La revue Forêts de chez nous – mai 2025 : Une sélection minutieuse pour une érablière en santé

• Éditorial du président – Régime forestier : Quel avenir pour les forêts privées?
• Actualités
• Choix des arbres pour améliorer la vigueur et la qualité d’une érablière
• Bilan 2024 de la mise en marché du bois de la forêt privée

Consultez l’édition de mai 2025 en version PDF.

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Au sujet de la revue
Notre revue Forêts de chez nous aborde des sujets d’intérêt pour les propriétaires forestiers soucieux de voir grandir leur patrimoine forestier. Elle porte un regard différent sur l’actualité forestière notamment par le biais des éditoriaux et des reportages.

La revue Forêts de chez nous est produite quatre fois par année en collaboration avec les Producteurs et productrices acéricoles du Québec. Pour nous faire part d’un commentaire ou pour nous suggérer un sujet d’article, écrivez-nous!

Nouvelle enquête pour établir le portrait des propriétaires forestiers québécois

Au Québec, des enquêtes ont été réalisées en 1974, 1985, 1998 et 2012 pour suivre l’évolution des motivations et des activités des propriétaires forestiers québécois. L’enquête de 2012 avait été prise en charge par la FPFQ et portait sur la Caractérisation des profils, des motivations et des comportements des propriétaires forestiers québécois par territoire d’agence régionale de mise en valeur des forêts privées.

À l’aube de la révision des planifications forestières régionales par les agences de mise en valeur de la forêt privée, l’actualisation du portrait des propriétaires forestiers aux échelles régionale et provinciale est nécessaire pour adapter les programmes gouvernementaux qui leur sont destinés. La FPFQ a entrepris une nouvelle démarche pour mettre à jour les résultats de la dernière enquête et ainsi être en mesure d’évaluer l’impact de l’évolution sociologique des propriétaires forestiers québécois sur la gestion de leurs boisés, notamment en ce qui a trait aux activités d’aménagement forestier et de récolte de bois. Cette initiative est réalisée en partenariat avec le Groupe AGÉCO, responsable du sondage et elle est financée en partie par le ministère des Ressources naturelles et des Forêts. Le questionnaire permettra de suivre l’évolution du profil des propriétaires forestiers et d’évaluer leurs enjeux contemporains.

Un peu plus de 6 100 propriétaires forestiers ont été ciblés dans toutes les régions du Québec afin de répondre à l’Enquête auprès des propriétaires forestiers québécois 2025. Contrairement à l’enquête téléphonique de 2012, les propriétaires forestiers sélectionnés recevront un courrier et auront deux possibilités pour répondre au sondage : remplir la version papier et la retourner sans frais, ou remplir la version en ligne. Dans les deux cas, leur participation les rend éligibles au tirage d’une carte-cadeau d’une valeur de 250 $ dans un magasin de plein air de leur choix. La collaboration des propriétaires forestiers québécois à cette enquête est essentielle pour permettre aux organisations œuvrant en forêt privée et au gouvernement de répondre à leurs attentes et de les soutenir dans la mise en valeur de leurs boisés. La FPFQ espère qu’ils seront nombreux à répondre au sondage.

Élections fédérales 2025

Le 28 avril, 480 000 propriétaires de boisés et leurs familles voteront aux élections fédérales. La FPFQ, par l'intermédiaire de Propriétaires forestiers du Canada (PFC), a interrogé les partis politiques concernant leurs engagements envers la forêt privée. Cette infolettre présente les réponses reçues en date du 24 avril 2025. L’occasion était bonne pour rappeler aux partis politiques que la forêt privée peut contribuer aux enjeux de lutte aux changements climatiques, de développement socioéconomique des communautés rurales et d'occupation dynamique du territoire d’un océan à l’autre.

Baisse de 1,3 % de la production nord-américaine de bois d’œuvre en 2024

Selon les données préliminaires sectorielles, la production nord-américaine de bois d’œuvre s’est établie à près de 57 milliards de pieds mesure de planche (G PMP) en 2024, soit une baisse de 1,3 % par rapport à l’année précédente.

La production américaine, qui représente 64 % du volume nord-américain, a reculé de 1,7 %, pour s’établir à 36,67 G PMP. Cette baisse s’est manifestée dans la plupart des grandes régions productrices. Entre-temps, la production canadienne de bois d’œuvre a légèrement diminué (-0,6 %), pour totaliser 20,29 G PMP.

