Dédouaner la production – et la réputation – des producteurs forestiers

Le début de l’année 2025 a été marqué par le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche et son intention d’imposer des tarifs douaniers de 25 %. Ce qui n’était encore considéré qu’un « bluff » à l’époque rajoutait encore du poids au « double préjudice » vécu par les producteurs forestiers, qui font encore les frais et d’une concurrence déloyale de la forêt publique, et du conflit du bois d’œuvre. Sans compter l’environnement réglementaire qui amenuise sans cesse notre capacité de récolter.


Le producteur forestier a droit à une rémunération juste et il a plus que jamais besoin de l’appui du gouvernement. Les interventions de l’État dans l’économie devraient avoir pour rôle de faciliter les entreprises locales et individuelles, et non de les concurrencer.

Tout investissement des producteurs forestiers dans l’exploitation de leur ressource nécessite une «  prévisibilité  » quant au prix reçu et aux volumes commandés. Ainsi, dans le contexte des changements climatiques, les feux de forêt ou les catastrophes naturelles deviennent «  prévisibles  »; nul besoin pour le ministère d’inonder le marché de bois de forêt publique brûlé, endommagé par la tordeuse ou renversé par le vent sans respecter les parts de marché des producteurs.

Il est déplorable qu’en 2025 nous devions encore rappeler le principe de « résidualité », qui oblige les industriels à s’approvisionner en forêt privée avant d’utiliser le bois des forêts publiques. Peut-être est-il temps pour nous d’exiger des compensations?

Pour l’heure, il y a, en plus des enjeux d’offre de bois, un urgent besoin de régler les problèmes de demande. Il est plus que temps que le fédéral règle de manière durable le vieux conflit sur le bois d’œuvre. À tout le moins, il est temps de dédouaner de leur responsabilité les producteurs de bois en les excluant à tout jamais de cette guerre commerciale dont ils sont les victimes collatérales.

Trop souvent, dans la sphère publique, les droits et la réputation du producteur sont bafoués. Mon collègue André Roy, président du Syndicat des producteurs forestiers du Sud du Québec, a eu la formule heureuse pour dénoncer une atteinte à la réputation qui dure au moins depuis les 25 ans de L’Erreur boréale. « Les producteurs de bois ne sont pas des vandales », claironnait-il dans le conflit l’opposant à la réglementation sur l’abattage d’arbres de la MRC des Sources. Des défricheurs, encouragés par feu le ministère de la Colonisation, aux producteurs forestiers, éléments essentiels à la vitalité des municipalités rurales, les exemples d’abus sont historiquement rares. Les producteurs forestiers ne tirent aucun avantage à détruire leur terre. L’erreur boréale, c’est sur les terres publiques qu’elle s’est produite.

Dédouaner quelqu’un, au sens figuré, c’est le relever du discrédit dans lequel il était tombé. De l’aider à se relever – surtout lorsqu’on a contribué à le faire trébucher –, c’est un peu la demande que nous faisons à la ministre des Ressources naturelles et des Forêts, Maïté Blanchette Vézina, dans le cadre de la réforme du régime forestier.

Gaétan Boudreault
Producteur et président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de février 2025.

La diversification du marché des copeaux ouvre de nouveaux horizons

Bien que la question du bois d’œuvre soit centrale en ce qui a trait à l’industrie forestière en général, celle des copeaux mérite qu’on s’y attarde. En effet, les sous-produits issus de la transformation primaire du bois dans les scieries jouent un rôle clé dans l’industrie forestière. Leur valorisation permet aux scieries de générer davantage de revenus et à d’autres industries de deuxième transformation de valoriser de la fibre de bois bon marché.

Le marché des sous-produits est tiraillé par deux grandes forces. D’un côté, les scieurs veulent traditionnellement diminuer la quantité de « déchets »; de l’autre, l’évolution des marchés transforme la demande. Longtemps confinés aux usines de pâtes et papiers, ces sous-produits trouvent maintenant niche dans différents secteurs comme les panneaux composites. La cogénération, la bioénergie et les granules de bois profitent aussi du déclin des papetières et incidemment de leur appétit pour cette ressource.

Le défi des inventaires et des rendements

Les scieurs s’efforcent d’accroître le rendement de leurs installations afin de réduire la proportion de sous-produits générés par les activités de transformation. Le « rendement matière des copeaux », qui désigne la proportion de bois rond transformé en copeaux par rapport à la quantité totale de bois scié, est un indicateur clé pour les scieries. Les équipements installés et la qualité de la main-d’œuvre jouent un rôle déterminant dans la capacité des scieries à produire davantage de bois d’œuvre à partir d’un lot donné de billes. Par exemple, de 2010 à 2020, les scieries québécoises de sapin-épinettes ont consommé 8,8 % moins de bois rond pour produire le même volume de bois d’œuvre.

Ce gain net s’est traduit par une diminution des sous-produits générés, en particulier des copeaux. Ces avancées démontrent les efforts considérables de l’industrie québécoise du sciage depuis la dernière crise forestière pour réduire la production de copeaux. Les scieurs, confrontés à une demande en déclin pour ces sous-produits à mesure que les machines à papier ferment, adaptent leurs pratiques année après année pour minimiser leur dépendance à ce marché secondaire, même s’il leur est impossible de s’en affranchir totalement.

Depuis 2020, les fermetures d’usines de pâtes et papiers, notamment celles de Baie-Comeau et d’Amos, ont engendré une perte de débouchés pour les scieries et une accumulation importante de copeaux. En 2021, les stocks ont atteint un niveau exceptionnel, quatre fois supérieur à la moyenne historique. Cette augmentation s’explique en partie par la reprise des activités de Nordic Kraft, dont l’usine, rouverte après 15 ans d’inactivité nécessitait de rebâtir des inventaires avec sa consommation de 600 000 TMA par année. Il faut aussi comprendre que cet évènement a coïncidé avec une période de prix record pour le bois d’œuvre, incitant les scieries à fonctionner à plein rendement, et ce sans égard pour les sous-produits inventoriés.

La recherche de nouveaux débouchés

Face à ce surplus, les scieries ont cherché de nouveaux débouchés. Longtemps destinées aux usines de pâtes et papiers, ces ressources diversifient aujourd’hui leurs marchés : des secteurs comme les panneaux composites, la cogénération, la bioénergie et les granules de bois profitent du déclin des papetières. En 2023, les copeaux représentaient 57 % de la production totale des sous-produits des scieries québécoises, contre 20 % pour les sciures et rabotures et 23 % pour les écorces. Ces dernières, autrefois perçues comme des résidus, sont désormais valorisées dans la production d’énergie renouvelable et l’aménagement paysager, tandis que les sciures et rabotures trouvent des débouchés dans la fabrication de granules et les litières animales.

Des partenariats stratégiques avec des usines de bioénergie et de granules, comme celles de Cacouna et de Barrette-Chapais, ont aussi contribué à réduire les excédents. À mesure que la capacité de production des usines de granules s’accroît, de plus en plus de copeaux y sont transformés. Malgré ces efforts, les fermetures anticipées d’autres usines de pâtes et papiers pourraient créer de nouveaux surplus, menaçant la rentabilité de nombreuses scieries.

La gestion des sous-produits forestiers reflète une adaptation aux nouvelles réalités économiques et environnementales. Jadis considérés comme des déchets, les copeaux sont devenus un pilier de l’économie circulaire. En réponse au déclin de l’industrie des pâtes et papiers, les scieries diversifient leurs débouchés vers des secteurs émergents tels que la bioénergie et les panneaux composites, contribuant ainsi à des solutions énergétiques plus durables et à une valorisation accrue des ressources.

Nonobstant, l’industrie des pâtes et papiers demeure encore et toujours le principal débouché pour les copeaux puisqu’elle en consomme 87%. Cependant, les usages se diversifient : 6 % des copeaux sont utilisés pour les panneaux de fibres et de particules, 4 % pour des usages énergétiques tels que la cogénération et les biocarburants, et le reste est exporté.

L’émergence des usines de bioénergie et de granules, souvent situées à proximité des scieries, constitue une solution prometteuse pour compenser la diminution des débouchés traditionnels. Cette diversification est cruciale pour absorber les surplus et maintenir la viabilité économique des scieries dans un contexte de marché en constante mutation.

Cependant, des défis demeurent, notamment ceux de la gestion des surplus et de l’équilibre entre l’offre et la demande. L’innovation et une diversification accrue des marchés seront essentielles pour garantir une valorisation optimale des copeaux et soutenir une industrie en pleine transition.

Rétrospective d’une épidémie de tordeuse qui ne faiblit pas

L’épidémie de tordeuse des bourgeons de l’épinette ayant débuté en 2006 reprend de l’ampleur après avoir donné des signes d’affaiblissement. En 2024, les superficies défoliées ont doublé par rapport à l’année précédente pour atteindre 1,39 Mha. À cela s’ajoute la forte hausse de l’intensité des dégâts causés par la tordeuse pratiquement partout au Québec. Il existe toutefois des moyens de lutte, mais il est essentiel que les propriétaires concernés contactent dès maintenant leur conseiller forestier et s’assurent que leur statut de producteur forestier est à jour.

La longue lutte pour protéger l’accès au marché pour le bois de la forêt privée ou l’histoire du principe de la «résidualité»

Article paru initialement dans la revue Histoires forestières du Québec, vol. 15, no 1, printemps-été 2023.
Consulter l’article d’origine sur le site de la SHFQ.

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Marc-André Côté1, ing.f., Ph. D. en politique forestière2

Résumé

Puisque les forêts privées ne représentent que 17 % du territoire forestier productif québécois, les producteurs forestiers sur ce territoire commercialisent leur bois dans un environnement de concurrence exercée par les opérations de récolte industrielle dans les forêts publiques québécoises. Il n’est donc pas étonnant que depuis 70 ans, les organisations de producteurs forestiers revendiquent auprès de l’État un mécanisme pour préserver leurs parts de marché. En réponse à ces revendications, le ministère des Forêts a adopté, puis amélioré au rythme de l’évolution du régime forestier québécois, un mécanisme pour assurer une priorité du bois des forêts privées dans l’approvisionnement des usines de transformation. Ce mécanisme, inscrit dans la Loi sur les forêts de 1986, est communément appelé « principe de résidualité » en référence au caractère résiduel des forêts publiques dans l’approvisionnement industriel.

Cet article décrit la chronologie des événements ayant mené à l’adoption et l’amélioration de ce mécanisme au fil des ans.

Introduction

De longue date, l’accès aux marchés a été un enjeu pour les producteurs de bois de la forêt privée. Ceci s’explique par la prédominance des forêts publiques sur le territoire québécois3, la taille des opérations forestières qui y favorisent des économies d’échelle et des politiques gouvernementales qui soutiennent la récolte de bois sur les terres publiques. Pour plusieurs usines de transformation, l’achat de bois en provenance des forêts privées représente un approvisionnement d’appoint4, même si de nombreuses exceptions à cette règle existent pour les usines plus éloignées des forêts publiques ou celles ayant incorporé cette source d’approvisionnement dans leur stratégie d’affaires.

Il n’est donc pas étonnant que les producteurs forestiers aient exercé, par le biais de leurs organisations, des représentations auprès du gouvernement depuis des décennies. En réponse à cet enjeu, le ministère des Forêts5 sa mis en œuvre un mécanisme de plus en plus sophistiqué pour assurer un partage plus équitable des marchés du bois, sans jamais parvenir à satisfaire complètement les producteurs de bois en forêt privée, si l’on se fie à leurs revendications persistantes exprimées à ce sujet dans leurs assemblées syndicales depuis 50 ans6,7.

