La revue Forêts de chez nous – novembre 2020 : remorques et chargeuses forestières

• Éditorial du président – Miser sur la mise en marché collective
• Actualités
• Le parcours d’un pionnier
• Remorques et chargeuses forestières : des équipements pour tous les besoins
• Pourquoi un plan conjoint aujourd’hui?

Consultez l’édition de novembre 2020 en version PDF.

Abonnez-vous à la revue Forêts de chez nous en devenant membre des Amis de la forêt privée!

Au sujet de la revue
Notre revue Forêts de chez nous aborde des sujets d’intérêt pour les propriétaires forestiers soucieux de voir grandir leur patrimoine forestier. Elle porte un regard différent sur l’actualité forestière notamment par le biais des éditoriaux et des reportages.

La revue Forêts de chez nous est produite quatre fois par année en collaboration avec le Producteurs et productrices acéricoles du Québec.

Pour nous faire part d’un commentaire ou pour nous suggérer un sujet d’article, écrivez-nous!

État du marché des papiers graphiques en Amérique du Nord

En 2000, l’industrie papetière nord-américaine atteignait une production record de 45,2 millions de tonnes métriques de papiers graphiques. Cette année-là, les compagnies québécoises oeuvrant dans ce secteur affichaient des revenus substantiels[1]. Abitibi-Consolidated générait des ventes de 8,1 G$ CA, Cascades 4,3 G$ CA et Domtar 5,7 G$ CA.

À la suite de l’essor des médias numériques au début des années 2000, les différentes catégories de papiers graphiques ont connu un déclin structurel colossal. À raison d’une décroissance annuelle moyenne de 4,1 % pour le papier journal et de 2,8 % pour les papiers d’impression et d’écriture, la production nord-américaine de papiers graphiques de 2019 est retombée à un niveau comparable aux années 1960.

Production de papiers graphiques en Amérique du Nord
(en millions de tonnes métriques)

En 2020, l’industrie nord-américaine des papiers graphiques a subi un double choc. D’une part, la récession mondiale a causé un ralentissement de la consommation de la plupart des biens, y compris le papier. D’autre part, un changement d’habitudes de consommation causé par l’implantation du télétravail à grande échelle et la fermeture des écoles a provoqué une diminution importante des commandes. Récemment, Produits forestiers Résolu nous apprenait que la demande mondiale pour le papier journal avait chuté de 22 % depuis le début de l’année. Le PDG ajoutait également que « la pandémie aura provoqué un certain changement progressif dans la tendance baissière à long terme de la demande ».

Cette baisse importante s’est traduite par des fermetures temporaires chez plusieurs papetières québécoises. Pour l’instant, ces arrêts ont eu peu d’impacts pour les producteurs de bois, mais cela ne saurait durer. Effectivement, ces usines demeurent essentielles au bon fonctionnement du complexe industriel forestier puisqu’elles permettent l’écoulement des copeaux produits par les scieurs.

Tout comme lors de la récession précédente, nous pourrions espérer un léger rebond de la demande de papiers lors de la fin de la récession alors que l’économie reprendra de sa vigueur. Il est toutefois difficile de déterminer quelle proportion de la demande pour les papiers graphiques reviendra une fois que les gouvernements auront levé les restrictions sanitaires. Ces nouvelles habitudes de consommation deviendront-elles permanentes? Si oui, cela signifierait une accélération de la décroissance de la demande à long terme pour les papiers d’impression.

Malgré la baisse importante de la demande du segment des papiers graphiques, certains segments du secteur forestier, comme les pâtes qui sont utilisées dans la fabrication du papier hygiénique ainsi que le carton-caisse, sont demeurés stables ou en croissance.

Grâce à l’essor du commerce en ligne, la demande de carton-caisse n’a jamais été aussi florissante. Aux États-Unis, les ventes en ligne ont littéralement explosé pendant le confinement et représentent maintenant plus de 15 % du total des ventes au détail. Si ces habitudes de consommation demeurent, la demande pour le carton-caisse pourrait fortement augmenter puisque l’achat en ligne nécessite 7 fois plus de carton-caisse que le même achat réalisé en magasin.

Qu’en est-il alors pour l’industrie papetière québécoise qui subit ce ralentissement du côté des papiers d’impression? Pour l’instant, il n’y a pas de projet sur la table visant la conversion de machines à papier vers des segments plus prometteurs. Cascades et Domtar ont bien annoncé leur intention de profiter du marché du carton en convertissant chacune une usine. Toutefois, les projets mis de l’avant par ces deux compagnies sont malheureusement localisés aux États-Unis.

[1] En $CA de 2020.

