La CAQ rurale?

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Ce n’est peut-être qu’une perception, mais la ruralité semble prendre de moins en moins
de place dans les campagnes électorales. La dernière ne semble pas avoir fait exception.
Il faut dire que le redécoupage des circonscriptions électorales a entraîné le transfert dans les dernières décennies de plusieurs comtés ruraux vers les zones périurbaines de Montréal. De plus, la lutte pour conquérir ces nombreux comtés accapare l’esprit des dirigeants des formations politiques. Enfin, les médias ont délaissé leurs antennes régionales pour se concentrer sur des enjeux de la population urbaine.

Il n’en demeure pas moins que le Québec ne peut se défi nir que par la vitalité de ses villes. L’occupation de notre territoire national exige des villages vivants du Témiscamingue à la Gaspésie. Si les enjeux sont souvent les mêmes pour les résidents des villes et de la campagne – accès aux soins de santé, développement économique, soutien à nos écoles –, les solutions doivent être adaptées pour des contextes fort différents.

Je suis donc curieux de voir les orientations politiques du nouveau gouvernement en matière de développement régional. Si ces orientations demeurent à défi nir, je lève ma main pour sensibiliser les nouveaux élus aux réalités des citoyens ruraux, et plus particulièrement des 134 000 propriétaires forestiers québécois. Les forêts sont un actif extraordinaire puisqu’elles soutiennent le développement économique, génèrent des services environnementaux pour la société et définissent un mode de vie pour leurs propriétaires que l’on retrouve dans tous les villages du Québec. Encore faut-il que les politiques gouvernementales appuient judicieusement le dynamisme des propriétaires forestiers et la mise en valeur du potentiel de leurs actifs.

Cependant, avant d’établir de nouvelles politiques, le premier geste à poser par l’équipe du nouveau premier ministre sera de mandater des interlocuteurs au sein du gouvernement pour discuter du détail de ces enjeux avec les représentants du monde rural.

Cela passe par des ministres forts et des conseillers politiques soucieux de comprendre cette réalité que j’ai hâte de rencontrer.

Je pourrai alors retirer le point d’interrogation dans le titre de cet éditorial.

Pierre-Maurice Gagnon
Producteur et Président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de novembre 2018.

Votre relève est-elle prête?

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Si bien des enfants sont liés émotivement à la forêt familiale, cela ne signifie pas qu’ils détiennent comme leurs parents les connaissances nécessaires pour prendre de bonnes décisions de gestion lorsque la terre leur sera transférée.

Qui offrirait sa voiture à sa fille de 16 ans sans qu’elle ait suivi des cours de conduite? Ou alors, laisseriez-vous vos enfants cuisiner un repas important sans qu’ils n’aient jamais tenu une casserole? Non, évidemment. Vous les accompagnerez. Il est tout aussi essentiel de préparer ses enfants à la gestion de la propriété forestière familiale. C’est une chose de s’y balader, d’identifier des arbres, de chasser la perdrix, d’avoir fendu du bois de chauffage avec son père ou d’avoir participé aux travaux de la saison des sucres. C’en est une autre de comprendre les notions de base en sylviculture, les rôles et le fonctionnement des organisations de propriétaires forestiers, les raisons justifiant une action collective des producteurs de bois, le contenu de son plan d’aménagement forestier ou de sa convention avec un groupement forestier.

Cela ne signifie pas que nos enfants géreront « leurs » nouveaux boisés de la même façon que nous. Ils le feront selon leurs valeurs et leurs motivations personnelles. Par contre, une meilleure connaissance leur permettra d’éviter des erreurs, mais surtout de profiter des importantes ressources professionnelles et financières à leur disposition pour protéger et mettre en valeur les ressources de leurs boisés. Cet accompagnement familial est d’autant plus important dans ce monde où nos enfants sont plus scolarisés, plus urbains et plus occupés.

