L’effet de ces tarifs ne s’arrête pas aux frontières canadiennes. Avec une part de marché de 24 % aux États-Unis, le bois d’œuvre canadien joue un rôle clé dans l’équilibre des prix. Par ailleurs, toutes choses étant égales, en appliquant ces nouvelles barrières tarifaires, le prix moyen du bois d’œuvre sur le marché américain devrait enregistrer une hausse de 3,5 % pour atteindre environ 621 $/MPMP.
Si les coûts de production demeurent les mêmes des deux côtés de la frontière, les scieries américaines verront leurs profits gonfler de 21 $/MPMP de bois d’œuvre produit, tandis que les marges des scieries canadiennes s’effriteront, quitte à devenir négatives, pour l’ensemble des volumes qu’ils expédient aux États-Unis. L’écart de coût entre le prix du bois d’œuvre taxé et celui à l’équilibre (65 $/MPMP) sera assumé par l’industrie forestière canadienne et leurs sous-traitants. Bon an mal an, on évalue que de 40 à 50 % du bois d’œuvre québécois se dirige aux États-Unis. Lentement mais sûrement, les scieries américaines gagneront des parts de marché comme ils l’ont toujours fait lors des différents conflits sur le bois d’œuvre.
On peut penser que tant et aussi longtemps que la demande sera favorable aux États-Unis, les consommateurs américains devront payer un premium sur leur bois d’œuvre pour gonfler les profits des scieries américaines et maintenir en activité les scieries canadiennes. Toutefois, dès que nous entrerons dans un cycle baissier, les scieries canadiennes seront plus à risque de cesser leurs opérations, car le coût de revient de leur bois d’œuvre sera nettement plus élevé que leurs concurrents américains.
La pression exercée par notre plus grand partenaire commercial a également pour effet de diminuer la valeur du taux de change. Depuis octobre 2024, principalement en raison de l’incertitude croissante entourant les politiques commerciales, le huard a amorcé une baisse de 5,9 % face au dollar américain. Un effet pervers qui, paradoxalement, joue en faveur des exportateurs canadiens : un dollar plus faible rend le bois canadien plus attractif en réduisant son coût en devise américaine. Ce facteur pourrait atténuer en partie l’impact des droits de douane, rendant l’exportation toujours viable malgré les nouvelles contraintes. Pour reprendre notre exercice précédent, cette baisse du taux de change équivaut à une hausse de revenu de 35 $/MPMP sur tout le bois d’œuvre canadien expédié aux États-Unis.
Il va de soi que l’imposition de tarifs douaniers de 25 % sur les produits canadiens aura pour effet d’accentuer le déséquilibre qui existe. Qui plus est, ce phénomène ne se limite pas seulement au bois d’œuvre, mais à l’ensemble de l’industrie forestière. Panneaux OSB, contreplaqués, pâtes et papiers : chaque segment du marché est exposé aux fluctuations induites par les tarifs et ses répercussions sur la chaîne d’approvisionnement nord-américaine.