Selon les époques et les conditions macroéconomiques, les livraisons de bois en provenance des forêts privées ont ainsi représenté entre 14 et 21 % des approvisionnements de l’ensemble des usines de transformation (voir graphique 1)8. Cet accès aux marchés a été fortement inégal d’un groupe d’essences forestières à un autre et d’une région à l’autre, en fonction de la structure industrielle présente, des stratégies d’affaires des industriels et des relations commerciales entre les représentants des acheteurs et vendeurs de bois.

 

Une revendication bien présente dans les années 1960

À partir de 1956, la nouvelle Loi sur la mise en marché des produits agricoles permet aux producteurs de bois de se regrouper pour commercialiser leurs produits. La Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec (RMAAQ) peut dès lors être appelée à fixer le prix du bois si les négociations entre les représentants des producteurs et des industriels n’aboutissent pas. Cependant, la loi n’accorde pas le pouvoir à cette régie de forcer les industriels à acheter du bois des forêts privées, ce qui est toujours le cas aujourd’hui. Pour remédier à cette situation, le gouvernement adopte en 1964 la Loi du prix du bois à pâte vendu par des agriculteurs et des colons pour obliger des usines à acheter ce bois lorsque celles-ci prétendent ne pas en avoir besoin. Les industriels se plaignent que cette obligation, lorsqu’elle est imposée, ne se traduit pas par la garantie que ces volumes seront effectivement livrés par les producteurs de bois9,10; doléance qui sera répétée jusqu’à ce jour.

Un enjeu inscrit dans la politique forestière de 1972

Le début des années 1970 est marqué par une vaste réflexion gouvernementale sur l’avenir du régime forestier québécois. Dans le cadre de cette réflexion, la Fédération des producteurs forestiers du Québec (FPFQ) demande au ministère des Forêts de créer un comité consultatif sur l’approvisionnement des usines de produits forestiers; comité auquel siégeraient des représentants de la FPFQ. Pendant la même année, des manifestations sont organisées à travers le Québec par les producteurs forestiers pour forcer des entreprises à acheter leur bois, notamment pour les installations de la Consolidated Bathurst, de l’International Paper et de l’Anglo-Canadian Pulp & Paper Mills Ltd.

Fruit de ces représentations et manifestations, mais aussi d’un désir gouvernemental de mieux utiliser le potentiel sylvicole des terres publiques et privées, le livre blanc exposant la nouvelle politique forestière du ministère des Forêts en 1972 reconnaît pour la première fois l’importance de planifier l’approvisionnement des usines de transformation du bois en considérant les diverses sources de matière première11. L’exposé de politique propose d’établir des plans d’approvisionnement sur une base quinquennale, en tenant compte des besoins des usines et de l’offre de matière ligneuse (copeaux, bois de récupération, bois des forêts privées, des forêts publiques et de l’extérieur du Québec). La forêt privée y est alors considérée comme une source essentielle de l’approvisionnement des usines de produits forestiers.

Proposition audacieuse, l’exposé de politique propose qu’« advenant une contraction de la demande, les usines et les producteurs privés […] devront absorber cette diminution dans une proportion équivalente à leur capacité de production »12.

En commission parlementaire le 31 août 1972, le mémoire de la FPFQ va cependant plus loin en demandant que les allocations de bois aux usines soient établies en tenant compte prioritairement de l’utilisation des copeaux, du bois de récupération, du bois des forêts privées et enfin du bois des forêts publiques qui devrait avoir un rôle complémentaire13. Cette demande reste alors lettre morte.

Après l’année 1974 où la demande pour le bois rond fut forte, un ralentissement important des opérations survient en 1975 chez plusieurs usines de pâtes et papiers en raison de grèves de leurs travailleurs. Au même moment, le climat de récession économique aux États-Unis continue de freiner la demande pour le bois d’œuvre14. Ce ralentissement et les difficultés qu’il provoque pour la commercialisation du bois des forêts privées illustrent de façon brutale l’importance de mettre en application un mécanisme approprié pour régir le partage des marchés du bois rond allant au-delà des énoncés de politiques.

En 1976, le ministre des Forêts se prononce en faveur d’un mécanisme permanent pour partager les marchés du bois lors de l’assemblée générale annuelle de la FPFQ, sans proposer un mécanisme réglementaire concret à cet effet15. La proposition des industriels et du ministère de créer une régie des produits forestiers, en parallèle à la RMAAQ, n’obtient pas l’adhésion de la FPFQ puisque ce nouvel organisme n’aurait aucun pouvoir pour déterminer les volumes devant être achetés par les usines.

Les producteurs n’abandonnent pas et le 14 juin 1978, l’assemblée générale annuelle de la FPFQ demande au ministère des Forêts d’obliger les fournisseurs de bois et les industriels forestiers à soumettre leurs prévisions de production et d’achats pour les années à venir afin d’établir des plans d’allocation de bois des forêts publiques. Ces allocations devraient être complémentaires aux approvisionnements en provenance des forêts privées et des résidus des scieries. Cette proposition va jusqu’à demander de modifier la Loi sur la mise en marché des produits agricoles pour permettre à la RMAAQ de veiller à l’application de ce partage du marché16.

Toutefois, la forte demande sur les marchés du bois en 1978 incite le ministre à attendre les recommandations d’un groupe de travail mandaté pour élaborer une politique sur la forêt privée avant de statuer sur cet enjeu17. Il faut souligner que la FPFQ est alors l’unique organisme à demander un mécanisme légal pour protéger l’accès aux marchés du bois de la forêt privée18.

L’embellie sur les marchés du bois ne dure pas et n’offre qu’un bref sursis. La fermeture de vieilles usines de pâtes et papiers qui se poursuit à la fin des années 1970 vient accroître ce problème d’accès aux marchés pour les producteurs de bois de la forêt privée. À cela s’ajoute l’absence de débouchés suffisants pour les essences feuillues; un enjeu qui sera persistant au cours des prochaines décennies19.

L’importante récession de 1981 et 1982 qui frappe l’économie mondiale vient exacerber ce déséquilibre dans le marché du bois. Pour empirer la situation, la dévalorisation des monnaies de pays qui importaient du bois de la forêt privée québécoise par bateau élimine la rentabilité de cette opération. Un sentiment d’inquiétude s’empare alors des producteurs forestiers; sentiment accentué par l’épidémie de la tordeuse des bourgeons de l’épinette qui force la récolte hâtive de grandes étendues de forêts résineuses au début des années 1980. Le ministère des Forêts est forcé de se pencher à nouveau sur l’écoulement du bois des forêts privées sur les marchés. Le comité de travail mis sur pied par le ministère évalue les volumes en perdition à 1 million de mètres cubes dans l’ensemble des régions de forêt privée et recommande de donner priorité à la récupération de ce bois. Les ressources consacrées aux travaux d’éclaircie des peuplements forestiers d’avenir en forêt privée sont alors détournées vers les travaux de récupération du bois des peuplements en perdition.

Le rapport Lortie sur l’avenir de la forêt privée

À l’instigation du ministre des forêts, M. Yves Duhaime, une consultation régionale des acteurs de la forêt privée, à laquelle participent 2 000 personnes dans les 18 municipalités visitées, est menée sous la présidence de M. Marcel Lortie20. Cette consultation se termine par un colloque provincial sur l’avenir de la forêt privée du Québec réunissant 240 participants les 2 et 3 mai 1984. Ce colloque permet aux commissaires chargés de la consultation de clarifier des éléments de questionnement, dont la reconnaissance de la production de bois de la forêt privée. À cette occasion, les participants conviennent que ce bois devrait occuper une place privilégiée dans l’ensemble de la production forestière. En revanche, les représentants industriels font aussi valoir que les producteurs ne sont pas en mesure d’offrir des garanties d’approvisionnement à long terme, et ce, au meilleur prix possible. Ces mêmes représentants estiment que l’État ne doit pas leur imposer des volumes de quelque source que ce soit, privilégiant les ententes commerciales basées sur le libre marché21. Le résultat de cette consultation sert à la réflexion qui conduira à la définition d’un nouveau régime forestier pour le Québec.

L’inclusion d’un mécanisme dans le nouveau régime forestier

En 1986, les multiples représentations exercées par les producteurs et leurs organisations pendant les 15 dernières années portent enfin leur fruit. La nouvelle Loi sur les forêts introduit à l’article 43 une mesure demandée depuis des lustres par les producteurs forestiers :

Art. 43 : « Le volume annuel de bois ronds provenant des forêts du domaine de l’État attribué par contrat est un volume résiduel que détermine le ministre en tenant compte notamment des besoins de l’usine de transformation et des autres sources d’approvisionnement disponible, telles les bois des forêts privées, les volumes attribués par contrats d’aménagement forestier, les volumes qui peuvent être récoltés par les bénéficiaires de conventions d’aménagement forestier, les copeaux, les sciures, les planures, les bois provenant de l’extérieur du Québec et les fibres provenant du recyclage ».

Le volume de bois rond provenant des forêts publiques alloué aux industriels sera dorénavant un volume résiduel que le ministre déterminera sur une base quinquennale en tenant compte des autres sources d’approvisionnement, dont les copeaux, le bois acheté à l’extérieur du Québec et le bois des forêts privées. L’introduction de ce principe est décrite dans le livre blanc « Bâtir une forêt pour l’avenir » qui a précédé l’adoption du projet de loi22.

Les décennies qui suivront démontreront la difficulté d’obtenir le résultat escompté avec cette mesure, notamment pour réduire les allocations de bois des forêts publiques lors d’une baisse ponctuelle du taux d’opération d’une usine affectée par les conditions de marché. En effet, les allocations sont alors calculées selon des conditions optimales d’opération des usines dans un climat économique favorable. Lorsque ces conditions se détériorent, les industriels peuvent généralement compter sur des allocations de bois des forêts publiques leur permettant de réduire les achats de bois des forêts privées23.

Néanmoins, le nouveau mécanisme donne rapidement des résultats en réduisant les allocations de bois des forêts publiques en Abitibi-Témiscamingue, ce qui génère de nouveaux marchés pour les producteurs de bois des forêts privées de cette région.

Le rapport du comité Audet

En 1988, le comité Audet est mis sur pied par le ministre des Forêts pour analyser la politique gouvernementale visant les forêts privées québécoises. Au cours d’une tournée qui s’arrête dans 12 municipalités, 69 organismes présentent leurs mémoires et observations. Parmi ses recommandations, le comité demande au ministre de déterminer la portée exacte de l’article 43 de la Loi sur les forêts dans la mise en marché des essences feuillues. Le comité constate alors que l’allocation du bois résineux sur les terres publiques entraîne la récolte de bois feuillus présents sur les parterres de coupe; volumes qui comblent rapidement les besoins des rares usines utilisatrices de ces essences et nuit conséquemment à la commercialisation du bois feuillu du territoire privé24. Le déséquilibre entre l’offre et la demande pour ce type de bois continue de caractériser le marché dans plusieurs régions du Québec, au grand dam des producteurs de bois des forêts privées.

L’expérimentation du principe de la résidualité de la forêt publique

Avec la baisse du taux d’opération des usines dans le secteur des pâtes et papiers faisant face à une concurrence accrue sur les marchés mondiaux, il apparaît que le mécanisme de résidualité introduit dans la Loi sur les forêts est incomplet et ne permet pas d’assurer, sur une base annuelle, la priorité du bois des forêts privées sur les approvisionnements en provenance des forêts du domaine de l’État25.