J’ai moi-même amorcé le transfert de mes lots à mes filles. Il m’a fallu leur demander ce qu’elles entendaient faire avec leurs boisés : générer un revenu d’appoint, s’en servir comme placement ou les utiliser comme lieux pour les loisirs? Je tente également de leur montrer l’effet des divers traitements sylvicoles que j’ai faits dans le passé pour mettre des images sur des concepts de sylviculture. Ce qui m’apparaît comme une évidence ne l’est pas nécessairement pour elles. Ainsi, elles pourront mieux interagir avec leur conseiller forestier lorsque je ne pourrai plus les aider. J’ai même fait suivre un cours d’abattage d’arbres à la scie à chaîne à mes filles afin de leur transmettre des notions de sécurité au travail, bien que les travaux de récolte se fassent de plus en plus de façon mécanisée.

La campagne Avez-vous votre forestier de famille? que nous avons mise de l’avant ce printemps en compagnie de plusieurs acteurs du secteur forestier vise un objectif semblable. Elle propose aux propriétaires forestiers d’aller chercher l’aide professionnelle disponible dans leur région pour les accompagner dans leurs projets. Plusieurs ont acquis leurs boisés par amour de la terre, ou par hasard de la vie, sans trop connaître la foresterie. Si des cours existent pour les amateurs de vin, de golf ou d’ébénisterie, il m’apparaît normal que les nouveaux propriétaires forestiers acquièrent également des connaissances techniques qui leur permettront de mieux jouir de leurs biens. L’interaction avec un conseiller forestier générera ce transfert de connaissances.

Je vous invite donc à réfléchir aux connaissances que vous souhaitez transmettre à votre relève. Qui sait? Ces conseils seront peut-être transférés un jour à l’autre génération qui pousse déjà.

Pierre-Maurice Gagnon
Producteur et Président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de septembre 2018.

La réalité universelle des propriétaires forestiers

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Les discussions portant sur la gestion des forêts semblent davantage se dérouler à l’échelle locale et régionale. Pourtant, cette question fait également l’objet d’intenses pourparlers à l’échelle internationale pour combattre la pauvreté, assurer le développement du monde rural, lutter contre le réchauffement climatique, conserver la biodiversité et protéger les cours d’eau de la planète. Les enjeux des autres pays ressemblent étrangement à ceux d’ici.

Afin de faire entendre la voix de dizaines de millions de propriétaires forestiers à travers le monde, une modeste organisation, l’Alliance internationale pour la foresterie familiale, effectue des représentations auprès des différents organismes des Nations unies débattant des mesures à prendre pour protéger et mettre en valeur les forêts de la planète. Bien que ces discussions internationales apparaissent lointaines, elles finissent par influencer nos politiques forestières nationales. Depuis plusieurs années, mon ami Peter deMarsh, du Nouveau-Brunswick, préside ce réseau dont le secrétariat est actuellement situé en Norvège.

Le message porté par les représentants de ce réseau est simple et mérite d’être répété. À la lumière de l’expérience des forestiers de différents pays, la gestion durable des forêts familiales est facilitée lorsque quatre conditions sont réunies1 :

• Les droits fonciers des propriétaires sont définis et respectés;
• Les propriétaires forestiers détiennent un accès équitable aux marchés pour leurs produits;
• Des services d’appui professionnel pour réaliser des projets d’aménagement forestier existent;
• Les propriétaires disposent de solides organisations pour se regrouper et défendre leurs points de vue.

Les défis pour faire respecter ces principes diffèrent d’un pays à l’autre, mais ils s’appliquent à tous. Si certains peuvent n’y voir que des défis pour les pays en voie de développement, il est nécessaire de rappeler que les propriétaires forestiers québécois les vivent toujours. De plus en plus, ils peinent à faire respecter leur droit de propriété face aux besoins exprimés par la société qui les entoure. Ils luttent pour obtenir des conditions équitables sur les marchés du bois et du sirop d’érable. Ils continuent de revendiquer des programmes gouvernementaux pour soutenir leurs projets d’aménagement forestier. Ils doivent toujours défendre le bien-fondé de l’action de leurs associations auprès de membres de la nouvelle génération de propriétaires forestiers, d’industriels de produits forestiers et des autorités gouvernementales.

Le respect de ces conditions est d’autant plus critique que la proportion de forêts privées est passée de 13 % à 19 % à l’échelle mondiale entre 1990 et 2010. De plus, la forêt privée mondiale est de plus en plus sous le contrôle d’individus et de familles2.