Miser sur la mise en marché collective

C’est en 1956 que le gouvernement provincial a octroyé aux producteurs agricoles et forestiers le droit de se regrouper sous la forme d’un plan conjoint afin de réglementer leur production et de négocier collectivement toutes les conditions de mise en marché. Il s’agissait là d’une révolution pour les producteurs qui pouvaient miser sur leur sens de la collectivité pour créer un contrepoids nécessaire à l’équilibre des intérêts divergents qui existent avec les quelques acheteurs.

Conscients de l’opportunité qui s’offrait à eux, les producteurs de bois ont été à l’origine du premier plan conjoint du Québec. Bien vite, des plans conjoints ont émergé dans différentes régions du Québec afin d’encadrer la mise en marché du bois à pâte.

Près de 65 ans plus tard, ces outils mis à la disposition des producteurs demeurent toujours aussi pertinents et adaptés à leur réalité, et ce, bien que le marché principal des producteurs ait migré du bois à pâte vers le bois de sciage. Au fil du temps, et à juste titre, plusieurs plans conjoints ont adapté leur réglementation pour encadrer la mise en marché de ce nouveau produit. Ce travail demeure cependant inachevé dans plusieurs régions.

Dernièrement, la situation s’est avérée très favorable pour les scieurs alors que le prix du bois d’oeuvre a, contre toute attente, battu des records. Néanmoins, les analyses de votre fédération semblent démontrer que la faveur des marchés n’a pas percolé jusqu’à l’ensemble des producteurs. Pensons plus particulièrement à ceux qui ne négocient pas collectivement la mise en marché du bois de sciage résineux.

Difficile de blâmer quiconque pour la stagnation des conditions offertes à ces producteurs, car à défaut d’organiser eux-mêmes la mise en marché, d’autres acteurs aux intérêts divergents s’en mêlent. Les rares acheteurs de bois limitent la concurrence potentielle alors que les nombreux intermédiaires capturent une très grande part de cette rente.

Pour pallier cette situation, plusieurs syndicats régionaux de producteurs forestiers oeuvre d’une manière ou d’une autre à amplifier leur rôle dans l’établissement des conditions de vente du bois de sciage sur leur territoire. Récemment, les producteurs forestiers de la Côte-du-Sud et du Sud du Québec ont franchi une étape importante pour étendre la couverture de la mise en marché collective au bois de sciage résineux en complétant leurs audiences devant la Régie des marchés agricoles et alimentaire du Québec. La conduite de ces dossiers a nécessité, et nécessitera encore, des efforts considérables de la part de ces syndicats, de votre fédération et de l’Union des producteurs agricoles.

Tout en espérant des décisions favorables pour ces plans conjoints, il est urgent pour tous les autres plans conjoints d’enclencher des démarches et même, à mon point de vue, d’aller plus loin dans ce dossier. Il est impératif de négocier les prix et les volumes ainsi que de diriger le bois afin d’assurer que tous les producteurs puissent bénéficier des mêmes conditions de mise en marché, et ce, peu importe leur situation, leur volume de récolte et la distance de livraison. Il s’agit là du principe de la péréquation si habilement appliqué par les producteurs et productrices acéricoles et laitiers.

Pierre-Maurice Gagnon
Producteur et président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec

Éditorial paru dans la revue Forêts de chez nous, édition de novembre 2020.

Révision du régime forestier : simplifier l’environnement d’affaires des propriétaires forestiers pour les inciter à réaliser davantage de travaux sylvicoles

Longueuil, le 6 novembre 2020. – La Fédération des producteurs forestiers du Québec salue l’intention du ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, M. Pierre Dufour, de vouloir simplifier l’environnement fiscal des producteurs forestiers et de vouloir accroître la réalisation de travaux sylvicoles en forêt privée en diminuant le fardeau administratif.

« Quoique complexe, la fiscalité est un puissant levier pour inciter les propriétaires forestiers à réaliser des travaux d’aménagement forestier. La volonté du ministre Pierre Dufour de procéder à une révision de la réglementation et à une clarification des règles fiscales applicables aux producteurs forestiers est un gage de reconnaissance que ces derniers peuvent contribuer davantage à l’essor du secteur forestier moyennant des ajustements fiscaux », indique M. Pierre-Maurice Gagnon, président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec.

Rappelons que la Fédération des producteurs forestiers du Québec demande la simplification du déclenchement de la mesure de remboursement de taxes foncières en éliminant l’obligation de déclarer des dépenses admissibles en sylviculture supérieures à la valeur des taxes pour obtenir un remboursement. Ce mécanisme génère une production fastidieuse de formulaires pour les producteurs forestiers. À cela s’ajoute la volonté de reconnaître dans ce programme des travaux visant à protéger des milieux naturels sensibles afin que la gestion des forêts privées réponde aux multiples attentes de la société.

