteurs forestiers se sont réunis à Lévis pour former une fédération provinciale. Ses fondateurs, dont mon père Henri-Paul, ont misé sur ce regroupement pour assurer une coordination entre ses membres, fournir une assistance technique aux syndicats régionaux et accroître la voix des producteurs forestiers sur la scène provinciale. On comptait alors 10 syndicats et 5 offices, administrant 26 plans conjoints de producteurs de bois.

L’examen du travail des 50 dernières années montre que la principale raison justifiant notre action collective est toujours d’actualité, même si les propriétaires forestiers et leur environnement institutionnel ont bien changé au cours des années.

Le bilan est appréciable lorsqu’on considère le régime graduellement mis sur pied par le gouvernement pour soutenir la protection et la mise en valeur des potentiels des forêts privées québécoises. Les gains ont été nombreux et significatifs, même s’ils étaient souvent obtenus suivant des décennies de représentations ou sous l’effet d’une crise. 

À l’époque, les producteurs réalisaient à forte majorité leurs travaux sylvicoles, à la scie à chaîne, sans soutien financier gouvernemental. Mis à part les syndicats de producteurs forestiers, les usines de pâtes et papiers, et le ministère des Terres et Forêts, peu d’organismes se souciaient de la gestion des forêts privées. Le droit de propriété l’emportait encore sur les demandes sociétales et les réglementations environnementales n’étaient pas encore à l’ordre du jour.

Au fil des ans, les producteurs forestiers ont revendiqué et initié de multiples mesures pour soutenir leurs projets individuels ou collectifs. Il suffit de lire les vieux rapports annuels de la FPFQ pour constater l’énorme travail de consultation des producteurs forestiers qui a mené à la formulation des recommandations pour établir le régime que nous connaissons aujourd’hui. Notre organisation était au centre des débats et doit continuer de l’être si nous voulons que les politiques gouvernementales soient incarnées dans la réalité des gens vivant dans nos communautés rurales.

Parallèlement, le mécanisme pour commercialiser le bois des forêts privées demeure inachevé, d’autant plus que les déséquilibres sur les marchés demeurent. Les réglementations de plans conjoints ont démontré leur performance dans d’autres productions agricoles, au bénéfice des producteurs, de l’industrie de la transformation, des communautés rurales et des gouvernements. Ce parachèvement passe logiquement par l’élargissement de la portée de nos réglementations régionales pour couvrir l’ensemble des bois récoltés en forêt privée et une amélioration de notre performance à les appliquer, en collaboration avec les groupements forestiers et les entrepreneurs forestiers. 

Nous avons aussi assisté à la multiplication des organisations s’intéressant à la gestion du territoire forestier privé, mettant à mal le droit de propriété pour tenir compte des exigences sociétales. Cela s’est traduit par une multiplication des réglementations afin de conserver la biodiversité, protéger les paysages agroforestiers et maintenir la qualité des bassins versants des cours d’eau. Encore ici, le travail de la FPFQ a permis, d’une part, de défendre le droit de propriété en proposant des mesures raisonnables, et d’autre part, de sensibiliser les producteurs forestiers et les entrepreneurs de récolte aux saines pratiques d’intervention à adopter sur le territoire forestier privé.

Tous ces dossiers avaient en commun de placer la FPFQ comme un relais de communication entre l’État, la société civile, incluant l’industrie forestière, et les dizaines de milliers de propriétaires et producteurs forestiers de toutes les régions du Québec.

En cette année d’anniversaire, j’espère que le plus grand nombre reconnaîtra ce rôle et ces réalisations.

Pierre-Maurice Gagnon
Producteur et président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de mai 2020.

Traiter des sujets ruraux pour maintenir la vitalité des régions

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Les 134 000 propriétaires forestiers et leurs familles doivent s’inquiéter de la perte progressive et rapide de l’espace médiatique qui est consacré aux enjeux des milieux ruraux. C’est près de 19 % de la population québécoise qui vit aujourd’hui dans des municipalités de moins de 1 000 habitants, soit plus de 1,5 million de personnes. Leur réalité est différente de celle des milieux urbains; la densité d’occupation du territoire est plus faible, les services de proximité moins présents et les voisins plus éloignés physiquement.

