Un forestier heureux de transmettre son savoir à ses filles

Au bout du fil, l’émotion étrangle la voix de Sarah. La jeune femme de 32 ans, fille de Pierre-Maurice Gagnon, est coiffeuse. Elle ne peut cependant imaginer que les boisés de son père pourraient un jour lui échapper, faute de connaissances suffisantes pour en prendre la responsabilité.

« C’est tellement une belle richesse », s’enthousiasme-t-elle au sujet de la forêt de son père, président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec.

« Je ne suis pas capable d’envisager que les terres de mon père seront vendues parce que je ne suis pas capable de m’en occuper », parvient-elle à dire. Un long silence suit. Sarah, tout comme sa soeur Catherine d’ailleurs, a suivi le cours d’abattage d’arbres. Elle admet qu’elle ne pourra jamais suivre la cadence d’un homme, mais estime que cette formation lui permettra de mieux comprendre les subtilités de l’aménagement forestier. En compagnie de son conjoint, elle est d’ailleurs en train de se construire un chalet à proximité de la cabane à sucre familiale. Un jour, elle se voit très bien posséder des lots forestiers, quitte à en confier l’aménagement à une tierce partie.

Pierre-Maurice Gagnon et ses deux filles, Sarah et Catherine

« Je pourrais engager des ouvriers pour effectuer les travaux, mais je veux être capable d’évaluer le travail qui se fait », confie Sarah. Elle doute qu’elle puisse un jour vivre essentiellement des revenus tirés de la forêt.

Sans en faire un métier, note Catherine pour sa part, la forêt représente d’abord à ses yeux un passe-temps de choix qui rejoint ses valeurs. Cet amour pour la forêt, convient-elle, lui provient de son père à qui elle voue une grande admiration. « Ce n’est pas gênant de dire que je suis la fille de Pierre-Maurice Gagnon », lance-t-elle avec conviction.

« On a toujours eu du plaisir dans le bois, en famille à la cabane à sucre, évoque-t-elle. Je ne m’ennuie pas en forêt et j’aime mieux ça que de sortir dans les bars.

Pierre-Maurice Gagnon est bien heureux de constater l’intérêt de ses filles pour sa forêt. Visiblement, celui-ci est plus grand que pour l’agriculture. Il admet avoir été surpris par leur réaction quand il a été forcé de vendre certains lots, voyant que « cela leur a fait mal au coeur ».

Le président de la Fédération dit avoir laissé ses filles libres de l’accompagner en forêt. La cabane à sucre et « des nuits à faire bouillir », le ski de fond et la raquette ont été autant d’occasions de les initier à la vie forestière. Il profitait de chaque visite pour partager sa science de la forêt et « leur montrer à identifier les arbres ».

Sarah admet avoir suivi son père en forêt avec intérêt depuis sa tendre enfance. Bien qu’elle aurait aimé s’impliquer davantage, elle jugeait que « ce n’était pas un métier pour une fille ». Elle considère maintenant que les femmes peuvent jouer un plus grand rôle en forêt. « La forêt est encore un monde d’hommes », convient toutefois Pierre-Maurice Gagnon. Ce dernier constate tout de même « une lente évolution », disant voir plus de femmes devenir propriétaires de boisés. S’il observe la présence accrue de femmes lors des assemblées syndicales, il déplore leur faible représentation au sein des conseils d’administration.

« Autrefois, relate-t-il, il était fréquent d’entendre un propriétaire affirmer qu’il allait vendre ses lots boisés parce que ses garçons n’étaient pas intéressés à prendre la relève. Quand une femme tombait veuve, c’était automatique, elle vendait. »

« Les choses changent, ajoute-t-il. Ce n’est plus vrai que c’est rien qu’aux garçons. Les femmes ont prix leur place et elles sont capables de travailler en forêt. Il y a tellement de nouvelles méthodes et de moyens modernes comme la géomatique. On retrouve aussi de la belle petite machinerie. Il sera quand même toujours important de connaître son boisé. »

Article paru dans la revue Forêts de chez nous de février 2016 .

Les municipalités au coeur du développement de la forêt privée

Le monde municipal joue un rôle de plus en plus déterminant dans le développement économique régional et l’occupation dynamique du territoire. Bien évidemment, le rôle des municipalités dans la gestion des forêts privées ne fait pas exception à cette règle. D’un côté, les municipalités disposent d’un levier réglementaire en matière d’encadrement des activités sylvicoles permettant de favoriser ou nuire à l’activité forestière. Parallèlement, de nouveaux changements législatifs fournissent dorénavant aux municipalités un puissant outil fiscal pour encourager la mise en valeur des forêts privées et dynamiser l’activité économique forestière. Au Québec, peu de secteurs économiques dépendront autant des décisions des autorités municipales.