Bien qu’il reconnaisse l’importance de diminuer les contraintes administratives en forêt privée, M. Gagnon précise que « le ministre devra demeurer vigilant pour que les modifications administratives et réglementaires prévues pour la forêt publique ne viennent éroder les marchés des producteurs de bois des forêts privées ». L’environnement d’affaires des producteurs forestiers ne saurait être favorable si leur accès au marché s’en trouve restreint. Au contraire, la prévisibilité sur les marchés est nécessaire pour inciter les propriétaires forestiers à produire du bois.

-30-

Renseignements :

Vincent Miville, ing.f., M. Sc.
Directeur général
Fédération des producteurs forestiers du Québec
T. 450 679-0530, poste 8201
vmiville@upa.qc.ca      foretprivee.ca

Évolution de l’épidémie de la tordeuse des bourgeons de l’épinette

Les superficies de forêts privées affectées par l’épidémie de la tordeuse des bourgeons de l’épinette (TBE) ont fortement augmenté entre 2019 et 2020. L’inventaire aérien effectué par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) a dénombré 1,26 million d’hectares de boisés privés affectés par l’insecte, ce qui représente une progression de 30 % par rapport à l’année précédente. L’épidémie affecte l’équivalent de 18 % du territoire de l’ensemble des forêts privées québécoises. Il faut toutefois mentionner que ces résultats sont présentés à l’échelle du paysage. Si on considère uniquement les peuplements vulnérables à la TBE, les superficies infestées sont beaucoup moins élevées. La FPFQ estime qu’environ 25 000 propriétaires de boisés subissent actuellement les conséquences de cette épidémie, quoiqu’on constate des variations importantes des dommages d’une région à l’autre.

Carte de la défoliation causée par la TBE en 2020

Faits saillants de l'évolution de l'épidémie en forêt privée par région

Abitibi-Témiscamingue : la superficie touchée a plus que triplé cette année, passant de 48 153 à 171 305 hectares. Les boisés de nombreux producteurs sont maintenant affectés.
Bas-Saint-Laurent : on note une augmentation de 17 % de l’infestation alors que plus de la moitié des superficies forestières privées de cette région est attaquée. La défoliation est surtout légère ou modérée, à l’exception du secteur de La Matapédia où le niveau de défoliation est toujours qualifié de grave.
Capitale-Nationale : la progression reste limitée à la MRC de Charlevoix-Est. La superficie infestée est passée de 19 229 hectares touchés en 2019 à 24 155 hectares en 2020 (+26 %).
Chaudière-Appalaches : les premiers signes d’infestation ont fait leur apparition sur ce territoire jusque-là épargné.
Côte-Nord : 88 % de la superficie des boisés privés sont affectés par l’insecte. Bien que la superficie touchée soit sensiblement la même que l’an dernier, l’épidémie s’étend désormais à l’est de Sept-Îles.
Gaspésie : les superficies touchées ont diminué de 6 % cette année. Il semble que l’intensité de défoliation soit passée en grande majorité à un niveau léger, à l’exception du territoire de la MRC de la Haute-Gaspésie.
Laurentides : un nouveau foyer d’infestation a été détecté au nord du réservoir Baskatong. Le foyer à Sainte-Adèle a quant à lui pris de l’ampleur puisque la superficie touchée atteint maintenant 1 377 hectares.
Mauricie : le foyer d’infestation présent à Saint-Élie-de-Caxton s’est étendu à 382 hectares.
Outaouais : les forêts privées ne sont pas encore affectées, mais on note une forte progression de l’épidémie en provenance du Témiscamingue.
Saguenay-Lac-Saint-Jean : les aires défoliées en 2020 ont augmenté de 86 290 hectares, soit une progression de 54 %. La moitié des forêts privées de la région est infestée.

Un nouvel organisme pour favoriser la certification des forêts privées du Québec

Longueuil, le 28 octobre 2020. – La Fédération des producteurs forestiers du Québec, le Syndicat des producteurs de bois de la Gaspésie et le Syndicat des Producteurs forestiers du Sud du Québec unissent leurs efforts pour créer l’organisme provincial Forêts privées certifiées du Québec afin de favoriser la certification des activités d’aménagement forestier dans les boisés privés.

Le nouvel organisme permettra la mise en commun de l’expertise et des ressources œuvrant à la certification forestière en unifiant les initiatives régionales sous un même certificat de la norme du Forest Stewardship Council (FSC)®. Les régions de la Gaspésie, de la Montérégie et de l’Estrie sont parmi les précurseurs dans la certification des forêts privées du Québec. « Le regroupement des propriétaires et de leurs conseillers forestiers permet de réduire les coûts de certification, de faciliter l’atteinte des exigences et ainsi d’accroître son accessibilité », a indiqué M. Martin Larrivée, directeur général du Syndicat des Producteurs forestiers du Sud du Québec.