Le mois de l’arbre et de la forêt est une occasion de faire valoir les rôles des 134 000 propriétaires forestiers québécois dans notre société, mais surtout les conditions devant être réunies pour assurer la protection et la valorisation de leur patrimoine. Pour reprendre les mots de Peter deMarsh, la diffusion et la reconnaissance de ce message sera un travail lent, de longue haleine et qui nécessitera la persévérance d’un nombre grandissant de gens. Soyez de ce nombre.

Pierre-Maurice Gagnon
Producteur et Président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de mai 2018.


1. DEMARSH, P., et autres. Making Change Happen. What can governments do to strengthen forest producer organizations? [En ligne], 2014. [www.fao.org/3/a-h0038e.pdf].
2. FOOD AND AGRICULTURE ORGANIZATION. Global Forest Resources Assessment 2015: How the world’s forests changing? [En ligne], 2015. [www.fao.org/3/a-i4793e.pdf].

Ma forêt n’appartient pas à l’état

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Les exigences de la population pour protéger le couvert forestier sont croissantes et, pour y répondre, les autorités provinciales et municipales adoptent des réglementations environnementales de plus en plus sévères pour les 134 000 propriétaires forestiers québécois. Qui peut être contre la protection des habitats d’espèces menacées,la conservation des milieux humides, le maintien de la qualité des cours d’eau ou la préservation des paysages forestiers?

Cependant, plusieurs oublient qu’une large part de cette responsabilité repose sur les épaules de chacun des propriétaires forestiers qui doivent prendre individuellement des décisions de gestion éclairées et assumer les coûts associés au respect de ces réglementations. Certains oublient que ces milieux appartiennent à des gens.

Pour éviter un ressac des propriétaires de ces milieux naturels devant vivre avec de nouvelles contraintes, les réglementations doivent être accompagnées de mesures incitatives, éducatives et compensatoires. Concrètement, les autorités doivent mettre en oeuvre :
• une réglementation adaptée au risque environnemental de l’intervention dans un milieu naturel. Une récolte partielle d’arbres dans une érablière ou la récolte d’une plantation d’épinettes de quelques hectares n’ont pas le même impact environnemental que la construction d’une autoroute ou d’un développement de résidences secondaires dans un milieu forestier;
• un programme d’éducation à l’intention des propriétaires forestiers. Comment protéger un élément quand on ignore sa présence, sa délimitation ou sa valeur sur notre propriété? Pour y arriver, le réseau de conseillers forestiers déjà à l’oeuvre sur le terrain peut être davantage mis à profit;
• un programme de soutien financier pour restaurer et protéger des milieux naturels dégradés. Avec un soutien adéquat, de nombreux propriétaires forestiers se porteront volontaires pour restaurer et protéger un secteur de leur propriété;
• un programme d’indemnisation pour les propriétaires qui subissent une contrainte réglementaire dépassant un seuil raisonnable. Si la jurisprudence autorise l’imposition de réglementations empiétant sur le droit de propriété, elle impose également le droit d’être financièrement indemnisé lorsque celles-ci dépassent une certaine limite.

Selon mon expérience, si l’un de ces quatre éléments est absent, l’acceptabilité d’un nouveau règlement sera difficile à obtenir chez les propriétaires forestiers. Cela créera une polarisation du débat. Les groupes environnementaux ont donc un intérêt évident à travailler avec les organisations de propriétaires forestiers pour tenter d’obtenir ces mesures auprès du gouvernement. Cet appel est d’autant plus pressant que les ministères et les municipalités concernés semblent prioriser l’adoption de nouvelles réglementations plutôt que l’accompagnement professionnel et les mesures incitatives.

Pierre-Maurice Gagnon
Producteur et Président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de février 2018.

Certaines idées vieillissent bien, mais encore faut-il rappeler leur pertinence

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Dans une société où l’individualisme prime, la mise en marché collective ne représente-t-elle pas une approche d’une autre époque? Chaque producteur ne serait-il pas mieux s’il pouvait vendre son bois aux conditions de son choix? Deux raisons me font pencher vers l’approche collective encore aujourd’hui.

Premièrement, l’information sur les marchés du bois est mal partagée entre tous les acteurs concernés. Les prix du bois peuvent changer rapidement. Les qualités affectant le prix sont nombreuses. Les unités de mesure sont mêlantes. Les facteurs de conversion déroutent les plus expérimentés. Le producteur ignore les autres offres de bois sur le marché. Il en sait moins que l’acheteur sur l’évolution des prix des produits manufacturés par l’usine. Il ne sait pas toujours ce que fait cette dernière avec son bois. Il ignore le prix qu’obtient l’usine pour ses copeaux. Le producteur en sait peu sur les coûts de transport du bois.