Miser sur la fiscalité pour accroître la mise en valeur des forêts privées


La forte progression des taxes municipales imposées aux propriétés forestières affecte la rentabilité des activités de production de bois. Depuis 1999, le fardeau fiscal municipal a crû au rythme de 5,7 % par année. De 1999 à 2019, les charges que représentent les taxes municipales sont passées de 1,93 $ à 5,88 $ pour chaque mètre cube de bois produit, soit une hausse largement supérieure à l’inflation (+204 % par rapport à +41 %). En comparaison, la valeur du bois est demeurée relativement stable. Par conséquent, le poids des taxes foncières sur la valeur intrinsèque du bois a plus que doublé, passant de 3,9 % à 9,4 %. Consultez notre analyse complète du fardeau fiscal dans l’infolettre du mois d’août 2020. Afin de remédier à la situation, l’Assemblée nationale du Québec a adopté en mars dernier les modifications à la Loi sur la fiscalité municipale pour y inscrire une nouvelle catégorie d’immeubles forestiers.

Synthèse des règlements encadrant les activités réalisées dans les milieux humides et hydriques en forêt privée

Attention: des changements aux présentes directives entreront en vigueur le 1er mars 2026. Une mise à jour sera publiée à l’automne 2025 sur le site.

Les nouveaux règlements encadrant les activités réalisées dans les milieux humides et hydriques sont entrés en vigueur le 31 décembre 2020. Nous vous présentons ici ce que vous devez savoir avant d’effectuer des travaux d’aménagement forestier dans ces milieux.

Les activités sylvicoles présentent un risque environnemental moindre sur les milieux naturels que d’autres activités si les travaux respectent les saines pratiques d’intervention en limitant l’orniérage du sol forestier et en évitant de modifier le drainage.

Le nouveau régime d’autorisation environnementale tient compte de cet état de fait en permettant la réalisation de nombreuses activités sylvicoles dans les milieux humides et hydriques par l’adoption du Règlement sur l’encadrement d’activités en fonction de leur impact sur l’environnement (REAFIE). Ainsi, la majorité des interventions forestières font l’objet d’une exemption au régime d’autorisation environnementale du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) lorsqu’on respecte toutes les conditions de réalisation. Le règlement prévoit toutefois que certains travaux de plus grande envergure doivent être déclarés auprès du MELCC en transmettant une déclaration de conformité 30 jours avant de débuter les travaux. Pour les autres travaux non visés par une exemption ou une déclaration de conformité, ou si on est dans l’incapacité de respecter une condition de réalisation, il est nécessaire de faire une demande d’autorisation auprès du MELCC.

La description des conditions devant être respectées pour réaliser les activités visées par des exemptions ou admissibles à une déclaration de conformité prévue au REAFIE est présentée dans le Règlement sur les activités dans des milieux humides, hydriques et sensibles (RAMHHS).

Il est recommandé de faire appel à son conseiller forestier pour identifier et délimiter les milieux humides et hydriques sur sa propriété, ainsi que pour être guidé avant d’entreprendre des travaux sylvicoles dans ces milieux. Le RAMHHS prévoit d’ailleurs le recours à une prescription sylvicole dans certains cas.

Définition d’activité d’aménagement forestier
Les activités et les conditions de réalisation décrites dans le tableau  synthèse sont spécifiques à la réalisation d’une activité d’aménagement forestier dont la définition inclut également les activités acéricoles. Les producteurs forestiers et acéricoles peuvent donc se prémunir de ces exemptions ou déclarations de conformité.

Définition d’un milieu hydrique
Un milieu hydrique est un lac, un cours d’eau avec un débit régulier ou intermittent, ainsi que les rives, le littoral et les plaines inondables tels que définis par un règlement du gouvernement. Les fossés de voies publiques ou privées, les fossés mitoyens et les fossés de drainage dont la superficie du bassin versant est inférieure à 100 hectares ne sont pas considérés comme des milieux hydriques.

Définition d’un milieu humide
Un milieu humide et hydrique est d’origine naturelle ou non, se distingue par la présence d’eau de façon permanente ou temporaire, laquelle peut être diffuse, occuper un lit ou encore saturer le sol et dont l’état est stagnant ou en mouvement dans un débit régulier ou intermittent. Un milieu humide est également caractérisé par des sols hydromorphes, c’est-à-dire modifiés par l’eau, ou une végétation dominée par des espèces végétales hygrophiles (qui affectionnent les sols humides). Les étangs, les marais, les marécages et les tourbières sont considérés comme des milieux humides.

Aperçu des conditions générales devant être respectées pour toute activité réalisée dans les milieux humides et hydriques

Afin d’être exemptés ou de bénéficier de la déclaration de conformité, les travaux réalisés dans des milieux humides et hydriques doivent respecter les conditions de réalisation suivantes :

  • Utiliser des matériaux appropriés pour le milieu visé, par exemple des ponceaux conçus à cette fin.
  • Utiliser des mesures de contrôle de l’érosion, des sédiments et des matières en suspension.
  • Ne pas nuire au libre écoulement des eaux.
  • Ne pas circuler dans l’eau, sauf lorsque les conditions sont prévues au règlement.
  • Le ravitaillement et l’entretien de machinerie peuvent être effectués dans une rive, une zone inondable ou un milieu humide s’il y a un système de captage des fuites ou un dispositif de prévention des déversements.
  • Favoriser la régénération naturelle. Si elle est insuffisante, reboiser en moins de 4 ans après la fin des travaux sylvicoles, sauf en présence d’une perturbation naturelle dans un milieu autre qu’une rive.
  • Ne pas engendrer de remblayage ou de déblaiement, sauf aux conditions prévues par la réglementation.
  • Conserver pendant 5 ans une prescription sylvicole qui est exigée par le règlement.

