De 133 700 à 162 900 propriétaires forestiers au Québec

On dénombre aujourd’hui 162 900 propriétaires forestiers au Québec selon la plus récente analyse du MRNF, soit un nombre nettement plus élevé que les 133 700 jusqu’à tout récemment véhiculés. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette croissance qui a une incidence sur la mise en valeur des forêts privées.

Les propriétaires forestiers sont de plus en plus nombreux au Québec nous confirme le ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF) dans sa plus récente analyse de la situation. On dénombre aujourd’hui au moins 162 900 propriétaires forestiers différents en nous fiant aux informations cadastrales. Il s’agit d’un accroissement significatif, alors que la dernière estimation qui circulait remontant à 2014 évaluait le nombre de propriétaires forestiers à 133 700 (+29 200).

Légère baisse des mises en chantier aux États-Unis en 2024

Le Bureau du recensement des États-Unis a récemment dévoilé les statistiques de construction du secteur immobilier résidentiel pour l’année 2024. La construction résidentielle constitue un moteur pour le marché des matériaux de construction en bois comme le bois d’œuvre résineux, le bois de sciage de feuillus durs (employés dans la fabrication de cabinets et de planchers) et les panneaux de bois.

En 2024, le rythme des mises en chantier a ralenti de 3,9 % comparativement à l’année précédente, alors que le nombre d’unités n’a atteint que 1,36 M. Ce repli s’explique principalement par la chute de la construction de logements multifamiliaux, par exemple les condos, en baisse de 25 % sur l’année pour atteindre 0,36 M d’unités. Les résultats de ce sous-secteur, généralement très volatil, contrastent avec celui des maisons unifamiliales dont la construction a progressé de 6,5 % pour dépasser le million d’unités.

L’évolution des mises en chantier a varié selon les différentes régions des États-Unis. En 2024, des hausses ont été enregistrées dans le Nord-Est (+1,5 %) et le Midwest (+3,5%), qui constituent des marchés plus rapprochés pour l’industrie forestière québécoise. À l’inverse, les mises en chantier ont reculé dans le Sud (-3,1 %) et dans l’Ouest (-6,6 %).

Toutefois, sur l’ensemble de 2024, 1,63 M de logements ont été complétés, marquant une hausse notable de 12,4 % par rapport à 2023. Finalement, le nombre de demandes de permis pour construire des logements a chuté de 2,6 % pour atteindre 1,47 M d’unités.

La tordeuse des bourgeons de l’épinette en progression pour 2025

Le ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF) vient de publier les résultats de l’inventaire de larves de la tordeuse des bourgeons de l’épinette (TBE) au stade d’évolution larvaire 2, appelé niveau de population L2. Cet inventaire demeure le meilleur moyen pour anticiper le niveau d’infestation pour la prochaine saison estivale. Le MRNF utilise ces informations pour prévoir l’évolution de l’épidémie et mettre en place les programmes de pulvérisation d’insecticide biologique dans les zones les plus touchées. Les résultats de l’inventaire de cette année montrent une présence importante des populations de tordeuse dans toutes les régions ayant été affectées l’an dernier. Il faut donc s’attendre à une forte présence de l’insecte et à une poursuite des dommages en 2025.

Nous encourageons tous les propriétaires forestiers des secteurs visés à rester informés des développements et à prendre les mesures nécessaires. Si vos boisés ont une proportion élevée de sapins matures, vous pourriez subir des pertes importantes. Il est conseillé d’établir une stratégie à l’avance. De plus, si vous avez des investissements sylvicoles, comme des plantations, vous pourriez être admissibles à des arrosages gratuits d’insecticide biologique. Pour ce faire, les propriétaires forestiers doivent détenir un plan d’aménagement forestier et être enregistrés comme producteur forestier avant le 1er juillet de l’année précédant les arrosages. Ainsi, pour bénéficier des arrosages au printemps 2026, vos démarches doivent être faites avant le 1er juillet 2025.