Deuxièmement, même le producteur le mieux informé détient un pouvoir de négociation limité. Si la concentration de l’industrie est bonne pour les compagnies forestières, elle l’est moins pour leurs fournisseurs de fibre. Des milliers de producteurs forestiers doivent ainsi transiger avec quelques usines, parfois une seule, pour une partie de leur récolte. Ceux parmi nous se croyant plus habiles ignorent les conditions obtenues par leur voisin.

La mise en marché collective permet de corriger en partie ces imperfections du marché par la diffusion d’information aux producteurs et la négociation de conditions de vente pour l’ensemble, ce qui accroît les possibilités pour tous d’obtenir un prix équitable.

Évidemment, les individus qui bénéficieraient d’une situation de libre marché luttent contre cette approche qui semble réduire leurs profits. Je dis semble, car la mise en marché collective génère également plusieurs avantages trop souvent oubliés ou banalisés par les acheteurs de bois.

Un marché transparent accroît la confiance de tous les acteurs de la filière : propriétaire, producteur-entrepreneur, transporteur et transformateur. Cela se traduit par une hausse de l’activité de tous les maillons de la chaîne. La transmission d’informations permet également d’harmoniser les normes de façonnage selon les exigences des usines et de diriger le bois au meilleur endroit pour le producteur et le transformateur. De plus, le maintien de petits producteurs est bon pour la vitalité des communautés rurales; ces mêmes communautés qui fourniront de la main-d’oeuvre aux usines. La mise en marché collective réduit même les frais des usines dédiés à la gestion des fournisseurs, puisque les associations se chargent de cette opération.

Que perdent alors les producteurs de bois dans ce système? L’impression d’un faux sentiment de liberté.

Pierre-Maurice Gagnon
Producteur et Président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de novembre 2017

Des coupes forestières utiles pour l’environnement

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Éliminer les coupes forestières est-elle une bonne pratique environnementale? Il le semblerait si l’on écoute ceux qui dénoncent leur impact sur les paysages. Pourtant, quelques avantages méritent d’être rappelés aux citoyens qui sont moins familiers avec les activités sylvicoles chez l’un ou l’autre des 134 000 propriétaires forestiers du Québec, majoritairement des familles détenant un ou quelques lots boisés dans leur village.

• La récolte des arbres matures dans les peuplements forestiers sains encourage la croissance des jeunes arbres, en attente de lumière dans le sous-bois.
• La récolte des sapins baumiers et des épinettes blanches matures réduit la susceptibilité des forêts à la tordeuse des bourgeons de l’épinette qui entre actuellement en phase épidémique dans les régions du Québec.
• La récolte des arbres dépérissants diminue le risque de feux de forêt.
• L’éclaircie d’une plantation favorise sa croissance, plutôt que sa stagnation en un peuplement dont la densité est trop élevée.
• La récolte dans les bandes riveraines réduit le nombre de tiges âgées tombant dans les ruisseaux et rivières, et conséquemment, le nombre de débris affectant l’habitat du poisson.
• Une coupe d’arbres favorise la présence des espèces animales, tel le cerf de Virginie ou le lièvre, qui s’alimentent du feuillage que l’on retrouve abondamment dans une jeune forêt.
• La transformation des arbres en produits forestiers pouvant remplacer l’acier, le béton et le plastique, accompagnée du rajeunissement de la forêt, contribuent à la lutte aux changements climatiques en améliorant le bilan carbone de notre
pays.

En fait, des écologistes forestiers pensent de plus en plus que la récolte de bois et la plantation d’espèces mieux adaptées aux conditions climatiques et environnementales futures sont souhaitables pour maintenir une forêt en santé et résiliente face aux changements globaux.