Pour Mme Katherine Court, directrice générale du Syndicat des producteurs de bois de la Gaspésie, « les propriétaires et les MRC qui participent retirent une grande fierté de démontrer que la gestion de leurs boisés répond aux plus hauts standards environnementaux. L’initiative supporte également l’industrie forestière régionale puisque la certification forestière permet aux consommateurs de reconnaître les produits forestiers issus de pratiques forestières respectant des normes d’aménagement durable des forêts ».

Le certificat de groupe pour les activités d’aménagement forestier et de chaîne de traçabilité selon le FSC®, certificat numéro FSC-C015405, est détenu par Forêts privées certifiées du Québec et couvre près de 200 000 hectares de forêts en Estrie, en Montérégie et en Gaspésie. L’initiative a nécessité l’implication étroite de 10 groupements forestiers et conseillers forestiers. Elle regroupe plus de 2 500 propriétaires de boisés, la Forêt communautaire Hereford ainsi que les MRC Avignon, Bonaventure, La Côte-de-Gaspé et Le Rocher-Percé.

-30-

À propos des Forêts privées certifiées du Québec
Les Forêts privées certifiées du Québec sont un organisme provincial créé afin de favoriser la certification forestière des boisés privés. L’organisme détient un certificat de groupe pour les activités d’aménagement forestier et de chaîne de traçabilité selon le Forest Stewardship Council®, certificat numéro FSC-C015405, d’une superficie forestière de près de 200 000 ha.

Renseignements :

Pour la région de la Gaspésie : 
Katherine Court
Directrice générale
Syndicat des producteurs de bois de la Gaspésie
T. 418 392-7724, poste 234
kcourt@upa.qc.ca
spfgaspesie.com

Pour les régions de l’Estrie et de la Montérégie : 
Martin Larrivée, ing.f.
Directeur général
Syndicat des Producteurs forestiers du Sud du Québec
T. 819 346-8905, poste 115
mlarrivee@upa.qc.ca
spbestrie.qc.ca

Pour les autres régions du Québec : 
Marc-André Rhéaume, ing.f.
Directeur général adjoint
Fédération des producteurs forestiers du Québec
T. 450 679-0540, poste 8201
marheaume@upa.qc.ca
foretprivee.ca

Divergence historique entre le prix du bois rond et le prix du bois d’œuvre

En 2019, les producteurs forestiers du Québec ont livré tout près de 4 millions de mètres cubes de bois aux usines de sciage de sapin-épinette. Ces récoltes représentent un peu plus de 60 % de l’ensemble des volumes issus des forêts privées. Nul doute, le sort des producteurs forestiers dépend largement du contexte économique dans lequel évoluent les scieries de résineux. La situation est actuellement favorable pour les scieurs alors que le prix du bois d’œuvre bat des records, mais est-ce que les producteurs de bois profitent également de cette embellie?

Le graphique ci-dessous compare sommairement les revenus et les dépenses des scieries résineuses du Québec. Les dépenses sont divisées en deux catégories, soit les coûts d’approvisionnement et les autres coûts d’opération nécessaires pour produire un MPMP de bois d’œuvre (énergie, main-d’œuvre et autres). Les coûts d’approvisionnement représentent le coût moyen du bois issu des forêts privées du Québec. Les autres coûts d’opération sont basés sur les états financiers d’une compagnie forestière québécoise cotée en bourse et œuvrant principalement au Québec. Quant aux revenus, ils constituent les sommes générées par la vente d’un MPMP de bois d’œuvre résineux ainsi que les copeaux sous-jacents.

De 2016 à 2018, nos modèles nous indiquent que les scieurs québécois ont été en mesure d’engendrer des profits majeurs malgré une augmentation des coûts reliée à l’imposition des tarifs douaniers américains à partir d’avril 2017. En 2019, la plupart des scieurs québécois ont pu couvrir leurs coûts d’opération malgré une baisse importante du prix du bois d’œuvre grâce, entre autres, à une baisse du prix moyen du bois en forêt privée. En 2020, l’augmentation astronomique du prix du bois d’œuvre a créé un contexte exceptionnel pour cette industrie, et ce, malgré la faiblesse du marché des copeaux liée à la fermeture de papetières. Il est fort probable que ces entreprises n’aient jamais été aussi profitables.

Comparaison entre les coûts d’opération et les revenus d’une scierie de sapin-épinette du Québec
($2020 CA/MPMP)

La Fédération des producteurs forestiers du Québec a procédé à une analyse des prix minimaux affichés du bois de sciage de sapin-épinette entre septembre 2019 et septembre 2020 à partir des données du site Prixbois.ca. Ces offres constituent le prix minimal offert par les scieries aux producteurs forestiers de 7 plans conjoints qui fonctionnent selon cet affichage de prix. En tout et pour tout, 36 scieries représentant les plus grands acheteurs pour ce type de bois de ces régions ont été retenues dans l’analyse.