Activités d’aménagement forestier dans les milieux humides et hydriques

Vous trouverez dans le tableau suivant la liste des activités exemptées ou pouvant bénéficier d’une déclaration de conformité au REAFIE. Rappelez-vous que si vos travaux ne correspondent pas à ceux décrits dans ce tableau, une autorisation préalable du MELCCFP pourrait être nécessaire pour intervenir dans un milieu humide, une bande riveraine, une plaine inondable ou un cours d’eau.

Tableau synthèse pour les activités forestières dans les milieux humides et hydriques

L’article 44 du Règlement sur les activités dans des milieux humides, hydriques et sensibles limite les coupes totales sans prescription sylvicole à 4 hectares dans le territoire des basses-terres du Saint-Laurent au lieu de 25 hectares ailleurs au Québec.

Carte des municipalités visées par la limite de superficie de 4 hectares.
Liste complète des municipalités visées par la limite de superficie de 4 hectares.
Liste des municipalités dont une partie du territoire est incluse dans la province naturelle des basses-terres du Saint-Laurent (MELCC).

Chronologie d’une hausse de prix record pour le bois d’œuvre

Après une surprenante course ininterrompue depuis le début du mois d’avril, le prix du bois d’œuvre a dépassé les 1 200 $ CA/MPMP à la fin août. Il s’agit d’un bond vertigineux puisque le prix avoisinait les 600 $ CA/MPMP avant que la pandémie ne prenne de l’ampleur à la mi-mars. L’explosion des prix s’explique par les interventions gouvernementales et un enchaînement de comportements spécifiques à la crise sanitaire. Faisons ici la chronologie de cette hausse de prix record.

Mars : Le spectre d’une récession économique faisait les manchettes, provoquant la chute des cours boursiers des principales compagnies forestières alors que le prix du bois d’œuvre flanchait. Les milieux financiers et les dirigeants de ces entreprises anticipaient alors une profonde réduction de la consommation de bois d’œuvre en Amérique du Nord en 2020, considérant que certains chantiers de construction risquaient d’être paralysés et que l’enthousiasme pour le secteur immobilier allait s’estomper. Pour faire face à la situation, les scieurs nord-américains ont procédé à la fermeture préventive de nombreuses unités de production.

Avril : Les premiers chèques de la Prestation canadienne d’urgence (PCU) et de son généreux équivalent américain ont permis à des millions de ménages nord-américains de conserver un niveau de vie comparable à celui d’avant la crise, et ce, malgré un taux de chômage record des deux côtés de la frontière. Avec la fermeture des commerces au détail, des restaurants et des frontières nationales à des fins touristiques, les consommateurs nord-américains ont redirigé une partie de leur budget vers les projets de rénovation. Cet engouement a eu un impact très important pour la demande de bois d’œuvre, puisque près de 40 % de la demande nord-américaine provient normalement de ce secteur. Toutefois, les fermetures préventives des scieries ont amputé du tiers la production canadienne comparativement à l’année précédente.

Mai : La plupart des producteurs de bois d’œuvre ont tenté de relancer leur production, voyant que le boom dans la rénovation avait pratiquement comblé le vide occasionné par la débâcle du secteur de la construction. Le succès fut mitigé, car la production canadienne de bois d’œuvre affichait toujours une baisse de 18 % sur un an. Cette sous-production des mois d’avril et de mai a initié une raréfaction du bois d’œuvre dans la chaîne d’approvisionnement, qui s’est soldée par une récupération rapide du prix du bois d’œuvre. Le terrain perdu au pire de la crise sanitaire était pratiquement récupéré dès la mi-mai, alors que la valeur du bois d’œuvre au comptant avoisinait les 550 $ CA/MPMP.

Juin : La construction résidentielle aux États-Unis et au Canada a dépassé toutes les attentes en rattrapant pratiquement tout le retard creusé en début de saison. Ce rebond a permis à la demande de bois d’œuvre en provenance de ce segment de retrouver un niveau comparable à l’an dernier. La vitesse et l’ampleur de la reprise du secteur immobilier sont surprenantes étant donné la récession qui sévit actuellement. Évidemment, des facteurs conjoncturels ont accéléré la cadence de la construction résidentielle. Pensons notamment aux taux hypothécaires ramenés au plancher en temps de crise ainsi qu’une augmentation sans précédent du revenu disponible en lien avec l’implantation de programmes d’aide gouvernementaux.

Juillet et août : Quoi qu’il en soit, les producteurs de bois d’œuvre n’ont pas été en mesure de rattraper le retard cumulé dans les commandes comme l’ont fait les constructeurs, notamment en raison de la hausse de la demande du segment de la rénovation qui s’est poursuivie durant l’été. Ce déficit de production a engendré une course pour sécuriser des approvisionnements, provoquant une ascension vertigineuse des prix du bois d’œuvre à partir de la mi-juillet.