Alors, pourquoi donc les réglementations municipales sur l’abattage d’arbres en milieu forestier sont-elles de plus en plus contraignantes? Principalement, parce que l’effet des coupes sur le paysage est désagréable aux yeux des citoyens, d’autant plus si elles se produisent chez leur voisin. De plus, on redoute l’impact sur les cours d’eau ou les potentiels de chasse. Toutefois, la récolte forestière sur une propriété privée dépasse rarement quatre hectares, selon un calendrier de travaux qui diffère d’un propriétaire à l’autre.

La recherche du compromis appelle donc un meilleur dialogue entre les rédacteurs de ces réglementations et les représentants de propriétaires forestiers. Ces derniers pourront faire visiter des forêts bien aménagées et d’autres qui ne le sont pas, pour
montrer le résultat d’un travail bien fait. Je peux garantir qu’après cette initiation, de nombreux profanes en foresterie demanderont davantage de travaux forestiers bien planifiés.

Malheureusement, établir des lieux de rencontre avec les associations de propriétaires forestiers apparaît une tâche insurmontable lorsqu’on sait qu’il y a plus de 800 municipalités rurales au Québec pouvant appliquer leur propre réglementation en milieu forestier.

De nombreux acteurs proposent donc que la rédaction des réglementations sur l’abattage d’arbres se fasse à l’échelle des MRC pour réduire ces lieux de discussion à environ 80 à travers le Québec. Nous pensons que cette proposition respecte le pouvoir municipal qui conservera la mainmise sur la rédaction et le contrôle des réglementations sur l’abattage d’arbres en milieu forestier.

Pour que cette idée se matérialise, il faudra néanmoins convaincre les élus municipaux. Plusieurs adhèrent déjà à cette idée. Je vous invite donc à en parler avec votre maire et votre préfet de MRC. Quant à moi, je poursuivrai ce travail auprès des associations provinciales des municipalités et du ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire.

Pierre-Maurice Gagnon
Producteur et Président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de septembre 2017

Convaincre

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Les besoins exprimés à l’État sont infinis : plus d’argent pour nos écoles, du soutien pour nos aînés, la rénovation des infrastructures routières, sans compter notre réseau de santé qui manque de ressources.

Inscrire les préoccupations des producteurs forestiers dans les priorités gouvernementales
est conséquemment une course à obstacles entre tous les groupes sociaux, qui défendent leur cause respective avec acharnement auprès d’un nombre restreint de politiciens et de hauts fonctionnaires. Au Québec, on retrouve 12 120 groupes et individus actifs au Registre des lobbyistes, qui tentent d’influencer les décisions de 25 ministres et d’une
cinquantaine de hauts fonctionnaires.

Convaincre les autorités politiques du bien-fondé de nos revendications devient un exploit qui nécessite davantage qu’un simple rapport de force. Il faut préalablement établir un consensus au sein de sa propre organisation sur les positions à défendre. Par la suite, il faut développer des arguments solides qui s’appuient sur des études rigoureuses, réunir des coalitions d’intervenants qui partagent nos convictions sur un sujet donné, et prêcher, prêcher et prêcher. En groupe, individuellement, à Québec, en région. Loin d’être négligeable, la fonction publique devra aussi croire au développement de notre secteur d’activité pour faire cheminer une idée dans
l’appareil de l’État.

Il faut se réjouir des décisions gouvernementales visant à soutenir les producteurs forestiers. Tout récemment, nos représentations ont convaincu nos dirigeants de consacrer 10 M$ à un programme d’arrosage d’insecticides biologiques pour protéger
des forêts privées qui ne peuvent être récoltées en raison de leur jeune âge, mais qui sont menacées par la tordeuse des bourgeons de l’épinette. L’an dernier, le gouvernement a accepté d’améliorer plusieurs mesures fiscales pour encourager la production forestière et la récolte de bois. Le maintien des budgets des programmes de mise en valeur des forêts privées est un autre exemple de gain dont il faut se féliciter.

Ces décisions ont demandé des années d’efforts de persuasion : 5 ans pour la lutte contre la tordeuse et 20 ans pour les mesures fiscales. Une éternité pour les producteurs forestiers à l’oeuvre sur le terrain.

Si on souhaite maintenir et améliorer le soutien de l’État, les actions à prendre sont connues. Il faudra continuer de définir des propositions qui susciteront l’intérêt des acteurs forestiers, développer des arguments qui rallieront les intervenants de toutes
les régions, et mettre sur pied des coalitions qui démontreront un consensus aux yeux des autorités politiques. Dans le monde politique d’aujourd’hui, il s’agira de mettre notre corporatisme de côté pour travailler des causes communes où chacun peut trouver son compte.