D’abord, nous constatons que les prix offerts aux producteurs ont très peu varié, et ce, malgré la flambée des prix du bois d’œuvre. Le graphique ci-dessous détaille le nombre de scieurs qui ont procédé à des diminutions ou à des augmentations de prix. Parmi les 36 scieurs de résineux analysés sur ces territoires, on constate que 11 scieries ont affiché des baisses de prix, généralement de 1 à 5 %. On constate également que 14 autres scieries n’ont pas modifié leur offre minimale effectuée aux producteurs et que 11 scieries ont augmenté les prix offerts, généralement de 1 à 5 %. Parmi les 36 scieurs, seulement 1 scieur a augmenté ses prix de plus de 10 %.

Variation du prix minimal affiché par les scieries pour du bois de sciage de sapin-épinette
(variation entre septembre 2019 et septembre 2020)

En résumé, 89 % des scieries de notre échantillon ont très peu modifié le prix offert aux producteurs, soit une variation entre -5 % et +5 %. Cette situation est quelque peu consternante puisque le bois d’œuvre a vu son prix s’envoler de 142 % au cours de la période correspondante.

Qu’est-ce qui explique cette déconnexion entre le prix de l’intrant et celui du produit fini? Plusieurs changements structurels et anomalies de marchés permettent d’établir des pistes de réponses :

  • La diminution importante du nombre de scieries au cours des 20 dernières années a occasionné une consolidation du marché.
  • Une structure de marché caractérisée par peu d’acheteurs et une multitude de petits fournisseurs de bois rond.
  • La prédominance grandissante de la récolte mécanisée privilégie la quantité et une production constante au détriment du prix obtenu en bordure de chemin.
  • L’importance relative des coûts de transport limite les producteurs à un nombre restreint d’acheteurs potentiels.

L’écart qui existe entre le prix du bois rond et celui du bois d’œuvre se rétrécira éventuellement. Espérons toutefois qu’une partie de rapprochement se traduira par une hausse de prix offert aux producteurs.

Adapter la réglementation municipale pour encourager le développement du secteur forestier

En forêt privée, l’encadrement des activités forestières par les municipalités est plus important que celui exercé par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) ou le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC). Ainsi, ce sont les municipalités qui disposent, en vertu de la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme, du pouvoir de réglementer l’abattage d’arbres et la protection du couvert forestier en forêt privée. Les décisions des élus municipaux affectent donc les perspectives d’aménagement des forêts privées du territoire québécois.

D’un côté, une réglementation mal adaptée au contexte des opérations forestières hypothèque la rentabilité des activités sylvicoles, ce qui contribue à l’abandon de la production forestière. De l’autre côté, des réglementations bien rédigées permettent de concilier les divers usages de la forêt privée tout en favorisant la production forestière et le dynamisme économique régional.

Au cours de 30 dernières années, il est apparu que les municipalités régionales de comté (MRC) disposent davantage de ressources techniques pour encadrer les activités forestières que les municipalités locales en milieu rural.

Lire le mémoire en totalité.

Mémoire déposé dans le cadre de la commission parlementaire sur le projet de loi 67 visant à instaurer un nouveau régime d’aménagement dans les zones inondables des lacs et des cours d’eau, octroyant temporairement aux municipalités des pouvoirs visant à répondre à certains besoins et modifiant diverses dispositions. 
16 octobre 2020

Projet de loi 67 : alléger la réglementation municipale pour favoriser la mise en valeur des forêts privées

Longueuil, le 21 octobre 2020. – Aujourd’hui, la Fédération des producteurs forestiers du Québec (FPFQ) se présente à la Commission de l’aménagement du territoire pour défendre l’importance de simplifier la réglementation municipale afin de favoriser la mise en valeur des boisés des 134 000 propriétaires forestiers québécois.

Pour ce faire, la FPFQ demande le transfert de la responsabilité de réglementer les activités forestières aux municipalités régionales de comté (MRC) plutôt qu’aux municipalités locales. « L’expérience des 20 dernières années montre que les réglementations sur la protection du couvert forestier adoptées à l’échelle du territoire de la MRC favorisent la communication entre les acteurs du milieu forestier et le monde municipal, ce qui permet une meilleure conciliation des différents usages du territoire », mentionne M. Pierre-Maurice Gagnon, président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec.