Prix moyen mensuel du bois d'oeuvre (contrat à terme de l'indice Random Lengths en $ CA/MPMP)

Il serait très étonnant que le prix du bois d’œuvre demeure au niveau du mois d’août bien longtemps (1 000 $ CA/MPMP). Généralement, le mois d’octobre s’accompagne d’un ralentissement significatif dans le secteur de la construction résidentielle. Ce sera un bon moment pour les producteurs de bois d’œuvre pour maintenir la cadence afin de rattraper le déficit de production qu’ils n’ont pas été en mesure de résorber durant l’été. À plus long terme, il est difficile de trancher sur l’orientation du prix du bois d’œuvre. Des facteurs structurels accroissent la demande de bois d’œuvre, comme l’implantation du télétravail à grande échelle qui favorise la construction de résidences unifamiliales au détriment des condos et appartements dans les milieux urbains. Il faut aussi compter sur l’impact des millénariaux qui accèdent de plus en plus à une propriété. Rappelons que la cohorte, âgée entre 27 et 31 ans, de cette génération est 10 % plus nombreuse que les précédentes, ce qui accroît d’autant plus la demande résidentielle.

Il reste maintenant à déterminer si les facteurs qui ont soutenu la hausse des prix du bois d’œuvre compenseront les risques. Parmi ces facteurs, notons un taux de chômage élevé et la diminution ou l’arrêt des programmes de soutien gouvernementaux qui s’accompagneront probablement par une hausse marquée des reprises de faillite sur les marchés immobiliers d’Amérique du Nord. Ces facteurs contribueront probablement à l’éclatement de la bulle de prix du bois d’œuvre. Même si un recul des prix est à prévoir pour les prochains mois, il est important de rappeler que l’industrie du sciage au Québec est en mesure de générer des profits même lorsque le prix du bois d’œuvre avoisine les 550 $ CA/MPMP.

Une passion transmise chez les Rainville

Mirianne Rainville adore la forêt. Comme pour la potion magique, elle est pour ainsi dire tombée dedans.

Fille d’un entrepreneur forestier, elle suivait volontiers son père Réjean les fins de semaine et les jours de congé scolaire. Aujourd’hui propriétaire de 400 acres de boisés, elle a acquis son premier lot à 21 ans.

« Quand je suis sortie de l’école, je pensais m’acheter un lot à bois, pas une maison », raconte-t-elle. Heureux de constater l’intérêt de sa fille, Réjean lui a cédé ses propriétés tout en continuant à y effectuer les travaux de coupe. 

« … d’aménagement, précise Mirianne. Mon père dit qu’il faut aménager la forêt, pas la couper. C’est bien de la couper, mais tout en l’aménageant. »

La leçon a été bien apprise. Mirianne dit suivre minutieusement le plan d’aménagement préparé par l’Association des propriétaires de boisés de la Beauce. La forêt mature située à Sainte-Aurélie a été nettoyée, des plantations ayant remplacé avantageusement le tremble. Un chemin de bonne qualité s’étend aujourd’hui d’un bout à l’autre de la propriété.

À 21 ans, à la fin de ses études en gestion agricole, Mirianne Rainville rêvait d'abord de s'acheter un lot forestier, "pas une maison".

Mirianne s’estime chanceuse de pouvoir compter sur les conseils de son père qui effectue les travaux. La jeune femme admet profiter de l’endroit principalement pour les loisirs en famille. Propriétaire de chevaux, elle aime bien s’y balader en été.

« Quand j’ai acheté la forêt, avoue-t-elle, ce n’était pas pour l’exploiter, mais bien plus pour faire un placement. Mon père m’a toujours dit que c’était un placement sûr. J’aime bien m’y retrouver. Je ne pense plus à rien. Quand j’ai une décision importante à prendre, c’est un endroit vraiment relax pour ça. »

Les femmes ne sont pas légion en foresterie. Au Québec, les 16 000 femmes propriétaires d’un boisé de plus de quatre hectares ne représentent que 12 % des 130 000 propriétaires. En Chaudière-Appalaches et à Québec (8 %) ainsi que dans les Appalaches (9 %), la proportion de femmes propriétaires se situe sous la moyenne québécoise. Au sein des syndicats régionaux et des offices de producteurs forestiers au Québec, on ne trouve que deux femmes sur 115 administrateurs. Mirianne est l’une d’elles depuis quatre ans déjà. « L’Association a demandé à mon père si un poste d’administrateur l’intéressait, relate Mirianne. Il a dit que c’était à mon tour. J’aime bien mon expérience. Au début, cela me faisait un peu peur de donner mon opinion et d’être mal perçue. C’est surtout des hommes d’un certain âge.

« J’ai découvert qu’ils sont très ouverts et que mon opinion passe bien, ajoute-t-elle. C’est enrichissant et ça m’apporte beaucoup de connaissances. C’est aussi très agréable d’échanger avec d’autres producteurs. Il y a plein de visions différentes. »

Mirianne Rainville sait bien qu'elle a de la chance de pouvoir compter sur les services d'un forestier aguerri de la forêt, son père Réjean. Tout comme lui, elle rêve de léguer sa forêt à ses enfants, dont le petit Étienne, deux ans et demi.