Au Canada, cette baisse est principalement attribuable à la Colombie-Britannique, où la production a chuté de 5,2 %, atteignant 6,66 G PMP, en raison de difficultés persistantes d’approvisionnement en fibre. À titre comparatif, cette province produisait plus de 12 G PMP de bois d’œuvre résineux en 2014.​ Il s’agit d’une baisse considérable en l’espace d’une décennie, représentant pratiquement l’équivalent de la production québécoise actuelle.

L’Ontario a également enregistré un recul de 1,9 % de sa production, tandis que l’Albert a vu sa production croître légèrement (+0,4 %). En revanche, plusieurs provinces ont connu une croissance, notamment le Nouveau-Brunswick (+7,7 %). Les autres provinces canadiennes ont connu une forte croissance (+10 %), bien que ces dernières représentent moins de 5 % de la production totale.​

Plus spécifiquement en ce qui a trait au Québec, la production a augmenté de 1,5 % en 2024, contribuant à 9,4 % de la production nord-américaine totale de bois d’œuvre. Toutefois, cette hausse fut largement concentrée au premier semestre (+14 % sur un an), alors que nous observons un ralentissement au deuxième (-11 %). Mentionnons également que la hausse totale est aussi tributaire d’une comparaison favorable puisque la production en 2023 avait été amputée par des feux de forêt massifs. Cependant, les inventaires de bois d’œuvre au Québec ont crû de 9,4 % par rapport à 2023, suggérant peut-être des difficultés pour les scieries à écouler leur production ou bien une tactique pour reconstituer des stocks.​

Parallèlement, la production canadienne de bois d’œuvre feuillu a reculé de 4,6 % en 2024. Cette baisse est particulièrement marquée au Québec, où la production a chuté de 11 %, alors que l’ensemble des autres provinces a enregistré une hausse moyenne de 2,5 %. Rappelons que le Québec s’illustre sur ce marché, puisqu’il détient 26 % de la production canadienne.

Bois d’œuvre résineux : les résultats préliminaires du sixième examen annoncent un durcissement commercial envers le Canada

Le Département du Commerce des États-Unis a récemment publié les résultats préliminaires du sixième examen des droits antidumping et compensateurs sur les importations canadiennes de bois d’œuvre résineux, révélant une hausse marquée des taux applicables. Bien que ces résultats ne soient pas encore en vigueur, ils donnent un aperçu clair de la trajectoire que pourrait suivre la décision finale, attendue pour août 2025.​

Les droits antidumping sont appliqués lorsqu’un produit est vendu à l’étranger à un prix inférieur à celui pratiqué sur le marché domestique, ou en dessous de son coût de production, dans le but de capter des parts de marché. Selon les données publiées le 3 mars 2025, le taux antidumping applicable aux exportateurs canadiens non spécifiquement désignés s’élèverait possiblement à 20,07%, à compter d’août 2025, en nette augmentation par rapport au taux actuel de 7,66 %.

Les droits compensateurs sont des taxes imposées sur les importations lorsqu’un produit est jugé subventionné par son pays d’origine, faussant ainsi la concurrence. Dans une publication du 5 avril, le Département du Commerce a annoncé les taux provisoires des droits compensateurs : 16,57 % pour West Fraser, 11,87 % pour Canfor et une moyenne de 14,38 % pour les autres producteurs canadiens. Actuellement, ce taux se limite à 6,74 %.​

Selon le Département du Commerce des États-Unis, les hausses des droits annoncées en 2025 résultent principalement des conditions du marché du bois d’œuvre en 2023, notamment de la volatilité des prix et des allégations de pratiques commerciales déloyales. Ces facteurs ont conduit à l’ajustement des taux de droits pour refléter la situation du marché durant cette période. Ainsi, le taux combiné des droits antidumping et compensateurs atteindrait 34,45 %, comparativement au taux actuel de 14,40 %.

Il s’agit non seulement d’une hausse de plus du double, mais aussi du taux le plus élevé depuis 2017, soit le début du dernier conflit commercial entre le Canada et les États-Unis sur le bois d’œuvre résineux. Cette décision témoigne d’un resserrement significatif de la politique commerciale américaine à l’égard du secteur forestier canadien.

Selon nos estimations, depuis 2017, ces mesures auraient permis aux autorités américaines de percevoir près de 10 milliards de dollars en droits d’exportation auprès de l’industrie forestière canadienne, dont environ 2 milliards pour les expéditions en provenance du Québec.​

Ces droits alourdissent les coûts d’exportation vers les États-Unis, principal marché pour le bois d’œuvre résineux canadien, réduisant ainsi la compétitivité des scieries canadiennes. Le conflit du bois d’œuvre appauvrit l’ensemble des acteurs de la filière, incluant les producteurs de bois, et fragilise plusieurs compagnies et exploitants. En 2024, le bois de sciage de sapin-épinette destiné aux scieries représentait 63 % des volumes mis en marché en forêt privée, avec une valeur au producteur de près de 300 M$. Cette hausse tarifaire pourrait-elle entraîner une diminution des achats de sapin-épinette en forêt privée?