Par ailleurs, la FPFQ propose le maintien du délai de prescription à 1 an suivant la perpétration de l’acte lorsqu’il y a une infraction relative aux règlements sur l’abattage d’arbres, plutôt que la période de 5 ans suggérée dans le projet de loi. Considérant les amendes substantielles prévues par la loi en comparaison des faibles revenus générés par les activités forestières sur un lot boisé, l’allongement proposé risque d’accroître indûment le risque d’affaires des producteurs forestiers. Il est préférable que les municipalités assurent une surveillance régulière de leur réglementation afin de corriger les situations problématiques.

Cette audition est également l’occasion de mettre en lumière l’importance de la production forestière sur les terres privées alors que les propriétaires de boisés contribuent déjà à près de 20 % des approvisionnements en bois des usines du Québec. « Le milieu municipal détient la clé pour sécuriser le modèle d’affaires des producteurs forestiers et incidemment les approvisionnements nécessaires à la survie et au développement de plusieurs usines du Québec », conclut M. Pierre-Maurice Gagnon.

-30-

Renseignements :

Vincent Miville, ing.f., M. Sc.
Directeur général
Fédération des producteurs forestiers du Québec
T. 450 679-0530, poste 8200 | C. 514 503-1009
vmiville@upa.qc.ca    foretprivee.ca

Être un meilleur bûcheron ou ne plus être

Photos : Martin Ménard

En mars 2015, un bûcheron s’est sectionné l’artère fémorale avec sa scie à chaîne dans une érablière de la Montérégie. Entre 2010 et 2014, 16 autres travailleurs sont morts au Québec dans le secteur de la forêt et des scieries. Voici quelques conseils qui pourraient sauver votre vie ou, à tout le moins, améliorer votre efficacité au travail.

L’accident cité en introduction est celui d’Éric Séguin, 39 ans, de Rigaud. En tentant d’envoyer au sol un merisier encroué dans un autre arbre, il a perdu le contrôle de sa scie, laquelle a heurté sa jambe près de l’aine, juste au-dessus des éléments de protection de son pantalon de sécurité. La profonde lacération s’est avérée mortelle. L’avis de décès indique qu’il laisse dans le deuil sa conjointe et son jeune fils.

Un autre décès en forêt privée a eu lieu en 2015, en Chaudière-Appalaches, où un bûcheron d’expérience a été trouvé mort sous un hêtre. Celui-ci s’ajoute aux nombreuses blesses, mineures ou majeures, qui surviennent chaque année.

La Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) attribue la plupart des décès à l’utilisation de techniques de travail jugées « inappropriées et dangereuses » en forêt.

Or, le bûcheron d’aujourd’hui dispose de plusieurs sources d’information qui lui permettent d’améliorer ses techniques d’abattage et sa sécurité en forêt. À ce sujet, voici une série de recommandations constructives de Gaétan Grondin, un bûcheron de longue date et formateur accrédité par la CNESST.

Équipements adéquats

Certaines personnes entreprennent leur travaux forestiers à la hâte et ne veulent pas se contraindre à enfiler l’équipement de sécurité. Erreur! « C’est incompréhensible que des gens partent encore bûcher en souliers. D’autres se sentent en sécurité avec des bottes à embout d’acier, mais contrairement à la croyance populaire, ce type de bottes ne protège pas d’une scie à chaîne. C’est comme partir bûcher en sandales équipées d’embouts d’acier. Il faut de vraies bottes de protection, qu’on reconnaît par le logo en forme de sapin », lance M. Grondin. Ce dernier met également les gens en garde contre les pantalons dits « forestiers », qui ne présentent pas les éléments de sécurité aussi complets que les pantalons certifiés CAN/BNQ 1923-450-M91, catégorie A.

Et ce n’est pas lors d’une situation d’urgence qu’il faut commencer à chercher la trousse de premiers soins. Une bonne idée consiste à la laisser près du carburant destiné à ravitailler la scie. De plus, coller un pansement compressif au fond de son casque permettra d’agir rapidement en cas d’hémorragie.

Dans le rapport de la CNESST concernant l’un des accidents mortels subi par un abatteur en forêt privée, on peut lire que le régime moteur de la scie mécanique était trop élevé à bas régime et que la tension de la chaîne était insuffisante. « L’état général de la scie peut avoir un lien avec la gravité de l’accident. La chaîne mal ajustée peut produire des rebonds plus violents et rendre la scie plus instable », a expliqué la CNESST. Pour améliorer la sécurité et la performance au travail, la chaîne de la tronçonneuse doit être affûtée et sa tension, bien réglée.