Lors d’une nouvelle commission parlementaire en 1989 pour faire évoluer la Loi sur les forêts, la FPFQ recommande, sans surprise, que l’article 43 reconnaisse la priorité de la forêt privée parmi les sources d’approvisionnement de l’industrie forestière. Les amendements retenus par le ministre le 29 mars 1990 lui permettent dorénavant de réviser chaque année les volumes attribués sur la forêt publique par le biais des plans annuels d’intervention afin d’éviter que des inventaires de bois s’accumulent chez les autres fournisseurs de fibre. La réduction sera cependant applicable, en pourcentage, par groupe d’essences et de façon globale pour une région, plutôt qu’à une usine en particulier. La FPFQ est aussi invitée à siéger à la Table permanente de concertation provinciale sur les marchés de la matière ligneuse qui devra recommander au ministre les ajustements à apporter aux allocations de bois des forêts publiques. Cette participation est d’ailleurs maintenue à ce jour26.

Ce pouvoir discrétionnaire du ministre sera utilisé une première fois à l’année 1991-1992 pour limiter les volumes récoltés en forêt publique à 82 % des allocations de bois de sapin, épinettes et mélèze, suivant les discussions tenues à cette table de concertation provinciale27.

Au début des années 1990, les papetières privilégient de plus en plus un approvisionnement en copeaux des scieries. (voir graphique 2). En 3 ans, les papetières voient leurs attributions en bois rond des forêts publiques diminuer globalement de 60 %. Les volumes libérés sont dorénavant dirigés vers les scieries. La FPFQ s’implique pour s’assurer que ce transfert respecte le caractère résiduel de la forêt publique dans les approvisionnements des usines de produits forestiers.

En 1996, la forte demande pour les produits forestiers fait émerger plusieurs projets des scieries et usines de panneaux. La FPFQ et ses affiliés refont des calculs de disponibilité du bois sans preneur en forêt privée afin de soutenir ces projets d’investissement industriel.

Le 19 juin 1996, la Loi sur les forêts est de nouveau modifiée pour permettre au ministre de réviser en mars et en septembre de chaque année les approvisionnements en provenance de la forêt publique. Cette mesure est immédiatement employée par le ministre qui réduit le niveau de récolte des essences résineuses sur terres publiques de 5 %, sans toutefois générer les résultats escomptés sur les marchés28. Le 12 juin 1997, la Loi sur les forêts est encore révisée pour permettre au ministre de réduire des volumes d’un CAAF spécifique selon la performance du bénéficiaire dans l’utilisation de la matière ligneuse à son usine. Le pourcentage de réduction peut alors varier entre les bénéficiaires de CAAF afin de tenir compte de la réalité propre à chaque usine. Le ministère poursuit ainsi ses efforts pour laisser une part de marché aux producteurs de bois de la forêt privée. En mars 1998, le ministre décrète une réduction de 20 % des allocations de bois d’essences feuillues pour les usines de panneaux et les papetières29.

Il faut toutefois retenir qu’aucune mesure n’est mise en œuvre pour obliger un industriel à acheter du bois de la forêt privée, même si son scénario d’approvisionnement établi par le ministère des Forêts le prévoit. De plus, les industriels doivent convenir de conventions d’achat de bois avec les syndicats de producteurs forestiers, en vertu de la Loi sur la mise en marché des produits agricoles, alimentaires et de la pêche. Dit autrement, le ministère peut réduire les approvisionnements en provenance de la forêt publique à une usine afin d’accroître son besoin pour le bois des forêts privées, mais rien ne force cette usine à en acheter.

Au tournant des années 2000, l’accroissement des livraisons de bois de la forêt privée vers les scieries se poursuit, mais la présence de marchés suffisants pour les essences feuillues demeure un enjeu, notamment en raison des efforts de récupération du bois dans les peuplements qui furent affectés par le grand verglas de 1998. La croissance de l’industrie des panneaux vient cependant répondre à ce problème dans quelques régions. Néanmoins, la pleine utilisation de la possibilité de récolte de bois d’essences feuillues, notamment les billots de moindre qualité, demeure problématique jusqu’à ce jour. La concurrence des forêts publiques s’exerce non seulement par les volumes qui y sont récoltés, mais également par les faibles redevances qui sont demandées par le ministère pour ce bois; situation qui est alors dénoncée dans les médias par la FPFQ et l’Union des producteurs agricoles (UPA). Invitée à documenter ce dossier, la Table permanente de concertation provinciale sur les marchés de la matière ligneuse constate le recul enregistré par les producteurs de la forêt privée par rapport aux autres sources d’approvisionnement de bois d’essences feuillues dans la dernière décennie, sans que ses membres s’entendent sur la nécessité de réduire les allocations de bois dans les forêts publiques.

Lors d’une nouvelle consultation du ministère des Forêts sur la révision du régime forestier en 2000, la FPFQ intervient pour revendiquer que l’allocation du bois des forêts publiques se fasse selon la consommation réelle des usines, plutôt que sur leur capacité de transformation; capacité qui vient augmenter le besoin théorique des usines et ainsi accroître les volumes accordés sur les terres publiques, ce qui réduit subséquemment leurs besoins d’autres provenances.

En septembre 2002, la FPFQ demande au ministre de recourir à l’article 46.1 de la Loi sur les forêts afin de réduire les CAAF des papetières de l’ouest du Québec utilisant des feuillus durs. Le ministre juge alors qu’une réduction aura un effet direct sur la rentabilité des scieurs de la région si des chantiers de récolte sont interrompus temporairement. Des rencontres se tiennent alors pour dénouer cette impasse. Ce n’est qu’en mars 2003 que le ministre décide de réduire les contrats d’approvisionnement et d’aménagement forestiers des deux papetières de la région.

Un régime forestier qui craque sous la pression populaire

La commission Coulombe30, mise sur pied en octobre 2003 par le gouvernement afin de répondre à l’insatisfaction croissante de la population quant à la gestion du territoire forestier public, est une nouvelle occasion de revendiquer une meilleure protection des marchés des producteurs de bois de la forêt privée. La FPFQ propose notamment de réviser le mécanisme d’établissement des redevances forestières et de moduler les allocations de bois de la forêt publique en fonction de la situation sur les marchés. Dans ses recommandations émises en décembre 2004, cette commission propose notamment de mieux appliquer le principe de la résidualité de la forêt publique en cas de catastrophes naturelles en forêt privée afin de favoriser la récupération du bois31. Le ministère des Forêts ne donnera cependant pas de suite à cette recommandation. Les travaux de la commission ont néanmoins entraîné une importante réduction des volumes de bois de sapin, d’épinettes et de pin gris alloués aux industriels sur les terres publiques, le temps que le ministère révise ses calculs de possibilité de récolte forestière32. En 2005, le projet de loi 71 est adopté, afin de réduire respectivement la possibilité des essences résineuses et des autres essences de 20 % et de 5 %.

En 2006, le projet de loi 49 est adopté pour introduire une certaine flexibilité dans la gestion des approvisionnements de bois en permettant aux entreprises de destiner un certain volume de bois qui leur sont attribués à d’autres usines que celles mentionnées dans leur contrat. De plus, les entreprises auront aussi la possibilité d’anticiper la récolte, au cours d’une année de la période quinquennale, d’un volume de bois n’excédant pas de 10 % le volume annuel autorisé dans leur contrat33.

La réduction des allocations en forêt publique se fera peu sentir en forêt privée, car la situation sur les marchés du bois se détériore en 2007 en raison des conditions macroéconomiques et du conflit commercial sur les exportations de bois d’œuvre aux États-Unis. Nous sommes à l’aube de la crise financière qui provoquera une grave récession aux États-Unis où le secteur de la construction résidentielle s’effondrera. Cette nouvelle crise frappe l’industrie forestière québécoise, et les producteurs forestiers voient les achats de leur bois diminuer et les prix tomber drastiquement. Les livraisons de bois de la forêt privée aux usines de transformation passeront de 6 Mm3 en 2006 à 2,8 Mm3 en 2009, un creux historique34.

Pour répondre à ce climat de crise, l’Université Laval préside un important sommet sur l’avenir du secteur forestier québécois les 10, 11 et 12 décembre 2007 qui réunit l’ensemble des acteurs de la filière pour définir une vision commune et des consensus sur la protection et la mise en valeur des milieux forestiers. C’est également l’occasion pour un millier de producteurs forestiers d’aller manifester nombreux devant l’Assemblée nationale le 10 décembre 2007 afin de faire valoir leurs doléances. Les pourparlers sont l’occasion pour la FPFQ de revendiquer des mesures pour protéger les parts de marchés des producteurs forestiers lors de la consolidation du secteur de la transformation et d’accroître la flexibilité du ministre pour faire appliquer le principe de résidualité. Bien qu’elle traite de plusieurs aspects liés à la gestion des forêts québécoises, la déclaration officielle du sommet35 n’aborde pas le rôle pouvant être joué par le bois des forêts privées dans l’approvisionnement des usines de transformation. Les propositions de la FPFQ ont été marginalisées par les participants.

Dans sa déclaration de clôture du sommet, le ministre annonce la fin de l’actuel régime forestier et l’amorce des travaux afin de doter le Québec d’un nouveau. Il invite la FPFQ à faire valoir ses propositions lors de l’étude du livre vert qui définit, en 2008, les bases du nouveau régime forestier.

Une libéralisation du marché qui menace le mécanisme en place

Entre 2008 et 2012 se tiennent des consultations pour réviser en profondeur le régime forestier, notamment pour répondre aux recommandations du rapport Coulombe sur la gestion de la forêt publique québécoise en 2004 et aux propositions du Sommet sur l’avenir du secteur forestier de 200736. Le livre vert La forêt pour construire le Québec de demain, rendu public par le ministre des Forêts en 2008 établit les bases du futur régime forestier. La vaste consultation sur ce document guide la rédaction du projet de Loi sur l’aménagement durable du territoire forestier qui entraîne plusieurs changements au mode d’approvisionnement des usines de transformation du bois, dont l’octroi d’une partie du bois de la forêt publique par voie d’enchères. Bien plus, le projet de loi propose aux propriétaires forestiers de vendre directement leur bois par le biais du Bureau de mise en marché des bois (BMMB) qui sera créé pour organiser les enchères du bois de la forêt publique, parallèlement à l’action des plans conjoints de producteurs de bois37.

Ce nouveau mécanisme d’enchères est alors susceptible de compliquer le respect des scénarios d’approvisionnement établis par le ministère des Forêts pour chaque usine de transformation de bois sur le territoire québécois puisque les utilisateurs des volumes mis aux enchères ne peuvent pas être connus à l’avance. Une usine peut ainsi consommer un volume plus grand de bois de la forêt publique et renoncer à une part de ses achats traditionnels de bois de la forêt privée.

Théoriquement, l’achat par voie d’enchères d’un plus grand volume de bois en provenance des forêts publiques par une usine devrait réduire les volumes disponibles pour les autres usines si l’allocation globale demeure la même. Dans la pratique, ce ne sera malheureusement pas le cas. La Loi sur l’aménagement durable du territoire forestier crée de nouvelles possibilités dans les mouvements de bois entre industriels. En premier lieu, le ministère pourra allouer, par le biais de ventes de gré à gré ou de la mise aux enchères, des volumes de la forêt publique ayant été alloués lors d’années passées, mais n’ayant pas été récoltés. L’offre de bois sur le marché pourra ainsi être ponctuellement augmentée. Aussi, une usine a désormais la possibilité de transférer une partie de ses attributions à une autre usine. Ces possibilités rendront plus complexe la protection de parts de marchés pour le bois des forêts privées.