Pierre-Maurice Gagnon
Producteur et Président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de mai 2017

Nous sommes les propriétaires des terres que vous convoitez

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Le ministère des Forêts souhaite que nous récoltions plus de bois dans nos boisés pour alimenter l’industrie forestière. Le ministère de la Faune veut que nous assurions une meilleure protection des habitats fauniques. Le ministère de l’Environnement aimerait que nous protégions mieux les milieux humides. Les groupes environnementaux nous sollicitent pour accroître les aires protégées dans le sud du Québec. Hydro-Québec nous demande l’autorisation de traverser nos propriétés pour implanter des lignes de transport d’énergie, tout comme les motoneigistes qui comblent leur besoin de villégiature en circulant chez nous. C’est sans compter les citadins qui ont une idée précise des paysages à conserver pour leur balade du dimanche, forçant les municipalités à adopter des réglementations sur la protection du couvert forestier.

Heureusement que nous sommes 134 000 à posséder une terre forestière, tant les besoins exprimés à notre endroit sont grands. Chacun réussit à sa façon à combler une partie des demandes des uns et des autres. Les propriétaires forestiers répondent à ces multiples attentes, car leur gestion repose avant tout sur la connaissance et la polyvalence des ressources de leurs propriétés. Ils agissent en priorité pour eux et leurs familles, et tant mieux si la société en bénéficie.

Depuis quelques années, je constate une hausse des exigences de la société à l’égard de nos forêts, si bien que le droit de propriété semble un concept dépassé. Pourtant, les frais de financement des terres et les taxes foncières sont là pour nous montrer
qui est le « vrai » propriétaire.

Si l’on exige autant des propriétaires, peuvent-ils attendre un service en retour? Il serait nécessaire pour tous ces intervenants de reconnaître l’intelligence et la sagesse des propriétaires de boisés dans la gestion de leur patrimoine naturel; un patrimoine qui est transféré, dans une majorité de cas, d’une génération à l’autre.

Dans la pratique, cela veut dire de nous proposer des ententes raisonnables pour les deux parties. Il est normal d’exiger une redevance sur le bois que l’on récolte chez nous, une compensation pour les inconvénients liés aux passages et un rabais de taxes foncières ou une rémunération pour les services que l’on nous demande. Cela veut également dire des réglementations qui balisent les mauvaises pratiques plutôt que de régir la gestion de nos terres. Mais surtout, cela signifie que l’on doit nous écouter : « Nous ne sommes pas un intervenant comme les autres, exprimant une opinion qui en vaut une autre. Nous sommes les propriétaires du territoire visé par les projets de tous. »

Pierre-Maurice Gagnon
Producteur et Président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de février 2017

Produits forestiers orphelins cherchent nouvelles usines

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Actuellement, environ deux millions de mètres cubes de bois mobilisables en forêt privée peuvent difficilement trouver preneur, car la demande structurelle pour certaines essences et classes de qualité est trop limitée au Québec. Autrement dit, il n’y a plus suffisamment d’usines pour transformer les volumes disponibles de peupliers au Saguenay–Lac-Saint-Jean, de bois résineux de petite dimension ou de trituration dans les régions de la vallée du Saint-Laurent, de peupliers en Abitibi-Témiscamingue ou de résineux dans l’ouest du Québec.

Au même moment, on assiste à un accroissement des exigences des acheteurs de bois relativement aux essences acceptées et aux classes de qualité des tiges livrées aux usines restantes. La hausse de ces exigences s’explique par un surplus d’offres de bois sur les marchés, provenant de divers endroits, dont la forêt publique. Des bois qui normalement auraient trouvé preneur sont aujourd’hui rejetés.

Pour en ajouter, l’intensification des travaux d’éclaircies dans les jeunes plantations résineuses et la récupération des peuplements affectés par l’épidémie de la tordeuse des bourgeons d’épinette généreront des volumes de bois sans grands débouchés.

Cette situation freine l’effort d’aménagement chez les propriétaires forestiers, qui jugent sévèrement une récolte laissant trop de déchets sur les parterres ou des parties de leurs boisés non traitées faute de marchés adéquats.