Analyse des dangers

Avant d’appuyer à fond sur l’accélérateur de sa scie, le bûcheron doit analyser le secteur entourant l’arbre à abattre pour détecter la présence de branches suspendues, les obstacles au sol et les autres sources de danger. Il examine l’inclinaison de l’arbre et enlève les tiges près de celui-ci, qui pourraient nuire à son travail, et prend le temps de dégager une voie de retraire de 2 m de profondeur. Puis, il décide du type d’entaille à faire, de l’épaisseur de la charnière, des outils à utiliser, etc. « C’est la prière du bûcheron qu’il faut réciter avant chaque abattage », mentionne M. Grondin.

L’entaille de direction s’effectue sur le tiers du diamètre et consiste en un trait supérieur à 45 degrés. Finalement, de l’autre côté de l’arbre, le trait d’abattage doit être effectué à au moins 2,5 cm au-dessus du trait inférieur. Il importe de ne pas compléter le trait d’abattage jusqu’au bout afin de créer une charnière.

« Le principe de la charnière est méconnu de plusieurs bûcherons, même de ceux qui sont expérimentés. Il s’agit de laisser une partie non sciée, qui correspond à 1/10 du diamètre de l’arbre, entre l’entaille de direction et le trait d’abattage. La charnière contrôle la chute de l’arbre et évite, comme ça s’est déjà produit, qu’il roule à côté de la souche et tombe sur le pied du bûcheron, ou encore, que l’arbre rebondisse sur la souche et vienne frapper l’abatteur », explique M. Grondin.

Trait d'abattage

Les bûcherons détestent coincer leur scie; une situation qui se produit souvent lorsqu’il faut faire tomber l’arbre dans une autre direction que cette de son inclinaison naturelle. Le truc : un trait d’abattage en deux étapes. Concrètement, après avoir créé l’entaille de direction, l’opérateur effectue une première portion du trait d’abattage, du côté vers lequel l’arbre penche. Il retire sa scie et insère un coin. Ensuite, il termine l’autre portion du trait d’abattage. Et le tour est joué. Avec le levier d’abattage ou le coin, la scie ne peut se coincer. 

Comment abattre un chicot?

« Les arbres morts sont des « faiseux » de veuves légendaires. Juste par la vibration de la scie, une branche peut se détacher du haut et tomber sur le bûcheron. Idéalement, tu ne coupes pas un chicot; tu le fais tomber avec le treuil forestier en t’éloignant le plus possible », recommande M. Grondin. À défaut d’avoir de l’équipement motorisé, le bûcheron coupe le chicot vers son inclinaison naturelle en ne restant pas sous des branches mortes. Il procède à l’entaille de direction et au trait d’abattage debout, la scie au niveau de la ceinture, afin de pouvoir s’éloigner rapidement en cas de danger. De même, le bûcheron doit toujours avoir l’oeil sur la cime du chicot au moment où il tombe. Afin de compenser la faiblesse du bois, la charnière doit être plus épaisse que le 1/10 du diamètre recommandé habituellement. 

Quoi faire lorsqu'un arbre est très penché?

Lorsqu’un arbre penche fortement dans une direction et qu’il est chargé de neige ou de verglas, il risque de fendre sur la longueur lors de l’abattage. « J’ai déjà vu des gars avoir peur dans des arbres ont éclaté en longueur. C’est comme un coup de fouet », assure M. Grondin. La technique consiste à effectuer une entaille de direction, avec un trait supérieur à 45 degrés et un trait inférieur horizontal. Plutôt que de faire un trait d’abattage en commençant par l’arrière de l’arbre, il suffit de percer une fente jusqu’à l’autre côté du tronc tout en laissant une partie non coupée à l’arrière de l’arbre appelée talon. Celui-ci empêche l’arbre de tomber. Par la suite, le bûcheron coupe le talon et l’arbre tombe sécuritairement. 

Lorsque les arbres sont trop petits pour qu’il puisse faire une entaille de direction et un talon, le bûcheron fait simplement deux entailles en forme de V. La pointe du V indique la direction de la chute. Finalement, un trait d’abattage est effectué comme à l’habitude par l’arrière. 

Que faire avec un arbre encroué?

Au moment de la chute, l’arbre peut s’enchevêtrer dans d’autres arbres et rester encroué. Cette situation dangereuse commande idéalement de le tirer avec un treuil forestier. Mais si ce type d’équipement n’est pas disponible, Gaétan Grondin recommande de scier une partie de la charnière. Le bûcheron prend ensuite son levier d’abattage pour faire rouler l’arbre, une manoeuvre parfois suffisante pour déprendre celui-ci et le faire tomber au sol. Lorsque l’arbre ne bouge pas, par exemple s’il est pris au centre d’un autre arbre en forme de Y, la situation se corse. Le formateur suggère de couper une première section près du sol, ensuite une deuxième en ne portant jamais la scie plus haut que le torse. 

Comment couper une branche sous tension?