Mirianne a bien consciente que peu de femmes travaillent en forêt. Si elle est toujours partante pour acheter de nouveaux boisés, elle n’a aucunement l’intention d’y travailler directement. Elle croit d’ailleurs qu’elle devrait posséder un énorme domaine pour espérer pouvoir en tirer suffisamment de revenus pour en vivre. 

« Je ne dis pas non, mais pas dans un avenir rapproché, juge-t-elle. Les taxes sont tellement élevées et nombreuses. S’il fallait que j’engage, il n’en resterait pas beaucoup. Avec mon père, l’entreprise fait ses frais. »

Mirianne Rainville ne cache pas sa grande fierté de posséder des lots forestiers. Elle constate également la même satisfaction chez son père, qui voit son oeuvre se prolonger. Mère d’un enfant de deux ans et demi, Étienne, elle confie en attendre un deuxième. 

« J’aimerais aussi laisser ça à mes enfants, espère-t-elle. J’aime la forêt. Mon père avait le tour de me transmettre sa passion. Aujourd’hui, il y emmène régulièrement son petit-fils. Étienne dit qu’il va couper des arbres plus tard. »

Article paru dans la revue Forêts de chez nous de février 2016 .

Maintenir le cap malgré la tempête

Nul doute, la tempête que nous traversons est sans commune mesure alors que la crise sanitaire liée à la COVID-19 a complètement bouleversé l’ordre des choses.

Cela aura forcé la Fédération des producteurs forestiers du Québec (FPFQ) a reporter la tenue de son congrès et de l’assemblée générale annuelle auxquels nombre d’entre vous étaient conviés. Il s’agit d’un moindre mal lorsque la santé de tout un chacun est en danger, mais c’est néanmoins bien malheureux considérant qu’il était question d’un congrès à caractère international, soulignant les 50 ans de notre organisation. Ce n’est que partie remise pour les producteurs, les administrateurs, les employés et les autres gens ayant oeuvré toutes ces années au développement de la FPFQ.

Bien que le secteur forestier ait été rapidement considéré comme un service essentiel, la mise en marché du bois a montré ci et là des signes d’essouflement ce printemps en raison du ralentissement économique. Bien que depuis, certains marchés aient repris de la vigueur, comme celui du bois de sciage résineux, d’autres fonctionnent toujours au ralenti. 

Les producteurs forestiers devront maintenir le cap malgré la tempête. Heureusement, ils pourront compter sur leur syndicat et leur office de producteurs de bois pour les guider. L’utilisation des mécanismes de mise en marchés permettront d’éclairer la situation. En ce sens, la FPFQ, de concert avec ses organismes affiliés, a procédé à une révision importante de PrixBois.ca. Ce site permet déjà aux producteurs d’identifier le marché le plus lucratif pour leur production en retranchant les coûts de transport pour chaque opportunité de vente.

Les producteurs forestiers qui bénéficient d’une mise en marché collective pour tout leur bois n’ont pas besoin d’utiliser tout le potentiel offert par cette plate-forme. Toutefois, ils pourront dorénavant profiter d’une veille économique sur les marchés du bois et des produits forestiers, des alertes de changements de prix du bois ainsi que d’un calculateur pour estimer les revenus de leurs chantiers. 

Le premier ministre du Québec a annoncé récemment qu’il désirait rapidement améliorer le régime forestier afin d’accroître sa prévisibilité. Nous entendons évidemment participer aux discussions afin de préserver les intérêts des 134 000 propriétaires forestiers face aux impacts de ces changements. En ce sens, nous sommes déjà à l’oeuvre pour proposer des changements qui permettront aussi d’accroître la prévisibilité pour tous les acteurs de la forêt privée. 

Finalement, je tiens, par la présente, à souligner l’arrivée de Vincent Miville à la direction générale de la FPFQ. M. Miville a oeuvré pour notre organisation par le passé et tout comme lui, nous sommes heureux qu’il puisse servir encore une fois les propriétaires et les producteurs forestiers de toutes les régions. Je désire par le fait même remercier Marc-André Côté pour la décennie pendant laquelle il a oeuvré en tant que directeur général de notre organisation. Son dynamisme et ses aptitudes hors pair nous auront permis de faire avancer bon nombre de dossiers dont bénéficient aujourd’hui tous les producteurs forestiers.

Pierre-Maurice Gagnon
Producteur et président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de septembre 2020.

Les exportations québécoises de bois d’oeuvre résineux accusent toujours un retard en juillet

Pour la première fois depuis le début de la pandémie en Amérique du Nord, les exportations canadiennes de bois d’œuvre vers les États-Unis ont dépassé leur niveau de 2019. En juillet, ces exportations se sont appréciées de 3,1 % comparativement à l’année précédente.

Ces résultats positifs ont été rendus possibles par une augmentation de 9,4 % des exportations de la Colombie-Britannique. Rappelons que cette province produit plus de 40 % du bois d’œuvre canadien. Il s’agit là d’un rattrapage intéressant pour cette région qui avait subi une chute significative de ses exportations au cours des 3 mois précédents.