Pour plus d’informations sur les mesures de lutte contre la tordeuse des bourgeons de l’épinette, veuillez consulter notre page dédiée à l’épidémie.

Pour visualiser l’étendue de l’épidémie dans votre secteur, consultez Forêt ouverte, la carte interactive du gouvernement du Québec. Dans le menu de gauche, il s’agit de sélectionner « Cartes prédéfinies » et de dérouler le menu jusqu’à « Tordeuse des bourgeons de l’épinette ». Ce menu fait apparaître les informations qui sont disponibles. Pour faire afficher ou enlever une couche d’informations sur la carte, il faut cliquer sur l’œil à droite du titre de cette couche. Forêt ouverte est un outil très utile pour les propriétaires forestiers. Pour la tordeuse, il permet de visualiser les dommages de l’été précédent (défoliation annuelle due à la TBE), la prévision des populations pour la prochaine saison estivale (basée sur le niveau des populations de L2), ainsi que la vulnérabilité de son boisé selon les inventaires du MRNF.

En terminant, les propriétaires ont tout intérêt à se tenir informés des enjeux forestiers de leur région en s’abonnant au journal de leur syndicat ou office de producteurs forestiers.

Prévision des populations de la tordeuse des bourgeons de l'épinette

Source: https://www.foretouverte.gouv.qc.ca/

Les enjeux forestiers et le territoire agricole

Dans le cadre des Consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 86, Loi visant à assurer la pérennité du territoire agricole et sa vitalité, la Fédération des producteurs forestiers du Québec a déposé un mémoire visant à protéger et à mettre en valeur les forêts privées québécoises.

Quatre recommandations ont été formulées afin d’améliorer le projet de loi en répondant aux défis actuels de l’activité sylvicole:

  1. Préciser la définition d’érablière afin d’encadrer seulement l’aménagement des peuplements ayant un réel potentiel acéricole;
  2. Prévoir un régime d’exemption pour les producteurs forestiers désirant acquérir des lots boisés en territoire agricole, selon les mêmes préceptes accordés aux producteurs agricoles;
  3. Favoriser le recours à la médiation lorsqu’une dispute survient entre un ou des producteurs forestiers et une municipalité concernant la réglementation sur la protection du couvert forestier et l’abattage d’arbres;
  4. Encadrer les pouvoirs municipaux en ce qui a trait à la réglementation sur les activités forestières afin de reconnaître le droit de produire des producteurs forestiers, au même titre que celui conféré aux agriculteurs.

Mémoire déposé à la Commission de l’aménagement du territoire dans le cadre des Consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 86, Loi visant à assurer la pérennité du territoire agricole et sa vitalité

Janvier 2025

La FPFQ demande une consultation préalable des producteurs forestiers dans le projet d’aire protégée de la CMM

Le 28 janvier 2025, la Fédération des producteurs forestiers du Québec (FPFQ) a pris part à une séance de consultation publique organisée par la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM). Cette consultation fait partie du processus entamé par la CMM pour que les collines Montérégiennes soient protégées sous le statut de paysage humanisé. Bien que ce projet puisse répondre à certains enjeux de la forêt privée, les propriétaires forestiers sont inquiets des nouvelles réglementations potentielles qui pourraient en découler et des entraves à l’aménagement durable des boisés tel qu’il est pratiqué.

La FPFQ a présenté deux recommandations pour rallier les producteurs au projet, soit de mieux consulter les propriétaires terriens et d’obtenir leur consentement préalable; puis de doter le projet d’un meilleur diagnostic sur la forêt privée et les producteurs, incluant la capacité des producteurs à pouvoir aménager leurs forêts. À ce titre, les orientations mises de l’avant par la FPFQ font état du rôle crucial de l’aménagement forestier dans la protection des corridors écologiques, dans la protection des milieux humides et hydriques, dans l’adaptation aux changements climatiques et dans le contrôle des espèces exotiques envahissantes.