Bilan de la mise en marché du bois de la forêt privée en 2024

Entre janvier et décembre 2024, les producteurs forestiers visés par les 13 plans conjoints de producteurs de bois du Québec ont mis en marché environ 6,4 Mm3 de bois, toutes essences confondues. En 2024, 75 % des livraisons de bois en provenance de la forêt privée furent destinées aux usines de sciage, 11 % aux usines de panneaux et autres utilisations, 12 % aux usines de pâtes et papiers ainsi que 3 % aux usines de biomasse.

Une guerre commerciale dont personne ne veut

Le président Trump a déclenché une guerre tarifaire aux conséquences néfastes pour l’économie et le secteur forestier. Les producteurs forestiers se trouvent au milieu de ces feux croisés alors que trois fronts s’ouvrent simultanément.

En 1942, au cœur de la Deuxième Guerre mondiale, les États-Unis changent radicalement leur politique commerciale : ils s’émancipent du protectionnisme et deviennent rapidement le porte-étendard du libre-échange. La sécurité fournie par l’hégémonie des États-Unis sur les mers et la conclusion de multiples ententes commerciales permet à plusieurs pays d’accroître leurs échanges de biens afin de prospérer. Cette politique a été particulièrement bénéfique aux Américains.

Formation en ligne : Forêt, Carbone et Compensation

La formation « Forêt, Carbone et Compensation » propose une approche complète pour comprendre les fondamentaux de la séquestration du carbone en forêt. En 3h30, les participants découvriront les grands principes de la gestion du carbone, l’impact des perturbations naturelles et des interventions humaines, ainsi que les différentes actions sylvicoles qui peuvent augmenter les stocks de carbone. En outre, cette formation aborde les démarches compensatoires applicables au secteur forestier, les critères de sélection d’un projet compensatoire et explore les opportunités offertes par les marchés du carbone.

Développée par le CERFO en collaboration avec plusieurs organismes, dont la FPFQ, cette autoformation accessible en ligne est une opportunité à ne pas manquer pour les propriétaires forestiers et les professionnels du secteur forestier.

L’industrie forestière canadienne est prise en étau par les tensions commerciales

L’administration Trump frappe fort : dès mars 2025, Washington compte imposer des droits de douane de 25 % sur tous les produits canadiens. L’acier, l’aluminium, les semi-conducteurs, les produits forestiers seront taxés, alors que le bois d’œuvre l’est déjà. L’industrie forestière canadienne fait vraiment face à un cocktail explosif de taxes et d’incertitudes.

Prenons l’exemple du bois d’œuvre. Ce dernier est déjà sous pression puisque les taxes sur le bois d’œuvre sont passées de 8,1 % à 14,4 % en 2024. Et il faudrait maintenant prévoir 25 % de plus? Les tarifs compensatoires (6,74 %) et antidumping (7,66 %) déjà imposés sur le bois d’œuvre canadien se traduisent par une hausse totale de 14,40 % du prix des exportations vers les États-Unis. Autrement dit, si la valeur initiale du bois d’œuvre sur le marché est égale à 600 $/MPMP, les consommateurs américains devront dorénavant débourser 686 $/MPMP pour acheter du bois d’œuvre canadien.

L’effet de ces tarifs ne s’arrête pas aux frontières canadiennes. Avec une part de marché de 24 % aux États-Unis, le bois d’œuvre canadien joue un rôle clé dans l’équilibre des prix. Par ailleurs, toutes choses étant égales, en appliquant ces nouvelles barrières tarifaires, le prix moyen du bois d’œuvre sur le marché américain devrait enregistrer une hausse de 3,5 % pour atteindre environ 621 $/MPMP.

Si les coûts de production demeurent les mêmes des deux côtés de la frontière, les scieries américaines verront leurs profits gonfler de 21 $/MPMP de bois d’œuvre produit, tandis que les marges des scieries canadiennes s’effriteront, quitte à devenir négatives, pour l’ensemble des volumes qu’ils expédient aux États-Unis. L’écart de coût entre le prix du bois d’œuvre taxé et celui à l’équilibre (65 $/MPMP) sera assumé par l’industrie forestière canadienne et leurs sous-traitants. Bon an mal an, on évalue que de 40 à 50 % du bois d’œuvre québécois se dirige aux États-Unis. Lentement mais sûrement, les scieries américaines gagneront des parts de marché comme ils l’ont toujours fait lors des différents conflits sur le bois d’œuvre.