En mars 2009, avant l’adoption du projet de loi, plusieurs acteurs, dont la FPFQ, le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ), et le Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec, unissent donc leurs voix pour réclamer diverses mesures afin d’améliorer la proposition de nouveau régime forestier. Leur demande d’accorder une réelle priorité au bois de la forêt privée fait l’objet d’une large couverture médiatique.

Le 9 mars 2010, le projet de loi 57 définissant le nouveau régime forestier est adopté par l’Assemblée nationale. L’article 91 de la Loi sur l’aménagement durable du territoire forestier maintient le caractère résiduel des approvisionnements en provenance des forêts publiques et les allocations continueront d’être révisées tous les 5 ans en tenant compte des besoins des usines et des volumes mobilisables chez les autres sources d’approvisionnement, dont la forêt privée.

« 91. Les volumes annuels de bois garantis sont des volumes résiduels que le ministre détermine en tenant compte notamment des besoins de l’usine de transformation du bois et des autres sources d’approvisionnement disponibles, tels les bois des forêts privées et des forêts de proximité, les copeaux, les sciures, les planures, les fibres de bois provenant du recyclage et les bois provenant de l’extérieur du Québec […] »

La mécanique demeure la même que celle de la Loi sur les forêts : le ministère détermine les volumes de bois disponibles de diverses sources et par la suite, il octroie des garanties d’approvisionnement de bois des forêts publiques aux usines. Chaque usine de transformation se voit ainsi attribuer un scénario théorique d’approvisionnement pour combler ses besoins déterminés en fonction de sa capacité de transformation et sa consommation historique de bois. 

Mince consolation pour les intervenants de la forêt privée, la nouvelle loi reconnaît le rôle des syndicats de producteurs forestiers pour informer le ministère des Forêts à propos des volumes disponibles sur le territoire privé.

« 91. […] afin d’évaluer les bois des forêts privées disponibles pouvant être mis en marché dans une région donnée, le ministre consulte, avant de consentir une garantie d’approvisionnement, les offices de producteurs au sens de la Loi sur la mise en marché des produits agricoles, alimentaires et de la pêche ou les organismes désignés en vertu de l’article 50 de cette loi. La consultation porte notamment sur les volumes de bois que le ministre entend indiquer à la garantie. »

La FPFQ déplore cependant que la loi affaiblisse l’application du principe de la résidualité de la forêt publique en éliminant la possibilité pour le ministre d’intervenir de façon discrétionnaire, comme il était possible dans l’ancienne Loi sur les forêts, afin de réduire une allocation à un industriel qui lèverait le nez sur le bois des forêts privées. Autre consolation, la commission parlementaire ayant étudié ce projet de loi aura apporté un amendement instaurant l’obligation pour le ministère des Forêts de consulter les gestionnaires de plan conjoint préalablement à la révision d’un volume alloué à un industriel à la suite d’une hausse de la possibilité de récolte forestière.

Bien que la Loi sur l’aménagement durable du territoire forestier ait été adoptée en 2009, les modalités de l’ancienne Loi sur les forêts continuent néanmoins de s’appliquer jusqu’en 2013. Encore une fois, la FPFQ demande en vain l’application de l’article 46.1 de la loi en vigueur pour réduire les allocations de bois d’essences feuillues dans les régions de l’Outaouais et des Laurentides, où l’usine de panneaux à Bois-Franc ne reçoit plus de bois des forêts privées, se satisfaisant de ses réceptions en provenance du territoire public.

Ne lâchant pas prise, la FPFQ intervient de nouveau devant la commission parlementaire le 5 juin et le 4 décembre 2012, étudiant des modifications à apporter à la Loi sur l’aménagement durable du territoire forestier qui entrera en vigueur le 1er avril 2013. Ainsi, le projet de loi 67 propose de modifier l’article 91 de la Loi sur l’aménagement durable du territoire forestier de la façon suivante :

« 91. Les volumes annuels de bois qui peuvent être achetés par le bénéficiaire en application de sa garantie  sont des volumes résiduels que le ministre détermine en tenant compte notamment des besoins de l’usine de transformation du bois et des autres sources d’approvisionnement disponibles, tels les bois des forêts privées ou en provenance de l’extérieur du Québec, les copeaux, les sciures, les planures, les fibres de bois provenant du recyclage et les bois en provenance d’autres sources du domaine de l’État. »

C’est l’occasion pour la FPFQ d’obtenir une meilleure définition des sources d’approvisionnement prioritaires; le texte proposé pouvant laisser croire que le bois commercialisé par enchères s’y retrouverait. Il s’agit d’un imbroglio puisque l’intention est d’inclure dans les sources prioritaires le bois des volumes disponibles dans des territoires où la gestion est déléguée à des communautés autochtones ou des municipalités régionales de comté. La commission parlementaire étudiant ce projet de loi se rallie aux arguments de la FPFQ. Le ministre des Forêts apporte des précisions à son projet de loi et dorénavant, l’article 91 se lira comme suit :

« 91. Les volumes annuels de bois qui peuvent être achetés par le bénéficiaire en application de sa garantie sont des volumes résiduels que le ministre détermine en tenant compte notamment des besoins de l’usine de transformation du bois et des autres sources d’approvisionnement disponibles, tels les bois des forêts privées ou en provenance de l’extérieur du Québec, les copeaux, les sciures, les planures, les fibres de bois provenant du recyclage, les bois pouvant être récoltés par les titulaires de permis de récolte de bois aux fins d’approvisionner une usine de transformation du bois ainsi que ceux provenant des forêts de proximité et des autres territoires du domaine de l’État visés par une entente de délégation de gestion. »

Afin d’évaluer les bois des forêts privées disponibles pouvant être mis en marché dans une région donnée, le ministre consulte, avant de consentir une garantie d’approvisionnement, les offices de producteurs au sens de la Loi sur la mise en marché des produits agricoles, alimentaires et de la pêche ou les organismes désignés en vertu de l’article 50 de cette loi. La consultation porte notamment sur les volumes de bois que le ministre entend indiquer à la garantie.

L’octroi de garantie d’approvisionnement en bois de la forêt publique, tous les 5 ans, ne règle pas pour autant les situations de déséquilibres ponctuels sur les marchés pour un groupe d’essences donné. En effet, il n’est pas rare que la situation économique force les usines à ralentir leur production, et conséquemment leur consommation de bois. Il est alors tentant de choisir la source d’approvisionnement la moins dispendieuse, surtout lorsque des mécanismes d’indexation font varier les redevances en fonction de l’évolution des indices de marché.

Devant la multiplication des ventes de bois des forêts publiques sur une base de gré à gré entre le ministère et un industriel, une entente administrative est convenue avec la FPFQ en 2014, obligeant le ministère à consulter les gestionnaires de plan conjoint de producteurs de bois avant d’allouer des volumes ponctuels à des usines de leur région. Cette entente permet d’évaluer l’état des volumes ne trouvant pas preneur sur le territoire d’un plan conjoint lorsqu’un industriel requiert une hausse ponctuelle de ses approvisionnements en provenance des forêts publiques. Cette entente administrative est en vigueur depuis cette date. Malgré cette démarche, le ministère conserve cependant la discrétion d’allouer le volume à un industriel, ce qui fut le cas régulièrement pour permettre de récolter l’ensemble des essences sur un chantier en forêt publique, de nouveau au grand dam des producteurs forestiers.

La disparition de certains marchés

Ce n’est pas uniquement la hausse des allocations de bois des forêts publiques qui est responsable de la perte de marchés pour les producteurs de bois de la forêt privée. La fermeture d’usines a éliminé dans plusieurs régions les marchés disponibles pour des catégories précises de bois.

Jusqu’en 1990, les papetières sont les principales consommatrices du bois de la forêt privée et celles-ci disposent de cours à bois et d’équipements de préparation de la fibre pour recevoir les billes de 4 pieds si faciles à produire pour un producteur forestier. La fermeture de dizaines d’usines de pâtes et papiers sur le territoire québécois et l’évolution technologique permettant aux usines restantes de s’alimenter exclusivement de copeaux réduiront les possibilités pour les producteurs d’écouler les petits billots ne pouvant être livrés aux scieries. Les études de faisabilité réalisées en 2012 pour établir des centres de mise en copeaux du bois de la forêt privée pour faire face à la fermeture de la cour à bois de l’usine Wayagamack de Kruger à Trois-Rivières, dernière à recevoir la « pitoune de 4 pieds » de sapin et d’épinettes, n’auront pas démontré une rentabilité pour le producteur forestier.

De plus, la fermeture au fil des ans d’une multitude de petites scieries d’essences feuillues et résineuses, localisées dans les villages, aura réduit les alternatives de marchés pour les producteurs du coin.

Une expérience suffisamment longue pour tirer des constats

L’expérience des dernières décennies montre que l’application de ce « principe de résidualité » demeure difficile. Pour certains produits, la demande industrielle est parfois trop faible dans une région, souvent à la suite de la fermeture d’usines de transformation. Dans d’autres cas, des industriels refusent de se plier aux scénarios d’approvisionnement du ministère qui prévoit l’achat d’un volume de bois des forêts privées, préférant se satisfaire des allocations en provenance des forêts publiques. En revanche, de nombreux exemples démontrent aujourd’hui que les industriels reconnaissent les conséquences sociétales de la mise en valeur des forêts privées, et intègrent ce bois dans leurs stratégies d’approvisionnement, comme en fait foi le nombre important d’usines s’approvisionnant désormais sur le territoire privé. D’ailleurs, le principe de résidualité n’est pas remis en question dans les communications publiques des acteurs du secteur forestier. Il n’en demeure pas moins que la protection des parts de marchés demeurera un devoir de l’État québécois qui restera le plus important vendeur de bois dans le marché provincial; État qui a toujours choisi d’utiliser le bois des forêts publiques pour soutenir le développement économique.

Par ailleurs, il est difficile de statuer sur la performance des mécanismes mis en œuvre par le gouvernement pour protéger des parts de marchés aux producteurs de bois de la forêt privée, sans considérer l’évolution du mécanisme pour établir les redevances sur le bois des forêts publiques et l’évolution des plans conjoints de producteurs de bois pour accroître leur pouvoir de négociation. Ces deux dernières évolutions mériteraient à leur tour une analyse historique.

L’adoption et le perfectionnement du mécanisme favorisant l’accès du bois des forêts privées aux marchés de la transformation sont néanmoins un exemple de l’effet d’un long combat mené par les producteurs de bois et leurs regroupements.

Et l’avenir ?

La forêt publique continuera d’occuper une place centrale dans l’approvisionnement de l’industrie des produits forestiers du Québec. Les acteurs concernés par l’accès aux marchés pour les bois des forêts privées n’auront donc pas le choix de maintenir un dialogue avec les autorités gouvernementales pour s’assurer que ceux-ci comprennent leur réalité commerciale. Le rôle que peut jouer la production de bois dans l’économie des régions, l’occupation du territoire, mais aussi les enjeux globaux, devra continuer à être mis de l’avant par les représentants des propriétaires forestiers québécois afin que l’application du principe de la résidualité de la forêt publique s’améliore une nouvelle fois.