Les interventions de la FPFQ étaient alignées avec celles de la Confédération de l’UPA et de la Fédération de l’UPA de la Montérégie qui ont également participé à la séance de consultation publique de la semaine précédente.

Une fausse solution pour les producteurs

COMMUNIQUÉ

Pour diffusion immédiate

Une fausse solution pour les producteurs

 La Pocatière, le 28 janvier 2025. – Le Syndicat des producteurs de bois de la Côte-du-Sud (SPBCS), la Fédération des producteurs forestiers du Québec (FPFQ) et l’Union des producteurs agricoles (UPA) souhaitent dénoncer les agissements d’organisations vouées à appauvrir les producteurs de bois en faisant obstruction à leur désir de négocier collectivement leurs conditions de mise en marché du bois de sciage.

« Au cours des dernières années, le SPBCS a ramé contre vents et marées pour moderniser la mise en marché du bois de sciage sur le territoire de la Côte-du-Sud selon les dispositions de la Loi sur la mise en marché des produits agricoles, alimentaires et de la pêche. La volonté démocratique des producteurs de laisser au syndicat le soin de négocier collectivement les conditions de mise en marché s’est depuis le début heurté aux industriels forestiers et à leur association accréditée pour les représenter, le Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ), qui par différentes tactiques dilatoires ont cherché à bloquer puis à ralentir la mise en application d’un nouveau règlement de mise en marché. Cela frôle l’acharnement », a déclaré le président de la FPFQ, Gaétan Boudreault.

Rappelons que la décision 12673 de la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec, rendue le 26 juillet 2024, reconnaissait l’effort de consultation du SPBCS et lui donnait raison en approuvant le Règlement sur l’agence de vente du bois de sciage et déroulage des producteurs de bois de la Côte-du-Sud et fixait son application le 1er février 2025. Or, le 14 janvier, le CIFQ demandait à la Régie de reporter sa mise en vigueur au 1er juillet 2025.

Le président de la FPFQ déplore également que « chaque jour où l’entrée en vigueur du Règlement et d’une convention négociée est reportée constitue une perte matérialisée pour les producteurs et un gain pour les industriels, alors que le but ultime de cette Loi est justement d’établir un rapport économique et équitable entre les acteurs d’un marché. »

« Encore plus déplorable est l’attitude d’une organisation de producteurs dont la représentativité n’a pas été reconnue et d’une poignée d’entreprises collectives appartenant à des propriétaires forestiers qui revendiquent le droit de poursuivre leurs opérations selon le modèle de mise en marché actuel, au fi de la volonté des producteurs qu’ils invoquent représenter. Serait-ce parce que cette minorité bénéficie du statu quo sur le dos de centaines de producteurs? », a évoqué le président du SPBCS, Pierre Lemieux. À cet effet, la décision 12673 de la Régie mentionnait entre autres que, contrairement au syndicat, ces opposants n’ont pas l’obligation d’assurer la transparence à laquelle les producteurs peuvent s’attendre ni la prétention de représenter l’ensemble des producteurs avec lesquels ils font affaire.

« Aujourd’hui, ces opposants proposent publiquement une fausse solution pour régler le litige puisqu’elle ne fait pas écho aux demandes des producteurs et qu’elle cristallisera l’état d’appauvrissement d’une grande majorité d’entre eux. Je me désole évidemment de l’impact économique de la fermeture des sentiers de motoneige de la Côte-du-Sud par les opposants à notre projet. Toutefois, je suis sûr que les citoyens, motoneigistes et entreprises dépendantes comprendront qu’il est aussi grand temps pour les producteurs de trouver solution à leur propre enjeu économique », a renchéri Pierre Lemieux.

« Les industriels forestiers ont eu suffisamment de temps pour se préparer et en arriver à une position raisonnée. Ils doivent maintenant mettre fin à leur attitude réfractaire, inacceptable et contraire à l’atteinte d’un rapport économique juste et équitable entre tous les acteurs du marché. Les producteurs ont fait leur part en franchissant chacune des étapes requises ces dernières années. Ils ont maintenant toute la légitimité requise pour aller de l’avant avec cette modernisation validée par toutes les autorités compétentes, incluant la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec », a pour sa part déclaré le premier vice-président de l’UPA, Paul Doyon.