Pour les habitants des milieux ruraux, les médias régionaux demeurent LA façon la plus efficace pour informer, contrer le sentiment d’isolement, et surtout avoir l’information la plus transparente. Or, avec la fermeture ou les fusions de plusieurs journaux locaux, il devient de plus en plus difficile d’être bien informé. Les nouvelles sont diluées, moins variées, plus centralisées. Et pour ajouter à cette perte d’espace médiatique sur des sujets qui nous concernent, on nous donne de moins en moins accès à des journalistes spécialisés. Généralistes pour la plupart, ces journalistes ont peine à s’imprégner des sujets spécifiques à la réalité rurale. On leur demande de parler de tout, en surface, on ne leur donne pas toujours le temps de se pencher sur les vrais problèmes. Les dossiers traités en profondeur sont ainsi devenus de plus en plus rares.

Cette perte d’espace médiatique rural est aussi le fruit de la « montréalisation » de l’information, mais surtout de la crise engendrée par les géants du Web qui ont vampirisé les revenus publicitaires des journaux. Faute de revenus, les médias ont dû s’ajuster. Pour sauver des coûts, on demande à un journaliste de Montréal d’écrire sur un sujet qui se déroule dans une autre région. On priorise également les événements qui se passent dans les grandes villes, à défaut d’avoir des journalistes en région. Oui, c’est une décision économique, me direz-vous. On réduit ainsi le nombre de journalistes dans les salles de presse, on évite les frais de déplacement, tout en ayant l’opportunité de reprendre un même article pour le diffuser dans d’autres journaux du même groupe médiatique.

Oui, des sujets comme l’intelligence artificielle, la création de jeux vidéo ou les Canadiens de Montréal sont l’apanage des grandes villes, mais les milieux ruraux ont aussi des sujets qui leur appartiennent, tout en étant susceptibles d’intéresser bien des urbains.

Pour informer les gens de ce qui se passe en région, il est essentiel de maintenir une couverture rurale. Pour s’en convaincre, il suffit de lire le traitement de l’actualité par les journalistes de La Terre de chez nous, des bureaux régionaux de Radio-Canada ou du Quotidien au Saguenay–Lac-Saint-Jean, le journal de ma région. Autrement, c’est la vie d’un cinquième des Québécois et Québécoises qui passe inaperçue.

Le rapport des audiences de la commission parlementaire sur l’avenir des médias d’information qui se terminaient en août dernier nous offrira, je l’espère, des recommandations pour conserver une couverture régionale.

Pierre-Maurice Gagnon
Producteur et Président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de février 2020.

Créer et partager la richesse – Lettre à mes confrères industriels

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Si la création de richesse est primordiale dans une société, la distribution de celle-ci l’est tout autant pour obtenir une relation harmonieuse entre les diverses couches sociales qui la composent. L’industrie de la transformation joue ainsi un rôle critique en générant de la valeur aux ressources forestières que nous récoltons, mais elle est moins préoccupée à assurer une distribution optimale de cette valeur à ses fournisseurs de bois. Ce n’est d’ailleurs pas son rôle.

Préférant s’appuyer sur les concepts de concurrence et de ruissellement  économique pour distribuer les revenus du marché tout au long de la filière économique, plusieurs minimisent l’effet d’un rapport de force inégal entre les acteurs de la filière sur ce
partage.

C’est ici que le syndicalisme forestier prend tout son sens. Les syndicats de producteurs forestiers procurent un levier pour mieux équilibrer la discussion avec les industriels concernant le partage des revenus forestiers obtenus du marché. Autrement, chaque producteur ne peut compter que sur lui-même pour tirer son épingle du jeu. Est-ce souhaitable?

Les 60 dernières années ont montré que cette relation peut être profitable aux parties lorsque celles-ci se respectent en cherchant à considérer les préoccupations de l’autre (voir mon éditorial de février 2019, La prévisibilité accroît la robustesse d’une filière économique). Dans le cas contraire, des conflits émergent.

Depuis quatre ans, cinq syndicats régionaux de producteurs forestiers travaillent, chacun à leur façon, à accroître leur rôle dans l’établissement des conditions de vente du bois de sciage sur leur territoire. Des industriels s’y opposent avec énergie devant la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec, le tribunal chargé d’arbitrer les différends sur cette question. J’ai un parti pris évident dans ce débat, mais je n’ai pas l’impression que les approches proposées ont été suffisamment analysées par les opposants, ce qui explique selon moi une partie de leur réaction. Les initiatives syndicales n’entraveront pas la création de richesse par l’industrie de la transformation des bois, mais favoriseront son partage. J’ose même croire que ce meilleur partage contribuera à accroître la richesse.

Le syndicalisme forestier n’est certainement pas la seule initiative favorisant une meilleure répartition de la richesse – l’impôt sur le revenu ou la formule des coopératives en sont d’autres exemples –, mais c’est un modèle qui fonctionne au Québec depuis plusieurs générations et qui donne des résultats.

Pierre-Maurice Gagnon
Producteur et Président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de novembre 2019.