Les exportations québécoises de bois d’œuvre n’ont pas suivi cette tendance puisqu’elles ont reculé de 15 % en juillet, et ce, malgré une augmentation des prix et une pénurie grandissante. Pour un quatrième mois consécutif, les exportations de la Belle Province vers les États-Unis ont été nettement inférieures à leur niveau de 2019. Malgré tout, les dernières données illustrant la production québécoise de bois d’œuvre démontrent que les scieurs québécois ont produit autant en juin de cette année qu’à pareille date l’an dernier.

Ceci s’explique par le fait que les producteurs québécois de bois d’œuvre ont écoulé davantage de volume sur le marché domestique caractérisé par la résilience du marché immobilier et un boom dans la rénovation résidentielle. Ce marché domestique représente une occasion d’affaires intéressante pour les scieurs québécois qui ont pu profiter des hausses de prix du bois d’œuvre tout en diminuant leur exposition aux tarifs du marché américain. Traditionnellement, le Québec exporte proportionnellement moins de bois d’œuvre que la Colombie-Britannique (48 % par rapport à 88 % en 2019).

Le choix d’un conseiller forestier : une question de confiance et de respect!

Trois-Rivières – Les intervenants du milieu de la foresterie, producteurs, ingénieurs, techniciens et entrepreneurs, sont unanimes : c’est d’abord et avant tout la confiance qui doit guider le producteur forestier dans le choix de son conseiller.

« Il faut que j’aie entièrement confiance parce que je lui demande de rendre ma forêt plus rentable », explique Robert Périgny, propriétaire d’une forêt de feuillus de 14 hectares en banlieue de Trois-Rivières.

Ce chiropraticien nouvellement retraité reconnaît qu’il n’avait pas l’expertise requise lorsqu’il a fait l’acquisition de sa propriété forestière il y a huit ans. « Je refusais de couper un arbre, raconte-t-il. Mon conseiller m’a bien fait comprendre que couper des arbres pouvait s’avérer bénéfique à la mise en valeur de ma forêt et que je devais avant tout planifier ces interventions en respectant un plan d’aménagement forestier. »

Et il ne regrette pas son choix. Cette année, il a procédé à la plantation de 1 600 chênes à gros fruits. Il montre fièrement les arbres plantés l’an dernier et au cours des années précédentes, dont certains atteignent déjà plus de trois mètres.

Son conseiller, c’est l’ingénieur forestier Patrick Lupien des syndicats des producteurs de bois de la Mauricie et du Centre-du-Québec. 

« Il a développé une expertise dans l’exploitation des forêts de feuillus. Je peux donc avoir confiance en lui, sans oublier le technicien qui connaît très bien le terrain et travaille étroitement avec mon conseiller. »

Un spécialiste et un guide

Qu’il provienne d’un syndicat, d’un groupement, d’une coopérative ou d’une firme de consultants en foresterie, le conseiller est le professionnel qui sera chargé d’élaborer un plan d’aménagement forestier et de guider le propriétaire dans ses démarches une fois qu’il se sera enregistré comme producteur.

Ce dernier pourra ainsi profiter des programmes d’aide à la mise en valeur des forêts privées et des autres mesures gouvernementales.

« Le conseiller forestier est comme un médecin de famille. Il faut avoir confiance en lui », explique Pascal Audet, conseiller forestier depuis 20 ans et PDG de la firme de consultants Les Conseillers forestiers de l’Outaouais.

« On travaille sur des valeurs importantes au plan économique comme au plan sentimental parce que c’est parfois la deuxième ou troisième génération de propriétaires. »

Une large proportion des propriétaires sont des néophytes. « Ils ont parfois très peu de connaissances du milieu et ont besoin d’être guidés, indique Patrick Lupien. On voit souvent les enfants d’un producteur qui ont hérité d’une forêt et qui veulent savoir quoi en faire. »

« Des producteurs n’ont parfois qu’une vague idée de ce qu’ils veulent faire de leur propriété, explique Nicolas Meagher, ingénieur forestier et directeur général d’Aménagement forestier coopératif des Appalachjes. Il faut donc en arriver à leur exposer toutes les possibilités qu’offre leur forêt et à les guider dans le chemin qu’ils ont choisi d’emprunter. Il est impératif de leur faire la démonstration qu’ils peuvent avoir confiance en nous. »

Une confiance à bâtir!

M. Audet considère comme cruciale la première rencontre avec son client. « À notre première visite, je « marche la forêt » avec le producteurs pour lui montrer qu’il fait appel à des spécialistes qui connaissent parfaitement le milieu. C’est aussi l’occasion de connaître les aspirations du producteur, de savoir ce qu’il souhaite faire de sa propriété. »

« Le producteur doit s’assurer que le conseiller forestier possède l’expertise pour mettre en oeuvre son plan d’aménagement », explique pour sa part Léopold Quintal, producteurs forestier et président du Syndicat des producteurs de bois de la Mauricie.

Le producteur forestier Léopold Quintal est président du Syndicat des producteurs de bois de la Mauricie

« Même s’il fait confiance à son conseiller, le producteur doit remettre en question les recommandations qui lui sont faites, avoir l’oeil sur les travaux qui sont recommandés et demander des comptes, précise-t-il. En fait, propriétaire et conseiller doivent être des partenaires et travailler ensemble à l’atteinte d’un objectif commun : aménager la forêt pour en accroître le potentiel. »

Mais qu’advient-il lorsque les aspirations du propriétaire sont incompatibles avec la nature de la forêt ou les valeurs défendues par le conseiller et son organisation?