Notes de bas de page

[1] L’auteur remercie la Société d’histoire forestière du Québec de lui permettre de développer davantage le sujet du chapitre 12 ‘1988 – Introduction du principe de la résidualité’ du texte Évolution de la mise en marché collective des bois de la forêt privée au Québec publié aux pages 25 à 34 du précédent numéro.

[2] Marc-André Côté a été directeur général de la Fédération des producteurs forestiers du Québec de 2011 à 2020.

[3] Les forêts privées ne représentent que 17 % du territoire forestier québécois. Fédération des producteurs forestiers du Québec. La forêt privée chiffrée 2022, 36 p.

[4] Cette situation était déjà notée par Gilbert Paillé en 1976 dans son livre L’aménagement des forêts privées du Québec, publié par le Fonds de recherches forestières de l’Université Laval : « Les bois des forêts privées sont considérés par la majorité des industries comme un tampon pour combler leurs besoins d’approvisionnement en période de rareté; ils sont les premiers à être laissés pour compte en période d’abondance ou de crise ». p. 107.

[5] Ce ministère a connu plusieurs appellations au fil des ans, dont Terres et Forêts, Énergie et Ressources, Ressources naturelles, des Forêts, de la Faune et des Parcs. Pour faciliter la lecture, l’appellation ministère des Forêts a été retenue pour ce document.

[6] Résolution de l’assemblée générale annuelle de la Fédération des producteurs de bois du Québec du 23 juin 1970 : « […] l’AGA demande au ministre des Terres et Forêts de planifier et contrôler toutes les sources d’approvisionnement des usines forestières afin que les syndicats et offices de producteurs aient leur juste part de l’approvisionnement des usines ».

[7] Résolution de l’assemblée générale annuelle de la Fédération des producteurs forestiers du Québec du 13 juin 2014 : « […] l’AGA demande au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs de régir la vente de bois aux enchères, ou de gré à gré, en tenant compte de l’offre des bois disponibles chez les sources d’approvisionnements prioritaires, telle la forêt privée, afin de faire respecter le principe de résidualité entre deux périodes d’allocation quinquennale de garanties d’approvisionnement ».

[8] Fédération des producteurs forestiers du Québec. La forêt privée chiffrée 2022, 36 p. (p.26)

[9] Cette loi permettait au gouvernement d’adopter un règlement pour forcer l’achat de bois à pâte récolté par des agriculteurs et des colons pendant une période déterminée. Son article 3 prévoyait que « le gouvernement peut faire des règlements pour régir l’achat par tout commerçant du bois à pâte coupé par des agriculteurs ou des colons […]». Cette loi sera abrogée en 1993.

[10] Gouvernement du Québec. 1971 Exposé sur la politique forestière, Tome 1 : Prospective et problématique : 281 p. (p. 199).

[11] Gouvernement du Québec. 1972 Exposé sur la politique forestière, Tome 2 : Réforme et programme d’action : 191 p. (p. 55) : « […] Toutefois, cette planification ne sera possible que si un même organisme est habilité à contrôler tous les bois mis sur le marché. Ce contrôle s’étendra à l’ensemble de la production des forêts privées et publiques, de même qu’aux copeaux, et s’appliquera à toutes les usines qui utilisent le bios comme matière première. […] La planification et la distribution […] tiendront compte notamment des besoins des usines, de l’offre de matière ligneuse et des contraintes actuelles qui lui sont reliés […] ».

[12] Gouvernement du Québec. 1972 Exposé sur la politique forestière, Tome 2 : Réforme et programme d’action : 191 p. (p. 57). 

[13] Encart Le Point sur le 3e rapport annuel de la FPFQ publié dans La Terre de chez nous du 13 juin 1973.

[14] FPFQ. 1975. Rapport annuel de l’exercice 1974-1975 : 24 p. (p.13).

[15] FPFQ. 1976. Rapport annuel de l’exercice 1975-1976 : Allocution du ministre des Terres et Forêts. Non paginé.

[16] Résolution de l’assemblée générale annuelle de 1978 de la FPFQ : « […] l’AGA de la FPFQ demande que le ministère des Terres et Forêts oblige […] les différents fournisseurs et l’industrie acheteuse à lui soumettre leurs prévisions de mise en marché et les besoins de l’industrie assez tôt à la convenance des parties et ce pour plusieurs années à venir pour lui permettre de définir des plans d’allocation de façon à ce que les permis de coupe sur la forêt publique complètent l’approvisionnement des usines après que les bois de la forêt privée et des résidus du sciage seront assurés d’être vendus. Qu’un organisme […] soit habilité à décréter l’application de ces plans. Que le gouvernement du Québec procède […] à la création d’une commission d’allocation des bois […] ou à défaut de modifier la Loi sur la mise en marché des produits agricoles de façon que le pouvoir de décréter un partage des marchés soit introduit et que la RMAAQ chargée d’administrer cette loi soit en mesure d’appliquer un tel pouvoir ».

[17] FPFQ. 1979. Rapport d’activité pour l’exercice 1978-1979. p. 14.

[18] FPFQ. 1978. Rapport d’activité pour l’exercice 1977-1978. p.4

[19] FPFQ. 1977. Rapport d’activité pour l’exercice 1976-1977. Non paginé.

[20] FPFQ. 1984. Rapport d’activité pour l’exercice 1983-1984.

[21] FPFQ. 1984. Compte rendu du colloque provincial sur l’avenir de la forêt privée : 37 p. (p. 5)

[22] Jolivet, Jean-Pierre, Notes pour l’allocution du ministre délégué aux forêts, monsieur Jean-Pierre Jolivet, à l’occasion de la conférence de presse sur le livre blanc sur la politique forestière « Bâtir une forêt pour l’avenir », le mardi 11 juin 1985, p. 12-13 et 15 (extraits) : Le réajustement des volumes alloués : Au cours des dernières années, la pression sur la forêt publique n’a cessé d’augmenter. Les volumes et le niveau d’allocation ne peuvent plus être maintenus sans quoi l’industrie forestière manquera de matière ligneuse bientôt. La politique forestière propose d’accorder la priorité aux bois de la forêt privée et aux copeaux des usines de sciage. Cela signifie que la forêt publique sera considérée comme une source résiduelle et supplémentaire d’approvisionnement. Il s’agit ici d’un élément majeur de changement, car le resserrement de l’allocation en bois rond de la forêt publique favorisera une meilleure mise en marché de la matière ligneuse et amènera la signature d’ententes à long terme entre les compagnies de pâtes et papiers, les industries du bois et les producteurs de bois privés. […] Priorité aux bois de la forêt privée : La forêt privée représente 10 % des forêts productrices au Québec et la politique forestière reconnaît son potentiel de mise en valeur et propose de la privilégier en tant que source d’approvisionnement des usines de transformation du Québec, tel que l’a recommandé, en juin 1984, le Comité Lortie sur l’avenir de la forêt privée. Cette priorité accordée aux bois de la forêt privée vise à permettre un meilleur écoulement de la production et un pouvoir accru de négociation des prix. En conséquence, la matière ligneuse provenant de la forêt publique sera considérée comme source complémentaire d’approvisionnement des usines. Les allocations de bois seront révisées pour s’ajuster en fonction de la disponibilité des volumes de la forêt privée.

[23] L’ article 81.2 de la Loi sur les forêts de l’époque permet au ministre de réviser, à la hausse ou à la baisse, un volume attribué par contrat en cas de changement dans les besoins de l’usine, mais ce pouvoir sera rarement utilisé pour réduire les allocations des industriels : « le ministre peut après entente avec le bénéficiaire concerné, réviser le volume attribué […] s’il estime que ceci favorise une utilisation optimale des bois, notamment en cas de désistement partiel par un bénéficiaire d’une partie de son volume attribué, d’un changement de vocation de l’usine ou d’une restructuration de l’entreprise ».

[24] Comité Audet. 1988. Rapport sur l’orientation de la politique relative à la forêt privée : 84 p. (p. 31).

[25] FPFQ. 1990. Rapport d’activité pour l’exercice 1989-1990 : p. 15.

[26] Idem à la note 23

[27] FPFQ. 1991. Rapport d’activité pour l’exercice 1990-1991 : p. 19.

[28] FPFQ. 1997. Rapport d’activité pour l’exercice 1996-1997 : p. 17.

[29] FPFQ. 1998. Rapport d’activité pour l’exercice 1997-1998 : p. 21.

[30] Commission d’étude indépendante chargée d’examiner la gestion des forêts du domaine de l’État. Constituée en vertu du décret numéro 1121-2003 du 22 octobre 2003, cette commission avait le mandat de dresser un état de situation de la gestion des forêts publiques et de formuler des recommandations, en réponse aux besoins et aux aspirations de la population québécoise. Ce rapport repose notamment sur des consultations publiques tenues dans 16 villes et 4 communautés autochtones à travers le Québec, où 303 mémoires ont été déposés.

[31] Recommandation 6.12 : Que le Ministère applique de manière efficace le principe de la résidualité en cas de sinistre naturel majeur (verglas, épidémies, etc.) afin de permettre une récupération de bois en perdition en forêts privées.

[32] Recommandation 9.2 : Que, d’ici l’entrée en vigueur des PAFI 2008-2013, la possibilité ligneuse pour le groupe sapin-épinettes-pin gris-mélèze (SEPM) soit réduite de 20 % dans chacune des aires communes, par rapport à la possibilité inscrite dans les plans généraux présentement en vigueur, et que les attributions soient ajustées selon la situation particulière de chaque aire commune.

[33] Québec. 2008. La forêt pour construire le Québec de demain. 72 p.

[34] FPFQ. 2021. La forêt privée chiffrée. www.foretprivee.ca. p. 21.

[35] Sommet sur l’avenir du secteur forestier québécois. 2007. Bâtir ensemble : déclaration du 12 décembre 2007. 4 p.

[36] La révision du régime forestier a été amorcée avec la mise en œuvre de plusieurs recommandations de la commission Coulombe dont le rapport a été déposé en 2004. Elle a été fortement inspirée par les travaux réalisés et les consensus dégagés, en décembre 2007, dans le cadre du Sommet sur l’avenir du secteur forestier québécois. Ce document traite ainsi des principaux volets de gouvernance et de gestion sur lesquels pourrait être bâtie la prochaine grande politique forestière du Québec. Il a pour but d’informer la population, et les acteurs préoccupés de l’avenir de la forêt et du secteur forestier, de la réflexion qui a cours au sein du ministère et, plus largement, au sein du gouvernement du Québec. Il doit aussi servir à entreprendre une consultation sur les orientations qui y sont proposées.

[37] En réponse aux représentations de l’Union des producteurs agricoles et de la FPFQ, l’article 120 de la version finale de la Loi sur l’aménagement durable du territoire forestier prévoira que cette option soit uniquement offerte aux gestionnaires de plan conjoint de producteurs de bois. Le BMMB pourra ainsi « vendre sur un marché libre, à la demande d’un office de producteurs au sens de la Loi sur la mise en marché des produits agricoles, alimentaires et de la pêche ou d’un organisme désigné en vertu de l’article 50 de cette loi, des produits des forêts privées visés par le plan conjoint appliqué par cet office ou cet organisme lorsque le plan le permet ».

Références

Audet, J. Rapport du Comité Audet sur l’orientation de la politique relative à la forêt privée présenté au ministre délégué aux forêts, 1988, 84 p.

Commission d’étude sur la gestion de la forêt publique québécoise (Commission Coulombe) rapport, 2004, 314 p.

Fédération des producteurs forestiers du Québec. La forêt privée chiffrée, 2022, 36 p.