Jouer son rôle dans la lutte contre les changements climatiques

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Les propriétaires forestiers du monde entier sont interpellés par la lutte contre les changements climatiques.

D’une part, leurs boisés subiront les effets des modi€fications de notre climat. La migration d’espèces végétales envahissantes et de nouveaux insectes ravageurs, l’augmentation de la fréquence des catastrophes naturelles dévastant les forêts et l’accroissement des périodes de sécheresse en sont déjà des exemples frappants. Ce constat appelle des modi€fications dans les recommandations des ingénieurs forestiers sur les interventions sylvicoles à préconiser, la sélection des plants à reboiser et la gestion du territoire forestier.

D’autre part, les propriétaires forestiers disposent des actifs pour contribuer à la séquestration de carbone. Bien que les moyens de comptabiliser cette contribution fassent l’objet de débats entre experts, il est acquis que les arbres emmagasinent du carbone en grandissant et en émettent au cours de leur décomposition.

Pour être ef€ficaces dans cette lutte contre les changements climatiques, les politiques de soutien aux propriétaires forestiers devront cependant tenir compte des caractéristiques des forêts privées.

  1. L’afforestation, c’est-à-dire le reboisement de terrains non forestiers, présente un potentiel de séquestration de carbone limité sur le territoire privé québécois en raison des super€ficies disponibles (un constat qui peut s’avérer différent dans d’autres pays). À l’inverse, l’accroissement du stock forestier des forêts existantes grâce à des interventions sylvicoles appropriées présente un meilleur potentiel. En d’autres mots, la sylviculture peut permettre d’accroître le volume de bois à l’hectare dans les forêts dans une période donnée, et cette augmentation doit constituer un gain dans un bilan de carbone.
  2. La récolte des forêts présentant un risque de destruction est essentielle afi€n d’éviter que celles-ci deviennent émettrices de carbone à la suite d’un feu ou d’une épidémie d’insectes. L’actuelle épidémie de la tordeuse des bourgeons de l’épinette, touchant 14 % du territoire de la forêt privée en 2018, est un bon exemple. Il est donc nécessaire de récolter les arbres en perdition, de les transformer en produits forestiers et de reboiser les sites touchés afi€n d’obtenir un gain dans le bilan de carbone.
  3. Le morcellement du territoire forestier et non forestier en des dizaines de milliers de propriétés exige une formule d’agrégation des gains de séquestration de carbone, simple pour chacun des propriétaires, mais crédible pour les autorités responsables de cette comptabilité. Il est irréaliste de penser que chacun des propriétaires participera directement au marché du carbone. À cet égard, nous pouvons compter sur l’expérience de la certi€fication forestière pour nous dicter quoi faire et ne pas faire. Au Québec, les propriétaires forestiers disposent aussi d’organisations pouvant être fort utiles dans cette démarche.
  4. Le soutien €financier gouvernemental pour réaliser des travaux sylvicoles chez les propriétaires forestiers devra être maintenu, voire augmenté, pour accroître cette lutte contre les changements climatiques. Voilà 50 ans que le gouvernement du Québec investit dans la mise en valeur des forêts privées. Aujourd’hui, un nouvel objectif de séquestration de carbone s’ajoutera à ce travail sur le terrain.

La prise en compte de ces éléments demande de meilleurs échanges entre la communauté scienti€fique étudiant les changements climatiques, les autorités gouvernementales dé€finissant les politiques pour y faire face et les représentants des propriétaires forestiers détenant une connaissance de la réalité du terrain. Autrement, les protocoles de séquestration de carbone marginaliseront le travail des dizaines de millions de propriétaires forestiers de partout dans le monde.

La Fédération des producteurs forestiers du Québec, la Fédération canadienne des propriétaires de boisés et l’Alliance internationale pour la foresterie familiale poursuivront les représentations à leur échelle pour sensibiliser les autorités à cette question.

Pierre-Maurice Gagnon
Producteur et Président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de septembre 2019.

Une chaire universitaire pour mieux comprendre les propriétaires forestiers

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L’annonce de la création de la Chaire en gestion durable des forêts privées à l’Université Laval est une très bonne nouvelle pour les propriétaires forestiers québécois, mais également pour les intervenants qui travaillent à protéger ou à mettre en valeur les milieux naturels sur le territoire privé.

Le démarrage de cette chaire a déjà entraîné l’embauche d’une professeure, la Dre Maude Flamand-Hubert, qui se concentrera sur l’enseignement des caractéristiques de la gestion des forêts privées aux futurs ingénieurs forestiers et autres professionnels intéressés. Dans les prochains mois se mettra aussi en branle un programme de recherche sur les enjeux propres à ce territoire.