En terminant, les trois représentants réclament aux gouvernements un engagement ferme visant à « protéger le droit des producteurs agricoles et forestiers de se doter d’outils de mise en marché collectif » alors qu’une refonte du régime forestier est envisagée au Québec et que le président Trump accroît la pression pour renégocier en sa faveur les ententes commerciales liant les États-Unis et le Canada.

Consulter la décision 12673 de la Régie concernant la Demande d’approbation du Règlement sur l’agence de vente du bois de sciage et de déroulage des producteurs de bois de la Côte-du-Sud.

 À propos du Syndicat des producteurs de bois de la Côte-du-Sud

Le Syndicat des producteurs de bois de la Côte-du-Sud est un organisme à but non lucratif qui est chargé de l’administration du Plan conjoint des producteurs de bois de la Côte-du-Sud, soit 3 000 producteurs de bois actifs et 315 200 hectares de forêt privée productive dans plus de 50 municipalités. Il est un office de mise en marché au sens de la Loi sur la mise en marché des produits agricoles, alimentaires et de la pêche, un syndicat professionnel en vertu de la Loi sur les syndicats professionnels et il est un syndicat spécialisé au sens de la Loi sur les producteurs agricoles.

 À propos de la Fédération des producteurs forestiers du Québec          

La FPFQ est l’organisation provinciale qui travaille à la promotion des intérêts des 134 000 propriétaires forestiers du Québec qui contribuent au développement des communautés rurales par une gestion active de leurs boisés. L’action régionalisée de ses 13 syndicats ou offices de producteurs forestiers affiliés vise la protection et la mise en valeur des forêts privées québécoises, ainsi qu’une commercialisation ordonnée du bois en provenance de ces territoires.

À propos de l’Union des producteurs agricoles

L’Union des producteurs agricoles est une organisation professionnelle qui a pignon sur rue dans chaque région du Québec. Sa mission principale est de promouvoir, défendre et développer les intérêts des 41 000 producteurs agricoles et des 134 000 propriétaires forestiers québécois. L’Union regroupe aujourd’hui 12 fédérations régionales et 25 groupes spécialisés.

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Renseignements :                

Vincent Miville, ing.f., M. Sc.
Directeur général
Fédération des producteurs forestiers du Québec
450 679-0540, poste 8201
vmiville@upa.qc.ca      foretprivee.ca

Dédouaner la production – et la réputation – des producteurs forestiers

Le début de l’année 2025 a été marqué par le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche et son intention d’imposer des tarifs douaniers de 25 %. Ce qui n’était encore considéré qu’un « bluff » à l’époque rajoutait encore du poids au « double préjudice » vécu par les producteurs forestiers, qui font encore les frais et d’une concurrence déloyale de la forêt publique, et du conflit du bois d’œuvre. Sans compter l’environnement réglementaire qui amenuise sans cesse notre capacité de récolter.


Le producteur forestier a droit à une rémunération juste et il a plus que jamais besoin de l’appui du gouvernement. Les interventions de l’État dans l’économie devraient avoir pour rôle de faciliter les entreprises locales et individuelles, et non de les concurrencer.

Tout investissement des producteurs forestiers dans l’exploitation de leur ressource nécessite une «  prévisibilité  » quant au prix reçu et aux volumes commandés. Ainsi, dans le contexte des changements climatiques, les feux de forêt ou les catastrophes naturelles deviennent «  prévisibles  »; nul besoin pour le ministère d’inonder le marché de bois de forêt publique brûlé, endommagé par la tordeuse ou renversé par le vent sans respecter les parts de marché des producteurs.

Il est déplorable qu’en 2025 nous devions encore rappeler le principe de « résidualité », qui oblige les industriels à s’approvisionner en forêt privée avant d’utiliser le bois des forêts publiques. Peut-être est-il temps pour nous d’exiger des compensations?