« C’est tout à fait possible! avoue M. Audet. Par exemple, dans le cas d’un propriétaire qui souhaite exploiter une érablière dans une forêt qui n’en a pas le potentiel, le conseiller devra faire la démonstration que les résultats risquent de ne pas être à la hauteur des efforts déployés. Par ailleurs, je me verrais mal encourager un propriétaire qui souhaite raser sa forêt pour en tirer un profit à court terme. Il faudrait que je lui propose d’autres solutions. »

Ainsi, dans certaines situations, le conseiller doit savoir faire preuve de doigté et de diplomatie pour convaincre son client de ce qui est le mieux pour sa propriété tout en respectant ses limites. 

Le producteurs doit quant à lui se montrer ouvert d’esprit et envisager des avenues auxquelles il n’avait pas songé dans l’exploitation de sa forêt.

En somme, le propriétaire doit parvenir à voir en son conseiller le partenaire qui l’aidera à mieux exploiter sa forêt.

Cinq conseils pour choisir son conseiller

  • 1

    Cerner ses attentes et ses moyens

    Le propriétaire de boisé doit avoir une idée, même vague, de ce qu'il souhaite faire de sa propriété. Il peut par exemple choisir d'exploiter son potentiel faunique pour la chasse, pour la production de bois ou des produits non ligneux. Le conseiller devra tenir compte de ces aspirations.

    Il est fort probable que des travaux forestiers requièrent des investissements de la part du propriétaire. Celui-ci devra déterminer sa marge de manoeuvre et dans quels délais il souhaite retirer des revenus de ces travaux. 

    Il doit aussi savoir jusqu'où il est disposé à s'impliquer dans la réalisation des aménagements de sa forêt, les travaux sylvicoles, la construction et la réparation de chemins, l'abattage et le transport du bois ainsi que le débroussaillage. Il doit également déterminer s'il possède les ressources et l'expertise pour réaliser lui-même de tels travaux.

  • 2

    Consulter d'autres producteurs

    De nombreux producteurs exploitent leur forêt depuis plusieurs années, voire plusieurs décennies, et ont déjà acquis de l'expérience dans les relations avec des conseillers forestiers.

    Le conseiller devrait être disposé à fournir des noms de propriétaires avec lesquels il a travaillé pour permettre au producteur de déterminer si ses méthodes correspondent à ses attentes.

  • 3

    S'assurer de l'expertise requise

    Certains conseillers ont développé une expertise pointue dans certains aspects de la foresterie ou en agroforesterie, par exemple dans l'aménagement des forêts de feuillus, l'exploitation faunique ou l'aménagement acéricoforestier. Il faut donc s'assurer que le conseiller et son organisation ont bien l'expertise requise.

  • 4

    Être réceptif aux recommandations

    Il est possible que les aspirations du propriétaire ne soient pas compatibles avec la nature ou l'état de son boisé. Il lui faut se montrer réceptif aux recommandations du conseiller. Cela ne l'interdit pas d'émettre des objections ou des réserves, et de remettre en question les recommandations qui lui sont soumises.

  • 5

    Suivre les travaux

    Dans le cas où il ferait exécuter des travaux, le propriétaire devrait se rendre régulièrement sur place pour s'assurer qu'ils sont réalisés selon ses attentes.

    L'aménagement de la forêt peut se faire sur de nombreuses années et le conseiller forestier pourrait être présent tout au long de ce processus. Le propriétaire devrait exiger un rapport régulier sur l'état d'avancement des travaux et une projection des réalisations à venir.

Article paru dans la revue Forêts de chez nous de septembre 2016.

Taxer l’effort sylvicole

L’accroissement des taxes municipales imposées aux propriétés forestières est une cause d’inquiétude chez les producteurs forestiers. L’analyse des taxes et des valeurs foncières municipales au cours des 20 dernières années met en évidence un transfert du fardeau fiscal municipal vers les producteurs forestiers. La progression des charges fiscales des propriétaires forestiers nuit à la rentabilité des activités de récolte en forêt privée et incidemment, à la mobilisation du bois.

Pour dresser ce constat, la FPFQ a analysé l’évolution de près de 60 000 unités d’évaluation de terrain forestier dans l’ensemble des municipalités du Québec sur une période de 20 ans, à partir du sommaire du rôle d’évaluation foncière tenu par le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation. Il s’agit d’un échantillon très important en regard des 134 000 propriétaires forestiers que l’on retrouve au Québec.

Entre 1999 et 2019, les taxes municipales des terres boisées du Québec ont augmenté en moyenne de 5,7 % par année. À titre indicatif, les taxes municipales moyennes payées sur une propriété forestière en 1999 s’élevaient à 191 $ alors qu’en 2019, elles atteignaient 581 $ par unité d’évaluation, soit une progression de 204 % en l’espace de deux décennies. Cette progression dépasse largement l’inflation (≈1,7 % par an).