Fédération des producteurs forestiers du Québec. Protéger les producteurs forestiers dans un marché du bois imparfait – Mémoire déposé par la Fédération des producteurs forestiers du Québec dans le cadre de la Commission parlementaire sur le projet de loi 67 modifiant la Loi sur l’aménagement durable du territoire forestier, 2012, 9 p.

Fédération des producteurs forestiers du Québec. Rapports d’activité, disponibles au secrétariat de la FPFQ, années multiples.

Gauthier J. 1984. Compte rendu du colloque provincial sur l’avenir de la forêt privée du Québec, Trois-Rivières, 2 et mai 1984. 38 p.

Gouvernement du Québec. 1964. Loi du prix du bois à pâte vendu par des agriculteurs et des colons. Chapitre 94.

Gouvernement du Québec, ministère des Terres et Forêts. 1971. Tome 1 : Exposé sur la politique forestière, prospective et problématique. 281 p.

Gouvernement du Québec, ministère des Terres et Forêts. 1972. Tome 2 : Exposé sur la politique forestière : réforme et programme d’action. 191 p.

Gouvernement du Québec. 1986. Loi sur les forêts.

Gouvernement du Québec. 2008. La forêt pour construire le Québec de demain : Livre vert. 72 p.

Gouvernement du Québec. 2011. Loi sur l’aménagement durable du territoire forestier.

Jolivet, J-P. 1985. Notes pour l’allocution du ministre délégué aux forêts à l’occasion de la conférence de presse du 11 juin 1985 sur le livre blanc sur la politique forestière « Bâtir une forêt pour l’avenir ». Bibliothèque de l’Assemblée nationale, notice 907176. 25 p.

Paillé, G. 1976. L’aménagement des forêts privées. Fonds de recherches forestières de l’Université Laval, Québec, bulletin 14. 129 p. 

Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec. 1983. Décision 3769 du 20 octobre 1983 sur l’application de la Loi sur le prix du bois à pâte vendu par des agriculteurs et des colons. 3 p.

Sommet sur l’avenir du secteur forestier québécois. 2007. Bâtir ensemble : déclaration du 12 décembre 2007. 4 p.

La sylviculture pour adapter les forêts aux changements globaux

Les écosystèmes de la planète sont soumis à un rythme de changements qu’ils n’ont jamais connu auparavant. L’augmentation rapide des températures moyennes causée par l’utilisation de combustibles fossiles qui relâchent des gaz à effet de serre dans l’atmosphère, ou la prolifération de plantes ou d’insectes exotiques envahissants qui résulte de l’augmentation des échanges commerciaux, sont quelques-unes des modifications caractéristiques des changements globaux auxquels la planète est soumise.

Les changements globaux exerceront d’énormes pressions sur les forêts du monde. Nous pouvons déjà observer certains de leurs effets chez nous, comme le dépérissement de forêts causé par la sécheresse ou par des épidémies d’insectes qui étaient jusqu’à tout récemment absents du continent. D’autres effets sont à prévoir, mais plusieurs d’entre eux demeurent incertains. La fréquence de tels événements devrait augmenter dans les décennies à venir, ce qui aura des impacts concrets sur la capacité des forêts à générer les biens et services qui en sont attendus et auxquels la société est attachée. Les changements globaux risquent d’influencer par exemple la production de bois d’essences de haute valeur économique, la présence d’habitats adéquats pour maintenir la diversité animale ou végétale, ou la production de produits forestiers non ligneux comme le sirop d’érable ou les champignons.

La sylviculture d’adaptation

Quelles options s’offrent aux propriétaires de boisés face à ces phénomènes globaux? L’une des réponses se trouve dans la sylviculture d’adaptation. La sylviculture est une discipline de la foresterie qui concerne l’établissement, la composition, la croissance, l’état de santé et la qualité des peuplements forestiers. Elle consiste à observer l’état des forêts et à anticiper leur évolution pour appliquer des traitements de régénération, d’entretien ou de récolte appropriés afin de produire les services attendus. Alors que les principes de la sylviculture ont été développés sur la base des expériences du passé, elle doit maintenant – et plus que jamais – être adaptée à un monde en changement et incertain.

De nombreuses équipes de recherche au Canada et ailleurs étudient et testent des approches de sylviculture d’adaptation aux changements climatiques et globaux. L’une d’elles consiste à augmenter la résistance ou la résilience des peuplements forestiers au climat futur, ou encore à favoriser leur transition vers des états qui seront mieux adaptés à ces conditions.

Les stratégies de résistance font appel à des traitements sylvicoles qui améliorent les défenses de la forêt contre les changements ou qui défendent directement la forêt contre les perturbations afin de maintenir des conditions relativement inchangées. Les stratégies de résilience impliquent, quant à elles, l’utilisation de traitements sylvicoles qui permettent un certain degré de changement dans les peuplements, mais qui encouragent le retour à un état antérieur ou à des conditions de référence souhaitées après une perturbation. Pour leur part, les stratégies de transition s’appuient sur des actions qui adaptent intentionnellement les peuplements forestiers aux changements et permettent aux écosystèmes de répondre de façon adaptative aux conditions nouvelles et changeantes.

Les stratégies de résistance, de résilience et de transition des peuplements forestiers doivent être développées à la pièce, en fonction des contextes particuliers dans lesquels on désire les appliquer. Elles doivent tenir compte de l’état actuel des forêts (par exemple leur composition, leur âge et leur structure), des objectifs de production de ces forêts (par exemple le bois d’œuvre, le sirop d’érable ou les habitats fauniques), ainsi que des pressions futures auxquelles les forêts seront soumises (par exemple une augmentation des températures ou une diminution des précipitations).

Les stratégies d’adaptation font fréquemment appel à la migration assistée des essences forestières. Cette pratique, qui consiste à déplacer des essences vers des habitats climatiques auxquels elles sont adaptées, repose sur la connaissance des exigences climatiques des essences et des génotypes qui les composent, de même que sur les projections les plus à jour des climats futurs. Les scientifiques continuent de développer ces connaissances. Ils tentent également de comprendre les interactions entre les essences d’arbres utilisées pour la migration assistée et les autres composantes des écosystèmes hôtes, comme les sols, les plantes et les animaux.

Une expérience grandeur nature

Nous testons et démontrons ces concepts à l’échelle opérationnelle à la Forêt expérimentale de Petawawa. Gérée par le gouvernement fédéral, cette forêt de 10 000 hectares est située en Ontario, dans la région forestière des Grands Lacs et du Saint-Laurent. Dominée par le pin blanc, le pin rouge, le chêne rouge, le bouleau jaune, l’érable à sucre et l’érable rouge, la Forêt expérimentale de Petawawa se trouve dans une région qui, en raison des changements climatiques, deviendra plus chaude et plus humide pendant l’automne, l’hiver et le printemps, mais plus sèche pendant l’été. Elle recevra plus de pluie, de glace et de neige pendant les mois d’hiver, ce qui pourrait entraîner une diminution de la fonte au printemps et un assèchement précoce du sol. On s’attend à ce que ces effets amplifient les conditions forestières plus chaudes et plus sèches pendant l’été et au début de l’automne.

À la Forêt expérimentale de Petawawa, la stratégie de résistance se concrétise par la régénération des peuplements de pins blancs avec une coupe progressive régulière, suivie de la plantation de plants de pin blanc provenant de sources locales et de régions plus au sud, adaptées aux climats futurs de la région. La stratégie de résilience consiste, pour sa part, en des traitements de régénération avec une coupe progressive irrégulière par trouées agrandies, suivie de la plantation de plants de pin blanc, de chêne rouge et de chêne blanc provenant de sources de semences du sud adaptées aux climats futurs. Finalement, la transition des écosystèmes est réalisée par l’utilisation d’une coupe totale avec rétention de 10 à 20 % du couvert, suivie de la plantation de plants de pin rouge provenant de sources locales ainsi que de pin rigide, de pin rouge, de chêne rouge et de chêne blanc provenant de sources de semences du sud adaptées aux climats futurs de la région de Petawawa.

Approches de sylviculture d'adaptation
Photographie panoramique d'une trouée récente dans une coupe progressive irrégulière à la forêt expérimentale de Petawawa

Promouvoir la diversité

L’adaptation des forêts passe par la promotion de la diversité. Celle-ci doit se retrouver à plusieurs échelles. Par exemple, à l’échelle des peuplements forestiers, les travaux de recherche les plus récents démontrent qu’une diversité d’essences forestières caractérisées par des traits fonctionnels variés (par exemple des essences qui présentent différents types de feuilles, des profondeurs d’enracinement variées, des saisons de reproduction non synchronisées) auront davantage de chances de traverser les événements climatiques extrêmes ou de résister aux attaques de ravageurs que les forêts composées d’une seule essence ou d’essences aux traits similaires.

À l’échelle des paysages ou des lots boisés, la diversité doit s’exprimer par l’adoption de stratégies variées de résistance, de résilience et de transition. Ce portfolio diversifié d’options d’aménagement pourrait notamment contenir des zones de conservation qui évolueront possiblement vers de nouveaux états en réaction aux changements globaux. Il pourrait également compter des zones où l’aménagement s’inspire des processus naturels, tout en s’adaptant à la vulnérabilité des peuplements pour faciliter la transition vers des états qui seront stables sous de nouvelles conditions climatiques. Le portfolio pourrait finalement comprendre des zones d’aménagement plus intensif dans lesquelles la production de services est maximisée sur de courtes périodes, ce qui limite l’exposition des peuplements aux aléas climatiques et autres changements globaux.

La sylviculture d’adaptation constitue un levier concret applicable à l’échelle des propriétaires de boisés pour soutenir l’aménagement durable des forêts dans un contexte de changements globaux. Sa mise en œuvre n’est toutefois pas simple. Les chercheurs explorent le cadre théorique, le potentiel et les limites de différentes stratégies d’adaptation alors même que les changements climatiques et autres pressions affectent déjà la santé et la productivité des forêts. Il en résulte un défi quotidien d’intégration des nouvelles connaissances dans la pratique forestière. Les échanges et interactions entre les chercheurs et les praticiens sont essentiels.

Petit lexique

Le génotype correspond à la constitution génétique d’un individu héritée de celle de ses parents. Une même espèce d’arbres est constituée d’individus ayant des génotypes différents, certains pouvant être mieux adaptés à des conditions climatiques particulières.

Les coupes progressives consistent en des séquences de coupes partielles, dont le but est d’établir la régénération sous un couvert forestier contenant des arbres matures. Elles se déclinent en différents procédés de régénération, soit la coupe progressive régulière et la coupe progressive irrégulière.

La structure d’un peuplement forestier réfère à la répartition des arbres selon les plans vertical (leur hauteur) et horizontal (leur diamètre), et selon la distribution des classes d’âge.

Un trait fonctionnel est une caractéristique d’un individu qui affecte sa performance. Le format des graines et leur mode de dispersion, le type de feuilles et l’architecture des racines sont des exemples de traits fonctionnels des arbres.

POUR EN SAVOIR PLUS

Visionnez la présentation « Questions de régénération pour une sylviculture d’adaptation » sur la page YouTube de Ressources naturelles Canada.

Consultez l’article « Sylviculture d’adaptation aux changements climatiques : des concepts à la réalité. Compte-rendu d’un colloque tenu au Carrefour Forêts 2019 ».

Contactez Anthony Bourgoin, coordonnateur des programmes et des projets forestiers au Centre canadien sur la fibre de bois, par courriel : fibrecentre@nrcan-rncan.gc.ca.