De longue date, les administrateurs de la Fédération des producteurs forestiers du Québec ont dit souhaiter que les professionnels, ingénieurs forestiers, biologistes et aménagistes municipaux comprennent mieux les aspirations de cette clientèle et les particularités des opérations en forêt privée.

Ainsi, le travail portera non seulement sur la formation des futurs ingénieurs forestiers, mais également à intéresser ceux-ci et d’autres professionnels à entreprendre des projets de recherche sur des enjeux des propriétaires et producteurs forestiers. Est-ce que les programmes gouvernementaux visant les propriétaires forestiers doivent être améliorés pour répondre aux besoins de la société? Quelles mesures doivent être mises en oeuvre pour favoriser la protection et la mise en valeur des forêts privées? Voilà des questions auxquelles cette professeure et ses étudiants devront répondre.

Ce projet, né à la Fédération des producteurs forestiers du Québec, n’aurait pu voir le jour sans la collaboration de plusieurs intervenants. La compagnie Domtar, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs et l’Université Laval investiront également temps, expertise et argent pour s’assurer du succès de cette initiative. Richard Savard, ancien sous-ministre aux Forêts, à la Faune et aux Parcs, aura aussi joué un rôle déterminant.

Autre exemple du temps nécessaire pour démarrer des projets d’envergure, cette initiative concrétise quatre ans de discussions avec le monde universitaire.

Pierre-Maurice Gagnon
Producteur et Président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de mai 2019.

La prévisibilité accroît la robustesse d’une filière économique

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La prévisibilité est bonne pour les affaires. Connaître d’avance la demande pour ses produits, le prix que l’on obtiendra sur le marché et le coût de ses fournisseurs de biens et services aide non seulement à mieux organiser ses activités courantes, mais également à planifier des investissements dans son entreprise.

Il n’est donc pas étonnant de voir les industriels forestiers en parler autant. Pour ceux-ci, cette prévisibilité doit porter sur les flux d’approvisionnement en bois des forêts publiques et privées, les prix payés à leurs fournisseurs, les qualités reçues et la certitude que l’origine des opérations forestières ne nuira pas à leur image corporative. En d’autres mots, réduire le risque.

Pour le producteur de bois, grand ou petit, la prévisibilité est tout aussi importante. Avoir l’assurance que des marchés existeront pour tous les produits récoltés dans ses forêts, prévoir les frais de récolte et de transport à débourser, devoir respecter des réglementations ne laissant pas de place à l’interprétation, mais surtout avoir la certitude qu’il recevra le revenu auquel il s’attend, définissent cette prévisibilité.

Par leurs actions, les syndicats de producteurs forestiers augmentent cette prévisibilité, paradoxalement tant pour les industriels que pour les producteurs forestiers. D’un côté, les producteurs ont accès à un service professionnalisé pour négocier et faire respecter des contrats de vente de bois avec les industriels et les transporteurs. De l’autre, les industriels obtiennent de meilleures garanties sur leurs approvisionnements et voient un plus grand nombre de propriétaires forestiers produire du bois en raison d’un niveau de confiance accru.

D’ailleurs, la comparaison avec le secteur agroalimentaire montre que les filières d’envergure sont celles où les organisations de producteurs ont accru leur prévisibilité. Pensons au secteur laitier, de la volaille et du sirop d’érable. Cette prévisibilité a favorisé des investissements chez les équipementiers, les producteurs et les transformateurs.

Malheureusement, l’action des syndicats de producteurs de bois en forêt privée n’a pas encore atteint son plein potentiel, et cela nuit à l’ensemble de la filière. Incapable de jouer pleinement leur rôle, ces organisations n’arrivent pas à réduire le risque en assurant une plus grande prévisibilité. La comparaison entre la commercialisation de bois à pâte et celle de bois de sciage est frappante. Dans certaines régions, des conventions avec les transporteurs définissent les règles, tandis qu’ailleurs, les frais de transport sont négociés à la pièce. Dans ces mêmes régions, des contrats de vente de bois de sciage accessibles à tous les producteurs forestiers existent, alors qu’ailleurs, chacun doit se débrouiller au meilleur de ses connaissances et de ses relations pour vendre sa production.

Il serait peut-être temps que les industriels cessent leur lutte pour réduire la portée de notre travail et, au contraire, nous demandent d’organiser davantage la production et la commercialisation des bois en forêt privée pour accroître la prévisibilité dans notre secteur. Cela rendra service à tous.

Pierre-Maurice Gagnon
Producteur et Président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de février 2019.

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