L’ébranchage demeure propice aux accidents en raison de la tension exercée sur certaines branches, qui peuvent rebondir à tout moment. « Quand un bûcheron regarde un arbre au sol, il doit repérer les zones de compression et de tension. S’il fait un seul trait de scie en commençant dans la zone de compression, il risque de coincer sa lame. S’il coupe uniquement dans la zone de tension, il peut recevoir la branche en plein visage, comme un ressort », indique M. Grondin. Le rebond de la branche peut également faire dévier la lame sur le travailleur.

Lorsque la tension est verticale, le bûcheron doit tenir sa scie de sorte que son corps ne se trouve pas dans la trajectoire de la lame, afin de pallier le risque élevé de rebond. Ensuite, il fait un trait de scie dans la zone de compression selon une profondeur qui correspond au quart du diamètre de la branche. Il effectue le trait de scie final de l’autre côté, dans la zone de tension. Quand l’arbre est appuyé sur un autre encore debout, la tension est latérale. Le bûcheron doit alors se protéger en se plaçant derrière l’arbre qui est debout. 

Respectez-vous la loi?

Une formation de 16 heures sur l’abattage d’arbres est obligatoire depuis 2013 conformément au Règlement sur la santé et la sécurité dans les travaux d’aménagement forestier. Certains acériculteurs, agriculteurs et propriétaires de boisés privés sont concernés par cette formation obligatoire, d’autres non. Voici comment s’y retrouver : 

  • Un agriculteur qui coupe un arbre derrière sa grange : formation non obligatoire;
  • Un propriétaire d’entreprise (un agriculteur, un producteur forestier ou un acériculteur) qui coupe seul des arbres dans sa forêt pour produire du bois de chauffage, vendre le bois en billes, éliminer les arbres morts et effectuer tous les autres types de travaux d’aménagement forestiers : formation non obligatoire;
  • Un propriétaire d’entreprise qui coupe des arbres dans sa forêt pour tous types de travaux d’aménagement forestiers, accompagné de quelqu’un qui est payé pour ramasser les branches : formation obligatoire pour le propriétaire et non obligatoire pour l’autre personne;
  • Un propriétaire d’exploitation qui coupe des arbres dans sa forêt pour tous types de travaux d’aménagement forestier, accompagné d’un employé qui manie également une scie mécanique pour couper des arbres ou les ébrancher : formation obligatoire pour le propriétaire et l’employé. À noter qu’une personne « payée au noir » et même celle qui reçoit simplement quelque chose en échange de son travail (par exemple du bois de chauffage) est considérée comme un employé selon la CNESST;
  • Un propriétaire d’entreprise qui coupe des arbres dans sa forêt pour tous types de travaux d’aménagement forestier, accompagné d’un membre de sa famille qui utilise aussi une scie mécanique : formation non obligatoire pour ni l’un ni l’autre. Mentionnons que le membre de la famille ne doit pas être rémunéré en argent ou de toute autre façon que ce soit. Autrement, il sera considéré comme un employé;
  • Un employé qui coupe un arbre situé près d’une grange ou qui est tombé dans un chemin, ce qui n’est pas considéré comme de l’aménagement forestier: formation de 16 heures non obligatoire. Par contre, la CNESST exigera qu’il ait suivi une formation sur l’utilisation sécuritaire de la scie à chaîne.

Le propriétaire doit également remplir une ficher de suivi pour son employé, chaque année, sur les travaux d’abattage manuel qui ont lieu chez lui. Cette fiche requiert notamment l’analyse de 10 souches afin de savoir si l’abattage des arbres a été effectué en conformité avec les techniques enseignées dans la formation. 

« Si un propriétaire n’a jamais rempli de fiche et qu’un accident survient, il est dans le pétrin », conclut Gaétan Grondin.

Il faut éviter de tronçonner les arbres en plaçant son visage dans la même trajectoire que la scie. Le bûcheron n'a aucune force lorsqu'il tient sa scie en hauteur. Un rebond peut lui être fatal. Il doit tenir celle-ci au niveau de sa poitrine.

16 heures "payantes"

Une formation de 16 heures sur l’abattage est offerte dans la plupart des régions à un coût raisonnable (30 $ dans certains syndicats de producteurs forestiers). Le site www.foretprivee.ca présente le calendrier des cours dispensés. Celui du www.cnesst.gouv.qc.ca affiche le nom de certains formateurs.

Des propriétaires de boisés peuvent être rébarbatifs à l’idée de suivre une telle formation, mais force est de constater qu’il s’agit d’un cours élaboré par des spécialistes expérimentés. Il permet aux bûcherons, autant les débutants que ceux qui possèdent déjà de bonnes connaissances, d’améliorer significativement leurs techniques et, qui sait, de sauver leur vie.

 

 

Article paru dans la revue Forêts de chez nous de septembre 2016.

?>