Pour l’heure, il y a, en plus des enjeux d’offre de bois, un urgent besoin de régler les problèmes de demande. Il est plus que temps que le fédéral règle de manière durable le vieux conflit sur le bois d’œuvre. À tout le moins, il est temps de dédouaner de leur responsabilité les producteurs de bois en les excluant à tout jamais de cette guerre commerciale dont ils sont les victimes collatérales.

Trop souvent, dans la sphère publique, les droits et la réputation du producteur sont bafoués. Mon collègue André Roy, président du Syndicat des producteurs forestiers du Sud du Québec, a eu la formule heureuse pour dénoncer une atteinte à la réputation qui dure au moins depuis les 25 ans de L’Erreur boréale. « Les producteurs de bois ne sont pas des vandales », claironnait-il dans le conflit l’opposant à la réglementation sur l’abattage d’arbres de la MRC des Sources. Des défricheurs, encouragés par feu le ministère de la Colonisation, aux producteurs forestiers, éléments essentiels à la vitalité des municipalités rurales, les exemples d’abus sont historiquement rares. Les producteurs forestiers ne tirent aucun avantage à détruire leur terre. L’erreur boréale, c’est sur les terres publiques qu’elle s’est produite.

Dédouaner quelqu’un, au sens figuré, c’est le relever du discrédit dans lequel il était tombé. De l’aider à se relever – surtout lorsqu’on a contribué à le faire trébucher –, c’est un peu la demande que nous faisons à la ministre des Ressources naturelles et des Forêts, Maïté Blanchette Vézina, dans le cadre de la réforme du régime forestier.

Gaétan Boudreault
Producteur et président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de février 2025.

La diversification du marché des copeaux ouvre de nouveaux horizons

Bien que la question du bois d’œuvre soit centrale en ce qui a trait à l’industrie forestière en général, celle des copeaux mérite qu’on s’y attarde. En effet, les sous-produits issus de la transformation primaire du bois dans les scieries jouent un rôle clé dans l’industrie forestière. Leur valorisation permet aux scieries de générer davantage de revenus et à d’autres industries de deuxième transformation de valoriser de la fibre de bois bon marché.

Le marché des sous-produits est tiraillé par deux grandes forces. D’un côté, les scieurs veulent traditionnellement diminuer la quantité de « déchets »; de l’autre, l’évolution des marchés transforme la demande. Longtemps confinés aux usines de pâtes et papiers, ces sous-produits trouvent maintenant niche dans différents secteurs comme les panneaux composites. La cogénération, la bioénergie et les granules de bois profitent aussi du déclin des papetières et incidemment de leur appétit pour cette ressource.

Le défi des inventaires et des rendements

Les scieurs s’efforcent d’accroître le rendement de leurs installations afin de réduire la proportion de sous-produits générés par les activités de transformation. Le « rendement matière des copeaux », qui désigne la proportion de bois rond transformé en copeaux par rapport à la quantité totale de bois scié, est un indicateur clé pour les scieries. Les équipements installés et la qualité de la main-d’œuvre jouent un rôle déterminant dans la capacité des scieries à produire davantage de bois d’œuvre à partir d’un lot donné de billes. Par exemple, de 2010 à 2020, les scieries québécoises de sapin-épinettes ont consommé 8,8 % moins de bois rond pour produire le même volume de bois d’œuvre.

Ce gain net s’est traduit par une diminution des sous-produits générés, en particulier des copeaux. Ces avancées démontrent les efforts considérables de l’industrie québécoise du sciage depuis la dernière crise forestière pour réduire la production de copeaux. Les scieurs, confrontés à une demande en déclin pour ces sous-produits à mesure que les machines à papier ferment, adaptent leurs pratiques année après année pour minimiser leur dépendance à ce marché secondaire, même s’il leur est impossible de s’en affranchir totalement.