Record de prix pour le bois d’oeuvre

Le bois d’œuvre est l’une des matières premières qui a connu la plus grande progression de prix depuis le début de la crise de la COVID-19. L’indice de prix du bois d’œuvre Random Lengths a progressé de 103 % au cours de la dernière année, pour atteindre 698 $ US/MPMP dernièrement. Converti en dollars canadiens, cet indice atteint dorénavant un record à près de 950 $ CA/MPMP. Cet accroissement est aussi rapide que surprenant. Une compression de l’offre trop importante, jumelée à une demande plus vigoureuse que prévu, ont occasionné cette hausse aussi subite qu’inattendue.

La demande est plus robuste qu’anticipé

La robustesse du marché immobilier américain et canadien a déjoué toutes les prédictions des économistes. Les mises en chantier en juin au Canada et aux États-Unis ont atteint leur niveau d’avant COVID-19. Cette situation inattendue est survenue au même moment où la demande de bois d’œuvre en provenance du secteur de la rénovation s’est fortement accrue. Aux États-Unis, l’indice de confiance de la National Association of Home Builders (NAHB) sur les rénovations résidentielles a fortement augmenté, passant de 48 à 73 points entre le premier et le deuxième trimestre de 2020. En effet, bon nombre de particuliers ont profité du confinement pour procéder à la rénovation de leurs propriétés. La reprise du marché de la construction, conjuguée au dynamisme du secteur de la rénovation, ont donc occasionné une pression sur la chaîne d’approvisionnement.

Les données sur les exportations québécoises de bois d’œuvre vers les États-Unis illustrent cette tendance. Bien que l’activité économique ait chuté de 33 % aux États-Unis au cours du deuxième trimestre en raison de cette crise d’une ampleur disproportionnée, la diminution des exportations québécoises de bois d’œuvre ne fut pas aussi abrupte (-14 %). Les baisses depuis avril furent notables, mais nettement inférieures à la décroissance économique correspondante. C’est surprenant, car historiquement, la demande de bois d’œuvre est intimement corrélée à l’activité économique.

Exportations mensuelles de bois d'oeuvre du Québec vers les États-Unis (en G PMP)

La contraction de l’offre a été excessive

À la suite du déclenchement de la crise sanitaire vers la mi-mars, les entreprises manufacturières de bois d’œuvre ont rapidement réagi à la menace en réduisant agressivement leur capacité de production. Ce fut notamment le cas en Colombie-Britannique où des leaders du secteur comme West Fraser et Canfor ont annoncé au début du mois d’avril une réduction drastique de leurs activités (jusqu’à 60 % de leur capacité de production). La raréfaction du bois d’œuvre sur le marché nord-américain est en grande partie attribuable aux arrêts de production dans cette région, au bénéfice des autres régions forestières qui ont profité d’une concurrence moins féroce.

La vague de fermetures, ou les arrêts temporaires, des scieurs a fortement réduit la quantité de bois d’œuvre disponible dans la chaîne d’approvisionnement. Parallèlement, les distributeurs de bois d’œuvre ont fortement diminué leurs inventaires afin d’accroître leurs liquidités en vue d’une crise économique. Ces facteurs ont contribué à minimiser la disponibilité du bois d’œuvre dans la chaîne d’approvisionnement.

La course pour garantir des volumes pousse les prix vers des sommets

Contrairement aux attentes des scieurs, la consommation de bois d’œuvre en Amérique du Nord a été plus forte que prévu. Ceci s’est traduit par une forte pression sur la chaîne d’approvisionnement, occasionnant une hausse fulgurante des prix du bois d’œuvre.

La montée en flèche du prix du bois d’œuvre ressemble à plusieurs égards au rallye de 2018 lorsque le prix avait fracassé tous les records. En effet, les deux ralliements ont été causés par la conjugaison d’une meilleure demande qu’anticipée et une contraction subite de l’offre. En 2018, des feux de forêt et des problèmes de transport ferroviaire limitaient subitement l’offre, alors que cette année, ce fut plutôt une crise sanitaire à l’origine de cette contraction. Cette fois-ci, la dynamique des prix a été caractérisée par une hausse encore plus soudaine. En effet, il faut remonter à 1993 pour obtenir une hausse d’une ampleur similaire sur une si courte période. La course pour garantir des volumes de bois d’œuvre a poussé les prix vers des sommets.

À court terme, les contraintes sanitaires limiteront la capacité de production de bois d’œuvre à l’échelle de l’Amérique du Nord. Toutefois, ce débalancement entre l’offre et la demande devrait être de courte durée puisque la capacité de production nord-américaine surpasse nettement la demande. Le prix du bois d’œuvre devrait fléchir à mesure que les scieurs trouvent le moyen de reprendre leurs opérations normales ou que les dommages économiques causés par l’épidémie ne viennent ralentir le marché immobilier. Qui plus est, le prix du bois d’œuvre pourrait diminuer en novembre prochain lorsque le gouvernement américain abaissera les tarifs douaniers sur le bois d’œuvre canadien. Malgré une baisse anticipée du prix, ce dernier devrait demeurer intéressant d’un point de vue historique. Par conséquent, les marges des scieurs devraient demeurer plus que favorables.

Prix moyen mensuel du bois d'oeuvre (contrat à terme de l'indice Random Lengths en $ CA/MPMP)

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