On peut penser que tant et aussi longtemps que la demande sera favorable aux États-Unis, les consommateurs américains devront payer un premium sur leur bois d’œuvre pour gonfler les profits des scieries américaines et maintenir en activité les scieries canadiennes. Toutefois, dès que nous entrerons dans un cycle baissier, les scieries canadiennes seront plus à risque de cesser leurs opérations, car le coût de revient de leur bois d’œuvre sera nettement plus élevé que leurs concurrents américains.

La pression exercée par notre plus grand partenaire commercial a également pour effet de diminuer la valeur du taux de change. Depuis octobre 2024, principalement en raison de l’incertitude croissante entourant les politiques commerciales, le huard a amorcé une baisse de 5,9 % face au dollar américain. Un effet pervers qui, paradoxalement, joue en faveur des exportateurs canadiens : un dollar plus faible rend le bois canadien plus attractif en réduisant son coût en devise américaine. Ce facteur pourrait atténuer en partie l’impact des droits de douane, rendant l’exportation toujours viable malgré les nouvelles contraintes. Pour reprendre notre exercice précédent, cette baisse du taux de change équivaut à une hausse de revenu de 35 $/MPMP sur tout le bois d’œuvre canadien expédié aux États-Unis.

Il va de soi que l’imposition de tarifs douaniers de 25 % sur les produits canadiens aura pour effet d’accentuer le déséquilibre qui existe. Qui plus est, ce phénomène ne se limite pas seulement au bois d’œuvre, mais à l’ensemble de l’industrie forestière. Panneaux OSB, contreplaqués, pâtes et papiers : chaque segment du marché est exposé aux fluctuations induites par les tarifs et ses répercussions sur la chaîne d’approvisionnement nord-américaine.

Le graphique ci-dessus illustre la forte dépendance du secteur forestier québécois à l’égard de la demande américaine. Il compare la valeur des exportations québécoises vers les États-Unis à la valeur totale des exportations du Québec pour différents segments de marché. On observe que les exportations de certains produits forestiers, comme le bois d’œuvre résineux, les panneaux, la pâte NBSK et les cartons plats, sont presque exclusivement destinées au marché américain. Dans le contexte actuel de tarifs douaniers, certains industriels de ces secteurs sont particulièrement vulnérables, faute de débouchés alternatifs.

Malgré ces barrières commerciales, la demande pour les produits forestiers canadiens demeure robuste. Le vieillissement du parc immobilier américain et l’essor des rénovations continuent de stimuler la consommation de bois d’œuvre et d’autres matériaux de construction en bois. Face à un approvisionnement local limité, les consommateurs américains n’auront d’autre choix à court terme que d’absorber ces hausses de prix, poussant marginalement à la hausse le coût des projets de construction et de rénovation.

L’industrie forestière canadienne entre dans une zone de turbulences. Avec des tarifs en hausse et une menace persistante de nouvelles sanctions commerciales, les acteurs du secteur doivent jongler entre arbitrage des prix, stratégies de marché et gestion des coûts.

Si les tensions commerciales persistent, une seule chose est sûre : 2025 s’annonce comme une année charnière pour l’industrie forestière. Entre adaptation et résilience, le secteur devra redoubler d’ingéniosité pour tirer son épingle du jeu dans un contexte de plus en plus contraignant. Le développement d’autres marchés (domestique et ailleurs dans le monde) devra être priorisé, malgré ses limites évidentes. Aussi, il faudra sans doute miser sur la création de valeur ajoutée.

Pour les producteurs forestiers québécois, des droits de douane de 25 % sur tous les produits canadiens menacent leurs revenus en altérant les prix que les industriels sont prêts à acheter leur bois. Certains marchés pourraient même se refermer advenant la fermeture pure et simple d’usines. Avec une demande incertaine, certains producteurs pourraient être tentés de ralentir leurs coupes, compromettant ainsi la rentabilité de leurs opérations. Il va de soi, devant la turbulence à venir, que les producteurs devront s’informer continuellement des développements auprès de leurs syndicats et offices de producteurs de bois.

La revue Forêts de chez nous – février 2025 : Une visite-conseil profitable

• Éditorial du président – Dédouaner la production – et la réputation – des producteurs forestiers
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