Il faut se rappeler qu’environ 180 usines ont fermé leurs portes dans les 10 dernières années, parce que le secteur forestier était en crise. Sans souhaiter le retour d’unités de production d’une autre époque, un potentiel forestier inutilisé existe dans toutes les régions du Québec. L’exploitation de ce plein potentiel aiderait les communautés rurales qui sont à la recherche de sources de développement économique.

Cela doit se traduire par des investissements de la part d’industriels qui voient une utilisation potentielle pour ces bois : de nouvelles usines fabriquant des produits forestiers d’avenir. Malheureusement, le Québec échappe plusieurs de ces projets d’investissements au profit d’autres juridictions en Amérique du Nord. Oui, il se construit encore des usines de produits forestiers en Amérique du Nord.

Ces investissements ne se réaliseront pas sans un soutien de l’État. Le Québec a pu développer une industrie pharmaceutique, aérospatiale et de jeux vidéo en faisant un démarchage agressif à l’échelle internationale. Il est grand temps que celui-ci se fasse également pour les régions forestières. Le secteur forestier aura un avenir si les investissements pour moderniser les usines existantes ou en construire de nouvelles se multiplient.

J’espère donc que le Forum Innovation Bois, organisé le 31 octobre dernier par le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, se traduira en projets concrets… rapidement.

Pierre-Maurice Gagnon
Producteur et Président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

. Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de novembre 2016

Accord sur les exportations de bois d’œuvre aux États-Unis : d’une anomalie à une autre

Anomalie de la relation commerciale entre le Canada et les États-Unis, le libre-échange n’existe pas dans les échanges transfrontaliers de bois d’œuvre résineux.

Éditorial FCN

Des accords sont négociés entre les deux pays pour permettre aux scieries canadiennes d’avoir un accès limité aux marchés américains. Selon ces accords, des quotas sont imposés pour réduire les volumes de bois d’œuvre canadien exportés aux États-Unis ou augmenter leur prix sur ce marché par l’imposition d’une taxe à l’exportation. Si le Canada n’accepte pas de négocier de tels accords, les États-Unis déclenchent alors une guerre commerciale en imposant unilatéralement une taxe sur le bois d’œuvre canadien. Historiquement, cette menace s’est répétée à l’échéance de chacun de ces accords négociés pour quelques années.

Pour justifier ce comportement, les Américains prétendent que le prix du bois de la forêt publique représente une subvention aux scieurs canadiens en raison du faible taux de redevances exigé par les gouvernements. De savantes analyses viennent appuyer ou contredire cette prétention, selon le point de vue qu’on adopte sur cette question.

Les producteurs de bois de la forêt privée subissent les contrecoups de cette guerre commerciale entre les deux pays, car les accords prévoient peu pour tenir compte de leur situation différente. Pourtant, les 450 000 propriétaires forestiers canadiens ne diffèrent pas des 10 millions de propriétaires forestiers américains. Ces deux groupes tentent d’obtenir le meilleur prix sur le marché lorsqu’ils commercialisent le bois récolté dans leurs boisés. Voilà l’autre anomalie: dans les faits, le bois d’œuvre produit en transformant du bois de la forêt privée est traité de la même façon que le bois de la forêt publique, mis à part chez quelques scieurs frontaliers bénéficiant d’une exemption.

La Fédération des producteurs forestiers du Québec et les associations de propriétaires forestiers des autres provinces canadiennes revendiquent donc une clause d’exemption pour les bois provenant des forêts privées dans l’entente actuellement en négociation. Nous croyons que la proportion du bois d’œuvre produit dans les scieries à l’aide de bois rond provenant de forêts privées, canadiennes ou américaines, devrait être exempte de taxes ou quotas à l’exportation. Autrement, les Américains s’attaquent à la petite entreprise privée constituée de dizaines de milliers de producteurs forestiers. Un non-sens.

Nous ne sommes cependant pas à la table des négociations, et la prise en compte de notre réalité passera par la volonté des ministres provinciaux Luc Blanchette et Dominique Anglade et de la ministre fédérale Chrystia Freeland de nous défendre face à l’intransigeance américaine. Le feront-ils?

Pierre-Maurice Gagnon
Producteur et Président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

. Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de septembre 2016

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