Depuis 2020, les fermetures d’usines de pâtes et papiers, notamment celles de Baie-Comeau et d’Amos, ont engendré une perte de débouchés pour les scieries et une accumulation importante de copeaux. En 2021, les stocks ont atteint un niveau exceptionnel, quatre fois supérieur à la moyenne historique. Cette augmentation s’explique en partie par la reprise des activités de Nordic Kraft, dont l’usine, rouverte après 15 ans d’inactivité nécessitait de rebâtir des inventaires avec sa consommation de 600 000 TMA par année. Il faut aussi comprendre que cet évènement a coïncidé avec une période de prix record pour le bois d’œuvre, incitant les scieries à fonctionner à plein rendement, et ce sans égard pour les sous-produits inventoriés.

La recherche de nouveaux débouchés

Face à ce surplus, les scieries ont cherché de nouveaux débouchés. Longtemps destinées aux usines de pâtes et papiers, ces ressources diversifient aujourd’hui leurs marchés : des secteurs comme les panneaux composites, la cogénération, la bioénergie et les granules de bois profitent du déclin des papetières. En 2023, les copeaux représentaient 57 % de la production totale des sous-produits des scieries québécoises, contre 20 % pour les sciures et rabotures et 23 % pour les écorces. Ces dernières, autrefois perçues comme des résidus, sont désormais valorisées dans la production d’énergie renouvelable et l’aménagement paysager, tandis que les sciures et rabotures trouvent des débouchés dans la fabrication de granules et les litières animales.

Des partenariats stratégiques avec des usines de bioénergie et de granules, comme celles de Cacouna et de Barrette-Chapais, ont aussi contribué à réduire les excédents. À mesure que la capacité de production des usines de granules s’accroît, de plus en plus de copeaux y sont transformés. Malgré ces efforts, les fermetures anticipées d’autres usines de pâtes et papiers pourraient créer de nouveaux surplus, menaçant la rentabilité de nombreuses scieries.

La gestion des sous-produits forestiers reflète une adaptation aux nouvelles réalités économiques et environnementales. Jadis considérés comme des déchets, les copeaux sont devenus un pilier de l’économie circulaire. En réponse au déclin de l’industrie des pâtes et papiers, les scieries diversifient leurs débouchés vers des secteurs émergents tels que la bioénergie et les panneaux composites, contribuant ainsi à des solutions énergétiques plus durables et à une valorisation accrue des ressources.

Nonobstant, l’industrie des pâtes et papiers demeure encore et toujours le principal débouché pour les copeaux puisqu’elle en consomme 87%. Cependant, les usages se diversifient : 6 % des copeaux sont utilisés pour les panneaux de fibres et de particules, 4 % pour des usages énergétiques tels que la cogénération et les biocarburants, et le reste est exporté.

L’émergence des usines de bioénergie et de granules, souvent situées à proximité des scieries, constitue une solution prometteuse pour compenser la diminution des débouchés traditionnels. Cette diversification est cruciale pour absorber les surplus et maintenir la viabilité économique des scieries dans un contexte de marché en constante mutation.

Cependant, des défis demeurent, notamment ceux de la gestion des surplus et de l’équilibre entre l’offre et la demande. L’innovation et une diversification accrue des marchés seront essentielles pour garantir une valorisation optimale des copeaux et soutenir une industrie en pleine transition.

Rétrospective d’une épidémie de tordeuse qui ne faiblit pas

L’épidémie de tordeuse des bourgeons de l’épinette ayant débuté en 2006 reprend de l’ampleur après avoir donné des signes d’affaiblissement. En 2024, les superficies défoliées ont doublé par rapport à l’année précédente pour atteindre 1,39 Mha. À cela s’ajoute la forte hausse de l’intensité des dégâts causés par la tordeuse pratiquement partout au Québec. Il existe toutefois des moyens de lutte, mais il est essentiel que les propriétaires concernés contactent dès maintenant leur conseiller forestier et s’assurent que leur statut de producteur forestier est à jour.

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