Article paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de février 2023.

Changements climatiques et assurances : des dommages de plus en plus prévisibles

L’air frais qui circule entre les branches de vos arbres et la douce odeur d’humus qui se mêle à celle de la sève des arbres que vous coupez pourraient rapidement devenir irrespirables si la malchance devait s’abattre sur vous. Il suffit d’un visiteur blessé sur votre lot ou d’une catastrophe naturelle pour que votre patrimoine parte en fumée… à moins d’être adéquatement protégé contre les risques de pareils accidents.

Les coûts associés aux catastrophes naturelles ne cessent d’augmenter au pays. Selon le Bureau d’assurance du Canada, les dommages causés par les changements climatiques atteignent 2,2 milliards de dollars par année en moyenne, depuis 5 ans au Canada, tout type d’assuré confondu.

Les chiffres suivent la même tendance au Québec. Les coûts associés à ce type de sinistre dépassent 200 millions de dollars par année, depuis 5 ans. « On observe 4 fois plus d’événements climatiques qu’il y a 30 ans », indique Stéphane Bibeau, président, chef de la direction et des opérations chez Estrie-Richelieu, l’un des très rares assureurs spécialisés en agriculture et en foresterie.

Devant ces bouleversements qui s’accélèrent, les assureurs calculent et recalculent les risques qu’ils doivent couvrir. « Les assureurs observent la tendance des dommages et ils mettent des mécanismes en place pour se protéger contre leur récurrence », explique Michel Auger, président d’AGMA Assurances, dont les bureaux se trouvent à Longueuil. La nouvelle réalité climatique pourrait changer le paysage de l’assurance, croit Yanick Thibault, directeur principal du développement en assurance des entreprises à La Turquoise. « Les changements climatiques font en sorte que les assureurs vont sûrement se repositionner sur les enjeux de primes et de couvertures différentes dans le futur », avance quant à lui Michel Auger.

 

Les dommages causés aux bâtiments par les intempéries ou le feu, par exemple, font partie des actifs couverts par les assureurs actifs au Québec.

MOT CLÉ : DIVULGUER

La première chose à déterminer lorsqu’on possède une terre à bois, c’est l’usage qu’on en fait. « Est-ce qu’on y fait de l’activité commerciale, est-ce qu’elle sert à nos loisirs? Ce sont des questions qui permettent de déterminer le type d’assurance la mieux adaptée pour le propriétaire d’un boisé », explique Michel Auger. « Souvent, les gens pensent qu’ils sont couverts grâce à leur police habitation, mais ce n’est pas nécessairement le cas », observe Jonathan Dubois, directeur en assurance d’entreprises chez AMR Assurances de Sherbrooke. « Y a des gens qui vont dire : “Je fais de la coupe à bois, mais je ne génère pas un gros revenu, donc je ne le déclare pas” », ajoute le courtier, qui insiste sur l’importance d’être transparent avec son assureur. « Il faut mentionner toute l’activité qu’il peut y avoir sur notre terre à bois », dit Jonathan Dubois. « Parfois, oui, c’est pour aller prendre des vacances, faire du ski-doo ou du quatre-roues de temps en temps, reconnaît-il, mais parfois aussi, on y construit un chalet, on coupe du bois, on peut en louer une partie en tiers. Ce ne sont pas nécessairement des activités couvertes par une police habitation ou agricole », signale le spécialiste.

Si les propriétaires de lots présentent chacun leurs particularités, les assureurs ne marchent pas tous d’un même pas non plus. La définition d’une activité commerciale peut varier d’une entreprise à l’autre. Chez Estrie-Richelieu, par exemple, on assure les érablières et les producteurs agricoles pour qui la coupe forestière représente une activité secondaire. « Quelqu’un qui fait de la coupe sélective, avec un ingénieur qui vient lui donner des conseils, ou encore un autre qui fait du nettoyage dans son boisé, on va l’assurer », explique Annie Lamoureux, directrice assurance chez Estrie-Richelieu. « Notre contrat inclut la vente de 100 cordes de bois, poursuit l’experte. S’il en vend 150 cordes, ça ne pose pas de soucis non plus. » 

LOTS BOISÉS : ON ASSURE QUOI?

Les arbres de vos terres ont beau être majestueux, dites-vous que tant qu’ils sont debout, ils ne valent pas grand-chose du point de vue de leur assurabilité. Au Québec, du moins [voir l’encadré]. « Je n’ai jamais vu de cas où on assure les arbres », admet Jonathan Dubois, d’AMR Assurances. « On n’assure pas la forêt contre les dommages », confirme Stéphane Bibeau, d’Estrie-Richelieu. « La première raison, ajoute l’assureur, c’est qu’il n’y a pas de demande pour ça. »

Ici, les assureurs couvrent les dommages causés aux bâtiments et aux actifs dont la valeur est facile à quantifier, comme la tubulure d’une érablière. Un arbre tombe sur votre cabane à sucre? L’assurance vous protège. Idem pour votre chalet ravagé par un incendie ou écrasé sous le poids de la glace ou de la neige. Quant aux arbres rasés par un incendie ou vos chemins forestiers emportés par une pluie torrentielle, non. « Combien vaut un arbre dans une forêt qui n’est pas exploitée? C’est assez difficile à quantifier », estime Stéphane Bibeau. Une fois coupé, c’est une autre paire de manches. Un mètre cube de bois rond, ça s’évalue. On sait combien il est possible d’obtenir pour lui sur le marché. « Ça devient un produit », explique Michel Auger, d’AGMA Assurances.

André Roy est président du Syndicat des Producteurs forestiers du Sud du Québec

« Quand on est actif, n’importe quel accident peut dégénérer », rappelle André Roy, président du Syndicat des Producteurs forestiers du Sud du Québec qui couvre les régions de l’Estrie et de la Montérégie. « Si vous causez un incendie en forêt, c’est bon d’être assuré parce que ça couvre aussi les voisins », précise le producteur forestier qui bûche de 8 à 10 voyages de bois par année sur sa terre de 174 hectares située à Sainte-Praxède, à environ 90 km au nord-est de Sherbrooke.

Encore une fois, la nature de vos activités en forêt déterminera si votre assurance habitation vous protège ou non en cas d’accident. Mais peu importe votre situation, l’assurance responsabilité s’impose, soutient Yanick Thibault, de La Turquoise. « Un arbre peut tomber sur un visiteur. Une tempête de vent peut transporter de lourdes branches chez un voisin et endommager son bien », illustre le courtier. « J’ai vu une situation où un feu déclenché par la foudre s’est propagé chez l’exploitant d’une pourvoirie voisine. Le bien du pourvoyeur a été endommagé. C’est l’assurance responsabilité qui a couvert les coûts de l’accident », raconte Yanick Thibault.

Les dommages causés à l’environnement doivent aussi être pris au sérieux par les propriétaires de boisé, croit Yanick Thibault. « Les lots sont situés au cœur d’écosystèmes reliés à d’autres écosystèmes », rappelle le courtier de Mont-Laurier. « Imaginez que vous tombez dans un ruisseau avec votre machinerie, et qu’il y a un déversement d’huile qui pollue le cours d’eau qui se jette dans une rivière », dit-il. « C’est le genre de chose qui peut arriver », signale le courtier.

Yanick Thibault est directeur principal du développement en assurance des entreprises à La Turquoise, cabinet en assurance de dommages et services financiers.
Contrairement à la France, les arbres ne sont pas assurés au Québec

UN EXEMPLE VENU DE FRANCE

Si les arbres debout ne sont pas assurés au Québec, en France, oui. La Fédération des Syndicats de Producteurs Forestiers Privés de France, Fransylva, s’est associée à l’assureur Verspieren il y a quelques années pour offrir différents plans d’assurance dommages a n de protéger le patrimoine forestier de ses membres. Sylvassur couvre toutes les essences d’arbres. L’assurance peut assumer les risques liés aux incendies, aux tempêtes de vent et aux ouragans, en plus des dégâts causés par la neige. Une partie de la forêt, ou son entièreté, peut être assurée. Les primes1 varient d’une protection à l’autre. Dans le cas d’une couverture de la forêt entière, la valeur assurable varie entre 1 000 et 5 000 euros par hectare (1 400 $ à 7 750 $).

TOUJOURS RESPONSABLE

Le propriétaire d’un lot boisé demeure entièrement responsable de son bien et de ce qui s’y produit, rappelle Yanick Thibault, de La Turquoise. Si un tiers, comme une société d’aménagement, réalise des travaux dans un boisé, son propriétaire reste responsable des dommages et des accidents qui pourraient s’y produire. En cas de sinistre, le propriétaire du lot et le tiers seront mis en demeure, souligne le courtier. « L’assureur défendra le propriétaire et reviendra en subrogation contre l’assureur de la société s’il est déterminé que cette dernière a une responsabilité dans le sinistre », explique Yanick Ouellet. Il demeure aussi de l’obligation du propriétaire du lot de s’assurer que son sous-traitant dispose d’une protection adéquate pour réaliser les travaux. Dans un cas comme celui-là, c’est un peu plus compliqué, admet le courtier de Mont-Laurier. « La subrogation devient plus difficile, dit-il. L’assureur continuera ses démarches directement avec la société qui devra tout de même répondre de ses actes, sans regard de notre assuré. »

 

Article paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de mai 2023.

Un bon casque, un investissement vital

Certains bûcherons ne portent pas leur casque parce qu’ils le trouvent inconfortable. D’autres optent pour le modèle le plus bas de gamme, qui n’est toutefois pas le meilleur pour protéger l’ouïe ou ce qu’un bûcheron possède de plus précieux : sa tête. Chez les Équipements Techno-For à Québec, une boutique spécialisée en équipements de protection pour forestiers, le conseiller et technicien forestier Jean-Chrystophe Gingras indique que certains casques sont plus appropriés que d’autres selon les besoins et qu’il importe d’en connaître les différences.
Le casque 3M de série H-700

3M

« Un modèle que j’aime pour un budget en bas de 100 $ est le casque 3M de série H-700. Comme 3M fait sa propre visière et ses propres coquilles [protecteur auditif], alors le t avec le casque est parfait. Pour l’insonorisation, ça fait une grosse différence et les gens aiment ça. Quand mes vieux bûcherons rentrent dans la boutique, il faut leur parler plus fort, car ils ont été soumis à beaucoup de bruit, alors c’est important aussi, la protection contre le bruit », argue-t-il.

M. Gingras précise que la durée de vie d’un casque est d’environ 10 ans et parfois moins quand il est davantage exposé aux rayons UV, lesquels dégradent les propriétés du plastique plus rapidement. « Ce qui est bien avec le casque 3M, c’est qu’il possède une bande visuelle UV qui indique quand remplacer le casque selon son exposition aux rayons UV », précise-t-il. Concernant les casques offerts par les compagnies de scies mécaniques comme Stihl et Husqvarna, Jean-Chrystophe Gingras affirme que selon son évaluation et celle de ses clients, il s’agit souvent de modèles d’entrée de gamme qui ne sont pas les meilleurs pour le prix.

Prix du 3M H-700 avec visière et coquilles : environ 95 $

KASK

« Le casque Superplasma de la marque Kask est aussi pour les arboristes, et il tient très bien sur la tête. Surtout qu’il est comme un casque de vélo : il y a un foam [mousse synthétique] à l’intérieur, ce qui donne plus de 50 points de pression. Honnêtement, rien n’accote Kask pour le confort. Tu ne le sens pas sur ta tête. Même moi, quand je travaille en forêt, c’est lui que je mets. Mais je dois dire qu’avec le foam, ça fait un casque plus chaud même s’il y a des ajustements pour la ventilation. Mais avec Kask, le fit des coquilles auditives n’est pas parfait, c’est un peu moins insonorisé », précise-t-il.

Prix du Kask Superplasma avec coquilles et visières 3M : environ 260 $

Le casque Superplasma de la marque Kask
Le Petzl Vertex avec coquilles et visière 3M

PETZL

« Petzl est connu pour ses casques dans différents domaines (escalade, sauvetage), mais aussi pour des casques pour arboriculteurs, que les gens utilisent de plus en plus pour bûcher. Si je prends le casque Vertex de Petzl, il a l’avantage de rentrer plus profondément sur la tête; il tient donc mieux. C’est un point important, car les casques d’entrée de gamme sont souvent plus hauts sur la tête, plus chambranlants, et quand le bûcheron regarde le top de son arbre avant de le couper, le casque veut tomber vers l’arrière. Certains ne le portent pas à cause de cela. Même s’il est aussi ce que je considère comme un modèle d’entrée de gamme, le casque Vertex tient beaucoup mieux sur la tête avec ses ganses et c’est probablement le moins chaud l’été. Les gens l’aiment pour ça. Par contre, Petzl ne fabrique pas ses propres coquilles. Quand tu mets des coquilles d’une autre compagnie, le fit est moins parfait », analyse-t-il.

Prix du Petzl Vertex avec coquilles et visière 3M : environ 195 $

PROTOS

« À mon avis, c’est le meilleur sur le marché. Protos fait ses propres visières et coquilles. Non seulement le fit est parfait, mais les coquilles se glissent sous le casque. Elles ne s’accrochent donc pas dans les branches quand tu ne t’en sers pas et que tu marches en forêt. Le Protos possède aussi un foam, et tu peux ajuster pour qu’il soit ventilé ou pas. Il y a d’ailleurs beaucoup d’ajustements : tu peux serrer davantage les coquilles et ajuster la profondeur de ta tête dans le casque. Ce qui est le fun également, c’est que tu peux ajouter beaucoup d’accessoires et même faire faire des lunettes ajustées à ta vue qui sont intégrées et se rangent dans le front du casque; elles ne s’appuient pas sur les oreilles. C’est un casque qui tient très bien sur la tête même sans les ganses. Par contre, les Protos ne sont pas certifiés CSA; ils sont certifiés pour les normes européennes, mais pas CSA, car nous serions à leurs yeux un trop petit marché pour qu’ils payent les frais de certification. Dans une entreprise, tu ne peux donc pas avoir un casque Protos, mais pour un propriétaire de boisé qui travaille chez lui, il n’y a pas de problème », juge Jean-Chrystophe Gingras.

Prix du Protos Integral Arborist avec visière et coquilles : environ 400 $

Protos Integral Arborist avec visière et coquilles

Article paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de septembre 2023.

Ces forêts devenues garde-manger

Il y a une douzaine d’années, c’était un rêve un peu fou initié par le Syndicat des producteurs de bois de la Mauricie (SPBM). Aujourd’hui, la Filière mycologique de la Mauricie est devenue le pilier d’un véritable écosystème regroupant des personnes, des associations, des institutions et des entreprises vouées au développement des végétaux comestibles dont regorgent les forêts de la région.

Depuis quelques années, on redécouvre les propriétés nourricières de la forêt, et nombreux sont les propriétaires forestiers qui saisissent l’occasion d’exploiter les ressources comestibles de leur exploitation. Bien avant eux, les Autochtones trouvaient à se nourrir parmi les végétaux de la forêt, et les premiers Européens arrivés dans la vallée du Saint-Laurent ont vite découvert les propriétés nourricières des étendues sauvages du Québec.

Et voilà que de nombreux propriétaires de forêt ont entrepris d’exploiter ces ressources comestibles pour les offrir aux cueilleurs professionnels ou amateurs, aux consommateurs jeunes et moins jeunes qui en sont de plus en plus friands : têtes de violon, noix nordiques, petits fruits sauvages, épices sauvages et la grande vedette, les champignons forestiers.

« Au départ, on parlait principalement des champignons, mais maintenant, on peut intégrer une foule d’autres végétaux, si bien qu’il faut adopter un terme plus large et parler des comestibles forestiers », explique Patrick Lupien, coordonnateur de la Filière mycologique de la Mauricie. « L’intérêt pour tous ces végétaux comestibles de la forêt est vraiment en croissance et le marché se développe rapidement, à tel point que des cueilleurs peuvent facilement être occupés une bonne partie de l’année. »

Une partie des genévriers que Martin Laflamme a plantés dans sa forêt de Sainte-Ursule en Mauricie.

Ainsi, dans presque toutes les régions, des propriétaires de forêt privées lancent des projets, développent des cultures, essaient de nouvelles techniques pour exploiter ces comestibles. Les initiatives se multiplient dans la foulée de la mobilisation des organismes régionaux, des coopératives, des entreprises, et des propriétaires autour de l’exploitation des ressources forestières comestibles.

Le Festival des champignons forestiers du Kamouraska, Myco, le rendez-vous de la gastronomie forestière en Mauricie, des formations pour cueilleurs professionnels, des activités de cueillette en forêt doublées d’ateliers de gastronomie dans la plupart des régions, des menus de restaurants qui proposent des végétaux de la forêt… c’est toute une économie qui s’est développée autour des comestibles forestiers.

TIRER PROFIT DES EFFORTS INVESTIS

Pendant plus d’une décennie, les efforts ont été consacrés à stimuler la demande, à développer le marché. Pour les propriétaires forestiers, c’est le moment d’en tirer profit.

Et plusieurs le font, comme Martin Laflamme, qui s’est lancé dans l’aventure de la culture de genévriers, dont les baies entrent dans la production du gin, sur une partie de sa terre à bois de plus de 15 hectares dans la petite municipalité de Sainte-Ursule en Mauricie. Il raconte s’être lancé dans cette production émergente après avoir perdu 40 % de sa plantation de pins rouges sous le poids de la neige en 2018.

« J’ai contacté la Filière mycologique pour savoir ce que je pourrais essayer de développer et de transformer localement. Comme il y a deux distilleries dans notre secteur, on a discuté avec leur responsable et j’en suis venu à la conclusion que j’avais là un filon intéressant à exploiter. »

Martin Laflamme a donc planté 300 arbustes qui ne seront productifs que dans quelques années. Il a également mis une petite superficie de sa forêt à la disposition d’une équipe de chercheurs de l’Université Laval qui étudie la croissance de pins à pignons inoculés avec du mycélium de champignons bolets.

« J’ai cinq acres de forêt qui sont disponibles pour faire toutes sortes d’essais, dit-il. Je fais ça parce que je veux contribuer à encourager ces cultures émergentes qui offrent des opportunités d’affaires pour tous ceux qui veulent pro ter des ressources de leur coin de pays. »

Comme lui, des producteurs font appel aux organismes voués au développement des produits forestiers non ligneux (PFNL), qui incluent les végétaux comestibles : Association pour la commercialisation des PFNL, Kamouraska mycologique, La Filière mycologique de la Mauricie, Truffes Québec et les syndicats régionaux de producteurs de bois, pour ne mentionner que ceux-là. Ils partagent cette conviction que la forêt est un exceptionnel garde-manger.

Article paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de septembre 2023.

La filière mycologique de la Mauricie a relevé le défi

Il y a une douzaine d’années, c’était un rêve un peu fou initié par le Syndicat des producteurs de bois de la Mauricie (SPBM). Aujourd’hui, la Filière mycologique de la Mauricie est devenue le pilier d’un véritable écosystème regroupant des personnes, des associations, des institutions et des entreprises vouées au développement des végétaux comestibles dont regorgent les forêts de la région.
Les Tablées gourmandes proposent des soupers gastronomiques en plein coeur de la forêt.

Il fallait vraiment être visionnaire parce que tout était à construire », se souvient Patrick Lupien, l’ingénieur forestier du SPBM qui, dès le début, a pris en main les commandes de la filière à titre de coordonnateur. « La filière a livré la marchandise en créant des opportunités et tout s’est mis en place parce que des gens y ont cru et se sont impliqués. Maintenant, tout le monde fait bloc pour aller de l’avant. »

ET LES PROPRIÉTAIRES FORESTIERS SONT DE LA PARTIE

« J’entends de plus en plus de propriétaires parler des végétaux comestibles de leur forêt et ils ont pris conscience des possibilités de les exploiter que ce soit par eux-mêmes ou encore en ouvrant leur forêt aux cueilleurs professionnels et aux activités avec le public. »

Les propriétaires forestiers récoltent ainsi les fruits des efforts déployés depuis plus d’une décennie pour créer un véritable engouement des consommateurs à l’égard des produits de la forêt.

C’est ainsi que les activités de cueillette et les ateliers de cuisine des champignons se sont multipliés dans la région. De nombreux établissements de restauration ont mis la gastronomie forestière à leur menu, stimulés par le « happening saisonnier » qu’est devenu Myco, le rendez-vous de la gastronomie forestière, qui en est à sa septième édition.

UNE NOUVEAUTÉ CHAQUE ANNÉE

Et chaque année apporte sa nouveauté. À l’automne, ce sera une série de trois Tablées gourmandes en forêt, des soupers gastronomiques dans des tentes de type prospecteur, en plein cœur de la forêt avec un menu composé de champignons, de légumes forestiers, de noix et petits fruits nordiques, et d’épices boréales.

Parmi les projets en gestation, il y a celui mené avec le GastronomiQc Lab de l’Institut du tourisme et d’hôtellerie du Québec pour développer la route des saveurs des champignons forestiers, une façon d’éduquer les consommateurs sur les caractéristiques olfactives et gustatives des champignons pour ainsi en stimuler la demande.

C’est sans compter les programmes d’éducation développés dans les écoles tant au niveau primaire que secondaire et même avec une formation collégiale de cueilleur professionnel de 32 heures que le Collège Laflèche de Trois-Rivières vient d’inscrire à son offre.

« Nous en sommes à créer des métiers reliés à la récolte des comestibles de la forêt avec du travail dès le début de la belle saison et jusqu’à l’automne et par la suite dans des entreprises qui en font la culture. »

Les activités de cueillette et les ateliers de cuisine des champignons se sont multipliés dans la région.
De nombreux établissements de restauration, dont la Microbrasserie Le Presbytère, ont mis la gastronomie forestière à leur menu.

APPUYER LES PRODUCTEURS

Si les producteurs manifestent de l’intérêt, la Filière mycologique et le SPBM comptent les appuyer dans leurs efforts. Les plans d’aménagement forestier en cours de préparation proposeront un calendrier de travaux sylvicoles tenant compte de la présence des végétaux comestibles.

« Le but est de moduler les opérations en fonction de la présence des comestibles, explique Patrick Lupien. Quand c’est le moment de faire la récolte des bolets présents dans une forêt et d’obtenir un revenu additionnel, ce n’est pas le temps de faire rentrer la machinerie. »

Les responsables de la filière croient que l’engouement créé autour des végétaux comestibles et les retombées économiques croissantes qu’ils génèrent amèneront l’État à adapter ses programmes pour fournir aux producteurs de bois une aide financière afin d’exploiter les comestibles de leur forêt.

Article paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de septembre 2023.

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